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Full text of "Consultations choisies de plusieurs médecins celebres de l'université de Montpellier sur des maladies aigues et chroniques. Tome cinquième"

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CONSULTATIONS 

CHOISIES 

DE PLUSIEURS MEDECINS CELEBRES 

DE L’UNIVERSITÉ 

DE MONTPELLIER» 


DES MALADIES AIGUËS ET CHRONIQUES. 

CINQUIEME, 




Durand, rue feint Jacques , à feint Landri, 
& au Griffon. 

PrssoT, Fils, Quai des Auguffins, à la SagefTe. 


M. D C C. L. 

Aveç Approbation, et privilège m roi. 


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0 1 2 3 4 '5 6 ' 7 é 






TABLE 


Des Confultations contenues dans 
le cinquième Volume, 

CONSULTATION PREMIERE. 


S 


U R une Orthopnœe, 


avec enflure des 


jambes, pag. i 

Confultation II. Peur une attaque de para- 

lyfi* , 6 


Confultation III. Sur un foupçon de grof- 
JeJfe , ou d.e mole , ^ 

Confultation IV, ObjlruElions du bas-ven¬ 


tre devenues fqnirrheufcs , 


Confultation V. Peur une femme çroffe at¬ 
taquée de fievre intermittente , i j 

Confultation VI. Sur une difficulté périodi¬ 
que de refpirer , j/j 

Confultation VII. Sur une jauniffe , Z z 
Confultation V II. Sur une difficulté de 
refpirer , oppreffion , 25 

Con'ult. IX. Pour un eftomac dérangé, zS 
Coniultation X. Sur un vomljfement ancien 
& habituel # ^ j 

Tome a jj 


ij TABLE ( 

Confultation XI. Sur une fièvre continue 
putride, 3 S 

Confultation XII. Pour le meme malade , 
dans la même maladie, 41 

Confultation XIII. Sur me inflammation 
des gencives d'un enfant a la mammelle , 47 
Confultation XIV. Sur un œdème des deux 
pieds, & du bas des jambes , & des do u- 
leurs rhumatifantes aux genoux, 48 

Confultation XV. Sur une affection mélan¬ 
colique , 55 

Confultation XVI. Sur une affettion hypo - 
chondriaque, 6 z 

Confultation XVII. Sur un afihme çaufiè 
par des tubercules aux poumons , 70 

Confultation XVIII. Sur une ardeur de 
poitrine, un dérangement d’eftomac, cours; 
de ventre, accès de fièvre, ophtalmie,' 1 ] % 
Confultation XIX. Sur un skvrre au bas- 
ventre , ' 85 

Confult. XX- Suite de la précédente , 90 

Confultation XXI. Sur une hydropifiecom¬ 
mençante, 

Confultation XXII. Sur une jauni (fie, 100 
Confultation XXIII. Dyfenterie ancienne , 
& compliquée de lie merie, 105 

Confult. XXIV. Sur un afihme humide, 109 
Confultation XXV. Sur. un foupçon de mo¬ 
le dans la matrice 3 jiq 



DES CONSULTATIONS. Ifj 
Confultation XXVI. Sur une affettionfior- 
butique , ni 

Confultation XXVII. Sur me ardeur dm 
rine dune Religieuse de Saint Benoit, âgée 
de dix - huit ans , 127 

Confultation XXVIII. Sur une colique 
deftomac, 135 

Confultation XXIX. Dartres â l’entrefefi 
Jon, avec demangeaifon , 144 

Confultation XXX. Maux d’eflomac 3 dé¬ 
goûts , vents , rapports , opprejjion , dou¬ 
leurs rhumatique s 3 ijo 

Confultation XXXI. Sur des douleurs de 
rhumatifme goûteux , 1 y 5 

Confultation XXXIL Sur des douleurs en 
diffèrens endroits du corps , 1 6 3 

Confultation XXXIII. Sur une pajjion hyfi 
térique , 167 

Confultation XXXIV. Sur une colique ven- 
teufe , des douleurs de poitrine , des frifi 
fins , oppre(fions , &c. 175 

Confultation XXXV. Sur un écoulement 
enfuite dune chaude-pijfe 181 

Confultation XXXVI. Sur un crachement 
de fûng , & un vomijfement habituel ,187 
Confultation XXXVII. Perte de mémoire 
& de connoijfance, fuivie de mouvemens 
canvulfifs , 19 S 

‘Confultation XXXVIII. Pour me perfinne 
qui crache vomit le fitng , Z04 



b TABLE 

Confuitation XXXIX. Sur une confuflon 
dans les idées , précédée d'engourdijfemeni 
& pefanteur t & de tiraillemens dans la 
tête , z 1 z 

Confultarion XL. Sur une foihleffe généra¬ 
le , avec étourdijfemens , langueur & lajfi- 
tudes univerfelles , èblouiffemens , z 1 3 
Confulcation XLI. Sur un ulcère carcim- 
mat eux a la lèvre inferieure , 224 

Confuitation XLlI. Sur des loupes qui ont 
paru en différents endroits du corps , 131 
Confuitation XLIII. Sur des excroiffances 
dans le canal de Vurèthre , 2-37 

Confuitation XLIV. Gonflement ffeflomac , - 
parcjfe du ventre . pefanteur & chaleur au 
fondement, hémorrhoides, Jupprejflon des 
règles , 24<T 

Confuitation XLV. Tour le même malade , 
& la même maladie poux lefqutls efl la 
C onfultatïon XL1I. z j I 

Confuitation XLVI. Sur une maladie va- 
poreufe ou hypocondriaque , accompagnée 
d'une foule de fymptornes qui ont fouvent 
varié, 237 

Confuitation X.LVIL Sur un larmoyement 
des deux yeux , 273 

Confuitation XLVIII. Sur une opprejfion 
avec toux , expectoration difficile , chaleur 
brûlante entre les épaules ? infomnie s &c. 



DES CONSULTATIONS. * 
Confultation XLIX. Sur des camofités dans 
ïurèthre y 190 

Confultation L. Sur des vents dans Veflo- 
mac, gonflement dans le bas-ventre , flu¬ 
xion fur le gofler avec picottement , cra¬ 
chement glaireux, 29 ç 

Confultation LI.S#r une ajfeÜion hypocho» 
driaque, 503 

Confultation LIT. Sur me ajfeiïion mélan¬ 
colique y j i l 

Confultation LUI. Sur me fenfibilitc aux 
yeux a la chandelle , fans inflammation 
extérieure y 320 

Confultation LIV. Sur une affeBion fapo- 
reufey précédée de migraines , 324 

Confultation LV. Sur des dartres, des 
clouds y des maux de tête , & aux oreille 
accompagnés de tintement , & quelquefois 
de dureté d'ouie y 330 

Confultation LVI. Pour la même perfonnc 
de la même maladie que la Confultation 

w . m 

Confultation LVII. Sur des attaques de 
goûte y -3 41 

Confultation LVIII. Sur un engourdijfe- 
ment , une irritation & chaleur aux doigts , 
attaques de graveüc } & de goûtes , cardial- 
8 e > 349 



vj TABLE DES CONSULTATIONS 5 

Confultation LIX< Sur des tumeurs froide 
apres la petite vérole , 356 

-Confultation LX. Sur uneehaudspijfe d'u¬ 
ne Dame , 363 • 

Confultation LXI. Tour des attaques d'épi- 
lepfie , t v - :■ 371 

Confultation LXIL Sur, affeiïion hyfléri- 
que , . 3S0 

Confultation LXIII. une colique rénale 
compliquée avec des mouvement épilepti¬ 
ques. Le malade de plus ëfi attaqué de la 
colique quon nomme c olica piètonum, 
390 

- Confultation LXIV. Sur une dartre répan- 
. due fur tout le corps 3 & un rhumatifme 
gouteux , ’ ■ 39p 

Confultation LXV. Sur des palpitations-de 
cœur } des vapeurs convulfives fdes verti¬ 
ges t&c. 407 

Confultation LXYI. Pour une perte blan-i 
che y 417 

Confultation LXVII. Sur une affeftioh va- 
poreufe &■ convutfivçy 7J . 7... 424 



Fin de la Table du cinquième Volume. 


CONSULTATIONS 



CONSULTATIONS 

CHOISIES 


DE MEDECINE- 


CONSULTATION PREMIERE. 

Sur une Orthopnœe, avec enflure des jambes* 

r ysgæ g-gîl ’Orthopn<b.e , Ou diffi- 
j| ||l|||j| culté de refpirer confidéra- 
|| gSpij bie, accompagnée de l’enflu- 
i re , ou tumeur œdémateüfè 
des jambes, pour laquelle on nous con- 
fulte , ne peut provenir que d’une confti- 
tutiôn du fang épailïe êc vifqueufe ; en 
forte qu’il ne fçauroit rouler avec liberté 
dans les petits tuyaux capillaires des véiî- 
cules des poulmons. 

Ce fang s’arrêtant, ou faifan-t plus de 
Terne T, A 





x Consultations .choisies 
féjour qu’il n’en doit faire dans fes vai£- 
féaux , les dilate 5 c les gonfle. Ils ne peu¬ 
vent fe gonfler qu’ils ne compriment les 
bronches ou tuyaux deftinés à recevoir 
. l’air 5 ce qui caufe la difficulté de refpi- 
rerplus ou moins forte , fui'vant que la 
prefïïon eft plusou moins .grande. Cette 
flifficulté de refpirer augmente de jour en 
jour j parce que l’.air n’entrant qu’en pe¬ 
tite quantité dans les véficules pulmonai¬ 
res, elles ne peuvent être dilatées comme 
elles doivent l’être , & le fang qui circule 
flans |es poulmons ne reçoit pas aflèzj 
abondamment les particules nitro - aé¬ 
riennes , que l’air, a accoutumé de lui 
fournir.Les véficules n’étant pas dilatées, 
j 5 c le nitre de l’air venant à manquer ,il 
s’enfuit néceflàirement que le fang ne 
circule pas avec la même liberté 5 c que 
fon mouvement de fermentation dimi¬ 
nue. De - là encore fon féjour , Jte fon 
épaiffifièment, ce qui ne contribue pas 
peu à entretenir & augmenter la force de 
la maladie, 

C’eft à cette même caufe qu’il faut at¬ 
tribuer l’enflure, ou œdème, des jambes. 
Ile fang épais, Sc dépourvu des particules 
nitreufès ou fpirîtueufes, ne pouvant rou¬ 
ler facilement dans ces parties ,inférieur 



DE MEDECINE J 

tes, comprime les vaifleaux lympnati- 
cues, de maniéré que la lymphe n étant 
réforbée qu’en partie, l’autre partie refte 
8 c croupit dans les glandes & pores de 
communication quelle fait enfler.Ajoutez 
à ce que nous avons dit ci-deffixs, que la 
lymphe dans cette eonftitution devant 
être groiïiere & épaille, concourt aulîï 
par les mêmes raifons avec le fang à 
produire & augmenter les mêmes acci- 
dens, auxquels il faut au plutôt réroédier 9 
de peur que le fang 8 c la lymphe n’ac- 
querant tous les jours plus devifcofité, 8 c 
ne failànt par conféquent un trop long fé- 
jour dans les vailleaux pulmonaires, ou 
dans les diflerens couloirs du bas-ventre , 
lie produifent enfin ou une inflammation, 
ou une hydropifie. Cette derniere e'ft 
d’autant plus à craindre que l’œdême des 
jambes fait voir que la lymphe aune 
grande difpofition à s’arrêter dans les 
tuyaux véficulaires & glanduleux. 

Pour prévenir des fuites fi fàcheulès , 
nous croyons que , nonobftant les cha¬ 
leurs, le malade doit ufer pendant dix ou 
douze jours d’une poudre apéritive 8 c 
purgative propre à ranimer le fang, &îa 
lymphe, 8 c à détourner le cours des féro- 
fités qui pourroiens fi; dégorger dans la 
Aij 


4 Consultations choisies 
poitrine ou le bas-ventre ; c’eft-à-dire ^ 
qu’il prendra tous les matins dans quel¬ 
ques cuillerées de bouillon , une poudre 
compofée de quinze grains de rouille 
de fer préparée à la rofëe , douze grains 
de rhubarbe pulvérifée , fix grains de 
mercure doux , & autant de diagréde. Si 
cette poudre le fatigue, on pourra laif- 
fer repofer le malade de tems en tems , 
je veux dire qu’on lui donnera du relâche, 
de trois ou de quatre jours l’un, ce qui 
dépendra de la prudence du Médecin or¬ 
dinaire -, &même,pour en rabattre un peu 
la force , il avalera une heure après un 
bouillon de poulet farci de deux onces 
des quatre femences froides & deux drag^ 
mes de femence de pavot, dans lequel ou 
fera aüffi bouillir une bonne poignée de 
chicorée &debuglofe. 

Avant que d’ufer de cette poudre, nous 
forâmes d’avis , pour qu’il n’en foir pas 
trop échauffé , & que le malade refpire 
avec plus de liberté , de défeniplir les 
vaitîeaux par une faignée f ainfî on tirera' 
au plutôt huit à neuf onces de fang de l’un 
des bras 3 & le jour même de la làignée 
on donnera fur le foir un lavement 
fait avec une décodion émolliente, & 
Um once, delénitif, avec autant de miel 



DE MED! CINE# J 

rcfar. Le lendemain il commencera à 
prendre fa poudre, & continuera comme 
il a été dit. 

Pendant qu'il uferâ de ce rerftéde, 
nous trouvons à propos qu'il boive à Ton 
ordinaire deux ou trois verres d'une pci— 
•Panne faite avec la plante appellée Cam- 
phorata , qui croît abondamment dans 
nos garrigues. On jette fur une pinte 
d eau bouillante une poignée des brins 
les plus tendres de cette plante , qu’on 
laide bouillir un quart d’heure ; on retire 
enfuire le pot du feu pour couler la li¬ 
queur 8 c la garder dans une bouteille. 
Toutes les fois qu’il en voudra boire on 
pourra la mettre au frais , & non à la 
glace ; s’il s’en trouve bien il en ufera 
plus îongrtems que de la poudre. 

Nous ne parlons pas ici du régime de vie, 
le malade étant entre les mains d’un Mé¬ 
decin prudent & habile. Nous ajouterons 
feulement qu’après les chaleurs on fera 
fans doute obligé de renouveller ces re¬ 
mèdes pour redonner au fang fa première 
fluidité, & récablir parfaitement notre 
malade. 

Délibéré à Montpellier ce u. Juillet 
17 oZ.figné, CmcoYNtAU , Bezac. 



é Consultations choisies 


CONSULTATION II. 

Pour me attaque de Paralyjîe. 

P Our dilUper les indifpofitions qui 
relient, & pour prévenir le retour 
de 1’attaque que le malade a efluyée, il 
faut qu’il prenne les remèdes fuivans. 

Il ira à Balaruc, ou il boira les eaux 
pendant quatre jours de fuite , feize ver¬ 
res chaque marin en quatre reprifes dif¬ 
férentes ; on ajoutera "au dernier verre 
du premier jour deux onces de manne ; 
êc autres deux onces au dernier verre du 
quatrième jour. 

Le jour quil y arrivera , & le qua¬ 
trième jour qu’il boira., on lui douchera 
la tête, l’épine du col , l’épine du dos 
jufqu au-deffous des épaules, à la maniéré 
ordinaire, furlefoir. 

Il prendra enfuite pendant trois jours 
un bain entier chaque jour, ouilref- 
tera jufqu a ce qu’il puiiTe lui exciter une 
fueur raifonnable. 

Deux jours après qu’il fera arrivé chez 
lui, on le purgera avec la Medecine qui 
fuit. 




IE MîDÏCÏNî; 7. 

P V RG A 7 ION, 

Prenez feuilles de fenné inondées deux 
drâgmes -, crème de tartre folüble, 8 c 
rhubarbe choifie , de chacune une drag- 
me , faites bouillir légèrement, 8 c puis 
infufêr dans l’eau dè fontaine 5 diffolvez 
tîans la côlature deux onces de manne j 
faites une potion qui fera prife le matin. 

Quand il aura été purgé, il prendrai 
pendant douze jours le mâtin à jeun Po- 
piate qui fuit 3 avalant par deflus un 
bouillon fait avec un petit poulet 8 c un© 
grande poignée en tout de feuilles d’aigre- 
moine & de pimpinelle 3 8 c on le repur¬ 
gera à la fin. 

OP 1 A TE. 

Prenez conferve d’aunée -, 8 c rhu¬ 
barbe , dè chacun deux dragmes ; fel 
admirable de Gkuber , cloportes pré* 
parés, 8 c feuilles de lènné mondées, de 
chacun deux drachmes & demie ; faites 
avec le fyrop de chicorée compofé une 
opiate qui fera partagée en douze prifes. 

L’Automne prochain on lui redonnera 
la même opiate , & quand il ên aura fini 
Aiiij 


3 Consultations choisies 
l’ufageil prendra pendant vingt jours 

Le matin à jeun un bouillon fait avec 
demi-livre de colet de mouton,une grande 
■poignée de feuilles de bourache , huit 
écrevilïes de -riviere lavées dans l’eau 
■bouillante , & écrafées dans un mortier 
de marbre ; & quand le bouillon fera fait 
& coulé,,on y difloudra demi- dragme 
de tartre martial foluble, & on le repur¬ 
gera au bout. 

Il doit s’abftenir de la falure, des épi¬ 
ceries , de la friture, des ragoûts, des 
viandes de carême, de la falade, des ar-. 
tichauds 5 & du fromage ; en un mot il doit 
être nourri de foupe à la viande, de bouil¬ 
lon , de rôti , & il ne doit manger que 
de la viande du boucherie , de la volail¬ 
le, & du gibier, excepté celui de rivière, 
& la viande noire, & il doit boire le vin 
bien trempé. 

Délibéré à Montpellier ce 18. mai , 
1719-figné 3 ViRNY,Doâ:eur en Medecine* 



de Médecine. 


* 


CONSULTATION III. 

Sur un fiuppon de grojjejfe 3 ou de mole. 

L ’Etat préfent de la malade ne permet 
pas de fe déterminer encore, ni pour 
la grolïèlîeni pour la mole. Il manque 
l’examen de la matrice par une Sage-fem¬ 
me, ou unAccoucheur habile. Dans cette 
indécillon on commencera d’employer 
les remèdes ci- joints , en attendant de 
plus grands éclairciflemens. que le teins 
fournira. 

On purgera la malade avec une once de 
tamarin, deux dragmes de fenné, & une 
dragme de fel végétal , que l’on fera 
légèrement bouillir, & enfuite infufer 
dans la quantité d’eau de fontaine nécef- 
faire pour qu’il refte un verre de colatu- 
re , dans lequel on dilfoudra une once 8 c 
demie de manne , & vingt-cinq grains de 
rhubarbe en poudre. La medecine ainfi. 
compofée , fera donnée le marin , & fui- 
vie d’un bouillon trois heures après. Elle 
ufera enfuite pendant neuf matins d’un 
bouillon fait avec un morceau decolet de 
mouton , & les feuilles de chicorée amé- 
Av 




ïo Consultations choisies 
re, & de creflfon de fontaine , en tout 
une poignée ;• on diiïoudra dans la cola- 
ture vingt-cinq grains de tartre chalybé 
foluble ; la purgation fera réitérée après 
la neuvaine. Pendant les neuf jours fui- 
vans elle prendra chaque matin une poudre 
faite avec vingt grains de cryftal minéral, 
vingt grains de rhubarbe en poudre, & 
douze grains de cloportes, avalant par 
deffus chaque prife un bouillon fait avec 
un morceau de colet de mouton, & les 
feuilles des plantes déjà mentionnées. On 
repurgera à la fin avec le même remède. 

La malade' employera pour fa boilTôn 
ordinaire une ptifanne faite avec la raci¬ 
ne de gramen, & les fruits de kynorrho- 
don. 

Elle évitera les alîmens de haut goût, 
la falade, les fruits cruds , & toutes for¬ 
te de mets indigeftes ou échaüfFans. Elle 
fe nourrira avec de la foupe à la viande , 
du bouilli 8 c du rôti ; on tiendra le ventre 
libre par des laveœêns convenables , s’il 
eft poffible. 

Délibéré à Montpellier ce ii. mai ïjiiï 

figne , Montagne. 

mm 



CONSULTATION IV. 


QbjîruEliom du bas-ventre devenues fiftùr* 
rheufès. 

P Ar Pexamen qui a écé fait de 1 état du 
malade , ton voie que tous les vif- 
céres du bas - ventre font farcis , 5 c que 
Tes obftrucfciôns qui les engagent, font 
félon toutes les apparences ? devenues 
fquirrheufès. La difficulté qu’a le malade 
de fe coucher fur l’un des côtés, le cra¬ 
chement defang, lafievre lente, les re- 
dùübîémens qui furviennent le foir, 8 c les 
fuêürs nocturnes, font avec raifon crain¬ 
dre Une fuppiiration déjà faite, ou pour 
le moins qui fe prépare dans la poitrine. 
Sur cës faits il paroît très-difficile de com¬ 
biner les indications qui fe préfenterit, 
pour remédier aux defordres du bas-ven¬ 
tre , 8 c à ceux de la poitrine , parce que, 
pour fuivre à propos ces indications, il 
raüdtoit employer des remedes oppofés. 
Parmi ces difficultés on va fe propfer ce 
qui- convient aux accidens les plus pref- 
fàns , 5 c l’on aura en vue de procurer aux 
humeur s une plus grande fluidité , de les 
A vj 




i i Consultations choisies 
détremper, & de les adoucir. 

Pour cet effet on employera les remé^ 
des que l’on trouvera ci-joints, 8 c qui 
tendront auffi à calmer le crachement de 
fang. 

On commencera par faire une faignée 
du bras au malade, & on lui tirera feule¬ 
ment deux paletes de fang. Le lendemain 
on le purgera de la maniéré fuivante. 

F V RG ATI O K. 

Prenez une dragme de rhubarbe, une 
once de tamarin , & une dragme de 
fel végétafque l’on fera légèrement bouil- 
îïr dans la quantité d’eau de fontaine né- 
ceflaire pour qu’il refte un verre de co- 
lature , dans lequel on difloudra deux 
onces de manne. La medecine ainfi pré¬ 
parée fera donnée le matin , 8 c fuivie 
d’un bouillon trois heures après. 

Le malade ufera en fuite pendant dou¬ 
ze jours le matin de l’opiate ci - jointe , 
avalant par d’ellus chaque prife un bouil¬ 
lon fait avec un jeune poulet ou un mor¬ 
ceau de maigre dé veau, ou d’agneau , 8 c 
les feuilles de pimpinelle , d’aigremoine, 
& de millefeuille , en tout une poignée : 
en réitérera la même purgation a la fin. 



de Médecins; 13 

O P IAT E, 

Prenez fang dragon en larmes, anti- 
heétique de Poterius, ïeux d’écrevifles de 
riviere , de chacun deux dragmes & de¬ 
mie ; corail rouge préparé , tartre martial 
fo lubie, cloportes préparés, de chacun 
une dragme & demie - r rhubarbe en 
poudre une dragme ; ipécacuanha deux 
lcrupules ; faites avec le fyrop de rofes 
feiches une opiate qui fera partagée en 
douze prifes égales, pour autant de jours. 

Pendant ce même tems il prendra cha¬ 
que foir un julep fait avec trois cuillerées 
de fuc d’ortie bien dépuré, vingt grains 
de fang de dragon en larmes, & autant 
de corail rouge préparé , hx dragmes de 
fyrop de capillaire, & un grain de lau¬ 
danum: 

Immédiatement après il boira pendant 
douze ou quinze matins un lait préparé 
par la méthode qui fuit, & on aura foin 
de réitérer la même purgation pour ter¬ 
miner l’ufàge de ce lait coupé. 

LAIT COVPE\ 

Prenez infufion de feuilles de capillaire 



ï4 Consultations ghoisiïs 
feiches^préparée à la maniéré du thé, dix 
onces, 6 c autant de lait de vache & à- 
jfon défaut de celui de chevre , que vous 
jetterez, dans un vaiffeaü propre pour 
êxpofer le mélange à- un feu doux & 
fort clair ; on écrémera à mèfure que la; 
pellicule fera formée, continuant de nie* 
me jufqu’à diminution de la moitié ; on? 
coulera & on diflôudfa dans là colature 
une dragraê de fucre candi- 
Après ces remèdes, file crachement dé 
fang continueje malade reprendra enco¬ 
re la même opiate & un bouillon de pou¬ 
let par deflus, avec les plantes déjà men¬ 
tionnées, pendant une autre douzaine dé 
matins ,, obfervant dé purger au com¬ 
mencement & à la fin. Si le Crachement 
de fang avoir celle il i^feroit dés bouillons- 
fans opiate , gardant lés mêmes précau¬ 
tions pour la purgation. 

Le malade employera pour fa bôilïon 
ordinaire une ptifanne faite avec les 
feuilles de capillaire feiches , 6 c les rofes 
rouges, qu’on infufera en maniéré dé 
thé. On lui procurera de bonnes nuits pat 
le moïen du laudanum , ou des gouttes 
anodynesX’on verra l’Automne prochain 
û les bouillons d’écreviflès , le lait, ou 
fes préparations conviendront àfonécat. 



DÉ Medecinï.. ¥f 
duquel on nous donnera avis. On pourra 
tenir le ventre libre par des lavemens 
émollfens, & médiocremement purgatifs, 
s’il deveneit pareflèux. 

Le malade fe privera des alimens de 
haut goût, de la falade y des fruits cruds, 
8 c de toute forte de mets indigeftes ou 
échauâFans.Ilfe nourrira avec des potage» 
à la viande, des crèmes de ris , du bouil¬ 
li 8 c du rôti. Il foupera très-légèrement 8 c 
fe contentera d une foupe, ou d’une crè¬ 
me de ris, avec un morceau de pain , ou 
quelques bifcuits pour boire un coup. 

Déféré à Montpellier ce C juin 17*4^ 
fîgné , Montagne. 


CONSULTATION Y. 

Tour une femme greffe attaquée de fievre 
intermittente. 

O N ne peut 8 c on ne doit faire d’au¬ 
tre remède à une femme enceinte 
de fept mois, qui a une fievre intermit¬ 
tente 8 c quotidienne , que de lui faire 
prendre du quinquina dans l’intervalle’ 
d’un accès à l’autre pour arrêter les accès. 




tS Consultations choisies . 

Il en faut donner une dragme chaque 
fois , avec douze grains de rhubarbe en 
poudre > & le donner le plus fouvent que 
l’on pourra. ' 

Il faut de plus lui donner le foir demi- 
once de fyrop de pavot blanc délaie dans 
demi verre d’eau de fontaine pour calmer 
Tes douleurs, ôc lui procurer un fommeii 
doux & paifîble. 

Il faut lui faire boire à foh ordinaire 
une ptifanne faite avec une petite poi¬ 
gnée de racines de perhl, & donner dou¬ 
ze grains de kynorrhodon, qu’on fera 
bouillir pendant un quart d’heure dans 
une pinte de bonne eau. 

fignéyV ERNY. 


CONSULTATION VI. 

Sur uns difficulté périodique de rejpirer. 

W A difficulté de refpirerqui attaque le 
-I . malade par intervalles depuis environ 
quinze années , eft la fuite de la foibîéffè 
des petits vailîeaux qui compofent le 
poumon , qui fe trouvent trop dilatés par 
h perte de leur reflort , ôc ne peuvent 




DE MEDECINE. 17 

cbafïer les liqueurs que le cœur leur en¬ 
voie continuellement , lorfqu elles font 
plus épaiffes, & qu’elles ont perdu leur 
fluidité naturelle. On ne peut pas foup- 
çonner qu’il y ait des tubercules dans le 
poumon du malade, parce que i’opprefi- 
fion feroit continue, & quelle ne clonne- 
roit pas au malade des intervalles auffi 
longs qu’il a eu , mais on peut foupçon- 
ner que les vaifleaux du poumon foibles 
& relâchés ont été fi dilatés dans le teins 
des paroxyfmes qu’ils pourraient être 
! devenus variqueux. 

Le foulagement que le malade a tou¬ 
jours reçu des purgatifs, les longs inter¬ 
valles qu’il a eus pendant fes voïages,prou¬ 
vent évidemment que l’épaiffiiTement des 
liqueurs a beaucoup de part dans les at¬ 
taques d’afthme, & qu’il n’y a pas en¬ 
core un vice fort confidérable dans la 
poitrine ; ce qui pourrait pourtant arri¬ 
ver dans la fuite par le retour des atta¬ 
ques, & caufer peut-être une hydropifie 
de cette cavité. 

Or, puifque les évacuans, les altérans, 
le mouvement, & l’exercice, ont toujours 
procuré du foulagement au malade, on 
11e craft pas pouvoir combattre cette ma¬ 
ladie plus efficacement qu’en atténuanties 



i8 Consultations choisies 
liqueurs, re&ifiant les digeftions, & en 
donnant du reflort aux vailfeaux du pou¬ 
mon qui l’ont perdu. 

Puifque le malade a été purgé de¬ 
puis peu , on eft d’avis quil prenne incef- 
famment l’opiate & le bouillomfuivans,. 

OP IA T E. 

Prenez tartre martial, & poudre dë’ 
cloportes, de chacun une dragme 8c de¬ 
mie ; faites avec une fuârfanre quantité' 
de fyrop d’abfynthe une opiate pour une 
dofe. 

Il avalera par de (fus cette opiate un* 
bouillon fait avec un jeune poulet, dansfr 
lequel on Fera bouillir pendant Une heure 
de racines de chicorée & d’âfperges , dë- 
chacune une once, 8c deux dragmës de 
racines d’énula-campana $, fur la fin on* 
y fera bouillir pendant un moment Une 
poignée de feuilles de chicorée arriére, 8c. 
line pincée de Campborata Monftèlienfîs 5 ; 
©11 paffera en fuite à travers une ferviett© 
8c on exprimera fortement.. 

Le malade prendra l’opiate & le bouil¬ 
lon pendant neuf jours de fuite , après* 
îefqueis il fe purgera-avec la médecine- 
qui fuit. 



DE MEDECINE. I£ 

TV RG AT 10 N. 

Prenez feuilles defenné mondées deux 
dragmes ; rhubarbe concaffée, & fel vé¬ 
gétal , de chacun une dragme -, graine de 
coriandre une pincée ; faites bouillir dans 
une décoétion de feuilles de chicorée fau- 
vage , jufqu’à ce qu elle fe reduife à fix 
onces, ; diffolvez dans la colature deux 
once$ de manne de Calabre coulez avec 
expreffion pour une potion. 

Il partira enfuite pour aller à Balaruc 
où il boira les eaux pendant trois jours 
confécutifs. Il en boira chaque jour dix- 
huit verres en quatre ou cinq reprifes , 
lailTant un quart d heure d’intervalle d’u« 
lie prifeà l’autre.Après les trois jours de 
la boilToii il s’en retournera chez lui, &, 
dès qu’il fera arrivé, il fc repurgera avec 
la médecine qui eft ordonnée ci-deflus. 

Il le repofera cinq ou fîx jours pour 
îailTer appaîfer le feu que les eaux de 
Balaruc pourroient lui avoir donné , Sc 
enfuite il: prendra le matin à jeun l’opiate 
qui fuit... 



io Consultations choisies 
OP 1 AT E. 

Prenez extrait de rhubarbe un demi 
gros; faffran de Mars apéritif préparé à 
la rôfée du mois de mai quinze grains; 
poudre de cloportes un (crupùle ; fleurs 
de fel ammoniac martiales , éthiops mi¬ 
néral préparé (ans feu,de chacun un demi 
(crapule ; diagrede fîx grains ; faites une 
opiate pour une dofe avec une fuffifame 
quantité de fiyrop des cinq racines. 

Le malade, prendra une heure après 
cette opiate un bouillon de poulet à la 
chicorée^a continuera pendant neuf jours, 
& fe purgera à la fin avec fa médecine 
ordinaire. 

Il prendra enfuite pendant trois femai- 
nés tous les matins,en fe mettant à table 
pour dîner , vingt grains de (afraiï de 
mars apéritif"préparé à la rofée qu’il ava¬ 
lera dans la première cuillerée de foupe 
qu’il mangera ; 5c, s’il fe trouve bien de 
ce remede , huit ou dix jours après il le 
^reprendra de la même manière, 3c pen¬ 
dant le même tems. 

Pendant l’hiver il fe purgera de tems 
en tems pour nettoïer (èneftomac, & vin* 
der les crudités qui pourroient s’y amaf* 



R£ MîDÏCINî, 21' 

fer. Si pendant ce -tems-là il a quelque 
attaque d’afthme , oneft a avis qu’il te- 
mette au bouillon & à la ptifane qu’on 
lui ordonnera plus bas ; & afin que l’at¬ 
taque foit moins violente, & plus courte, 
il prendra le remède qui fuit. 

T I LV LES. 

Prenez blanc de baleine une demi- * 
dragme ; racines d'iris de Florence en. 
poudre quinze grains 5 fleurs de benjoin 
douze grains ; faites avec le fyrop de ve- 
lart deux ou trois pilules qui feront pri- 
fes de bon matin. 

Le malade prendra immédiatement 
après cette pilule deux taflès d’infu- 
fion de citronelle faite en maniéré de 
thé, ajoutant à chacune- une cuiller à 
caffe de miel de Narbonne. Il prendra la 
pilule ôç l’infufion quelques jours de 
fuite. 

Après que l’attaque fera paflee il fe 
purgera avec fa médecine ordinaire. 

Pendant tout le tems qu’il fera aux re¬ 
mèdes , & même pendant tout l’hiver , il 
boira à fon ordinaire d’une ptifane faite 
avec les feuilles du Camÿhomta Monfte- 
lisnjîso 


r îi Consultations choisies 

Le malade gardera un bon régime de 
■vie j il Te privera du maigre , des viandes 
falées, & épicées, de la chair de bœuf & 
de cochon : il ne mangera rien qui foie 
aigre ou crud , fe privera du fromage, des„ 
faîades, des légumes, & du fruit ; il boira 
peu de vin toujours trempé, jamais de 
liqueurs ni d’eau-de-vie ; il fe nourrira 
avec des foupes à la viande , du bouilli, 
& fur-tout du rôti. Il foupera de bonne 
heure & légèrement, & pourra manger 
davantage au dîner; il fera de 1 exercice,le 
mouvement étant propre à donner delà 
fluidité à fes humeurs. Il nous fera fçavoir 
fon état à la fin de l’hiver, pour lui con* * 
feiller d’autres remèdes, s’il en a befoin. 

Délibéré à Montpellier ce 23. octobre 
1729. fîgné , Lazerme. 


CONSULTATION VIL 

. Sur me jœunijfe *. 

CUppofé que Monfieur n’ait pas été 

*3 purgé depuis quelques jours , il le 
fera inceffamment .avec irx dragmes 
de tamarins , deux fcrupules de rhu¬ 
barbe concaffée s & une dragme de 




DI M EDEC 1 N!, 23 

fél végétal, dont on fera une décoéfion, 
dans une livre de laquelle on laiflèrain- 
fufer durant la nuit à froid trois drag- 
mes de fenné. On partagera le matin 
l’infufion coulée en deux verres, qu’on 
donnera à deux heures 8 c demie de difi- 
tance l’un de l’autre , dHlolvant dans le 
premier une once Jk demie de bonne 
manne. Monfieur pourra boire quelques 
rafles d’infufion de thé, on un bouillon 
après le fécond verre. 

Immédiatement après il boira pendant 
dix matins un bouillon fait avec un mor¬ 
ceau de collet de mouton , deux drag- 
mes de racine d’énula - campana con- 
caflee , & une poignée en tout des feuil¬ 
les de chicorée amère de jardin Scde Gref¬ 
fon de fontaine. On jettera dans le pot 
fur la fin de la coclion quinze ou fei— 
xe cloportes frais , lavés & étouffes 
dans le vin blanc , auxquels on donnera 
une ébullition de .quelques minutes. On 
diffoudra dans Jeux'ou trois cuillerées de 
ce bouillon coulé vingt-cinq grains de 
•tartre chalybé, & l’on fera prendre le 
refte par deffus, réitérant la même me. 
decine après la dixaine. 

La boiffôn ordinaire de Monfieur fera 
Kiie ptifanefaiteay.ee la racine daiperges. 



î'4 CONSUXTATIONS CHOISIES 
les fruits de kynorrhodon , 8 c les feuilles 
feiches de capillaire. On y joindra un 
riouet de fix drachmes de limaille de fer 
rouillée , qu'on changera de tems en 
tems : on pourra joindre un peu de vin à 
cette ptifane au repas. 

Si la jauni fie fu'bfifte après ees remèdes, 
Monfieur ufefa durant dix autres matins 
d’une poudre faite avec vingt S grains de 
rhubarbe en poudre , vingt grains de 
fafran de mars apéritif préparé à la rofée, 
dix grains de cloportes en poudre, 8 c 
douze ou quinze grains de poudre corna- 
dhine. On diffoudra cette poudre dans 
deux ou trois cuillerées d’infufion de thé 
ou de méliiTè , 8 c l’on avalera par deflus 
une couple de rafles de cette même infu- 
fion , repur-gea-nt à la fin , & continuant - 
toujours la même ptifane. 

Monfieur fe nourrira avec des potages ' 
à la viande , du bouilli, & du rôti, fou- 
pant frugalement, & fe privant, de toute 
forte d’alimens indigeftes ou échaufîans. 

Monfieur pourra faire donner avis de 
fon état, 8 c il doit être convaincu & de 
la reconnoiflance 8 c de la confidëration 
qu’a pour lui fon très-humble 8 c très- 
obéifiant ferviteur, Montagne. 

. Déli héréà Montpellier ce 1 4. déc. 17 3 - 

CONSUL- 



fii Médecins. 


M 


.CONSULTATION VIII. 
Sur me difficulté de retirer , & opprcffiatt. 

L A faifon n’eft guère avantagealê 
pour exécuter des remèdes propres 
à combattre l’oppreflion dent le mala-r 
de eft fatigué , & qui peut être regardée 
comme une fuite de fa difpofition àfthma- 
tique démontrée depuis long - tems , & 
du rhume épidémique qu’il vient d’ef- 
fuyer en dernier lieu. Cependant comme 
il s’agit d’empêcher le progrès de fon 
oppreffion , en attendant l’automne on 
fera les remèdes fuivans. 

, On commencera par une iajghéë du 
bras, dans laquelle on tirera deux palet-» 
tes de.fang j & le lendemin l’on purgera 
avec une once de tamarin ; la pulpe tirée 
de quatre onces de-calTe en baron fans 
la palier, une dragme de rhubarbe oon-- 
cadée , & autant de fel végétal, dont on 
fera une décoéüou, dans un grand verre 
de laquelle, apres l’avoir coulée, on dif- 
foudra deux onces & demie de manne. 

Immédiatement après le malade boira 
pendant dix matins un bouillon fait avec 
Tome r, B 





i 6 Consultations choisies 
un jeune poulet ; ou à Ton défaut j uft 
morceau de collet de mouton , une drag¬ 
ua e de racine d’énula campana concaflee , 
&: une petite poignée en tout des feuil¬ 
les de chicorée amère de jardin , fc de 
bourrache. On jettera dans le pot fur la 
fin de la coétion huit ou dix cloportes 
frais ^ lavés , & étouffés dans le 
vin blanc , auxquels on donnera une 
ébullition de quelques minutes , avant de 
couler ie bouillon. On réitérera la meme 
médecine après la dixaine. 

Pendant les quinze matins fuivans, le 
malade prendra une écuellée de petite 
lak , qu’on tirera du lait de vache ou de 
èbevre, caillé avec la préfure ordinaire* 
& qu’on féparera de fon fromage, en 
lê laiffant égouter à travers un linge , 
pour le clarifier d’abord après avec le 
blanc de deux œufs. On éteindra dans 1 § 
petit-lait coulé quelques morceaux de 
fer rougis au fêu , & on repurgera à la 
fin avec la même médecine. 

Vers le qïânze du mois de feptembrq 
prochain le malade fera reffaigné, & re* 
purgG } -& reviendra aux mêmes bouillons, 
qu’il continuera pendant dix matins , §c 
dont il terminera Pillage par la même 
, p@ùï pendant dig 



ÔE M E B £ C I N E. Vf 

atetîns de l’opiate ici jointeavalant par- 
deflus chaque prife une nu deux taflès 
d’infufion des fleurs de pied de chat, 8c 
de tnflïlage , préparée â la maniéré du 
thé. On aura recours au même purgatif 
à la fin de lopiate. 

O ? I A T E. 

Prenez de la conferve de fleurs de 
buglofe j & celle de racine d enula cam- 
pana, de chacune demi-once ;d antiheéfci- 
que de la Poterie , & de foufre lavé fui- 
vant la méthode d’Helvetius' de chacun 
deux dragmes & demie ; de blanc de 
baleine deux dragmes, de rhubarbe en 
poudre quatre fcrupules , que l’on in¬ 
corporera avec le fyrop de capillaire pour 
en former une opiate qui fiera partagée 
en dix prifes égales. 

- Après ces préparations le malade boira 
pendant vingt-cinq jours chaque matin 
une écuellée de lait de vache qu’on au¬ 
ra eu foin de décrêmer à un feu très- 
doux, jufqu’à la diminution du tiers , 
ou du quart. Et Ton emploiera à la fût 
le purgatif déjà marqué ci-deffiis. 

Pendant l ufage des remèdes propofés 
pourieteftede fiéte, 8c pour lautomne 3 



iS Consultations choisies 
ta boifïbn ordinaire du malade fera uns 
ptifanne faire avec les feuilles feiches de 
capillaire ? & les fleurs de pied de chat, 
înfufées à la maniéré du thé. 

Le malade doit fe nourrir avec des 
foupes à la viande, & un peu de bouil¬ 
li , pu de rôti. Il fe privera de la friture, 
de toutes fortes de ragoûts, des falades * 
d,es fruits cruds, des aliipeus maigres, 
des légumes, & de tous les mets qui 
font venteux , indigeftes & échauffans. 
ïl pourroit eflayer de fumer de têms en 
tems les feuilles feiches de tuflilage, où 
de calfe lunette.. 

Délibéré à Montpellier le 8. juillet 
T738. Signé\ Montagne. 


CONSULTATION IX 

Four un eftemac dérangé. 

0 N ne peut fe déterminer dans la 
chaleur ou nous fommes que pour 
îés eaux de Vais, qui conviennent d’ail¬ 
leurs parfaitement au malade, & qui ne 
manqueront pas d’opérer les effets quon 

-doit en attendre,pourvu qu il n y ait p# 





U, Ml DIC IN!. tf 
de gonflement particulier dans le bas- 
ventre , & d’obftruéHons confidérables 
dans les vifcéres de cette cavité , ce 
qu’on ne nous marque pas dans le mé¬ 
moire qui nous a été remis ^ mais il faut 
qu’on les prenne dégourdies , c’eft'à-dire 
un peu tiédes, & fi à la fécondé prife, 
on s’apperçoit quelles ne palfent pas 
bien , on doit ajouter à la première vec- 
rée deux onCes de manne. On peut con¬ 
tinuer ces eaux pendant neuf ou dix jours 
à deux differentes reprifes , en met¬ 
tant feulement un invervalle de quatre 
jours d’une prife à l’autre - y éc fuppofé 
que la première prife de quatre jours fa¬ 
tigue un peu le malade, on pourra pren¬ 
dre quatre jours des eaux d’Yeuzet > mais 
également dégourdies. 

. Ôn prendra une purgation ordinaire 
après avoir fini les eaux , ou bien on 
mettra deux onces de manne dans la der¬ 
nière verrée de ces eaux , & après s’être 
repofé fept à huit jours on prendra tous 
les matins pendant une femaine une pri¬ 
fe de fopiate fui vante# 

Û P I A TE 

Prenez de la conferve d enula caitf pa- 

Büj 



Consultations choisies 
lia, de celle d’abfinthe , demi-once de 
chacune j d’extrait de rhubarbe, une 
dragme & demie ; de corail en poudre 
& des yeux décrevifles , de chacun une 
dragme ; vous ajouterez au tout un peu 
de fyrop d’abfynthe , & vous en com- 

Î mferez une opiate dont on prendra tous 
es matins deux dragmes , avalant une 
heure après deux taftès d’infufion de mé* 

liflè. 

Après que ces remèdes feront finis, 
on attendra que les grandes chaleurs 
foient paflees , auquel tems on fe dé- 
terminera-pour les apéritifs '& les ftoma- 
chiques qui font néceffàires pour le ré* 
iablifTement du malade , qui doit avoir 
foin de ne prendre que des alimens de fa¬ 
cile digeftion , évitant les ragoûts , les 
fritures, & toute forte depiceries ? com¬ 
me auffi le vin pur. 

Délibéré à Montpellier le 2,6. juillet 
•573 ^.Signé , Fournier. 



CONSULTATION X. 

Sur un vomijfement ancien & habituel. 

L E vomifïèment donc le malade eft: 

fatigué depuis long-'tems, doit être 
attribué à un amas de matières groffieres 
ëc irritantes qui fe trouve dans l’efto- 
mae , & à une trop grande fenfibiiité 
de ce vifcere, comme les douleurs qu’il 
foufffe dans la région de l’eftomae avant 
Je vomiflèment 8 c le foulagement qui 
fuit cette évacuation, auffi-bien que cel¬ 
le des vents qui forcent par la houche, 
le prouvent évidemment. Il eft naturel 
de penfer que cette maladie eft foutenue 
par un vice local, ou dans l’eftomac 
même, c’eft-à-dire dans le tiflu de fes 
membranes, & dans le pylore ,ou dans 
les parties du voifinage, fans qu ? il foit 
permis de déterminer fi quelque corps 
glanduleux placé dans le fond de l’ef¬ 
tomae, ou dans le pylore, caufe ce dé¬ 
rangement , ou ft le pancréas ou le lo¬ 
be de Spigelius font obftrués & gênent 
Porifice inférieur ; ou enfin fi le defordre 
â fon fiége dans quelqu’autre corps voi- 





$1 CONÎTJITATIOHS CHOIS T-ï? 

fin ; de forte qu’il fe pâlie une compref. 
fion, ou dans le pylore , ou dans le com¬ 
mencement des inteftins grêles ; ce qui 
d’ailleurs trouble la circulation du fang 
dans l’eftomac^ & entretient une difpo- 
fition approchante de la phlogofe dans ce 
vifcere. Comme l’on n’a point vu le ma¬ 
lade , & qu’il n’a point été par confé- 
quent permis d’examiner avec attention 
les vifcéres du bas - ventre , ni la vérita¬ 
ble fituationdesparties affè&ées } il y au- 
jroit de la témérité de fe déterminer pré* 
eifément fur l’endroit du vice local. L’on 
conclud pourtant que toute la malle du 
fang pèche du: côté de la trop grande 
confiftance & de la trop grande faumure. 
On n’a pas pu être; informé-fi'-le mala¬ 
de ou fes proches: parents ont des obf* 
««étions dans les glandes. 

Pour tirer toutie parti poffible de l’é¬ 
tat préfènt du malade, l’on doit fe 
propofer d’étourdir, la grande fenfîbilité 
de i’eftomac, d’en reélifier les fonctions-, 
-de divifer avec beaucoup de ménagement 
la malle du lang , d’en tempérer la tro-p 
grande acrimonie, & de corriger le vi¬ 
ce local, qu’on a lieu de foupçonner ou 
dans l’étendue de l’eftomac , ou dans 
quelqu’une des parties voilmes , fana. 



. ® E - M E D E C I N F.. 3.5 

pouvoir la déterminer faute d’éclaircifîe— 
mens convenables ; nous efpérons que 
ces indications feront remplies par le 
-moyen des remedes fuivans. 

On pourra commencer par une petite 
daignée du bras s qu’on fera le matin , Æ 
la foiblelTe du malade ne s’y oppofe j 
mais qu on abandonnera fi Te malade e£t 
extrêmement foible , 8 c on donnera pen¬ 
dant quatre jours le remède fuivanc 
qu’on partagera en deux dofes, en fai- 
fant prendre une au malade à jeun I© 
matin, 8 c l’autre à l’heure du coucher- 

IV LE JV 

Prenez quatre ou cinq cuillerées d'eau 
de menthe, dans lefquelles vous diflou- 
drez une dragme de thériaque récente x 
demi-drachme de fel d’abfynte, une once 
de fyrop de limon, 8 c deux grains de 
laudanum ; mêlez le tout exactement, 8 c 
faites-en une potion,que vous partagerez; 
en deux prifes. Suppoft que ce remède 
ne calmât pas, ou ne diminuât pas le 
yomi-iïement, °n pourioit ajouter à 1& 
prife du jfoi'r un demi grain , ou un grain; 
entier de laudanum.. 

.Après ces précautions le malade ferm 



34 Consultations choisies 
purgé avec une dragme de rhubarbe 
concatfèe, une poignée de fleurs de pê¬ 
cher, fix dragmes de racines de polypode, 
la pulpe tirée de quatre onces de caflè en 
bâton fans la pafler , & deux dragmes de 
fel d’Angleterre, dont on fera une décoc¬ 
tion , dans une livre de laquelle on laif. 
fera infufer pendant la nuit à froid une" 
dragme tk demie de fenné , diflolvant le 
matin dans i’infufion coulée deux onces 
de manne. La médecine ainfi préparée - 
fera partagée en deux vertes que l’on 
fera boire à deux heures ou à deux 
heures & demie de diftance l’un l’au¬ 
tre. 

Immédiatement après le malade ufera 
pendant fix matins de-l’opiate fuivante, 
avalant par-deffus chaque dofe, ou une 
tafle de thé, ou une demi-prife d’un 
bouillon ordinaire. 

O P JA TE. 

Prenez de conferves de kynorrhodon, 
derofes, & d’énulacampana, de chacune 
deux dragmes & demie ; d’extrait de 
genièvre une dragme , d’extrait de rhu¬ 
barbe ,deux forupuies 5 que vous mêlerez 
enfemble pour en former une opiate , 



DE MEDECINE.' 

St la partager en fix priiês égales. On 
ajoutera à chaque prife un grain de lau¬ 
danum , ou un demi grain feulement, fi 
cette quantité fuffifoit ; mais pendant 
ces fix jours on fera prendre le foir un 
grain ou un grain Sc demi de laudanum 
avec demi-dragme de confërves deky- 
«orrhodon. 

Pendant les fix matins fuivans 3 la 
malade prendra le demi - bain domefti- 
que tiède } où il demeurera une heure 
chaque fois , avalant à la fortie un bouil¬ 
lon fait avec un morceau de collet de 
mouton, une dragme de racine d’énula 
campana concaflee, St les cuifles de qua¬ 
tre grenouilles écorchées & auffi écra- 
fées. On jettera dans le pot fur la fin ce 
la codion une pincée de fommités 
feiches St fleuries d’hy péricon , 8 t on le 
-purgera à la fin avec le remède ci-deffiis. 
Mais on aura eu foin pendant les fix jours 
du demi-bain, de donner au malade cha¬ 
que foir un grain & demi 3 ou deux grains 
de laudanum , avec la conferve de ky- 
norrhodon. 

Pendant les fix jours fuivans, on aura 
recours à la même opiate . St enfuite.au 
même bouillon pendant cinq autres ma¬ 
tins , obfervant durant ces douze jours 
B vj 



Consultations dHonsïES' 
d’employer ls calmant le foir , Sç cfe. 
réitérer la même médecine à la fin. 

Pendant le cours de ces remèdes ,, ou. 
eflayera les après midis de donner un la¬ 
vement avec la décodion.émolliente, k 
bonne huile <folive, & un peu de miel* 
Sc on ajoutera de tems en tems une on- 
ce de cathoiicum , £ le lavement n éva¬ 
cuait pas.. 

Immédiatement après le malade boira 
pendant dix ou douze matins un grand 
verre de .petit-lait, qu’on tirera du laie 
de vache caillé avec la préiure ordinai¬ 
re, & qu’on l'épatera de fon fromage en 
le laifiànt égouter à travers un linge 
-pour le clarifier avec le blanc de deux 
■oeufs. On éteindra dans le petit-lait cour 
lé quelques morceaux de fer rougis au 
feu . & on y diffôudra deux cuillerées de 
fuc de menthe bien dépuré, tepurgeant à- 
la fin avec la médecine ordinaire;- . 

' Pendant le tems de ces remèdes on 
nourrira le malade avec des crèmes de 
ris à l’eau palfées & fort claires , ou avec 
quelque petite foupe, ou quelque bouil¬ 
lon. On pourra y joindre des- avenats- 
à l’eau pâlies , & auffi fort clairs, & on 
ïnfiâera fur l’une oud’autrede ces nour-r 
titures f fuivant que le malade s’en ttour 



. B t M É D 3É cr r NT É» 

Yera mieux, fe fervant du calmant Te fois 
fiiivant le befoin» 

On doit examiner après ces remèdes' 


quels font ceux qui ont mieux réuffi 
fur cet examen , on reviendra à Popiatô-’ 
ou au "bouillon fans demi-bain, ou bien» 
à l’un & à L’autre de ces remèdes,.fi tous- 
Les deux ont réuffi , & leur ufage étant 
fini on aura encore recours au petit-lais: 
préparé comme il a été «fît* fi Petlomac: 
du malade s’en eff accommodé , le conti¬ 
nuant pendant douze ou quinze matins y 
& repurgeant à la fin- 

Il eft difficile deconfeiller une' plus; 
grande fuite de remèdes i mais on-le ré-; 
glera fur l’effet de ceux quon vient de 1 
propofer- A l’égard de la nourriture dans- 
la fuite , ©n verra fi les ciêmes- dé ris b 
l’eau ou- au bouillon , & les légères fou- 
pesons fait du bien. & dans ce cas-l'à, on 
permettravpeu a peu un peu de viande' 
au malade , ou même un peu de bon 
poifion- cuit à Peau , & fans épicerie : il 
s r abftiendra de tous les alimens crus St 
ihdigefies, ou qui font de Haut goût6 c 
capables d’incendier la maffe du fan g. 


Délibéré à- Montpellier fe i x. août 
JjjS. Signé jMqniagx 



3 S Consultations choisies 


CONSULTATION XL 

Sur me fièvre continue putride. 

I L eft confiant par le mémoire que 
Monfieur le Médecin ordinaire a dref 
fé que la maladie de Monfieur a para 
dans Ton commencement fous la forme 
d’une fièvre intermittente & tierce, mais 
qu’après un examen régulier elle devoir 
être regardée comme une fièvre continue 
& putride. Il eft vrai que fur la fin du 
mémoire on paroît douter s’il y a 
a&uellement des redoublemens ou non. 

On doit dans le traitement de cette 
maladie fe propofer de prévenir les dé¬ 
pôts inflammatoires des parties deftinées 
à l’entretien de la vie, de calmer la fou¬ 
gue de la maflè du fang t d^vacuer la 
pourriture s & de tarir la minière qui 
donne origine à la fièvre & à les acci- 
dens ; & enfin, après avoir rempli les 
trois premières vues d’une maniéré con¬ 
venable, de déterminer les redoublemens 
s’ils exiftent. 

On a déjà pourvu avec beaucoup 
Lageflë aux principales indications 





DE MEDECINE. 
pour continuer la cure jufqu’à la gué¬ 
ri fon, que l’on a droit d’attendre, s’il ne 
furvient des nouvelles circonftances , on 
employera les remèdes fuivans. 

Comme il eft dit dans le mémoire que 
le malade fent de la chaleur dans le bas- 
ventre j on croit qu’il convient de brnfo 
quer une ou deux faignées du bras, fi 
cet accident s’opiniâtre fur-tout, & on 
porteroit- plus loin le nombre des fai¬ 
gnées s’il venoit à augmenter. La ptifan- 
ne avec le poulet farci de femences froi¬ 
des ou de ris, après l’avoir écorché, & 
à laquelle on ajouteroit fur la fin une 
pincée de canelle, ou quelques zefts de 
citron, femble très-indiquée pour boif- 
fon ordinaire, auffi - bien que les lave- 
mens émolliens, & rendus purgatifs pax 
la décodion de la pulpe d’un quarteron 
de caffe en bâton . pour tenir le ventre 
libre. 

Si le bas-ventre étoit tendu Sc dou¬ 
loureux , on fe ferviroit de la décodion 
de feuilles de mauve , de pariétaire , de 
violettes , & de graine de lin , dans la¬ 
quelle on tremperoit un linge pour l’ap¬ 
pliquer fur le bas - ventre, après i’avoir 
exprimé; onauroit foin de réitérer cet¬ 
te manœuvre amefure que le linge fe 



4 $ CoN'STÏLTAJIôtïS «KOlSli? 
fcfroidiroic, ménageant Te degré de cha> 
leur de la décoction , ou fomentation, en 
s’en- fer-vant.- 

, Les purgatifs feront mis en ufage de* 
deux en deux joursen deux ou trois 
. verres, qu’on donnera de quatre en qua¬ 
tre heures-, auffi- bien que les prifes du 
bouillon. Ôn les compofera avec une 
aécoétion de cafie & de tamarins , de 
rhubarbe concaflee, de fel d’Epfom, &c 
ie fleurs- de violettes y ajoutant deux 
. dragmes ou deux dragmes & demie de 
fenné en retirant ie pot du feu-, Ôn dif- 
foudra deux onces de manne dans le pre¬ 
mier verre, ôc une once dans le fécond, 
fi on le juge néceflaire, ajoutant à cha¬ 
cun de ces deux verres deux grains dé¬ 
tartré ftibiéfaifant prendre le troifié- 
ffie fans addition;. 

Onemployera chaque fcir tmremé- 
de calmant, ou fous la forme d'émulfio» 
cuite avec demi - once ou fix dragmes de 
iyrop de pavot blanc , ou fous là forme 
de julep, avec trois ou quatre cuillerées; 
d’eau de fleurs de nymphéa l'a même* 
quantité de fyrop de pavot blanc ; enfin 
la ptifanne' émulfionnée pourroit être 
fubflituée à celle de poulet, fi- on trou- 
voie à propos de lui donner la préfèrent 



B 1 M E B E G I K f. 4,1 

On ne fçauroit que propofer un plan 
général pour le nombre de faignées, 6 c 
celui dés purgatifs , 6 c pour la maniéré 
de- les placer - T on laiiîè la décifion à la 
prudence de M. le Médecin ordiuaire,qu|* 
aura auffi la bonté de mettre en ufâge le 
quinquina , ou en infulion, ou en fubC- 
tance, fuivant qu’il y aura des redouble- 
mens, ou le contraire . & ayant aupara¬ 
vant travaillé iuffifamment à- tarir la 
pourriture , on retranchera le tartre fti- 
bié des purgatifs à mefure qu’on le ju-' 
géra inutile , & la diette reguliere fera 
continuée jufqu’à la fin de la fièvre. * 

Délibéré à Montpellier le iS. oélobre 
1740. Signé j Montagne» 


CONSULTATION XII. 

Tour le même malade dans la même' 
maladie » 

TL y a lieu de croire fur f’expofé qu’on 
J. nous a fait voir que la maladie de 
Moniteur eft une fièvre continue avec des 
redoublemens , tendant même à la mali¬ 
gne. La vivacité des redoublemens y mai$ 





r 4Ï Consultations choisies 
fur-tout le délire obfcur, & rabattement 
des forces ne nous permettent pas d’eii 
douter. 

Il fer oit à fouhaiter que le malade eût 
'été plus docile au fujet des faignées.Cel- 
les du bras, du pied , au r oient dû être 
réitérées plus fouvent, fi le malade eût 
voulu y confentir. Les purgatifs en lava¬ 
ge , tels que celui que M. le Médecin a 
ordonnés en dernier lieu, mais fans trop 
infîfter fur l’ufàge du tartre ftibié j les 
lavages ou ptifannes abondantes pour la 
boiflon ordinaire, & les caïmans avec 
une diette convenable, font les fecourS' 
defquels on doit retirer le plus grand 
bien , & les fèuls même qu’il convient 
d’employer. 

Sur ce pied-îà , il convient de fé con¬ 
duire félon les occurrences. Si les redoü- 
blemens font confîidérables , & le poulx 
plein & vigoureux , il ne faut point 
épargner les fàignées du bras, du pied , 
&c même du col, félon que M. le Mé¬ 
decin le jugera néceffaire. Nous n’en- 
déterminons, ni la nature ni la quantité, 
que nous laiflons à fa prudence ordinai¬ 
re. L’état du malade en décidera." 

Si malgré ces fecours , le délire per- 
fiftoit toujours, ou qu’il y eût quelque 



Si MebicikI; 45 
îhënace d’afifoupiffemenc léthargique, il 
faudroit recourir aux fangfues , ou aux 
véficatoires , félon qu’on le trouvera à 
propos. 

Dans les intervalles des redoublemens, 
ton profitera du calme pour placer les 
purgatifs ; ils feront toujours en lavage 
& abondans. Par exemple , 

V V RG AT I O N. 

Faites infufer trois dragmes de fenné 
mondé, & une dragme de fel végétal, 
dans deux bons verres de décodion d’u¬ 
ne once 8c demie de tamarins gras. 

Si le malade a vomi fuffifammenc par 
le moyen des émétiques déjà employés, 
on fupprimera le tartre ftibié, 8c on fe 
contentera de difloudre trois onces de 
manne dans la décodion fufdite 3 où le fen¬ 
né aura infufé. Suppofé cependant que ce 
remède ne procurât point des évacua^- 
tions convenables , on fe contenteroit 
d’ajouter feulement un grain de tartre 
flibié par chaque verre , dans la vue dé 
rendre la médecine plus efficace. On fent 
bien que l’émétique donné en plus forte 
dofe ,8c trop fouvent réitéré, ne feroit 
qu’echaufFer & fatiguer le malade. Il 
convient de le purger ainfi de deux jours 



CONSULTATIONS’ CHOÏSÎfS 
l’un,en ménageant fes forces-en & obfetrç 
vant de ne pas poulie r les évacuations 
trop loin. Encore un coup c’eft à M. 
le Médecin à ménager toutès chofes fé¬ 
lon fa prudence. 

Sappofé qu’il n’y air point d’afloupif. 
fement léthargique à craindre , & que 
le malade foit- agité la nuit, comme il 
ï’a déjà été , nous croyons. qu’il eft im¬ 
portant - de le calme'r par le moyen de 
fon émullî n , le fyrop de nymphéa , 
&: le fyrop de pavot , dont on augmen¬ 
tera faction avec les gouttes anodynes, 
s’il le faut. L’émullion cuire qu’on a déjà 
prefcritê'efl; une boiffon très - convena¬ 
ble, dont le malade doit ufer continuels 
lement, On peut aulïi lui préparer une 
eau de poulet émulfionnée dans les mê¬ 
mes vues , en foifant bouillir un poulet 
entre deux âges évenfré, après lui avoir 
coupé la tête & les jambes , dans deut 
pots d’eau de fontaine, & ajoutant au 
milieu de la coétioiï deux cuillerées des 
quatre grandes femences froides écra- 
iees dans le mortier de marbre. Il eft 
bon qu’on l’en faflfe boire abondam¬ 
ment. 

Les lavemens {impies avec l’eaü tiède' 
& fhuile , ou faits avec les émul£ons> 



15 E M £ D 5 C I N S. 4f 

ordinaires font encore des remèdes qui! 
ne faut pas négliger, & fur lefqueis il 
convient d’infifter pendant le relâche. On 
en viendro.it même aux fomentations , 
s’il y avoit quelque météorifme dans 
le bas-ventre. 

La diette eft un article auquel nous 
penfons qu'il faut encore s'attacher ef- 
ïèntiêilement. Une pratique confiante & 
journalière nous fait voir combien il eft 
important de n’en pas laifter le foin aux 
gardes-malades. Nous fommes d’avis en 
cpnféquence qu’on ne donne au malade 
que de très - petites pr'ifes de bouillon 
clair , ôc éloignées l’une de l’autre de fix 
heures. Il faut abfolument bannir la 
volaille & le bœuf, & né prendre que 
de l’épaule de mouton avec un poulet, 
ou la moitié feulement. Par exemple une 
livre & demie d’épaule de mouton le plus 
maigre, & la moitié d’un poulet, doivent 
faire fix ou fept bouillons au moins # 
attendu que les prifes,comme nous avons 
dit, doivent être fort petites. Pour aller 
au plus fur, & afin que les bouillons 
fuient bien clairs & peu nourriflàns, il 
faut retirer le pot du feu avant que la 
viande foit tout à fait cuite : en un mot 
les bouillons les plus mauvais font le* 



4^ Consultations choisies 
meilleurs dans des cas pareils à celui-ci ^ 
ou il convient de ne pas fournir une 
nouvelle pâture à la fièvre : fans cette 
précaution il eft inutile de vuider un 
malade. Si cependant les redoublemens 
font moins forts , & fi le malade étoic 
foible , on pourroit donner les bouillons 
plus près les uns des autres , mais tou¬ 
jours clairs ; un malade ne meurt 
pas d’inanition pour l’ordinaire. Nous 
n’avons pu indiquer, qu’une cure géné¬ 
rale , M. le Médecin , dont la réputation 
.nous eft connue, redifiera ce qui peut 
y manquer. Comme n.ous nous interef- 
lbns particulièrement à l’état du malade, 
on nous obligera fenfiblement de nous 
faire part des fuites de fa maladie , ôç 
du progrès des remèdes. 

Délibéré à Montpellier,/^»/, Guisarq. 



sE Mepe eiüî. 4 f 


CONSULTAT ON XIII. 

Sur une inflammation des gencives d'un en~> 
fant a la mammelle. 

L ’Enfant de M*** n’a point été expo* 
fé à l’accident qu’il a eu par l’ac¬ 
tion du purgatif qu’on lui a donné ; ce 
purgatif n’étant qu’un peu de fyrop de 
chicorée n’a point été en état de pro¬ 
duire ce défordre. 

S’il eft fort en feu, fk que fon poulx foit 
bon , que d'ailleurs il ait la tête un peu 
prile,& qu’il foufFre beaucoup de la fortie 
des dents,eomme on me l’a dit, il ne faut 
pas balancer à lui faire une faignée du 
pied , à moins qu’il n’y eût menace d’in¬ 
flammation dans le bas-ventre ; auquel 
cas il çonviendroit de faire la faignée 
au bras. Si même le bas-ventre eft ten¬ 
du , il faudra le fomenter avec la décoc¬ 
tion des plantes émollientes. 

Le lendemain de la faignée il fera pur¬ 
gé avec une pincée de fleurs dépêcher, 
demi-pincée de poudre contre les vers, 8ç 
une once de manne. Si cette purgation 
n’avoit pas autant de fuccês qu’on 





4‘8 Consultations choisies 
peut s’eu flatter, on tâchera d’en tirer 
parti avec un lavement d’eau & de bon- 
Me huile commune. 

Si les genciyes et oient .extrêmement 
■rouges , tendues , groffies, on pourroît 
les oindre ou avec du miel , ou avec 
du cerveau de lievxe „ ou quelquautre 
émollient de ce genre -, y faire même une 
incifion avec la lancette fl la dent n’eft 
pas éloignée ; mais fur-tout on doit pren¬ 
dre garde au lait de la nourrice , le fai¬ 
re examiner par quelque perfonne en¬ 
tendue , afin que s’il a quelque mauvai- 
fe qualité , on fe détermine à la chan¬ 
ger, ou à en- donner une autre à cet en¬ 
fant. 

Délibéré a Montpellier le 15. août 
174a. Signé, F o u R n 1 g r. 

CONSULTATION XÎV. : 

Sur un œdème des deux pieds , & du bas 

des jambes , & des douleurs rhumati- 
fantes aux genoux, 

L ’Enflure œdémateufe des deux pieds, 
& du bas des deux jambes, dont 
eft attaqué depuis - quelque 
tems, 




O E M 'E 'DE C ï ~H.1L. 4* 

tems, 8c les douleurs ihumatiques- qu’iî 
foudre , fur - tout pendant l-Hivet aux 
deux genoux& -dont il relie . encore 
quelque impreffion à la partie extérieure 
du genou droit, font les productions d’uu 
fang épais & faurnuté , 8c dont la por¬ 
tion féreufe eft mêlée irrégulièrement 
-avec fes autres parties intégrantes. 

Comme dans l’examen qui -a été fait 
tle d’état de%iVifceres du bas-ventre, il 
n’a pas été permis d’y distinguer des ob- 
ftruétions fenfibles, on a droit de conclure 
•que les félidés qui entrent dans la corn* 
pofition des parties tuméfiées-, 8c fur- 
tout les vaifïèaux blancs, ont manqué de 
tefïort , 8c occafionné par ce moïen l’éx- 
travafation de la portion féreufe,ou lym¬ 
phatique la plus fine; dans le corps cellu¬ 
laire des deux pieds & du bas des deux 
jambes. La vie fédentaire que Moiifieitr 
mene depuis quelque tems n’a. pas peu. 
contribué à favorifer l’aékion des autres 
caufes. D’ailleurs les vents- auxquels 
Monfîeur eft fujet prouvent clairement 
qu’il digéré mal, & que l’élabora tian.im- 
parfaite du chyle qui fe mêle avec- le 
fang en entretient l’épailfeur , & la trop 
grande confiftance. 

Pour délivrer Monfîeur de £ès enflures 4 
Tome V, C 



jo Consultations choisies 
& de Tes douleurs rhumatiques, on doit 
le propofer de rétablir les digeftionsde 
procurer une diyifion très-douce & très- 
’ménagée à la ma fie du fang, d’en corrigea 
la faumure qui a pris le deffus , de réta¬ 
blir le mélange proportionel de la férofi- 
té avec la portion rouge & fibreufe, &: 
de redonner aux folides afïbiblis le ref- 
fort qui leur manque.. On efpere que ces 
Indications feront remplies par le moïen 
des remèdes fuivans.» 

Monfieut profitera incefiamment de la 
faifon pour aller aux bains de fables de 
la mer, ou il demeurera pendant trois 
jours , je faifant enterrer dans le fable 
bien chaud , une ou même deux fois par 
jour . les pieds , les jambes & les cuilfes 
jufqu à la ceinture. On obferyera qu’il 
foit à l’abri des ardeurs du foleil pen¬ 
dant le tems qu’il reliera dans le fable. 

Si le tems n’étoit' pas favorable pour 
aller inceflammeiat aux fables de la mer,, 
on purgeroit en attendant avec une once 
de tamarin , une dragme de rhubarbe 
concaflee 3 & autant de fei polychrefte, 

- dont on fera- une déeoétion dans deux 
grands verres de laquelle on lailîèra in- 
fufer pendant la nuit deux dragmes Sc 
demie de fenné, diiTolvant le matin dans 


r > i Meduihï. 5ï 
ïlnfufîon coulée deux onces de manne & 
aine once de fyrop de rofes folutif. Cette 
medecine fera partagée en'deux verres 
•qu’on donnera à deux heures dé diflance 
de l’une à l’autre. 

Immédiatement après Monfieur boi¬ 
ta pendant dix matins un bouillon fairavec 
un jeune poulet, une dragme de racine 
d’énula campana concaflee,& une poignée 
en tout de feuilles de creflbn de fontaine 
& de chicorée amère. On jettera dans le 
pot fur lafiin de la eodion quinze clopor¬ 
tes lavés & étouffés dans le vin blanc 9 
& on repurgera à la fin avec la même me¬ 
decine. 

Ces remèdes ne fe feroient exécutés 
qu après les bains de fables, fi Monfieur 
fe détermine à les aller prendre lans dé¬ 
lai j & on y auroit recours avant les bains 
de fable , s’il convenoit mieux d’en agir 
■de même par rapport autems qu’il fera. 

Monfieur prendra en fuite pendant 
•douze ou quinze matins une écuellée de 
petit-lait qu’on tirera £u lait de çhevre 
•caillé le foîr un peu tard avec ja préfure 
ordinaire, & qu’on féparera de fon fro¬ 
mage en le rainant égoutter pendant le 
refte delà nuit à travers un linge, pour 
le clarifier de grand matin avec le blanc 


yx Consultations choisies 
d’tguf. Ün y jettera pendant cette c1arî$. 
cation huit ou dix cloportes lavés & 
étouffés dans le vin blanc, & deuxbon- 
nes pincées des feuilles de fumeterre 9 
auxquelles on donnera une ébullition de 
quelques minutes avec le blanc d’œuf, y 
éteignant en même tems quelques mor¬ 
ceaux de fer rouilles & rougis au feu. Ou 
diiïoudra dans le petit-lait coulé un peu de 
lucre roïal, & 911 finira par la même mé¬ 
decine. 

Vers le 20 ou 25 de feptémfore , Mon- 
fieiir fera repurgé avec la même médeci¬ 
ne en deux verres, pour prendre d’abord 
après les mêmes-bouillons pendant douze 
matins ; mais ou aura la précaution cha* 
que jour de dilïcmdre dans deux ou trois 
cuillerées de ce bouillon coulé vingt- 
quatre grains de tartre chalybé foluble, 
donnant le refte du bouillon par deffus,, 
êc empiétant le même purgatif à la Üb, 
pour revenir tout de fuite à la prépara¬ 
tion de petit-lait confeiliée ci-defïus, & la 
continuer pendant une autre quinzaine 
de matins. On aura auffi recours à la 
meme médecine en deux verres. 

Pendant le cours de ces remèdes 
Monfieur ufera pour fa boiflbn, y ajou¬ 
tant un peu de vin aux repas, d’une ptL 


É> E MEDECINE. 0 

fane faite avec les’ feuilles féches de ca¬ 
pillaire St de fcolopendré , préparée k 
peu-près comme le thé ; mais on y join¬ 
dra demi - once où fix dragmes de limail¬ 
le de fer rouillé & enfermé dans un nouée - 
pour rendre la ptifane un peu plus apéri- 
tive. On changera Ce nouer dès quil aura 
fervi deux fois. 

Suppofé que les enflures réflftaflênt à 
ces- premiers remedes Monfîeur , aïant 
fait précéder le purgatif , prendra pen¬ 
dant dix matins un bouillon fait avec une 
livre &.demie de maigre de veau, ou à 
fon défaut une livre de maigre de mouton, 
coupée par tranches, deux bonnes "poi¬ 
gnées en ; tout des feuilles de chicorée 
amère, de pimpinelle,& de creflbn de fon- 
faine,qu’on aura hachées bien menu,deux 
fc ru pu les" de bonne' rhubarbe réduite en 
poudre , Si une dragme & demie de 
lafran de mars apéritif préparé à la rofée 
du mois de mai qu’on mêlera avec la 
rhubarbe , St une vingtaine de cloportes 
lavés St étoufies dans le vin blanc. 

On placera couche par couche les 
rouelles de veau ou de mouton , St les 
herbes hachées, dans un pot de terre 
d’une gradeur convenable'; on laupou- 
drera les couches avec le mélange de la 


54 CONSTJITATIONS CHOISIES 

rhubarbe &. du fafran de mars -, on em¬ 
ploiera les cloportes à proportion , & 
on continuera de même jufqu’à ce qu’il 
ne refte plus de drogues. Oh jetteradans 
le pot un verre d’ean de fontaine, êc 
l’aïant garni de fon couvercle oa 
le lutera avec du papier & une pâte fai¬ 
te avec la farine & le blanc d 3 œufs», 
Après ces précautions, on placera le pot. 
dans un bain-marie le foir , pour donner * 
aux matières contenues une ébullition de 
fix heures. On débitera le matin , & on: 
coulera avec expreffion pour faire boire 
au malade ce Bouillon, avec un degré de 
chaleur convenable. On repurgera avec 
la medecine ordinaire en quittant ces- 
bouillons. 

Pendant l’hiver, Monfieur ufera trois" 
fois la femaine dans la première cuillerée 
de foupe à l’heure de Ion dîner du fafran 
de mars apéritif préparé à la rofée dur 
- mois de: mai, à la dofe de dix grains.. 

Il eft abfokment: néceffàire que Mon- 
fieur obferve un bon régime de vivre, & 
qu’il fe nourriffc avec des potages à la 
viande, du bouilli, & du rôti, lls’abftien- 
dra des ragoûts, dé la friture , de la pâ- 
îillèçie ,. desialades, des fruits cruds, des; 

. légumes.,. & detous les alimens progrêsà 



ifÉ Mîde ei NE,. sf 
formér des vents, grofïïers, indigènes 3 
ou échauffons.^ Il boira Ton vin extrême¬ 
ment trempé mettant une cinquième ou 
une fixiéme partie de vin far l’eau ou fut 
la ptifane dont il ufera. On pourra au 
refte difloudre dans chaque bouteille de 
ptifane vingt grains de falpêtre purifié ou : 
de tartre vitriolé. 

Délibéré à Montpellier le a©, juillet 
*74 î'figw > Montagne.- 


€G N S U IL T Â TIO N XV. 

Sur me affetiion mêlanchoUque, 

L Es inquiétudes d’eftomae., les gonfle-- 
mens en plufieurs endroits du bas- 
ventre , tantôt plus douloureux , tantôt 
moins , accompagnés de douleurs 8 c de 
pefanteurs, d ? une colique mais paflagere, 
lés douleurs paflageres au genou , les pi- 
eottêmens qui fe font fentir quelquefois' 
au-devant dé la poitrine , les vents 
qu’on rend par la bouche , les glaires 
qui Ce rendent par le fondement, & qui 
ont caufé quelquefois des irritations à 
i-inteftin rectum jufqu’à procurer des 



$6 Consultations choisies 
foiblelTes ; tous ces fymptomes accom¬ 
pagnés de contention d’efprit, & de 
crainte , cara&érifent l’afFeéHon mélan- 
eholique dont Mo.nfie.ur eft atteint depuis, 
longues années. 

La caufe de toutes ces incommodités 
doit être rapportée au mauvais état on 
fe trouvent les digeftions, & à-celui tle 
la mallè du fang qui eft trop épaifle , & , 

dont ; les ' parties intégrantes' font mal 
mixtionnées en forte que la férofité ne 
s’y trouve pas mêlée exa&ement, & 
fumage , pour parler, ai'nfi. Un fang de 
pareille nature ne-rouie pas fans peine à 
travers les tuïaux capillaires , ' ce qui 
produit une- diminution des, forces/, & 5 
venant quelquefois à palier plus mal ai- 7 
fément , il occafionne des fentimens de 
douleurs palîageres , des picottemens, & 
même des battemens- en- différens en¬ 
droits. Un tel fang fournit un fuc digefo 
tif épais-, peu. en état de bien; pénétrer ■ 
les alimens & de les faire digérer , d’ou 
il s’enfuit des inquiétudes d’eftomac , des. 

. cardialgies , des ventsdes gonflement 
d’eftomac & des inteftins, des coliques * 

- des productions de glaires. 

Pour ce qui eft du gonflementœdéma?:, 
ten.x que l’on.obferve. le.foir aux jambes* 


. Medecike.. ST 

il g oie être imputé â la foibleffe géné¬ 
rale de là circulation du fang , dont là 
lymphe fe fépare aifément, & gonfle les 
vaiflèaux lymphatiques de la peau. 

Cette maladie iveft pas dangereufe , 
mais elle eft rebelle de fa nature ÿ fur- 
tout fi elle eft foûtenue. par la maniéré 
de pen fer appliquée 8 e craintive ; aulïï 
on ne fçauroit la . détruire que par un 
long ufage de remèdes & par la ceflàtion 
de contention, defprit fur fou compte. 
Cependant-comme le malade eft jeune,&: 
qu’on le flatte qu’il voudra bien cefler 
d’appréRendêr, on dbicefpérer d’en venir 
à boula 

Les vues que Ton doit avoir font de 
raccommoder les digeftions ,& de redon¬ 
ner au fàng fa fluidité naturelle, en l’incf- 
fant, le détrempant, & i’adouciflant.: 
C’eft pourquoi on commencera par la. 
potion, purgative.qui fuit» 

P V R G A Tl ON . 

Prenez fenné mondé , & rhubarbe 
choifie , de chacun unedragme , fleurs. 
cfè pêcher une pincée,,.que vous ferez in¬ 
finie r dans fix onces d’eau de fontaine, SC 
on diiToudra- dans la colature manne dêr 
G?* 



$8 CONSULTATIONS CHOISIES 

Calabre, deux onces & demie. Vous ferez: 
une potion que le malàde prendra avec: 
régime. 

Le lendemain on pafferaH’iifage des; 
bouillons fui vans. 

B O V'1 LEON, 

Prenez un morceau de cellé'tde moatoi% 
deux ou trois écreviffes de riviere, racine 
d’énula campana deux dragmcs une- 
pincée, dé fommités fleuries d hypericum,. 
&une petite pincée de fommités de petit: 
chêne. 

Aïant pris ces bouillons , dix matins .,, 
on fe purgera comme ci-deffiis pour pafe- 
fer enfake ài’ufagç. de. cette, opiate. 

O P I A T E . 

Prenez conférves dé RÿnortKodbn, 8^ 
d’énula campana, de chacune deux drag» 
mes, que vous mêlerez avec une fum~ 
fente quantité de fyropde chicorée com- 
pofé ; vous en ferez un ©piâte pourpren- 
dre le matin à, jeun-, avalant imeheure: 
aprèsun.bouilloniaitavec,;,, 



® E MEDECINE. 

B O V 1 L L O N. 

Prenez une demi livre de collet de 
mouton & une petite poignée de chicorée, 
de jardin. 

Ayant pris toute cette epiate, pn paf- 
iéra à 1’ufage de ce bouillon. 

B O V IL L O m 

Prenez un jeunepouiët, trois écrevif- 
fës de riviere , racine d cnuîa - campana 
une dragme , dix cloportes lavés 8 c 
écrafés en vie „ une poignée de chicorée 
amére de jardin , un nouet fufpendu dans 
le bouillon fait avec une demi-once dgr 
fafran de mars apéritif. Le nouet fervira: 
quatre ou cinq fois.. 

Aïant pris ces bouillons neuf matins , 
©n fe purgera avec la médecine indiquées 
pour palier enfuite à l’ufage du petit 
kit de vache, ou de chevre,qu on prendra, 
lé matin à jeun à la doze d’environ douze 
onces , ayant foin d’y éteindre quelque 
morceau dé fer rouillé & rougi au feu, fe' 
clarifiant avec le blanc d’ceuf, & lors .de 
la clarification: on y ajoutera une pincéâ-- 
de fleurs d’hypericum 3 & dix cloportes.. 


éo Consultations choisies 
On ajoutera à ce petit lait deux cuillerée© 
de.fuc de menthe &•. une cuillerée de lu¬ 
cre fin en poudre. 

Après douze jours-de;ce petit-lait , oœ 
reprendra l’opiate qui a été- preicrit-e 
ajoutant à la totalité de l’opiare deux, 
dragmes de cloportes ; procédant du reftet ^ 
comme ei deffus;. _ 

L’opiate finie.en neuf matins, on pur¬ 
gera comme il-a été dit; On pafferaenfui'-- 
te à i’ufage du lait d’âne fie , purgeant h. 
la fin p mais- chaque matin un quart' 
d’heure avant de prendre le lait,on pren¬ 
dra dans une cuillerée d’eau huit grains de 
Üàfran dè mars apéritif, , 6 c même fi le lait - 
ne pafioit pastien-^onprendrok-de deux- 
en deux jours, ou de trois en trois, en fe. 
c o uc ha n t,vi n gt- c i n q p't i fes. d e. co r ai 1 pré¬ 
paré. ' 

: Au commencement de l’été on prendras, 
dix à- douze bains domeftiqpës tiédes -, 
avalant au fortir du bain une grande ta fié 
d’infufion de feuilles féclies de citroneLr 
le en maniéré de thé. 

S’étant.-repofé.après dix à douze bains ,, 
on .prendra, les.eaux de Vais à la quanti¬ 
té de fepr ou. huit- verres chaque matin, 
obfervant de la faite dégourdir, 6 c ajour 
tant., au. .premier verre, deux onces da 



ÏVE M ■£ O I K E'. 
toanne & autant au pénultième-verre* 
le dernier jour. 

-Dix ou douze jours après on reviendra 
au demi bain comme ci-devant ,.Së enfin 
après un. pareil repos-aux eaux de Vais , 
avec les précautions.. d-deflùs. marquées:. 
Mais fi dans l’üfage de ces eaux ou des» 
bains on s’appercevok que les - enflures, 
augmentaflènt au bas des jambes , on en» 
quitterait l ufage d’abord 

L’automne prochaine on refera lès mê¬ 
mes, remèdes qpi ont. été marqués, dans- 
le printemsl 

L’hiver prochain on .fe contentera dé. 
fe purger avec la médecine marquée.- 
©n prendra»dix- fois le mQÎs le fafran de 
mars apéritif dans la première, cuillerée de * 
foupe a ladofode quinze grains, ôc tous 
les matins une rafle d’infufîon de. citrn- 
nelle en guife de thé , ou de décodion de>* 
tgmfalmm maritimum avec un peu de 
Lucre fin; 

Au furplùs on-obfervera' un régime de 
vivre exad , le tenant à la foupe , au 
bouilli, &au rôti, fans-pourtant être d’un 
£crupuleextrême,pouvant : mangerquelque 
peu de fruit bien mur &, de facile digef- 
tion comme font les fraifes^ îesprunes, 
.lesbonnes poires,. des.raifins ,. exceptant. 



€z Consultations crrofsiEâ 
pourtant le tems du laitage. Enfin 
évitera toute contention' d’efprit fg. 
tournant du côté des incommodités on, 
s egaïera, *on fe diffipera pat d’honnêtes» 
amufemens , on fuira la folitude., & oie 
montera quelquefois à cheval. 

Délibéré k Montpellier,- 

Jfgrié -, M O N TA G N E». 


CONSÜETATION XVI, 

Sur me affeiïwn hypocOndriaque.- 

"f 1 Es vents queMonfieur rend aéluel— 
JL# lement par la bouche , les ténfionss 
inquiétantes qu’il reffent à l’eftomac , & 
aux hypccHondreS j; les tîraillemens qui 
le fatiguent en différentes parties dm 
corps , les tintemens d’oreilles , les 
éblouiffemens pafiagers 3 les foiblefles; 
des jambes , lés urines crues & abondan¬ 
tes, les craquement des articulations } les» 
vomiffemens, le fuc falivaire le plus fou- 
vent aigre & quelquefois infpide, tantôt: 
épais , tantôt coulant lympide j tous» 
ees fympromesaccompagnés de beaucoup- 
ds crainte & d’inquiétude d’efgrit carac- 




ETE fcf ED EG I If!. &Ç 

ténfent ce qu’on nomme ordinairement-: 
dans le monde valeurs , êë que les M e- 
deciiis- nommmt œffeBion kypochondriaque^ 

La caufe générale- de cette maladie 
dépend du-vicedes Suides & des folides 
en général en ce que lès Suides fe trou¬ 
vent fecs 5 , épais , & acrimonieux & 
îes folides,celLà-dire les fibres tropieches 
êc tendues, & principalement quant au 
fyftême nerveux qui fe trouve capable de 
trop d’ébranlement à la moindre occa^* 
fiam^faït qu elle fpit excitée par quelque 
corps irritant', ou bien par les fluides 
quicoulenrquelquefois avec peine dans 
les vaiflèaux -, & c’eftcetétat des fluides 
& des- folides quL fufcitent la plupart dès: 
fymptomes, mais fur- tout ceux qui ca- 
raderifent: l’afleétion hypochondriaque. 

Puifque: 1 k raafïè du fangeftépaiile 
féche , & acrimonieufe, les fucs digeftifs 
font, néceffairement de la même nature 
par confisquent hors d’état de bien péné;- 
trer les- alimens, d’en bien préparer les 
fucs j, & d’en faire produire autre chofe- 
qu’un chyle épais, mal travaillé, & dénué' 
de douceur, qui entretient la maflè du 
fàng dans fes mauvaifes qualités, & la 
rend peu propre à fournir un fuc nourri¬ 
cier fin & doux pour la réparation des- 


^4 CoN-S 'J LTÀTIONS CHOISIE? 

pâmes, ainfion. le fent maigrir & afïbfo 
Blir. D’ailieurs la digeftion fe faifant: 
avec peine- 3 & fouffr anee de I'eftomac, ' 
les alimens y iéjournent trop, & s’y ail 
grillent & produifeiit quantité.de. vents.,. 
& letouteft fuivi.de tenlîon-da ventricu¬ 
le & d'irritation, jufqu’à produire bien; 
des rapports. & fouvent de légers vom i dé¬ 
mens de ces matiëres-aigres&piquantes». 

Le tempérament vif & mélancholique 
du malade.,. & for-tout les débauches dé 
la table, qu’il a foires dès fo plus tendre-- ' 
jeunefle, ont.donné lieu à tous les-déran-- 
gemens- mentionnés dés fluides- & des ; . 
folides.. La quantité d’alimens qui! pre?T 
noie. & dont iLfe furchar geoit leftomac, 
faifant produire bien des aigreurs & un v. 
chyle bien groflîer, & le vin & les liqueurs 
ardentes- rendant l’eftomae agacé 
fenfible & faifant diffipex le. fin & le - 
doux de la malle du fang: 

■Cette maladie, eft fous danger pour la - 
vie ; elle eft cependant inquiétante-, ~ 
alarmante, & rebelle aux remèdes., for*, 
tout iî l ame continue à fe travailler mal 
à propos.. Cependant, comme le malade 
efc jeune , quil n’y a rien de .vicié dans ■ 
aucun vifcerô , on a lieu d’efper er qu’il 
recouvrera la faute, pourvu qu’îl veuiiîé-- 



DE M E D E c r nr e: 
bien s J aflujettir long-tenas au régime de' 
vivre , & à une longue fuite deremedesj 
tk qu’il s’afFermifle l’efprir contre les 
vaines craintes, dont iiefr frappé; le der¬ 
nier point étant de néceffité abfoîue pour 
là guérifon , l’ame influant extrêmement 
fur le corps; 

Les indications qui le préfentent à 
remplir pour détruire cette maladie font 
de corriger les digeftions, .dedivifer fans 
fougue la malle du lang,. & celle des-flai- 
des en général, de la détremper, & de l'a¬ 
doucir. C’efls pourquoi iorfqu’on ferare- 
pofe deux ou trois jours après être arri¬ 
vé ,. on fera d'entrée lesr'remédes fui- 
vans,. On- fe purgera de cette maniéré.. 

P V R G A T I O N'. 

Prenez' poly.pocfe dé chêne une drag^ 
me tvous le. ferez bouillir dans une fuffo- 
fante quantité d’eau- de fontaine , dans 
laquelle vous ferez infufer deux drag- 
mes de fennemondé , oz rhubarbe deux: 
fcrupules, une pincée de fommités d’ab- 
fynthe * &- demi - poignée- de fleurs de 
violette. Coulez la liqueur , & enfuite 
partagez-la en deux dofes égales, qui fe¬ 
ront, prifes , laiflant eiîtr’elles une heure: 


66 CoîiSÛLTATlOÿîS' CHOISIES 

d’intervalle. Dans la première prife fait&ÿ 
diifoudre deux onces de manne , & dans 
la fécondé prife une feulement. On pren¬ 
dra deux heures après le fécond verre de . 
lia raededne un bouillon fait avec un 
poulet., 

L’on prendra enfuîte pendant- vingt; 
jours le bouillon & l’opiate fuivans ,, 
commençant par le bouillon , que l’oiv 
prendra cinq jours, enfuite l’opiate cinq; 
jours; Les bouillons feront faits ainfî. 

M O V I L L O 

Prenez'un jeune poulet, deux écrevif- 
fes de rivière ,, racine , de pivoine mâle' 
une dragme , 8 c autant, de celle d’énula- 
eampr.ua, une pincée de feuilles de petit 
chêne, .demi-poignée de feuilles de chi- 
corée*amére de jardin, demi-poignée d® 
sreflon.. * 

L’opiktefera celle-ci. 

O ¥ IA T JE . 

Prenez conlèrve de kynorrhodon St- 
d’ënul'a - campana , de chacune demt 
dragmes ; cachou , ou terre du Japon 
quatre fcrupules^ue vous mêlerez aveë 



B J, MEDï Cf N Ê» gf 

fufflante quantité de fyrop de chicorée 
eompofé. Vous ferez une opiate peur dix; 
dofes égales.. 

Après les vingt jours d’ufage, foi t des; 
Bouillons/oitdei : opiate } Monfîeur fe pur¬ 
gera comme ci-devant. Il paflèra enfuite ài 
l’ufage du petit-lait dé vache préparé avec- 
h. préfure ordinaire prenant garde qu’iL 
ne s’aigrifle. La dofe fera d’environ huit à 
- dix onces. On y éteindra quelque clou 
de la longueur du doigt rougi au feu , on: 
le clarifiera avec le blanc d’œuf, y fai fa ne 
bçuillir pendant la; clarification une pin - 
cée de fom mités flcprîês cThypericum, ôC 
l'aïant coulé on y ajoutera deux cuille¬ 
rées de fuc dé menthe de jardin, de cer»- 
feuil, de creffon d’eau,. un peu de fu? 
ere;. 

L’on prendra aufli le lait pendant dou¬ 
ze matins à jeun, après lefquels on fer 
purgera avec la medécine déjà preferite.. 

Après ces remèdes on tentera l’ufage- 
du lait d’ânefie en cette maniéré.. 

Les cinq ou fix premiers jours on n’en 
prendra que fir-à huit onces,. & on y. 
mêlera deux cuillerées de la fécondé eau 
de chaux de deux jours l’un..On prendrai 
un moment avant le lait :• 

Vingt grains de poudre de guttete,. 


. 

6S Consultations CH & ssfÉ # 
deux cuillerées d’eau de fleurs d’orangé ' 
Si b laie pafïè bien, oit en augmencerâr 
la do Te' à douze onces pendant'dix jours, 
mêlant trois cuillerées de la féconds eau. 
de chaux, 5c ufaut de la poudre de gut- 
t-ete comme ci-devant» 

Si le lait continue à- paflèr bien, on 
l’augmentera jufqu’à-fdze onces, ou l’on 
fe tiendra pendant quinze joursyen y met¬ 
tant toujours deux ou trois cuillerées de¬ 
là fécondé eau de chaux , & ufant delà 
poudre de guttete. Enfin après un bon 
mois d’ufags du lait d’ânefle ou purgera- 
comme auparîvant. 

Mais s’il ne peut- paflêr , on l’abaii* 
donnera- pour cette faifon-, fe purgeant-, 
êc l’on prendra enfuite les bouillons 
prefcritS ci-devanr»- 

Pesdant l'hiver on prendra tous les ma¬ 
tins une~ rafle de décodion de feuilles de"* 
gnafalmm maritmtm en maniéré de faugç 
ou de cittonelle, on de thé , & deuxfofs 
la femaine on- avalera avec les deux pre¬ 
mières cul Ueréès de foupe-vfegt grains de' 
poudre de guttete. Dé plus , chaque fois • 
le mois on : prendra pendant dix jours* 
vingt grains de fafran de mars apéritif 
dans la première cuiller de foupe à dîner. 
Au. grintems prochain on reprendra 


. © E MEDECIN E. £9 

tous les remedes marqués pour cette 
automne , &: on tâchera de prendrede 
lait d’ânelfe deux fois le jour ; s’il pâlie 
■bien on le reprendra encore à dix heures 
•du foir , aïant loupé avec une foupe & 
un potage 3 & s’il ne peut pas palier,ou 
prendra à deux -repriies ,à fa .place une 
trentaine de .bouillons faits avecun jeune 
poulet, la chair & le fang d’une tortue, 
..dc'deux écrevifles. • 

On fera purgé à la fin de ces bouillons 
ou bien du lait d anelè, fi on l’a pris. 

‘ L’été prochain fe paflera à‘prendre à 
clntfreprifes trente ou trente-cinq bains 
domeftique.s , avalant à la fortie du bain 
«une.talTe d’infufîon de citronelie en ma¬ 
niéré dç thé. 

L’autpmije prochaine on rép.éterajes 
îemédes faits au printems. 

Dès à prefent il convient de prendre 
le foir en fe couchant feize ou vingt 
gouttes de laudanum liquide de Syden¬ 
ham dans- deux, cuillerées d’eau jufcm’à ce 
ce que les agacemens d’ehomac îoienc 
(Calmés. 

Enfin on obfervera un bon régime de 
vivre , évitant le filé , l’épicé, l’aigre , 
Jk tout haut goût. ,On fe nourrira de 
bouilli, de.rôti, de jeune volaille, poilfoa 


'"7° C'ONSÜ'LTATIO'KS -CHOISIES 

bouilli , quelquefois au court-bouillon * 
fans -haut-goût ; on boira du vin blanc 
vieux noie dans l’eau , on fe diflïpera 
îefprit par les amufemens , évitant la fo- 
ilitude.. • 

Délibéré à Montpellier , &c. 
fig n K Lazerme, Fizes , Montagne,, 


COK SULTATION XVÏL 

Sur un aftkme caufê par des tubercules* aux 



L A difficulté aâuelle de refpirer , quî- 
cr oit plus ou moins, fuivant les dib- 
férens exercices'qmon fait , fur-tout Iorf- 
qu’on monte les efcaliers, -ou qu’on ft 
couche fans avoir foin de s’élever la tête 
êc la poitrine ; les oppreffions dont on 
fe fent de tems en tems fort incommodé 
avec toux fréquente ; &c une petite fièvre 
continue qui augmente le foir ; quelques 
fueurs vers le matin -, la diminution 
d’em bon point, & les enflures des jambes; 
tous cesfymptomes ne nous permettent 
pas de douter de la préfence de plulîeurs 
tubercules au poumon^ dont quelques* 




® E 'MeDECI S F» 
unes fuppurent. Le crachement d'hu¬ 
meurs vifqueufes 8c purulentes, & lié-- 
moptyfie qui a précédé en font des preu¬ 
ves certaines. 

La première caufè de cette maladie 
doit fe rapporter à répaiffifièment 8c à 
l'acrimonie des humeurs qui fe trouvent 
dépourvues de leurs parties baifamiques* 
ce qui occafionne des engorgemens des 
vaille aux 3 & gêne enfin la circulation du 
fan g jufqu’à faire rompre des vailîeaux 
fanguins , comme il elt arrivé dans ce 
cas , où les lymphatiques des poumons 
étant très - embarraffés ont occafionné 
f’hémoptyfie qui a procuré les fympto- 
mes marqués ci-deflùs. 

Cette maladie eft fâcheufè, mais elle 
îfl’eft pas incurable : on peut du moins 
foulager eonfidérablement le malade en 
lui faifànt obferver un régime de vivre 
tr ; ès-exad, 8c le mettant à l’ufage dg§ 
remèdes fuivans.. 

P V RG Â T / 6 N. 

Prenez tamarin gras une once ; faîtes- 
le bouillir dans douze onces d’eau de fon¬ 
taine avec une demi-once de pulpe de caf- 
fe t 8c demi-poignée de fleurs de violettes g 


7 2 CoNSUTT ATI'ONS choisies 
que Ion fera bouillir pendant un-Infant; 
Coulez le tout pour une potion que le 
malade prendra-en deux dofes. 

Le lendemain de la purgation le mala¬ 
de commencera î’ufàge des bouillons 
fuivans, qu’il continuera pendant-huit ois 
£ie.uf jours de fuite. . : - 

B O VI I LO NS, 

Prenez un jeune poulet- ; faites-le cuî- 
ïè dans une fuffîfànte quantité d’eau • fur 
la fin de la coction ajoutez quatre écrevif- 
fes de riviere , & une poignée de chicorée, 
de jardin. Après une légère ébullition, 
exprimez le tout fortement.- Vous pren¬ 
drez ce bouillon le matin à jeun. Après ce - 
'bouillon on prendra le purgatif fuivant. 

TVR G A T 1 O N. 

Prenez la décodion d’une dragme de 
rhubarbe ,*& ajoutez à la potion manne, 
de Calabre deux onces. 

A la fuite ae^ ce léger purgatif 3 le . 

1 malade prendra pendant dix jours confé- 
Æutiis un bouillon fait de la façon qu’il 
Cuit.., 

BQVILLQN 


O S M E D E C I N E. 73 

. B O V 1 LL O N. 

i 

Prenez collet de mouton cinq onces, 
la chair , le fang , le foie d’une tortue 
médiocre ; quinquina concaflé guofiîe- 
rement-, trois dragmes -, faites cuire Le 
tout dans fuffifante quantité d’eau , ayant 
foin de boucher le pot exaétenent; fur 
la fin de la coéfion ajoutez - y deux 
’écreviiles de riviere , fept ou huit feuil¬ 
les de lierre terreftre j coulez enfuite avec 
une forte expreffionj on prendra le ma¬ 
tin ce bouillon. 

Après avoir pris dix bouillons de fuite 
on paffera à l’opiate fuivante. 

O PI AT E. 

Prenez conferves de kynorrhodon 
A’énula campana, de chacune une dcmî- 
dragme ; extrait de fhubaibe, une drag¬ 
uiez antiheâique dePoterius,quatre fcru- 
pules j cloportes deux fcrupules ; bau¬ 
me de Canada un demi- gros, avec une 
fuffifante quantité dé ijrop de lierre ter- 
reftre vous ferez une opiate pour fix 
dofes. 

Le malade prendra chaque matin 
Tome T. D 



74 Consultations .choisies 
une prife de cette opiate envelopée avec 
du pain à chanter, avalant par-deflus un 
bouillon de la façon qui fuit. 

BOV IL LO N. 

Prenez demi-livre de collet de mouton, 
faites-la cuire dans fiiffifante quantité 
d’eau, i fur la fin de la coéfciou , vous-y 
.ajouterez une d,emi- poignée de pimpi? 
nelle de jardin ; après une légère ébulli¬ 
tion exprimez le bouillon. 

L’opiate finie il fe purgera avec trois 
onces de manne dans la décodion de 
bourrache, 

U pafiera enfuite. à l’ufage du petit- 
lait de vache faite avec' la préfure ordi¬ 
naire ; on le clarifiera avec le blanc d’oeuf. 
Pendant la clarification vous y ajouterez 
douze cloportes , .& une- petite poignée 
de feuilles de lierre terreifre. Dans la co- 
laturç a joutez-y ma peu de fucre..f 

Après avoir pris douze jours de fuite fe 
petit-lait préparé, comme nous l’avons 
dit, on réitérera le purgatif ordinaire. 

On fe repofera deux jours après le 
purgatif pour pafièfi a liufage des bouilr 
Ions de tortue, faits de la façon ci-def- 
fus décrite j qii en reprendra trente dé 


33 S Me » E-'C I K E. 75 

fuite. On aura foin d’avaler devant le 
bouillon cinq à fix gouttes de baume 
de Canada délayé dans une cuillère avec 
-un peu de fyrop de lierre terreftre. 

Lorfqu’on aura pris les trente bouil¬ 
lons de tortue , il faudra fe repurger 
.comme auparavant avec la décoction de 
-bourrache ou de menthe. 

On paflera l’hiver engrenant de.deux 
jours l’un cinq à fix gouttes du baume 
de Canada de la façon que nous avons 
indiqué & buvant un moment .après 
ain -bouillon fait de la maniéré fuivante. 

B O V I L L O N. 

Prenez demi-livre de collet de mouton, 

. fept à huit feuilles de lierre terreftre,& de¬ 
mi-poignée de pimpineile de jardin. 

Au commencement du printemps pro- 
chain , Monfieur le malade doit répé¬ 
ter l’ufage des remèdes que nous avons 
indiqué ci - deiîus, tenter en fuite, le lait 
4aneire } mectant à chaque prife deux cuil¬ 
lerées de la fécondé eau de chaux. Le 
foir en fe couchant il prendra vingt- 
cinq grains de corail, en continuant de 
même jufqua ce que reftomaç.fepporre 
Lien le lait, qu’on continuera un. usais & 



■ J 6 Consultations choisies ... 
on s’en trouve bien. On prendra un mo¬ 
ment avant le laïc de deux matins l’un 
cinq à fix gouttes de baume de Canada 
dans un peu de fyrop de lierre terreftre. 
On prendra au commencement, au mi¬ 
lieu , & à la fin du lait> la purgation 
avec la déco&ion de bourrache ou de 
menthe. 

Si le lait ne paflfe pas bien il faut le 
quitter , & après la purgation ordinaire 
savoir recours aux bouillons de tortue > 
qu’on prendra pendant trente jours de 
fuite, fe purgeant à la fin de la maniéré 
accoutumée. 

Pour tenir le malade tranquille pen¬ 
dant la nuit, & pour empêcher le mal de 
, faire de progrès s’il eft inquiété par la 
toux, ou l’infomnie ,on ufera du lauda¬ 
num liquide de Sydenham , commençant 
d’abord par quinze gouttes , & augmen¬ 
tant julqu’à vingt, vingt-cinq ou trente 
gouttes j fi les dofes inférieures ne pro- 
duifoient plus l’effet defité après une 
longue habitude. On commencera dès 
à préfent, 8c on continuera pendant tout 
le tems des remèdes,. 

Quoique tous les remèdes que nous 
avons confeillé nous paroifient allez coii- 
vg«ablesaumalpréfent 3 noüs fomrnes eer- 



DE MîDfCI»!. 77 

tains qu’ils auront peu defuccès fi le ma¬ 
lade n’yjeint un régime de vivre très-régu¬ 
lier. Ilefteflèntiel de faire toujours gras, 
de fe tenir à la loupe,au b'ouilîî,àu rôti, le 
tout de viande blanche, quelques bifcuits 
trempés avec l’eau teinte d’un peu de vin. 
Il faut éviter avec attention toute falure, 
aigre , épiceries, fruit cru , lalades, lé¬ 
gumes. Il eft très-elfentiel pour le mala¬ 
de dans la Ikuation ou il fe trouve d’ob- 
ferver un grand régime, fans quoi les 
remèdes ne produiront aucun effet. £e . 
malade fera enforte de fe diffiper par 
quelques exercices amufans, & non vio- 
lens. 

A Montpellier, Signé , Lazermï, 
Montagne. 


j 8 Consultations chdist&s: 


CONSULTATION XVIII. 

Sur une ardeur de poitrine y un dérangement 
d’efimac , cours de ventre , accès de 
fièvre 9 ophthalmie .. 

Tf -Es accidens qui fatiguent Moniteur 
JLsï depuis long-rem s y 8c. qui font de¬ 
venus plus eonfidérables depuis un an , fe; 
rédaifent à des. ardeurs de poitrine qui 
oceapenE touce l’étendue de cette partie 
à un.= dérangement, d’eûomac fuivi de 
beaucoup de vents;, de cours de ventre-*, 
de grouillemens. continuels fans pour¬ 
tant que h. partie foit altérée». Pendant 
deux ans. il a été iujec à -des- accès dé 
fièvre qui l’ont expofé à un long ufage 
du quinquina, enfuite à des ophthalmies, 
opiniâtres qui fans doute ont donné oc- 
cafion à. faire des remèdes... 

Tous ces. maux reconnoiflent pour 
eau Ce les mauvaiiès digeftions qu’il fait; 
actuellement qui tournent à. produire 
quantité de vents 8c de mauvais fucs. ils. 
ont encore entretenus dans cette obfti- 
nation par le mauvais état du fang, quf 
e£l. fec.épais &. acrimonieux, & qui & 





id M £ d e à i N g. - 79 

éontraéié de maUVaifes qualités pat les 
grandes contentions d’efiprit que Môn- 
fieur a fait, 6c par i’ufage nidifie ret du 
caffé. Cet état du fang a donné lie» 1 
au d efféc bernent des folides -, à des obf- 
tructions des organes de la digeftion ; 
enforte que les fines digeftifs font fournis 
épais, gluans, & acriïhoriieint, & que 
lés digeftions fe font avec fougue & im¬ 
parfaitement , dou naiffent tant de vents 
& de grouillemens. Il fe produit aufïi 
de ces maüvaifes digeftions un chyle mal 
travaillé , qui entretient journellement 
des défordres dans la maffe dès humeurs, 
li n’y a pas de lignes que la poitrine de 
Monfieur foie affectée, puifqu il n’a point 
ëraché de fang, qu’il ne touffe point, 
& que la refpiration eft libre & dégagée. 

Cettemalàdie, qui eft plus effrayante 
que dangereufe réfiftefa long - te'ms , 
à moins de remèdes appropriés 8c d’un 
bon régime de vivre exaefemement ob- 
fervé , 8c pendant long-rems. 

Les indications qui fe présentent à 
remplir font de corriger les digeftions, 
de détremper la maftè du fang, de la 
divifer doucement fans incendie,d’en tem¬ 
pérer l’acrimonie, d’en rétablir le bau¬ 
me , enfin de relâcher & affouplir le fyfi¬ 
nie des folides. D iiij 



So CONSLUÀTIOVSS CHOISIES' 

C’eft pourquoi on commencera par 
une faignée du bras de la valeur de fept 
à huit onces. On fe purgera le lende¬ 
main fuivant* 

TVR G A T 10 N. 

Prenez une once de racines de polypo-, 
de de chêneconcalTée donton fera un ver¬ 
re de décodion, & on y fera infufer un 
fcrupuie de rhubarbe, une pincée de 
fleurs de pêcher, & une pincée de petite 
abfynthe. Après FébuUidoa on y feras 
fondre manne deux onces. 

On paiïera enfuite à l’ufage des bouil¬ 
lons fui van s. 

BOV 1 LL O NS. 

Prenez un quarteron de collet de mou¬ 
ton , deux écrevifles dé riviere , une 
poignée de chicorée amére de jardin , & 
ilne bonne pincée defommités de fleurs 
d’hypéricum. 

Ayant pris les bouillons dix matins 
confécutifs, Monfieur fe purgera comme 
auparavant pour pafTer enfuite à l’ufage: 
de bouillons qui feront faits de la ma¬ 
niéré fuivante. . ■ 



EV>S M E » E G I H E. 


BOVILLONS. 

Prenez un jeune poulet, ou à ion dé¬ 
faut un morceau de mou de veau, deux 
écrevifiès de riviere, les cuilïès de trois 
ou quatre grenouilles écorchées, une 
dragme de fquine coupée par tranche , 
un fcrupule de cafcarille concaflée , 
une bonne pincée de lierre terreftre, 8c 
une poignée de chicorée verte de jardin ; 
faites un bouillon félon TArt- 

Après avoir pris dix matins ces bouil¬ 
lons, il fe purgera comme ei-deffus en fe 
mettant tout de fuite au petit-lait de va¬ 
che tiré avec la prédire , clarifié avec le 
blanc d’œuf, y ajoutant mie douzaine de 
cloportes , y éteignant quelques mor¬ 
ceaux de fer rougis au feu , & y ajou¬ 
rant deux cuillerées de lue de creflon 
ou en fa place de fumeterrebien dépurées 
& une cuillerée de fucre roïal. 

On continuera ce petit - lait pendant 
quinze ou vingt jours, après lequel teins 
on reviendra aux derniers bouillons , 
les ayant encore pris pendant dix jours ^ 
on fe purgera avec la même médecine,, 
& on reprendra le petit-lait comme au¬ 
paravant pendant le même tems. On re- 



Si' GoNS Ut-T'ATI ON -S CHOTSîfS 

viendra encore enfuite aux mêmes bouil¬ 
lons qui feront continués pendant dix; 
jours, & an même-petitriait pour la troi- 
fiémé fois v après quoi Monfieur fe pur¬ 
gera. avec la médecine ordinaire , &: 
prendra tour de foire le demi-bain do- 
meffique.- pendant dix jours lè matin ài 
jeun.. Il y. reliera environ-une Heure. M 
la fortie il-avalera une.talTe d’infufîon de- 
fouilles féiches. de citronelie en maniéré- 
de thé-; enfuite pendant fept jours à. lai 
fortie. il prendra.les bouillons foivans.. 

KOV î L LO N S. 

Prenez unjeune poulet, dêux écreviffésV 
de. riviere ,. une. poignée de cceffon , & 
une pincée de menthe de jardin.. 

Après-il reviendra aux fix demi-bains- 
comme auparavant ; enfuite à fîx- jours- 
de bouillons de poulets;, après; Iefquels;- 
fîx autres bains ;• &. encore à fept jours 
du même bouillon , puis h fîx- demi¬ 
es. 1 ' ' ' r ' ' ’ ' V ; ; 

Après tous ces- remèdes, Monfieur: 
prendra.les eaux de Cauterès , comme 
il les' a déjà, prifes , ou dès eaux der 
queîquautre,nature qui feront à por-- 
ceé ; il aura, foin d’ajouter deux, onces;* 



D £ ■ Kf E B t C T K' Z. S> 

8c demie de manne au premier verre'du 
premier jour, ôc autant au pénultième 
verre du dernier jour. Il prendra les eaux 
neuf à dix jours de fuite, & , s’il s’en 
trouve bien, après douze jours de repos, 
il les reprendra encore neuf jours, en 
ebfervant les régies que nous avons dé¬ 
jà prefcrites.. 

Vers la fin du mois de lèptembre , 
Monfieur fe purgeta comme ei-deffus , 
êc prendra en fui te pendant dix matins 
les derniers bouillons préparés comme il 
a été marqué , après lefquels il fera pur¬ 
gé , 8c pafiera à l’ufage du lait d’âneflè. If 
le prendra d’abord à une dofe d’envircm- 
douze onces , y mettant deux cuillerées 
de la fécondé eau de chaux avec un 
peu de fucre. Il en viendra péü à peu à 
une dofe d’une écuelle: fi fofl eftomac le 
foutient bien, il le continuera deux mois,, 
§c fe purgera toutes les fois qu’il fe fen- 
tira du dérangement dans fon appétit 8c 
dans fon eftomac. 

Pendant l’ufage de ce lait, il prendrai 
trois jours de la femaine une poudrs 
compofée de la maniéré fuiyante., 

D 



§4 Consultations choisies; 

P O V D R E. 

Prenez fix grains, de fafran de mars*' 
apéritif préparé à la rofée de mai s & 
huit grains 'de poudre de guttete dans la 
première cuillerée de foupe. au dîner. 

S’il a r ri voit contre notre attente que 
Moniteur ne pût pas fupportet le lait da* 
neflè , s’étant purgé il reviendroit an 
petit-lait & aux derniers bouillons com,- 
me auparavant 

Pendant tout l’hiver iî prendra dix on 
douze jours chaque mois huit grains de 
fafran de marsapéritif,& lixgraihs.de caC 
carille dans la première cuillerée de forn- 
pe de £an dîner. 

Tous ces remèdes feroient inutiles, (r 
Moniteur en gâtoit l’ufage par un. mau¬ 
vais. régime de vivre. C’elt pourquoi 
il le nourrira avec du potage, bouilli T 
rôti* des crèmes de ris & de gruau. Il 
©bfervera de fouper légèrement.S’il peut 
te mettre à l’ulàge de l’eau pour boilîcn 
ordinaire il n’en, fera que mieux; en tout 
cas il boira peu de vin & toujours bien 
trempé, point de liqueurs,.ni thé nr caf— 
té , ni chocolat. Il fe privera de fruit 
erud A de lâlades, de liqueurs x de cha- 



T) S MEDECINE. Sf 

taigoes, de fromage, de ragoûts & de tou¬ 
te forte depicerie ; & enfin de tous les ali- 
mens venteux, mdîgeftes , ou échaufFans. 
Il obfervera de donner un peu plus de 
relâche à fes études qu’il n’a fait jufqu’à 
préfent. Tl eft elïentiel qu’il combatte le 
penchant qu’il a à la méîanclrolie par la 
promenade à cheval ou à pied , par 
des compagnies propres à le diftraire 
enfin par des occupations amufantes plu¬ 
tôt que pénibles» 

Délibéré à Montpellier ce 20» février 
1746. Signé , Gh a p t a l. 


consultation XIX. 

Sur un Jkjrre au b as-ventre.. 

O N voit par la relation communi¬ 
quée que Monfieur le malade 
eft né avec un.' tempérament mélan- 
eholique , & par canféqüent ayant une 
conftitution des fluides feiche 8c acri- 
monieufe. Ces vices des fluides fe font 
augmentés dans la fuite, d’autant plus, 
qu’ayant été (üjet. depuis neuf à dix ans 
à cracher du fang, l’imagination, n’a pu 
qu’être frapée de tout cela j il eft arrive 
que la lymphe a été épuifée & a pris; 
sm caraétere d’acrimonie. 




8 # Consultations crrorsiES' 

Cela étant établi, la tumeur dure qui’ 
s’étend' depuis, le defîous du cartilage" 
xiphoide juiqu’au-deUbusilb nombril ave g: 
quelque- lentement de douleur , & doute: 
on ne marque pas la largeur 5 a fon fié- 
ge principal dans cette étendue des-muf- 
eles droits , & elîfe eflü produite par une* 
lymphe acrimonieufe épaifife qui s’eft; - 
arrêtée dans le tiffu de ces mufcles ; ce 
qui établit un skirrhe de mauvais ca~ 
radere. D’autte part comme Monfieur 
le ni a lad e e£ fujéfc depuis: neuf à dix 
ans- a une légère Kémoptÿfie « il y-a tout, 
lieu de préfumer qu’il y a au poulmon 
quelque tubercule qui gêne le cours du» 
fang , & donne lien de faire Crever- de; 
tems en tems quelques vaifiauxdont les- 
tuniques fe trouvent dilatées* 

Ces deux maladies lie font pas adueî- 
lement accompagnées dé danger *, mais 
comme chacune poutroit prendre dans 
la fuite une mauvaife tournure, il ne; 
faut rien négliger pour y apporter remè¬ 
de,&pour en prévenir les fuites fâcheufes* 
ee qu’on ne peut cependant faire que par 
une longue fuite dé remèdes,& par un bon- 
régime de vivre obfervé très long-tems 
à quoi doit fe joindre une fermeté, deJ& 
grit abfolument néceffaire ? . 



b* e- W f D---Ÿ e r & '.&» %T 
' £es vues que Ton doit avoir dans c£‘ 
cas, font de maintenir- les digeftions en- 
ion état , 8i de fkire fournir un chyle* 
doux & coulant , & de plus dancrfer. fans 
fougue la maffe des liqueurs, de la bien* 
détremper & de radoucir. G’eft pour¬ 
quoi d’entrée oirfera un faignée du-bras^ 
&- on purgera le lendemain. 

P V‘ R G A T ¥ O Ni 

Prenez polypodè de chêne une once,, 
que vous ferez légereme-nt bouillir dans? 
une livre d’eau ; vous y ferez infufèrr 
rhubarbe concaffée une dragme, fleurs de- 
pêcher une poignée ; Païant coulé & par¬ 
tagé en deux dofes égales , dans la pre¬ 
mière on y. fera fondre manne deux 
onces , & une once dans le fecond. Cette 
potion fe prendra avec régime. 

On pafiera de fuite, à l’ufagedesbouïl? 
îbns fuivans. 

B O V IL L O N S. 

Pirenez un jeune poulety r une once dé¬ 
racines de fimphitum majus , les cuifles de 
quatre grenouilles,une dragme de racine: 
de fquine coupées par tranches, une poi¬ 
gnée de piœginelle de jardin. 



88 CON-TULTATIONS CHOISIES 

Aïant pris les bouillons douze ma¬ 
tins ,on fe purgera comme auparavant y 
pour palier de fuite à l’ufage du petit-lait: 
de ehevre ou de vache, tiré avec la crè¬ 
me de tartre , y ajoutant une poignée de 
lierre terreftre, le clarifiant avec le blanc 
d’œuf félon l’art, y ajoutant un peu de 
fucre fin. 

On prendra ainfi le petit-lait le matin 
à jeun pendant un mois, avalant dans, 
deux ou trois cuillerées une poudre corn- 
pofée de la maniéré fuivante. 

P O V D R E» 

Prenez antihe&ique de Potetius & 
jfucein blanc préparés f de chacun douze 
grains. 

Aïant fini le petit - lait, on fe pur¬ 
gera comme auparavant. Quelques jours, 
après on ira aux eaux du Mont d’Or.. 
On les. boira le matin à jeun pendant 
quinze jours j mais à petite dofe,. de cinq 
à fix verres par matin , obfervant de 
prendre chaque matin , une heure après 
avoir bu, un bouillon fait Amplement 
avec un poulet d’ajouter au premier 
verre du premier jour deux onces de 
manne, & autant au dernier verre du det^ 
nier jour. 



D E M E D E C I N E. §9 

S étant repofé quelques jours on paf- 
fera àl’ufage des apozêmes fui vans. 

A P O Z E M Z. 

Prenez delà pimpinelle de jardin & 
de la véronique, de chacune une poi¬ 
gnée-, fleurs de pied de chat & de violette, 
de chacunes une pincée ton fera bouillir 
le tout légèrement pour en faire deux 
verres, à chacun defquels on ajoutera 
iyrop de lierre terreftre une once 5 otv : 
prendra le premier verre le matin à jeun 
& & le fécond quatre heures après durer. 
On les continuera quatre jours de fuite -, 
&, s’étant repofé trois jours, on prendra 
pendant dix matins à jeun un bouillon 
fait avec un jeune poulet, & une poi¬ 
gnée de pîmpinelle de jardin. 

Vers la demi feptembre on le purgera 
avec la médecine ordonnée ci - devant. 
On prendra enfuite neuf matins le petit- 
lait ordonné avec la poudre, & , s’étant 
enfuite purgé, on panera à i’ufage du lait 
d’ânelje > que l’on prendra le matin à. la 
dofe de douze ou quinze onces pendant 
deux mois , fe purgeant comme aupara¬ 
vant - x mais pendant L’uiage de ce petit- 
lait , on prendra de trois entrois matins 



9o Consultations choisies-' 

tin moment avant le lait une poudre 
eompofée avec dix grains d’antifleétique 
de Poterius,flx grains de cloportes prépa¬ 
rés,& vingt grains de corail préparé,aïanë 
délaie cette poudre dans trois cuillerées 
d’eau de fleurs d’orange. An tefte des à- 
préfent on mettra fur la tumeur dure du 
bas-ventre de la pulpe de racine d’althéa- 
on l’y laiflera au moins deux ou trois 
fleures par jour , ce que l’bn continuera? 
pendant' long^tems& y revenant de' 
tems en terris* 

Délibéré à Montpellier tfigné } F ï z-e à? 

CONSULTATION XX. 

Suite de la précédente. 

TJÂr la defeription de la tumeur dure 
JL donnée dans la première relation 
on dbrinoit lldée d’une tumeur qui s'é» 
tendoit depuis le cartilage xiphoïde juf- 
qu’an-deilôuâdu nombril-, fans dérermv 
net la largeur de la tumeur. On n’indi- 
quoit point la tenfion des vifeeres du' 
bas-ventre , aufli on ne pouvoir établir 
la. tumeur que dans une grande étendue- 



Wt MEDECINE. 9? 

des mufcles du bas-ventre , je veux dire 
«des mufcles droits; 5 mais a- préfent Mon- 
fleur *** fait remarquer que l’on apper- 
eoit depuis que le bas-ventre s’eftdiften- 
du une groffeur au foie, & Monfleur *** 
dit que l’on découvre facilement les em-‘ 
barras du foie par l’exploration , ce font 
ces termes je fuis perfuadé par tout 
cela que le foie eft affecté d’obftruétions 
dures ; mais-, comme il n’eft pas encore 
dit ni par l’un ni par l’autre , que le ma¬ 
lade ait eu ou ait la moindre idée de’ 
jaunilîe, je fuis porté à croire que les- 
embarras propres ou principaux du foie 
font dans le fyftême lympbatique des- 
vailïàux de ce vifeere plutôt que dans 
celui des. vaiflèaux biliaires, la bile pa~ 
roiffant d aîllburs coûter allez îibrementr 
dans les inteftins, püifqu’on rapporte que. 
le malade fait alTez bien les digeftions, 
& qu’on ne dit rien des excrémens. Mais- 
puifqu’on ne dit pas dans aucune des 
relations communiquées fl la tumeur du 
foie fe fait appercevoir ou à Fhypochon- 
dre droit, ou, à 1 epigaftre, if importe peu- 
pour le malade & pour le confeil de fça- 
voir fi- c efl le grand lobe du foie qui' 
eft principalement affecté, ou bien le lo¬ 
be, antérieur 3 cela n étant que. curiofité. a . 



9 i Consultations choisies? 

& ne changeant rieri au' traitement* 

Je fuis donc toujours dans l'idée 
des mauvaifes affe&ions générales de la 
maffe des fluides de Mon fleur le mala¬ 
de , & fur - tout de la portion lympha¬ 
tique. La feule différence qu i! y a dans 
cette concrétion , eft que je reconnois 
farrêt de la lymphe principalement dans 
les lymphatiques du foie , au lieu qu’au- 
paravant je me les. repréfentois dans 
les lymphatiques du mufcle droit du 
bas-ventre -, ainfl il y a beaucoup à chan¬ 
ger dans le plan de remèdes que j’ai 
déjà confeillés ; je fais pourtant obferver 
.qu'il ne faut jamais perdre de vue l’état 
du poulmon , ou je crois qu'il y a des tu- 
berculés , puifque le malade a craché & 
crache du fang ; ce qui eft actuellement 
peu de chofe, comme il a été dit dans le 
mémoire ; je crois pourtant qu’il mérite 
attention ? & que cet état du poulmon 
doit faire ménager certains remèdes, qui 
d’ailleurs parokroient très-bien convenir 
pour débarraflèr le foie, & pour humec¬ 
ter les vifceres du bas ventre ; ainfl je 
ce ferois pas trop pas d’avis d'infifter fur 
le demi - bain , qu’on dit que le malade 
prend actuellement, & cela à caufe de 
la délicateflè du poulmon qui pourroic. 



SD E MeBE.CI N JE. 9 % 

bien en fouffrir. J’eftime donc de tout 
cela, & faifant attention à tout ce que 
je comprens qui fera fait à far rivée d$ 
ma Confukation , qu’il faut que le ma¬ 
lade fe purge avec la médecine portée 
dans la première , & quil pake enfuite 
à l’ufage des bouillons fijivans. 


BOUILLONS. 

Prenez un jeune poulet, une once de 
racines de laÿœthum_ acimim , une pe¬ 
tite poignée de chicorée ame-re de jardin, 
autant de pimpinelie, fuppofant que 
le malade ne crache point de fang ac¬ 
tuellement , & qu’il îven ait craché de 
quelque tems y car autrement je lui con- 
feille le premier bouillon porté par ma 
remiere Confukatîoiv 
Aïant pris les uns ou les autres de ,ces 
bouillons fuivant la circonftànce du cra¬ 
chement ou du non' crachement de fang , 
& cela pendant neuf jourSjîemalaae pafre- 
ra enfuite à l’ufage du petit-lait marqué 
dans ma première Confukation, dans 
lequel on éteindra trois clous de fer touil¬ 
lés de la longueur du doigt rougis au feu. 

Aïant pris ce petit-lait vingt jours , 
le malade fera purgé comme auparavant. 


Consultations uHuasîEs 
je ne fais plus d’avis que le malade aille 
boire les eaux de Moût d’Or , crainte de 
quelque crevaflelymphatiqueau foie que 
la boiffon des eaux minérales po.urroit 
occallonner j mais après la purgation qui 
fuit le lait le malade prendra l’apofême 
que j’ai ordonné, & en-fuite les bouillons 
qui fuiv.ent l’apofême. 

Vers la rni - feptembre le malade fe 
purgera avec la médecine marquée^ I 
prendra en fuite dix matins les bouillons 
ordonnés dans cette derniere Çonfulta- 
tion, & fera purgé à la fin. 1-1 prendra en- 
fuite le petit-lait ordonné avec la pou¬ 
dre pendant vingt matins, après lefqueîs, 
s’étant encore purgé ,il pafièra à l’ufage 
du lait d’anefïë avec toutes les observa¬ 
tions marquées dans ma première Con- 
fultation, & il en fuîvra le relie , excep¬ 
té le caxapiafme de pulpe d’altbéa. Mais 
il l’on fient des douleurs à la région du 
foie, on la fomentera avec un linge firri- 
ple mouillé d’une déccclion de racines 
d’althéa. 

0élîbéré.à Montpellier ,fgn'e , £ i z js& 



© s M £ D -E .C I K £. 


95 


C O N SU LT A TJ ON XXL 
Sur une hydroçijie commençante. 

L E malade pour lequel on nous con- 
fuite, âgé d'environ foixante ans, eft 
depuis dix ans valétudinaire. Il a fouf erit 
‘dans diverfes faifons de vives douleurs 
dans .les cuiffes,toulIant & crachant beau¬ 
coup en hiver j préfentementil n’eft plus 
.<judKon de douleurs., mais depuis un 
mois il s’eft appercu que ion ventre eft 
enflé. Le mémoire qu’on nous a çom? 
mu niqué ne fait- aucune mention du 
'tempérament du malade, ni de fes oc¬ 
cupations , ni de fou régime de vivre 9 
ni de l’état où fe trouyoient les vifeeres 
du bas ventre avant le commencement 
de (on enflure. Ces éclairciflèmens étoiene 
néceftaires pour établir les indications 
avec plus de préciüon. Son âge déjà 
avancé, & le long dérangement de fa 
famé, prouvent aftez clairement les dé - 
•rangemens de les humeurs-, je veux dire 
le mauvais état & la foiblefïe de fes foli- 
des. Les humeurs mal travaillées ont pris 
le cara&e.re d’épaiffiffement, ce qui fait 




«HS Consultations choisies 
qu’elles font arrêtées dans le tiflu des 
vifceres du bas-venue , & y ont produit 
■des obftru&ions qui empêchent que la 
lymphe ne revienne dans les veines, & 
la font arrêter dans les vaifleaux qui en 
deviendront plus ramolis & plus diften- 
dus; dou s’enfuit lepanchement de là 
férofité dans la capacité du bas-ventre, 

. comme l’enflure de cette région , qui a 
commencé depuis un mois, fannonce. 

Comme le malade eft avancé en âge,& 
•qu’il eft depuis iong-tems valétudinaire , 
fa maladie qui a déjà fait des progrès ne 
peut être que rebelle& réfifter long- 
tems aux remèdes.. 

Les vues que Ton doit avoir dans ce 
cas, font de divifer la inafle des humeurs, 
’-d’enôter le fuperflu, de lever leurs obf- 
trudions*, de procurer, fi faire fe peut, 
î évacuation de la iérofité épanchée dans 
ia capacité d;u bas-ventre , & de rendre 
aux foliftes le reflbrt qu’ils ont pérc’u. 
Nous efperons que ces indications feront 
remplies par les remèdes fuivans. 

PV RG AT 10 N. 

Prenez fenné mondé deux dràgrnes , 
fbl végétal une dragme, rhubarbe concaf- 
• fée 



T) E M E D E C I H E. '57 

fêe une demi - dragme -, faites infafer le 
tout dans une fufïifante quantité d’eau, &: 
dans la colature faites-y fondre manne 
de Calabre deux onces , poudre de jalap 
dix grains ; faites une potion que le 
malade prendra avec régime. 

Le lendemain le malade prendra un 
bouillon fait comme on va le dire. 

B O V I L LO N, 

Prenez un quarteron de collet de mou-' 
ton, un nouer d’une dragme de rhubar¬ 
be , fafran de mars apéritif une demi- 
dragme auffi dans un nouet, racines de 
brufcus, eringium, afperges, de chacunes 
une once ; ôc dans colature ajoutez - y 
vingt grains dé tartré chalybé. 

Le malade continuera ces bouillons 
pendant fix jours, le feptiéme il fe pur¬ 
gera comme ci-devant. Après cette pur¬ 
gation il prendra les mêmes bouillons 
pendant fix jours, après lefquels, s’étant 
encore purgé comme ci-delfus, il prendra 
l’opiate fuivante. 

O P 1 AT E* 

Prenez fafran de mars apéritif huit 
Terne E 


5)8 Comsultations choisies 
grains, rhubarbe choifie & cloportes pré¬ 
parés , de chacun douze grains , jalap en 
poudre huit grains , diagréde quatre 
grains, fleurs de Tel ammoniac martiales 
cinq grains, I«e tout étant en poudre 
très fine on en fera une malle avec une 
fuffifante quantité de fyrop d’althéa de 
Fernel pour en faire dix dofes égales. 

Il continuera cette opiate pendant dix 
jours, avalant par deflus un bouillon de 
poulet altéré avec une poignée de chico¬ 
rée. Si le malade fe fentoit échauffé pat 
l’ufage de cette opiate il ne la prendroit 
. qu alternativement de deux jours l’un ; , 
prenant le jour d’intervalle le bouillon 
:feul. 

Si le malade ne pouvoit point fuppor- 
ter l’ufage de cette opiate , ou fi , après 
l’avoir finie , fon mal perfiftoit encore , 
après s’être purgé comme ci - deflus, il 
paflèroit tout dé fuite à l’ufage des bouil¬ 
lons aux bains-marie, faits de la manier^ 
. fuivante. 

BOVILLONS „ 

Prenez deux livres de maigre de veau 
coupées par tranches, rhubarbe en pou¬ 
dre une dragme, trente cloportes, de 



CE M B DE C I N ï. 99 
feuilles de chicorée fauvage & de cerfeuil 
hachées, de chacunes une poignée , de 
fleurs de fel ammoniac martiales quinze 
grains ; faites des couches dans un pot de 
terre, avec les herbes 5c les poudres & 
chairs alternativement, & que la derniè¬ 
re couche foit faite avec la chair de veau. 
A joutez-y trois cuillerées d’eau. Aïant 
bien luté le pot, vous le placerez au bain- 
marie pour faire le bouillon fuivant l : art. 
L’aïant pafle avec une forte expreiïïon,on 
le partagera en deux prifes. La première 
fera prile le matin à jeun , & l’autre à 
quatre heures après midi. On le continue¬ 
ra pendant fept à huit jours, 5c quand 
ils feront finis on purgera avec la purga¬ 
tion ordinaire. 

S’il arrive , contre notre attente , que 
l’enflure perfifte avec obftination malgré 
les remèdes, on en viendra à l’eau-de- 
vie allemande, dont on donnera une once 
& demie le matin à jeun , & on la conti¬ 
nuera trois jours de fuite. Si le malade 
s’en fentoit échauffé, on y ajouteroit une 
once d’huile d’amandes douces chaque 
fois. 

Délibéré à Montpellier , &c: 

jtgné t C H A P T À L. 


*oo Consultations choïsks 


CONSULTATION XXII, 

Sur me JdUmJfe. 

¥L eft bien certain que la jauniflè que 
_| Moniteur a depuis un moi? eft l’effet 
des embarras qui fe font formés dans te 
foie , qui s’oppofent à la fécrétion de la 
bile, la font regorger dans la maflfe des 
humeurs, & répandre dans l’habitude dq 
corps. 

Pour traiter cette maladie méthodi¬ 
quement il eft important de reconnoître 
la véritable caufe qui produit les embar¬ 
ras du foie. Les râifons fuivantes nous 
perfuadent que c’eft la conftitution réfi- 
neufe de la bile dont les parties falines 
font devenues plus groflîeres, & par 
conféquent plus propres à couler par le 
petit vaiffeau fécrétoire du foie. C’eft 
ce qui paroît démontré, i °. par le tem¬ 
pérament vif & bilieux du malade , ce 
qui paroît bien prouvé par les marques 
dartreufes que le malade eut il y a quel¬ 
ques années, êc dont il ne fut guçri que 
par le laitage & les bains d’eau de rivière? 
a,°. Le grand travail d’efprit & de corps 




3 E M E B E C I N E. IOS 
que Monfieur a fait depuis- pkûeurs an¬ 
nées n’a pas peu contribuer à faire diffiper 
les parties douces & fluides des humeurs, 
& a defféché par-là les fluides , & même 
les folides. 3 0 . On ne peut rapporter les 
embarras du foie à aucune autre caufe, 
pas même aux vices de digeftion, puifque 
le malade a confervé jufqu’ici fon appétic, 
& qu’il rend fes excrémens comme dans 
une fauté parfaite. S’il a eu quelque dé¬ 
goût avant que la jauniflè parût, s’il fent 
même de tems en tems quelque légère 
colique d’elïomac , ©n doit plutôt les 
rapporter à une partie de la bile qui peut 
fe jetter dans l’eftomac par les conduits 
fécrécoires qu’au dérangement des digef- 
flons. 

Il fuit de ce que l’on vient de dire , 
qu’on doit traiter cettfe maladie avec 
de légers apéritifs , mêlés avec beaucoup 
de délaïans & d’âdouciffans. Par ce moïen 
on détrempera plus aifément la bile, on 
donnera plus de fouplelfe aux conduits 
du foie qu’on foupçonne d’être un peu 
raccornis par le defféchement, & fi on 
pou voit fe flatter que les obftruélious du 
foie fuflent récentes^, on pourroit efpérer 
de les emporter radicalement malgré 
l’âge du malade. Mais quand même il 
E iij 


102. Consultations choisies 
refteroit quelque endroit du foie obüîrué, 
la bile pourra prendre fon écoulement 
par les autres endroits débouchés , & par 
conféquent la iànté du malade pourra fe 
rétablir. 

Comme Monfieur vient de reprendre 
les bouillons apéritifs , & qrnîl aura été 
pürgé à la fin de leur ufage , il paflfera 
tout de fuite au petit lait qu’il prendra 
comme il fuit. 

PETIT LAIT. 

Prenez feize onces de petit-lait tiré du 
lait de vache avec la préfure ordinaire * 
ou mieux la crème de tartre. On le clari¬ 
fiera avec le blanc d’œuf j éteignez - y 
quelques clous rougis. Dans la colature 
jettez-y deux cuillerées de fuc de creffon, 
autant de fuc de cerfeuil , & un peu 
de fucre. Il faut prendre ce petit - lait 
pendant douze jours, enfuite fe purger 
avec la médecine fuivante. 

P V R G A T I O N. 

Prenez fenné mondé deux dragmes , 
rhubarbe concaffée une demi dragme * 
tartre foltible une dragme*, faites bouil¬ 
lir le tout dans douze onces de décoc¬ 
tion de tamarins. Sur la fin de la coction 
ajoutez-y une pincés-defteurs de pêcher* 



T)È M ï 1> î C I K' E. ÏOf 
& dans la colature faites-y fondre manne 
de Calabre deux onces dans le premier 
verre, & dans le fécond vous mettrez une 
once de fyrop de rofes féches. Si le pre¬ 
mier verre vuidoit beaucoup le malade ^ 
on ne donneroit point le fécond. 

S’étant repofé deux jours , il prendra 
cette opiate. 

O F 1 AT È. 

Prenez fafran de mars apéritif , rhu¬ 
barbe en poudre , de chacun un fcrupule, 
poudre de cloportes , cajfialignea en pou¬ 
dre, de chacun douze grains, que l’on 
incorporera avec une fuffifante quantité 
de fyrop de chicorée compofé , & l’on 
fera une opiate pour une dofe. 

Le malade prendra par deffus cetre 
opiate un bouillon fait avec le maigre de 
veau, dans lequel on ajoutera trois écre- 
vififes ; on y jettera une poignée de fom- 
mités féches & fleuries d’hypericum , & 
Tarant fait infufer fuiïifamment, on ex¬ 
primera fortement. On prendra Topiate 
& le bouillon pendant neuf jours , fe 
purgeant à la fin. 

Deux jours après on lui donnera le pe¬ 
tit-lait préparé comme ci-delfirs pendant 
quinze jours , fe purgeant à la fin. 

E îiij 



ïOif Consultations choisies 

Pendant l’ufage de ce remede , on fera 
des fomentations fur la région du foie 
pendant une heure avec la décoction des 
plantes émollientes chaude, dans laquel¬ 
le on trempera des linges, qu’on appli¬ 
quera fur la partie en les renouvellant de 
tems, en tems.. 

Après deux jours de repos, Monfieun 
prendra le matin un verre de lait d’ânef- 
fe avec un peu de lucre. Si l’efïomac a voit 
de la peine à le fouteni'r on y ajouteroit 
deux cuillerées d’une légère infufion» 
de eanelje. A mefure que l’eltomac Ap¬ 
portera le lait on augmentera la dofe peu- 
à peu julqu’à une bonne écuellée , & on 
le prendra pendant un mois., fe pur¬ 
geant en le quittant. Pendant le tems dn 
lait le malade prendra trois fois la femai- 
ne douze-grains de fàfran de mars apé¬ 
ritif, dans la première cuillerée de foupe- 
au dîner. Pendant le relie de l’hiver if 
continuera la boilfon de l’eau ferrée , à 
laquelle on ajoutera un nouet de rhubar¬ 
be. On peut faire auffi ufage de l’infufion 
à froid- de la boule d’acier jufqu’à ce que 
l’infufion foit de couleur de petite bierre,. 
fe purgeant de tems en tems. 

Au relie, nous croïons que le cafréne* 
convient pas à Monfieur ; ainfi. iL fex% 



B E MEDECINE.- lOf, 

bien de s’en priver pendant le tems des 
jcemedes , & de n’en prendre enfuite que 
rarement , parce qu’il defleche les hu¬ 
meurs & les folides. 

Délibéré àMontpellier,_/^W } Lazerme. 


CONSULTATION XXIII. 

Dyfenterie ancienne y & compliquée de 
henterie., 

A Yant lu avec attention l’expofé qui 
X -k. nous a été remis,peftime que Mon- 
fieur le malade eft attaqué d’une vieil¬ 
le d.yfenterie , qu’il, fait les digeftions 
foiblement, que la maflè du- fâng eft 
épuifée que fon mucilage eft dirfour, 
que la férofîté y fumage , que les folides 
ont perdu généralement beaucoup de 
leur reffort , qu’en conféquence toutes 
les fondions fe font foiblement : de plus- 
que par la durée de la maladie les intes¬ 
tins ne font- prefque plus enduits de mu- 
cofité, & que leur membrane nerveufe eft 
comme à découvert & trop expofée au 
eontàd des matières qui y paflent. Voilà, 
l’état où eft.le malade., & de cet état dé.- 




ioS Consultations choisies 
taillé il eft aifé de rendre raifon de tout 
ce qui lui arrive. Au relie comme oïl 
allure qu’il n’y a pas du tout de fievre, 8c 
que d’ailleurs on n a rien vu qui marque- 
la purulence > on ne peut pas dire qu’il y 
ait des ulcérations aux inteftms, mais 
elle pourroit bien venir fl la maladie réfiy 
ftoït. Alors la fievre fente le mettroit de 
îa partie , &r le malade fe confumerom 
avec enflure des extrémités & flngulie- 
rement des inférieures. 

Pour venir à bout de cette fâcheufe 
maladie,& en prévenir les fuites funeftes* 
il faut fe propoler de rétablir les diges¬ 
tions , d ? adoucir la mafle du fang, & de 
donner du reflbrtau canal inteftinaî. C’elt 
pourquoi , fans perdre de tems, ou fe 
mettra au traitement fuivant. 

On fe purgera comme il : fuit» 

P VR G AT I O AT. 

Prenez mirabolans citrins trois dr agî¬ 
mes concaflees , dont on fera un petit 
verre de déco&ibn 3 & on y diflbudra une 
once 8c demie de manne, 8c on y ajoute¬ 
ra rhubarbe en poudre vingt grains. 

S’étant repofé deux jours , le malade 
prendra deux matins de fuite celle qui fuit» 



ï> E MEDECINE. ÏO 7 

PURGATION, 

Prenez fyropde chicorée compoféune 
once, rhubarbe en poudre vingt grains, 
dans un peu d’eau de chicorée , avalant 
une heure après un bouillon ordinaire. 
Enfuite on paflêra à i’ufage de cette 
opiate. 

O P ï AT E. 

Prenez confërves de balaufte & de ky- 
norrhodon , de chacune deux dragmes ÿ 
extrait de genievre & conferve denula- 
campana-, de chacune une dragme 
rhubarbe jféchée au four , noix mufcade 
pareillement féchée, & maftic en pou¬ 
dre , de chacün deux (crapules y racine 
d’ipécacuanha vingt grains , laudanum 
liquide de Sydenham un demi gros , que 
vous mêlerez avec fuffifante quantité de 
fyrop de rofes féches pour une opiate 
pour le befoin. 

On divifera cette opiate en neuf prifes 
égales, que l’on prendra le matin à jeun, 
avalant une heure êc demie après un 
bouillon ordinaire. Cependant on com¬ 
mencera du jour que ma Confuîtatiorï 
arrivera. On prendra tous les foirs en 
£v| 


i ç§, Consultations choisies 
couchant, jufqu’au premier jour defas- 
piate , une potion faite comme.il fuit. 

P O TI 0 Ni. 

Prenez dèmi-d'ragme de diafcordiunr,, 
quinze gouttes de laudanum liquide de.* 
Sydenham dans une.once. cTeau.de chico¬ 
rée.. 

Pendant tout ce tems omfe nourriras 
chaque jour avec une bonne foupe,dont le; 
bouillon fera fait avec, le mouton & la 
vieille volaille, n’y mettant-jamais d’hen-. 
Bes ; quelque morceau-de pain avec deux; 
Gçufs frais & un bifcuit. trempé dans, 
moitié eau- 8c moitié vin. Quelquefois à. 
gourer on prendra une tranche de pain? 
dont on fera la foupe au vin , y ajoutant, 
du fucre. & un brin de canelle. Si on a de: 
Bon.vin d’Alicante, on en boira une cuil¬ 
lerée toute pure après le dîner... 

L’opîate. finie-, on fe repofera- pendant; 
trois jours, après lefquels on fe purgera, 
avec la première medecine indiquée,& on 
pafiTera. a l’ufage dm lait djânélïe que l’ori» 
continuera pendant deux- mois-, fi on. 
peut le matin à jeun ,... commençant; 
par une petite dofe que l’on continuera, 
^augmentera peu à. peu.. On. aura, foim 



B’E M E IV E C i N F. SOf- 
Ravaler Jes huic premiers joues vingt, 
g-rains de cachou* brut en poudre avec les- 
deux ou trois premières, cuillerées de ce 
kit, ce que Ton fera enfuite de deux; 
matins l’un. Pendant tout ce tems on fe> 
ra gras , &. feulement en foupe, bouilli*, 
rôti, mangeant de là foupe au dîner, au- 
fouper, 8c toujours fans herbes, mangeant 
peu de viande fur-tout le foir ,. prenant 
d’autre fois un ou deux œufs frais après 
k foupe. On boira l’eau dégourdie avec 
un quart dé bon vin. On ne s’appliquera 
point pendant le traitement à aucua 
exercice fatigant ni échauffant. 

- Délibéré à. Montpellier x Jtgnê % E i z es*. 


CONSULTATION XXIV. 

Sur un jiflhme humide ; 

L A', maladie dont Monfeureft attaqe-é 
depuis trois ans eft un afthme humide, 
puifqu il eft atteint de tems en, tems de 
peines de refpirer, 8c de toux violentes 
qui lui font rejetter des crachats gluans 
ôc en abondance journellement, fur-tout 
AfomréveiL, dans le tems de la digefliou. 




X i o Consultations choisies 
du dîner & du foir , & que d’ailleurs on 
remarque en lui une ferre de léger aiïou- 
pi dément continuel» 

La caufe de cette maladie eft en lui un 
fang épais & un peu abondant qui lui 
force les vaifteaux du poumon , d’autant 
plus que le conduit bronchial s’étant 
trouvé foible -, il eft continuellement 
rempli de la matière des crachats épais * 
ee qui oecadonne une compreffion aux 
vaifteaux fanguins du voidnage» On ne 
fèauroit douter de cette foiblede des 
ruraux fécrétoires bronchiaux contractée • 
depuis long-tems , fi l’on fait attention 
que malgré le tempérament robufte 
dont Monfieur leConfultant eft pourvu a 
il étoit depuis long-tems fujet à s’enrhu¬ 
mer aifément. 

Ce mauvais état du fang, <k cet en¬ 
gorgement du couloir bronchial par des 
matières lymphatiques épaiffies eft entre¬ 
tenu journellement par de mauvaifes di- 
geftîons, d’où il fe produit un chyle épais 
& abondantMondeur étant trop grand 
mangeur , êc furchargeant trop l’eftomas 
par habitude. 

Quoique cette maladie paroidfe a&uei- 
lement plus fatiguante que dangereufe 
elle ne doit point être négligée , puifqas 



SïE MEDECINE. ÎÎÎ 

par les violences fecoulîes on a craché du 
îang, & que d’ailleurs il pourroit fc for¬ 
mer des tubercules au poulmon , s’ils 
n’ont déjà commencé à s’y former , ce 
qui aurore des fuites fâcheufes. 

Les vues que l’on doit avoir dans ce 
cas font de mettre les digeftîons en ré¬ 
gie, de donner de la fluidité à la maffe du 
fang en I’incifant fans fougue , & le dé¬ 
trempant doucement, de plus de libé¬ 
rer l’organe fécrétoire du poulmon de 
cette matière lymphatique épaiffie qui 
l’afflige» C’eft pourquoi on commencera 
par la faignée du bras„ enfuite on purgera 
comme il fuit» 

P V R G A T I O A r » 

Prenez racines de poîypode une once, 
qu’on fera infufer pendant la nuit dans 
deux verres d’eau furies cendres chaudes, 
fenné mondé deux dragmes, demi - poi¬ 
gnée de fleurs de pêcher, autant de vio¬ 
lettes» Le lendemain dans la coîature on 
difloudra deux onces de manne, & deux 
grains de tartre flybié foluble , & dans 
le fécond verre une once de manne , Ôc 
un grain du même tartre. 

Le lendemain de la médecine en. corn- 


m Consultations'choisies 
mencera les bouillons faits avec huit on¬ 
ces de collet de mouton , deux onces 
d’énula-campana , quinze cloportes , une 
douzaine de feuilles de lierre terreftre s 
une poignée de creiTon de fontaine. Après 
neuf jours de ces bouillons pris le matin 
à. jeun ,, on fe purgera, comme aupara¬ 
vant^ mais fupprimant le tartre ftybié s & 
on pailèraàl’ufage de l’opiate fuivante.. 

O P I AT E> 

Prenez, confèrves d’énula campana & 
& de kynorrhodon de chacune deux 
dragmes, extrait de rhubarbe une.drag ? 
me & demie, cloporteapréparés,fuccin 
blanc préparé, Scfoufre lavé , antihe&i- 
que de Poterius, & cafcarille pulvérifée*,. 
de chacun quatre fcrupules, que vous 
incorporerez avec une fuffifante quantité 
de fyrop d’érifymum. Formez, une opiate 
molle. 

La dofe de cette opiate fera de deux 
dragmes que Ion prendra le matin à jeun, 
avalant une heure après une taflè d’infu- 
fion de mélilïè ou citronelle en maniéré 
de thé.. Lorfqu on aura confomroé toute 
cette opiate, on fe purgera comme la* 
damiere fois. 



D'E M E D 1 C r N E. IT| 

Monfieur paflera le relie de l’hiver en 
prenanttous les matins à jeun une gran¬ 
de talTe d’infufion de camphorata , dont 
on fera une provifion confidérable dans 
cette ville. On peut y ajouter fi, l’on veut 
un peu de fucre fin. 

Au commencement d’avril on fera une 
faignée du feras y on fe purgera avec la 
première purgation y on prendra les 
bouillons & l’opiate comme auparavant, 
avec les deux autres purgations, placées 
comme il a été dit, & après la deuxième 
purgation qui- fuit l’opiate ©h paiera à 
l’ufage du petit-lait de chevre tiré par la 
préfure^ne l’on prendra le matin à jeun 
à la dofe d’environ, douze onces, y étei¬ 
gnant trois ou quatre clous rouillés &r 
rougis au feu. On le clarifiera avec le 
blanc d’œuf 5 8c pendant la clarification 
on y ajoutera une petite poignée de font* 
mités d’hvpericum fleuries , 8c un peu de 
fucre. '* 

Après quinze jours de ce petit lait, oa 
fè purgera comme la derniere fois pour 
palier tout de fuite à l’ufage du lait de 
chevre que l’on prendra le matin à jeun 
un mois 8c demi, obfervant d’ajouter les 
lèpt ou huit premiers jours de ce lait deux 
cuillerées de la fecondee.au dechaux ^ &. 



ii4 Consultations choisies - 
de prendre de crois en trois jours un mo¬ 
ment avant le lait la poudre fuivante. 

P O V D R E. 

Prenez cloportes préparés huit grains, 
foufre lavé dix grains, antiheétique de 
Poterius huit grains , canelle en poudre 
■quatre grains j avalant cette poudre avec 
deux cuillerées d’eau de fleurs d'orange , 
& fe purgeant en quittant l’ufage du petit- 
lait. - 

Dès à prefent & à l’avenir il faut pren¬ 
dre trois fois la femaine, en fe couchant 
le julep fuivant. 

. IV LE P, 

Prenez fyrop d’édfymum une demi-on¬ 
ce > & autant de fyrop de pavot& trois 
onces d’eau de chicorée. 

On ne fçauroir trop recommander le 
régime de vivre. On s’abftiendra de ra¬ 
goûts , de toute forte d epicerie, de tous 
alimens groffiers ou îndigeftes. On fe 
nourrira de foupe , bouilli, rôti, volaille 
blanche, évitant la chair noire. On trem¬ 
pera beaucoup la boiiTon , & on pren¬ 
dra de bon vin. 

... Délibéré à Montpellier,/^, F izes* 



CONSULTATION XXV. 


Sur un foupçon de mole dans la matrice. 

MEMOIRE. 

T "j Ne femme âgée de vingt - cinq 
ans,, d’un tempérament fanguin, 
8c mélanchoiique, eft atteinte depuis en¬ 
viron cinq mois d'une douleur qui lui oc¬ 
cupe particulièrement la région de la 
matrice, laquelle eft fouvent terminée 
par une efpéce de perte qui lui arrive ir¬ 
régulièrement & abondamment. Auffitck 
îa perte finie par lefecours du bol d’alum 
compofé que l'on eft obligé de lui don¬ 
ner , par rapport à la trop grande quan¬ 
tité de fang qu’elle rend , la douleur re¬ 
commence. Cette malade a fouvent des 
naufées dans le tems de ces douleurs , 
lefquelles naufées paroiftènt plutôt ven- 
teufes qu’autrement, püifqu en rendante 
les vents par la bouche elle fe trouve 
foulagée, & ne font fuivies d’aucun vo- 
miliement. Depuis environ trois mois on 
vs’apperçoit que fon ventre grofllt , Sc 
cette grofteur dans aucun mouvement 





ï iè CoN?ULTAT?ON‘S CH CH SSE S 
manifefte , eft telle qu'ont coutume d'a¬ 
voir les femmes enceintes à un certain 
terme de leur grofleflè ; ce qui fait con- 
jeéturer que c’eft peut - être une mole 
quelle a dans la matrice , attendu que 
mettant la main fur la région de la ma¬ 
trice on fent un corps étranger allez dur 
& gros, lequel corps tombe toujours 
du côté que la malade fe couche,. Si elfe 
eft couchée fur le dos elle tombe dans la 
capacité du baffin ; dès lors il ne parole 
plus de ventre.-Elle aies parties latérales 
& inférieures du ventre toutes variquen- 
fes, & néanmoins fans douleur. Nota 
que cette femme a eu huit enfans en fept 
couches, à toutes lefquelles groflefles 
elle a eu des pertes les quatre premiers 
mois , a la- referve d’une feule dont l’en¬ 
fant eft d’un tempérament plus robufte 
que les autres. Il eft pareillement à pro¬ 
pos de remarquer qu’à fon. pénultième 
accouchement 3 qui fut le deux août 
1751, elle fut obligée de fupprimer les 
douleurs i n’aïant. pas le. fecours de la 
Matrone, Cependant l’accouchement fut 
très-heureux. Le dernier enfant quelle a 
porté , &dont elle fut heureufement dé¬ 
livrée, ne lui a caufé aucune douleur noa< 
plus que de pertes. Après cet accouche- 



p % Med e.c i n e. 117 
Cnent les lochies ont aflèz coulé, après 
quoi elle fut pendant trois mois lans 
menftrues , ce qui lui occafionna une 
perte abondante , dans laquelle on n’a 
reconnu ni caillots ni faux germe. De¬ 
puis ce tems-là elle a toujours louiïbrt, 
principalement lu nuit, 

. REPONSE. 

Il eft fort douteux que la malade aie 
une mole dans fa matrice. La groflèur 
qu’on remarque dans cette région , qui 
eft dure au toucher , ne quadre pas à la 
mole. Il paroît même par cette cîrconfi. 
tance que c’eft une tumeur qui a fou fié-- 
ge_dans le corps de la matrice , & qui en 
fuit tous les changemens de fituation ; 
mais ce qui augmente le foupçon eft que 
la malade a deppis environ cinq mois une 
douleur dans la région de la matrice qui 
fe termine fouvent par une perte qui 
vient irrégulièrement & abondammenr. 
Toutes ces raifons font craindre que la 
matrice ne (bit intereftee, que la tumeur 
dure qu’on y remarque ne foît d’un mau¬ 
vais caractère 3 qu’elle ne fe change enfin 
en une tumeur cancereufe , qui feroir 
infailliblement des ravages : onfouhaite 


iïS Consultations choisies 
que le foupçon nefoit pas fondé , & que 
flans peu on ait des éclairciflemens fur la 
mole , telle qu’on lie puiflè douter de fon 
ëxiftence par le lait qui paroîtra aux 
mammelles, & par d’autres figues qui 
puiffent marquer lagrofleiTe Cependant il 
ne faut pas négliger cette maladie ; il faut 
faire des remedes, qui , fans nuire a la 
conception , fuppofé que la malade ait 
une mole, puifïè empêcher le progrès de 
la tumeur. Pour cet effet on eft davis de 
faire fàigner la malade du bras , & le len¬ 
demain on la purgera avec la médecins 
fuivante. 

P V RC A T 10 N. 

Prenez fenné mondé deux dragmes , 
tartre foîüble une dragme ; faites bouillir 
îe tout légèrement dans huit onces de 
fléco&îon de tamarins. Sur la fin de la 
coction vous y ferez infufer une pincée 
de femence de lin concaflee & de fleurs 
de violettes ;danslacolature on difloudra 
une once de manne, ôc une once de 
fyrop de fleurs de pêcher pour une potion. 

Deux jours après cette médecine la ma¬ 
lade prendra un bouillon comme il fuit. 



DE MEDECINE, Il£ 

B O V 1 L L O N. 

Prenez un jeune poulet fard d’une de- 
mi-once des quatre femences froides ma¬ 
jeures. Faites le cuire pendant deux heu¬ 
res dans une fiaffi faute quantité d’eau de 
fontaine pour un bouillon ; ajoutez - y 
trois écreviflès de riviere concaffées., 8c 
deux ou trois grenouilles. Faites cuire le 
tout félon l’art. Sur la fin de la coétion 
ajoutez une dembpoignée de feuilles d’ai- 
gremoine , & autant de chicorée , que 
vous ferez encore bouillir & exprimerez 
pour un bouillon. 

I,e tems de ces bouillons fera de dix 
jours, après lefquels la malade fera pur¬ 
gée avec la médecine ordinaire, & s’étant 
repofée un jour, elle prendra le matin au 
lit un verre de lait d’ânefle fraîchement 
v tiré, adouci avec un peu de fucre. A 
mefure que la malade connoîtra que fon 
eftomac s’accoutumera au lait, elle en fera 
pgu à peu augmenter la dofe jufqu a ce 
quelle en prenne une bonne écuellée, 8c 
lorfque fon eftomac y fera entièrement ac¬ 
coutumé elle foupera avec une loupe au 
lait de vache fur les fept heures. Elle 
mangera raifonnablement à dîner, fans 



ÏIO CONSULTATIONS CHOTST2S 
-pourtant trop remplir 1’eftomac. Il faur 
continuer ce lait jufqu’aux chaleurs de 
l’été deux fois par jour , fans qu’il foit né- 
cefla'ire de fe purger qu’en le quittant , à 
moins quon ne reconnoilfe qu’il s’aigrît 
dans Peftomac, mais on efpére qu’en ob- 
fervant un régime de vivre convenable , 
la malade ne fera obligée de fe purger 
que lorfqu’elle voudra quitter le lait. 

Pendant le tems de ces remèdes on exa¬ 
minera l’état delà maladie, & fur-tout 
le volume du ventre , afin d’avoir des 
éclairciffemens affûtés pour décider d’une 
maniéré plus fure fur la nature de la 
groffèur de la matrice ; cependant fi la 
malade y fent des douleurs, on confeille 
d’y faire des fomentations avec la décoc¬ 
tion de feuilles de mauve violette, de mo-. 
ïelfe,& de jufquiame; & fi malgré ces re¬ 
mèdes les douleurs font vives il faut fai- 
gner la malade, & lui donner quelque 
marcotique en dofe convenable. 

. • ■ :■■■/:. * 0 ■ - 
délibéré à Montpellier,F. ize$« 

«m 

CONSULS 



SE MEDECINE, 


IZÏ 


CONSULTATION XXVI. 

Sur une affection fcorbmlque. 

MEMOIRE. 

L E Frere Blanquiere , de la- Compa¬ 
gnie de l’Oratoire, âgé de cinquante 
ans, d’un tempérament mélancholique & 
fort délicat, a été pendant dix ans fati¬ 
gué de douleurs d’eftomac qui l’ont obli¬ 
gé à être attentif à ne prendre qu’une pe¬ 
tite quantité d’allmens, &.àles bien choi- 
fir, pour ne pas s’expofer à de trilles re¬ 
tours. Il eft vrai qu’il avoit paffé quelque 
tems tranquille à la faveur de quelques 
remèdes rafraichiflàns <3e apéritifs . mais 
il y a quatre à cinq mois qu’il lui:: fur vint 
de grandes douleurs aux lombes qui s’é- 
tcndoient jufqu’aux genoux & fur les 
jambes, & peu de jours après oit vit pa- 
roître fur les jambes des taches noires 
qui peu à peu devinrent plus larges que la 
main. Les gencives s’ulcérèrent , & les 
dents étoient toutes branlantes. Par le 
moïen des gargarifmes & des antifcoTbu- 
tiques qu’il prit pendant iong-temsles 
Tome V. F 



îil .Consultations choisies 
ulcères des gencives furent guéries, & les 
dents s’affermirent, les grandes taches 
des jambes difparurent peu à peu; il avoit 
a(Tez d’appétit, & , ce qu’il y avoit pour 
lui de 'ccmfolant,il ne fento.it aucune don- 1 
leur d’eftomac : il fe préparoit déjà pour 
aller à la campagne afin de s’y. remettre 
entièrement lorfque les douleurs des 
jambes reprirent plus violemment que 
jamais. Elles le tourmentent depuis ce 
tems fi fort que lorfqu’il veut différer de 
prendre du laudanum elles s’étendent 
jufques fur tout le côté, mais peu après 
qu’il a pris ce remède il reftedans un eab 
me parfait, il eft en état de reprendre fes 
occupations ; j’entends un petit travail 
de main, car il n’eft guéres en état de 
marcher, fans potences. Tel eft l'effet du 
laudanum , après lequel les douleurs le 
reprennent&1’obligent à recourir au mê¬ 
me remède. Cependant les gencives & 
les dents font toujours en bon état, & il 
ne paroît rien aux jambes f fon appétit fe 
foutient, fon eftomae ne fouffre point, 
il n’a jamais eu la fievre depuis cette re¬ 
chute, il a pris tous les antifcorbutiques 
dont on avoit ufé auparavant avec beau¬ 
coup de fuccès.Le petit-lait clarifié n’a pas 
été oublié ? on a toujours ajouté le cref- 



se Médecin e» j 
fon d’eau avec la fumeterre, & le bouillon 
de poulet avec les herbes àutiTcorbutï- 
ques, les écrevifiès de riviere., les bains , 
les faignées, les purgatifs ; mais tout y 
jeft inutile 0 les douleurs reviennent tou r 
jours après l’effet du laudanum, duquel 
il ne fçauroit fe paffer. 

R F F O N S E. 

~ Les taches noires que le Frere a eues 
aux jambes, les ulcères qu’il a eus aux 
■gencives, les dents branlantes, carafféri- 
fent fi bien l’aflèéHoa fcorbutique qu’on 
ne peut pas la mécqnnoître , ainfi on 
doit rapporter les' douleurs'des jambe* 
au même vice des humeurs qui a produit 
le fcorbut, & par conféquent on ne peut 
foulager le malade que par le moïen des 
remedes internes. Mais l’afrection fcor- 
butique reconnoît pour caufe une confti- 
tutiou de liqueurs, & fur-tout la lymphe, 
groffiere; féche, acrdmonieufe,'faumurée, 
ainfi que le vice ou dérangement des di- 
geftions marqué par la colique d’efto- 
mac qui a précédé, 8c produit cette mala¬ 
die , & l’a augmentée. Il faut par confé¬ 
quent s’attacher à reffifier les digeftïons , 
à donner de la fluidité aux humeurs .à les 
F ij 



ïi4 Consultations choisies 
détremper & à les adoucir. C’eft auiïlcé 
que Ton fe propofe de faire par l’ufage 
des remèdes fuivans. 

Le malade fe fera tirer du fang du bras 
environ deux palettes. Le lendemain il 
fe purgera avec la potion fuivante. 

TV RG AT 10 N. 

Prenez fenné mondé trois .dragmes t 
tartre foluble une dragme, que vous fe¬ 
rez légèrement bouillir dans douze onces 
de décoction de tamarins. Sur la fin de 
la codfcion vous y ferez infufer fleurs 
de pêcher une demi - poignée , fleurs de 
violettes une pincée, en fuite vous y fe¬ 
rez fondre trois onces de manne pour 
une potion pour deux dofès qui feront 
prifes avec régime. 

S’étant repofé un jour * le malade pren¬ 
dra les bouillons fuivans. 

B O V I L L O N. 

Prenez un jeune poulet qu’on fera 
cuire avec une fuflïfante quantité d’eau 
pour un bouillon ; ajoutez-y unedemi- 
dragme de racines d’énula^campana cou¬ 
pée en morceaux, deux écrevifles de ri- 



de Médecine. iif 
vîere. Bouchez bien le pot ôc le faites 
bouillir-pendant une heure. Sur la fin 
ajoutez-y une pincéede fleursde chicorée 
fauvage , & huit cloportes ' } coulez ôc 
exprimez le bouillon. 

Il prendra les bouillons neuf matins , 
ôc il fe purgera à la fin comme ci-defius. 
Deux jours après le malade prendra le 
matin au lit un petit verre de petit lait de 
chevre , tiré avec la préfure ôc clarifié 
avec le blanc d’œuf, où on éteindra quel¬ 
ques clous rouillés ôc rougis au feu ; on y 
fera aufîï infufer une bonne pincée de 
fommités fleuries d hypericum. L’aïant 
coulé , on y ajoutera deux bonnes cuille¬ 
rées de fucde creflfon dépurépar réfidence, 
ôc ce qu’il faudra de fucre pour l’adoucir. 
Il faudra prendre le petit - lait pendant 
douze matins, & fe purger avec la mede» 
cine ci-deflus décrite. Enfuite on prendra 
les bouillons d’écrevifies pendant neuf 
jours , en fe purgeant à la fin avec la 
même medecine. 

Et comme après ces remedes on a lieu 
de croire que l’eftomac fera en meilleur 
état, deux jours après la medecine le ma- 
Jade prendra au lit un verre de lait d’â- 
neffe fraîchement trait, ôc adouci avec 
un peu de fucre - y ôc , pour empêcher que 


îi 6 Consultations choisies 
le laie ne s’àigrixTe dans Peftomac, il pren¬ 
dra immédiatement avant le lait la pou¬ 
dre fuivante. 

P O V D RE. 

Prenez corail rouge & terre du Japon 
préparés, de chacun une demi-dragme:, 
de Pantiraoine diaphorétique un feru-pule, 
faites-en une poudre pour une dofe. 

Il continuera Pufage de cette poudre 
pendant trois femaiües, & ne la quittera 
que lorfque l’eftomac fera accoutumé au 
lait. S’il pafle bien , il pourra prendre à 
dîner une foupe au lait avec un œuf mo¬ 
le t , le foir une foupe au ris & au lait, & 
à neuf heures une écuellée de lait de va¬ 
che. > 

Comme cette maladie marque un vice 
des humeurs qui ne fe peut corriger que 
par un long ufage des remedes , le mala¬ 
de prendra les mêmes remèdes au prin- 
tems & dans l’automne de l’année pro¬ 
chaine. Il continuera Pufage du lait jus¬ 
qu’au mois de lèptembre ^ & ne prendra 
d’aliniens que trois fois par jour. S’il ne 
fe peut accommoder à la dietee blanche 
il fe nourrira avec de bons potages * 
bouilli , & rôti. 

1 Délibéré 1 à 'Montpellier,^»^, Lazerm& 



BÉ MEDECINE. 




CONSULTATION XXVIL 

Sur une ardeur d'urine d’une Religieufe de 
- Saint Benoît , âgée de dix-huit ans. 

MEMOIRE< 

A U mois d’odobre 1735 k Malade 
fuj: attaquée d’un grand rhume , ac¬ 
compagné'd’une fievre, &,le rhume paf- 
fé , il lui refta une petite fievre. La mala¬ 
de étant fu jette aux vers, on foupçonna 
que c’étoit ce qui entretenoit la fievre* 
On lui donna l’émétique. La fievre conti¬ 
nuant . on la purgea. Comme la fievre 
perfiftoit toujours.elle prit pendant vingt- 
cinq jours les amers , matin Sc foir , qui 
emportèrent la fievre. Mais il furvint une 
grande rétention d’urine nuit Sc jour Sc 
une grande tenfion dans le ventre avec 
grande cuiflon. La malade a pris piufieurs 
fois le demi bain , & à la fortie elle uri¬ 
noir beaucoup à la fois , mais un quart 
d’heure après l’irritation la prenait. Elle 
ne l’eut plus la nuit, la malade dormit 
bien. Elle a été faignée deux fois au pied 
fans fuccès : elle prit l’ipécacuanha qui 





3 l8 CoîîStTLTATIONS CHOISIES 

a emporté prefque l’irritation, & enfmte 
la malade a ufé de cachou , de c'rême de 
ris , de pti fanne de graine de lin , déraci¬ 
né de guimauve , mais il lui reftoit une 
petite envie d’uriner. A l’exception des 
trois jours que durent les régies, elle n’a 
aucun refïèntîment de Ton mal, même au 
plus fort de l’irritation. Les urines chan¬ 
gent plusieurs fois de couleur pendant le 
jour, principalement pendant le tems de 
la dîgeffion , & à quatre heures <lu foir , 
tems dans lequel tous les jours à des heu¬ 
res réglées elle rendort les urines blanches 
comme du lait. Ces urines dépofées, il y 
avoir au bas piufieursglaires. Au premier 
coup d’œil il paroiffoit que c’étoic du pust 
Couvent avant de le rendre il venoit une 
urine fort naturelle. L’ïpécacuanha aïant 
ralenti pendant un mois la grande ardeur 
d’urine , on s’en unt à l’üfage des crèmes, 
de ris & de la prifanne comme ci-deffus.Le 
mal revint en fuite avec la première vio¬ 
lence , à l’exception de la nuit. On lut 
donna l’îpécacuanha qui lui ôta les pref- 
fantes envies , & quand elle eft réglée 
elle n’en a aucune. La ficuation pré fente 
de la malade eft qu’elle conferve une 
petite envie d’uriner. Elle retient fon uri¬ 
ne fans peine, Couvent dans les déj.eétions 



elle rend des glaires. Il Te porte dans 
ce tems-là de grandes rougeurs aux joues, 
urinant fréquemment & peu à la fois. La 
malade a de fréquens rhumes au cerveau, 
il y a des tems quelle neft pas quinze 
jours fans en avoir. Elle a auffi d’extrêmes 
-foibîeflès d’eftomac , & depuis quelleelt 
réglée elle les a toujours un peu, & de 
trois en trois femaines. Depuis trois 
mois elle les a chaque mois, & lorsqu’elle 
les a elle fe plaint dune douleur dans une 
jambe. Elle n’a pas rendu de vents dans 
le cours de la maladie. Elle a été une fois 
mieux pendant les trois jours de fes ré¬ 
gies. Après trois jours de bon , la malade 
eft revenue comme auparavant. Il y a. 
deux ans qu’il lui furvint une douleur au 
côté du col avec une tumeur de la grof- 
feur d’un œuf de poule , qui fut Iong- 
tems à venir en fuppuration : elle fut ou¬ 
verte & guérie en cinq femaines. Par les 
efforts que la malade a faits pour vomir 
par le rooïen de Lipécacuanha-, il lui eft 
furvenu quelques glandes, dont l’une eft: 
groffe comme un petit œuf de pigeon, Sc 
qui pourroit fuppurer. 




136 Consultations' choisies - - 
R m PONS 

Âpres avoir examiné avec attentiou- 
lè Mémoire qu’on nous a remis , il-nous 
a paru que l’ardeur d’urine que la- malade 
a depuis quelque tems vient d’un gonfle¬ 
ment des glandes qui font en quantité au 
eol de la veffie; Cela paroît allez démon¬ 
tré par lefoulagement qu’a-procuré l’ipéL 
éacuanhaà la-malade , & par la eeflàtion. 
d’ardeur d’urine dans le tems des régies ,, 
qui n’arrivent que parce que lé fang fe 
porte en moindre quantité au col'de là 
veïïie dans le tems- qu’il fort abondam¬ 
ment par les vaiflëaux de l’uterus. Ce 
gonflement-vient en conféqiience de le- 
paiffiffement dë- la lymphe qui fefépare 
dans '.ces glandes, & j’eftime que cette 
lymphe eft naturellement épaiflie , à eau- 
fe des tumeurs que la : malade a eues au 
col il y a- deux ans, 6c des- rhumes fré- 
quens du cerveau, auxquels elle ëfl? fu jet¬ 
te. Tout ce qu’on vient de dire fur la cau- 
& de cette maladie pàroît confirmé 
par la nature des urines qu’elle rend en 
diflerens tems par les glaires qu’on y. 
remarque., 

Cette îëadiè p&urtoic avoir -dés fuites; 



B E MlDECI NE, IJI 

fècheufes,le col de la veflie pourroit s’en¬ 
flammer , & produire une rétention d’u¬ 
rine. La lymphe épaiffie qui coule de tems 
en tems des glandes engorgées dans la 
veflie, & qui produit des glaires pourroir 
lier le tartre de l’uriue, 8c produire le 
calcul. 

On efpére de prévenir ces fuites par 
les remèdes fuivans. 

On croit devoir commencer par les re¬ 
mèdes propres à fortifier l’eftomac , & à 
reétifier les digeftions enfuite on donne¬ 
ra les délaïans 8c adouciflàns ; enfin on 
fe fervira des remèdes propres a réfoudre 
les embarres des glandes , & à fortifier 
leur relfort. Dans cette vûe on purgerais' 
malade comme il fuit. 

VV KG AT 10 

Prenez fenné mondé, rhubarbe concaf- 
fée, tartre foluble , de chacun une drag- 
me, que l’on fera légèrement bouillir 
dans huit onces de décoétion de polypo-, 
de de chêne , 8c dans la colature on y 
diffoudra manne de Calabre une once 8c 
demie, 8c une once de fyrop de chicorée; 
eompofé, pour une médecine qui fera; 
prifè avec régime. 


I vj 



xfî . Consultations choisies 

Deux jours après on prendra le matin 
les. bouillons fuivans- 

bouillons» 

Prenez un jeune poulet ; faites - fe 
cuire pendant une heure dans une fuffî- 
iante quantité d’eau pour un bouillon * 
ajoutez-y deux écreviifes de riviere , une- 
dragme d’énula campana, que vous lai (fe¬ 
rez bouillir un quart d’heure ; fur la fin 
ajoutez-y une bonne pincée-de feuilles; 
de crelfon de fontaine pour un bouillon. 

Le tems de ces, bouillons fera de dix- 
jours après lefquels la madade fera pur¬ 
gée comme ci-deflus. 

Elle prendra, enfuite t : e matin au lit un 
bon verre de lait daneffë fraîchement: 
trait: avec un.peu de fucre. A mefure que 
la malade connoîcra que (on eftomac 
s’accoutume au lait elle en fera un peu 
augmenter la dofe jufquà une bonne- 
écuellée.. Afin que le laie pafie fans -s’ai¬ 
grir , la malade prendra trois fois la Ce- 
mairie, immédiatement avant la prife du 
lait, la poudre fui vante.. 

P O V D R JL 

Prenez:corail rouge &terre du Japon*,. 



DE Me'DIMHÎ. _ 
de chacun fcrupule , antimoine diapho¬ 
nique un demi-icrupule j mêlez le tout: 
pour une dote. 

La malade prendra le laie pendant deux 
mois , fè purgeant au milieu & à la fin.. 
Dès quelle fera au lait on appliquera: 
fur la région de la veffie le cataplâfme 
üiivant» 

C A 7 A? L A SM E» 

Prenez de la mie de pain, des fleurs de 
Jufquiame hachées & bouillies-dans le lait 
jufqu’à conflftenee de cataplafme , y 
ajoutant fur la fin deux jaunes d’eeuf. On 
changera le cataplafme deux fois pat 
Jour pendant dix à douze jours. 

Après le tems du cataplafme on fera: 
des injections dans la veffie avec le fuc 
de creflon tiré récemment, & dépuré 
par réfidênce. Il faut faire cette injeâdon 
avec une petite (bringue , & tiède , 8c 
pendant quelques jours, ou autant qu’on 
le jugera néceflaire. 

Pour laver la veffie 8c pour fortifier les- 
glandes defon col, pendant l’été on fera 
prendre à la malade le demi-bain. Quel¬ 
ques jours .après elle prendra les eaux 
acidulés qu’on pourra avoir dans le. 



: ï$~4 Consultations choisie? 
pais un peu dégourdies, & pendant trois 
jours, aïant foin le premier jour de dif- 
foudre dans le premier verre deux onces 
de manne-' 

L’automne prochaine la malade pren¬ 
dra les bouillons & le lait daneflè avec 
les mêmes précautions que ci-defias. 

Quant aux glandes qui font fur venues 
depuis peu , on trouve à propos de n’y 
rien appliquer pour 11 e pas empêcher la 
fuppuration. Il faut fe contenter des re¬ 
mèdes internes qui en corrigeant’ lepaif- 
filfément de la lymphe pourront en pro¬ 
curer la réfolutiom 

t Si malgré ces précautions la plus 
g.ro(lè des glandes paroît venir en fupu- 
ration, on y appliquera l’emplâtre de 
Vigo, ou le cataplafme fuppuratif. Or dès 
qu’on connoitra que la glande eft en fup¬ 
puration,. il faut l’ouvrir, 8c ne pas atten¬ 
dre qu’elle s’ouvre d’elle-même , afin de 
bien vuider le pus, 8c de l’empêcher de 
croupir,&de fufer dans les parties voifines. 
Bnfuite on panfera la plaie méthodique¬ 
ment^ 

Délibéré à Montpellier , &e. 

Jtgnê ', L AZERM 



CONSULTATION XXVIIL 


Sur une colique cteft'omac. 

I L eft bien aifé par le dérail de. la rela¬ 
tion de cette colique habituelle donc 
MademoiFelle eft attaquée depuis- plu- 
heurs années par intervalle accompagné 
de vomiftèment des alimens, & enfuite 
de bile jaune ou verre. -, il eft , dis - je , 
aifé de fe perfuader que le mal eft occa>- 
fionné par dés matières indigeftes 3 . épaif. 
Tes, vifqueufès, & gluantes, qui, venant 
à fe gonfler ; & à fe raréfier, s’attachent 
.par leur vifcofité-aux parois nerveufes dé 
î’eftomac,& doivent néceflàirement le dis¬ 
tendre., l’irriter fortement, & caufer ces 
defordr.es. Le caractère des matières qui 
forcent par .le- vomiflèment, & qui eft 
affirmé par la relation , feavoir, que 
l’accident de la colique n’arrive que lors¬ 
que MademoiFelle a mangé quelque cho- 
fe de pefant & de froid , eft une preuve 
évidente de la caule que nous venons 
d’établir , 1 & pour ce qui concerne les 
autres fymptomes qui fuivent cette ma¬ 
ladie. ou. colique, lorfqù’elle eft fin: la. fin. 



ï^ë CôNSüXTATIONS CHOISIES 

&c quelle a duré vingt-quatre heures y h 
fievre qui redouble plufieurs fois dans 
cet efpace de tems , des douleurs qui fe 
répandent dans tout le corps , fur - tout 
au bas du ventre, aux épaules -, & qui 
fe fixent enfin aux reins , de façon que 
cette première colique finit allez fouvent 
par la néphrétique , il me parort quêtons 
ces fymptomes doivent être attribués à la 
même caefe -, c’eflr-à-dire, à des matières 
mal digérées, âcres , groffieres & bilieu- 
fes qui pénétrent dans les inteftins , ôc 
les vaiflèaux chyîifiques & fanguins , 
lefquelles après avoir imprimé le même 
vice au làng & à la lymphe auffi - bien 
qu’au chyle vont embarraffer les reins,, 
les dîftendre, les irriter , & produire la 
néphrétique. 

Sur ce principe il ne fera pas difficile de- 
comprendfe que pour rémédier à cela il 
faut commencer à nettoïer ôc débarrafier 
l’eftomac & les premières voies de toutes 
les matières indigeftes & gluantes qui 
pourroient y, être amaffées, & enfuite 
s’attacher a purifier la maflè des humeurs 
de même nature qui peuvent y être atta¬ 
chées 3 ôc qui y font engagées, ôc de ré¬ 
tablir les refforts des organes de la digef- 
tion., ôc faire en forte qu’elle fe faffie fe- 



DE MEDECINE.^ î ? 7 
Ion les loix de la nature, pour éviter que 
les matières gluantes & les embarras des 
couloirs ne le renouvellent. 

Pour fatisfaire à ces indications la con¬ 
dition la plus efficace & efièntîelîe eft de 
renoncer à l’avenir à tous les alimens 
greffiers , vifqueux, pefans, âcres , pic- 
quans , & gluans, en un mot indigeftesj. 
doutant plus que cette nourriture a tou¬ 
jours été le principe & la fource de tous 
les aecidens mentionnés. Il eft d’une né- 
ceffité indifpenfable de ne prendre que 
ceux qui peuvent Te digérer aifément, & 
qui ne peuvent fureharger, ni irriter. Tels 
font le potage bien trempé , le bouilli & 
rôti, l’agneau tendre , le veau de lait, les 
poulets, les jeunes pigeons , les chapons,, 
les perdreaux , & enfin tout ce qui s’ap¬ 
pelle viande blanche , & fur - tout en 
quantité modérée , la fobriété étant auffi 
importante que le choix des alimens. Il 
faut fe contenter du dîner &dufouper, 
•de maniéré que le dernier fait plus fobre.. 
Il n’eft rien de plus efficace pour donner 
du reflort & de la force à l’eftomac, 8c 
pour le garantir de toutes fortes de mala¬ 
dies , que de fe priver de rems en tems , 
par exemple deux ou trois fois la femaina 
de fouper a ne prenant alors qu’une foui-. 



-138 Consultations choisies 
pe, ou mieux encore une croûte de pan*- 
ou quelque petit bifcuit pour boire un 
coup , au plus un {impie bouillon -, enfin 
il n’eft rien de fi fain que de fe lever de 
table avec appétit, & pour fe bien porter 
il eft eflentiel de s’abftenir de tout ce qui 
s’appelle cotation, encore plus des ra¬ 
goûts, du petit-falé, des viandes cuites aù 
four, des fucréries,des liqueurs, des fritu¬ 
res , du fromage, des fruits , des herbes 
crues, & des falades. 

La vie fédentaire eft auffi très-nuifible 
dans l’indigeftion , & fur - tout dans la 
colique d’eftomac ; au contraire l’exerci¬ 
ce eft très - néceflaire pour faire pafler 
même ta portion la plus groffiere des ali- 
mens, & pour l’empêcher de s’arrêter 
dans le fond de cet organe, en forte qu’on 
a vu plufieurs personnes guérir de cette 
maladie en montant journellement à che¬ 
val,ou fe promenant après le repas fans £è 
trop fatiguer -, cet exercice faifant circu¬ 
ler le tang du centre à la circonférence. 
Enfin il faut auffi chercher à fe diftraire 
ou à s’égaïer, ou à fe tranquilifer, afin 
.que les efprits fe répandent avec facilité 
du cerveau dans toutes les parties, & 
norammentdans Teûomac, & aident à la 
digeftion qui ne fçauroitfe faire lorfqu’ils. 



DE M ED E CINE. 132 

font retenus dans la région fupérieuxe 
par la rêverie & la triftetfe. 

Pour ce qui concerne les remèdes, je 
fuis d avis que Mademoifelle commence 
par fe faire faigner du bras le matin à 
jeun, fuppofé que le poulx foit plein 
& animé j & s’il eft petit & médiocre on 
ne la fera qu’àquatre ou cinq heures du 
foir, & une heure après elle fe fera don¬ 
ner un lavement campofé comme il fuit. 

LAVEMENT. 

Prenez une livre de décoction- de tri¬ 
pes , dans laquelle on délaiera trois on¬ 
ces d’huile d’olives. 

Le lendemain elle prendra à jeun un 
remède propre à nettoïer leftomac tel 
qu’il fuit. 

Prenez ipécacuanha trente grains, tar¬ 
tre ftybié un grain, confection de jacin¬ 
the une dragme ; faites didotidre le tout 
dans une fuffifante quantité d’eau de 
chardon - béni -, l’on en fera une potion 
que la malade prendra avec régime. 

Dès que ce remède commencera, à 
opérer on facilitera fon action en falfanr 
avaler à la malade quelques verres d’eau 
tiède, eu quelques tadès. de théXe furlen.- 



*4° Consultations choisies 
•demain au cas qu’elle ne foît pas fatiguée, 
elle fe purgera comme il fuir. 

P V R à A T 1 O N. 

Prenez fenné mondé une dragme 8c de¬ 
mie, fel de prunelle & de femences d’anis, 
de chacun une dragme, un limon coupé 
par morceaux; faites bouillir le tout légè¬ 
rement dans deux verres ou douze onces 
d’eau de fontaine, pour deux dofes; dans 
la première ajoutez-y deux onces de 
manne de Calabre; pour la fécondé, elle 
fera prife une heure après la première j 
entre chaque prife on prendra un bouil¬ 
lon fait avec quelques feuilles de chicorée 
fau^age, de credon & de bourache. 

Après les remèdes généraux , Made¬ 
moiselle ufera pendant dix jours de bouil¬ 
lons faits de la maniéré fuivante. 

BOUILLONS. 

Prenez une livre de maigre de veau 
coupée par tranches, avec une poudre 
compofée d’une dragme de rhubarbe, 
autant de cloportes s & de fel végétal ; le 
tout réduit en poudre ftibtile, ajoutant 
une bonne poignée de feuilles de chic©- 



DE MEDECINE. 14.1 

rée fauvage, demi-poignée de fommités 
de mille - pertuis, une dragme d’énula 
campana, & une pincée de fleurs de ca- 
camomille ; le tout haché bien me-; 
nu, & bien mêlé avec les drogues pré¬ 
cédentes * pour, faupoudrer toutes les 
tranches, tant deflus que deflous -, après 
quoi on le mettra dans un pot de terre 
couche par couche-, avec une grande 
écuellée d’eau de fontaine, couvrant en¬ 
fui te le pot avec un papier double bien 
Juté fur les côtés de fon couvercle ; on le 
placera au bain marie, c’eft-à-dire dans 
un chaudron rempli d’eau chaude avec du 
foin autour, le faifant bouillir à petit feu 
•bien fuivi pendant neuf heures. Coulez & 
exprimez , vous aurez deux prifes de 
bouillons dont la malade prendra une 
prife le matin à cinq heures,, & la fécondé 
à huit ou neuf heures, ne dînant que 
quatre heures après, & continuant de 
même pendant douze jours , après les¬ 
quels la malade fe purgera avec les deux 
verres de la ptifanne laxative décrite ci- 
devant. 

Après le premier remède 5 la faifon ne 
permettant pas d’en emploïer d’autres 
qui ne font pas moins convenables, 8c 
en attendant le printems, aïez du meilleur 



î.4 2 - Consultations choisies 
quinquina dont vous pourrez prendre 
chaque jour une dragme dans un verre 
d’eau avant le repas , & dîner par deflus. 
Rien de plus efficace pour ladigeftion, 
& en même tems à la place du déjeuné la 
malade prendra un bouillon fait avec un 
quarteron de collet de mouton, & autant 
de maigre de veau. Sur la fin on y jettera, 
après que îe tout aura bouilli, une demi- 
once déracinés d’althea. 

II.faut, aufïï pendant tout le cours de 
cette faifon tenir l’eftomac bien chaud , 
appliquant une ceinture molle de laine 
qui occupe jufqu’au nombril, ôc qui foie 
médiocrement ferrée. 

Dès que îe printems fera arrivé il fau¬ 
dra renouvelîer les remèdes ,- la faignée 
aubras , le vomitif, - le purgatif , les 
bouillons de maigre de veau au bain-ma¬ 
rie. Après la derniere purgation il fera à 
propos de prendre un bol apéritif Y 
floraachique, & purgatif pendant neuf 
jours. 

BOL. 

Prenez fafran de mars apéritif, fei 
d’abfinthe , cloportes, rhubarbe choifie , 
le tout pulvérifé de chacun quinze 
grains, fleurs de fèl ammoniac martiales 



D£ MEDECINE. 145 

Éx grains, avec une fuffifânte quantité de' 
fyrop de chicorée faire un boi qui fera 
pris le matin , avalant par defius deux 
ta (Tes d’infufion de thé , (k deux heures 
après un bouillon altéré avec les feuilles 
de chicorée fauvage , ou bien à fa place 
avec le crelTon de fontaine. 

Les neuf matins ou jours finis , il faut 
encore fe purger, & boire enluitle les eaux 
thermales ou chaudes, telles que celles 
de Balaruc, & les boire pendant trois 
matins a jeun à la quantité de douze à 
quinze verres dans une heure & demie de 
tems, faifant difioudte une ptife de fet 
polychrefte dans le premier verre & dans 
le dernier du ttoifiéme jour. 

Ces remèdes, avec un grand régime de 
vivre, font fuffifans pour remplir les in-? 
dications principales de netto v er, d’adou» 
cir, de purger, de débarrafler les reins. 
Jufqu’au tems des grandes chaleurs , 
pn prendra le lait de vache coupé, avec 
parties égales de chicorée. 

Les grandes chaleurs étant venues, on 
boira pendant neuf matins les eaux rrf- 
néraîes rafraîchilTantes, nitreufes , vi-. 
trioliques , & légèrement ferrées, fe 
purgeant devant &; après j & fi pendant 
le cours de ce traitement les accidens de 



144 Consultations choisies 
Colique venoient,& que la malade rifquâc 
la fyncope , il faut appaifer la douleur, 
8c réveiller le poulx , en faifant prendre 
deux ou trois grains de laudanum avec 
trois ou quatre de caftor , dans un peu de 
c-onferve de rofes , & la douleur calmée, 
déraciner la caufe par les remèdes géné¬ 
raux ; au lieu que fi la douleur eft: fup- 
portable , les remèdes doivent précéder 
les narcotiques. La décoédon de camo¬ 
mille, & les huiles adouciffantes, telle 
que celle d’amandes douces, ou de lin, 
font très-recommandées dans çetté occa-? 
îfion pour appaifer les douleurs. 

Délibéré à Montpellier , 8cc. 

figne , Lazerme. 


CONSULTATION XXIX. 

Dartres à tentrefejfon , avec dêmangeaifen. 

L Es dartres à Tentrefeflon qui fubfi- 
ftent depuis long-rems avec dé- 
mangeaifon , les trois clous ou furpncles 
que le malade a eu en même tems , & au 
même endroit, 8c la grande difpofition 
qu’il a eu aux engelures, font les effets 
d’une 



-Dï MïBKÎKE. Ï4J 

éfunes coaftitutioii du fan gepaiflè & char- 
gée de faumure, mais fur-tout dans les 
partieslymphatiques» • 

Il y a apparence que ces vices dés'fluides 
font chez lui héréditaires puifque fes 
parens font fujets aux dartres ; mais la 
vie fédentaire qu.il a menée .depuis quel¬ 
ques années, & les veilles, ont-, augmenté 
les mauvaifes qualités dés fluides au point 
où elles te trouvent à prêtent, ce qui oc- 
cafionne les maladies de la peau auxquels 
il eft fujet. 

Quoique ces maladies foient fans au*, 
cun danger pour la vie', elles.ne doivent 
pas être négligées , foit parce qu’elles 
font incommodes , foit parce ^quelles 
démontrent les vices, .énoncés des. fluides 
qui pourraient porter un jour fur quel¬ 
que vi fcêæ foit enfin, parçe. que - les 
parties voifînes de l’anus fe trouvant 
conftamment attaquées,il pourroit furve- 
nir quelque abfccs au voifiüage du fon¬ 
dement qui pourroit avoir des fuites £à- 
rcheufës; ; t. ; r au , -q 

tes vues quel’on doit avojç.ttant pour 
<di ffipec ceamaladies.que ipour; en pçç.ve- 
mi r le .retour, font sH^délater feide^ivifer 
da maife du fàiigv- & d’eü.ehaflèr là jalu- 
re, de plus de rendre le couloir cptaité 

Tome V. G 



*-'6 Co:ksuîltations choisies 
libre aux endroits aflre&és, je yeux dire à 
renier efelîon, & au voifinage de l’anus , 
aux mains & aux pieds. Suivant ce plan 
Moniteur ne peut commencer fon traite¬ 
ment qu’au commencement de février. 
J’eftitne qu’alors il doit fe faire faigner 
•du feras& le lendemain fe purger; avec 
ïe qui fuit. _ --p 

V V R G A T I O N. 

Prenez polypode de cliênedbt drag- 
mes, rhiiafearbe dëuxÆrupulesj, feljpru- 
nelfë une-dtagme' 5 • faites infnfer, avec 
une quantité sdeau :dâiis;; la 

colature déiaïez deux onces de ni aune 
pour une potion 3 qui fera prifelematia 
avec régime. " "• " - 

Il paflèra enfuite à l’ulage des bouillons 
fui-vans. -• 

-3v jei sirmuoq înear-xoL oa 

B O V I L L O N S. 

Prenez un jeune poulet, racine de 
lapMam acMum une once ^ raxine d ? énula 
campanaunedragme,, cloportes écrafés, 
u 0 . xM.-uné poîgnëe de xreffon, avec l’eau 
néceflaire pour faire un bouillon félon 
fart." " '' ’ • • - -• • : 



DE MEDECINE. 14 / 

Aîant pris les bouillons pendant dix 
matins , on fe purgera comme aupara¬ 
vant , pour palk-r à Tufage du petit - lait 
de vache, à la dofe denviron douze on¬ 
ces , le clarifiant avec le blanc d’œuf, y 
faifant bouillir pendant la clarification 
quinze cloportes écrafés en vie. L aîant 
coulé on y ajoutera un peu de "lucre . & 
deux onces de lue dépuré de crelTon. 

Ota prendra le petit - lait deux mors ; 
le matin à jeun. Au commencement d’a¬ 
vril on fera la laignée du bras,,-& ie len¬ 
demain on fe purgera comme aupara¬ 
vant. 

L’onpaflèra en fuite à l’ulàge des bouil¬ 
lons faits comme il fuit. 

B O V I L L O N S . 

Prenez coller de mouton hait onces 
les cuilîes de quatre ou cinq grenouilles 
.écorchées, deux écreviflès de rivier-epi¬ 
lées , une poignée de fpimpinelle. faites 
•bouillir le tout félon Part. 

Aîant pris les bouillons neuf matins , 
on palfera tout de fuite à lufage d’autres 
bouillons qui feront faits ainfi. 



î$8 Consultations choisies 
B O V I L L O N S. 

Prenez un jeune poulet, chair de fer¬ 
ment deux onces , une poignée de chico¬ 
rée arriére de jardin,pour faire un bouillon 
fuivant l’art. 

Après l’ufage de ces bouillons, on fe 
purgera comme auparavant pour paflfer 
à l’ulage du lait de cheyre, dont on pren¬ 
dra douze ou quinze onces le matin à 
jeun avec un peu de fucre, pendant un 
mois, Te purgeant à la fin comme aupa¬ 
ravant : mais pendant l’ufage decelait on 
prendra de trois en trois jours la poudre 
fui vante. 

P O V D R E. 

Prenez fuccin blanc dix grains, clopor» 
-tés préparés dix grains, cachou brut dou¬ 
ze grains ; délaïant le tout avec un peu 
d’eau de fleurs d’oranges. 

Pendant les chaleurs de l’été on pren¬ 
dra pendant neuf matins à jeun le demi- 
bain domeftique ; on y demeurera une 
heure, & à la fortie ôn prendra une 
grande tafle d’infuflon de méliflè ou ch- 
troneile en maniéré de thé. 

S’étant repofé cinq ou fix jours , où 



D E M E D E C I N E* 149 

prendra neuf matins les eaux de Vais à 
la quantité de fix à fept livres, y faifant 
fondre deux onces de manne dans le pre¬ 
mier verre , êc autant au dernier verre le 
dernier jour; puis on reviendra aux bains 
domeftfques pendant neuf matins, com¬ 
me auparavant. 

Mais comme actuellement les dartres 
de l’entrefeifon inquiettent, & que les 
engelures rifquent devenir , je fuis d'avis 
que l’on mette dès à prelent, & jufqu’à 
la guérifon , deux fois par jour fur les 
endroits de la dartre la poudre fui vante. 

P O V D R E, 

Prenez la pulpe de la racine de lapawm 
acutum une once , du cerat de Galien avec 
l’huile d’amande douce récente quatre 
onces , fleurs de foufre trois onces ; le 
tout réduit en poudre fine, mêlez-le pour 
faire une-poudre pour Pufage. 

Pour- ce qui eft des engelures , on oin¬ 
dra matin & foir les pieds & les mains 
jufqu’à parfaite guérifon avec le linimenc 
iuivant. 

L I N I M É N T. 

Prenez de la graille de cochon récente 
G il] 



I CO CoNS'Ul. TATIONS CHOISIES 

& non falée trois onces ; Faïant fondue, 
on y mettra la bile que contient la véfku- 
îe du fiel d’un cochon , biffant figer en- 
fuite dans un p:.trt pot pour s’en feryir au 
befoin. 

Délibéré à Montpellier > 

figné, Fixes. 


CONSULTATION XXX. 

Âfaux d’eftomac , dégoûts , vents, rapports * 
opprejfion , douleurs rhwnatiques _ 

L Es maux d’eftomae auxquels Mada¬ 
me. eft fujette, les dégoûts, les vents 
êi les rapports qui les accompagnent, la 
foibleflè & Foppreffionqui furvîennent à 
la moindre fatigue, les douleurs rhuma- 
ïiques fixées à un bras principalement * 
la, roideur & l’enflure des, pieds & des 
jambes, 8c, autres accidens dans lefquels 
il entre une complication vaporeufe , ont 
été produits dans le commencement, 8c 
font a&u.ellement entretenus , par la fé- 
ehereffe ; l’epaiffeur, 8c la faumure de la 
maflè du fang. 

On il entre point dans le détail de diê- 




de Medeciki. 15* 
férentes eaufes qui ont, contribué a-u dé¬ 
veloppement des accidens énoncés ci-def- 
(us , mais l’on voit clairement que les 
dige fiions font en defordre, ce qui eft: 
marqué par les vents , les rapports & les 
dégoûts. 

Pour traiter méthodiquement ks in¬ 
commodités pour lefquelles on demande 
confeil , on doit avoir en vue de reétifier 
ks digeflions , de rendre la maffe du fang 
plus fluide, & plus coulante , d’en corri¬ 
ger la faumure trop exaltée, & de réta¬ 
blir le mélange proportionné de la férofl- 
té avec les autres parties intégrantes du 
iang. On efpére que ces indications fe¬ 
ront remplies par le moïen des remèdes 
fui vans. 

Comme Madame vient de prendre des 
Bouillons, on commencera à la purger 
comme, il fuir. 

PURGATION. 

Prenez tamarins une once rhubarbe 
une dragme , une pincée de fommitéa de 
petit-chêne,. dont on fera unedécoélion 
pour un grand verre ; on y laiflera infufer 
pendant la nuit une dragme de knné 
mondé, diflolvant dans l’iniufioncoulée 
G iiij 



1 )Z CONSULTATIONS CHOISIES 

une once & demie de Hîanne de Calabre 
pour une-potion, 

Immédiatement après la malade pren¬ 
dra pendant fix matins ropiate r fuivante\ 
avalant par defbs chaque dofe une oa 
deux ta{fes d’infufion de feuilles féches de 
citronelle en maniéré de thé. 

O P I A T'E. 

Prenez de la conferve de kynorrhodon, 
& de-la poudre de guttete , de chacune 
une dragme &. demie , antimoine dia- 
ph or étique , 8c cachou - brut réduit en 
poudre , de chacun une dragme clo¬ 
portes préparés j & extraits de rhubarbe , 
de chacun une demi-dragmedont on 
formera une opiate avec une fuffifante 
quantité de fyrop d’abfynthe pour en 
faire fîx prifes égales pourfix matins. 

Enfui te la malade boira pendant fîx 
matins un grand verre, ou une petite 
écuellée ; de petit-lait qu’on tirera du lait 
de chevre par la préfure ordinaire, le cla¬ 
rifiant avec le blanc d’œuf, & y éteignant 
quelques doux rougis au feu.. Etant coulé, 
on y peut faire fondre un peu de fucre 
fin pour l’adoucir, & à la fin on aura re¬ 
cours à la même médecine» 



DE MEDECINE. I JJ 

Pendant les fix matins fuivans Mada¬ 
me aura recours à la même opiate avec 
lïnfofion de citronelle par defTus, ; & d’a¬ 
bord après elle recommencera l’ufage du 
petit lait prefcrft ci-delîùs, pour le conti¬ 
nuer pendant fix matins , & le terminer 
par le purgatif. 

On croit que pendant les grandes cha¬ 
leurs la malade doit fufpendre toutes 
fortes de remèdes , & s’en tenir au régi¬ 
me. L’automne prochain elle pourront 
commencer les remèdes par la même mé¬ 
decine, & boireenfuite pendant lîx ma¬ 
tins un bouillon fait de la maniéré fui- 
vante. 

B O V 1 L L 0 Ni 

Prenez collet de mouton fix onces 
racine de pivoine mâle- une dragme &: 
demie, deux écreviflès de riviere , une 
poignée en tout de chicorée amère & de 
pimpinelle. 

Après ces fix bouillons , on fe pur¬ 
gera avec la médecine ordinaire pour 
revenir pendant lîx matins à l’opiate 
propofée ci - deflus avec l’infufion de 
citronelle, & tout de fuite à la même - 
préparation du petit-lait pendant douze 
matins * aïant foin de fe purger à las 
€L t 



If4 CONSUXTATION’S CHOISIES 
fin Elle pourroit, après ces préparations^, 
fi ta douleur rhumatifmale des jambes 
ou des bras revient , aller vers le 18.. 
ou 10. oétobre à. Balaruc pour s v faire- 
donner quelques douches au bras malade- 
Elle pourroit auffitenrer de faire tremper 
les jambes jufqu’apx genoux dans l'eau- 
de la fburee qu’on auroit mife dans une- 
machine convenable , lui [aillant un peu. 
perdre la force, de fa chaleur. On ne fixe 
pas le: nombre de douches-, des bains, ni 
du bain particulier des jambes & des bras,, 
mais il ne doit pas aller au-delà de trois 
©u quatre 4 on les-fufpendroit Inême plu¬ 
tôt, s’il arrivoitle moindre inconvénient^ 

Pendant Phi ver Madame peut ufer 
trois fois là femaine à la première cuille¬ 
rée de foupe, à l’heure de Ion dîner, dur¬ 
ât poudre faîte de la maniéré qui fuit- 

P O V: D R E. 

Prenez poudre dé guttete dix grains ,, 
fefran, de mars apéritif préparé à la rofée' 
de mai dix: grains. 

Bèlîbéré. à Montpellier, ,&c. 

Jfgnk y M O N X Ai G. N e». 



CONSULTATION XXXI, 

Sur des douleurs de rhumatifme goûteux. 
MEMOIRE, 

y "y Ne fille âgée de trente mis, aïant été 
'KJ neuf'années en Efpagne , eft depuis 
environ dix ans à Luxembourg. Depuis 
la fécondé année qu’elle fut de retour 
d’Efpagne elle a été fijette tous les hi¬ 
vers' à un rhume de poitrine , avec, une 
toux fé.che, comme un'cqmmencement dé 
phthifie pendant cinq aimées confécutî- 
ves. Il y a environ quatre ans que , un 
peu après Fa Saint Jean-Baptise , il lui 
prie une douleut fi violente qu elle fut 
quinze jours dans la même fituation fans 
pouvoir fe bouger , & après pendant un 
mois elle fut obligée de marcher avec des 
béquilles.. Cet, accident efc revenu, pen¬ 
dant cinq fois * mais non pas fi violem¬ 
ment, ni.défi longue datée. Lite refiènt 
une douleur par derrière au coté gauche, 
un peu plus bas que la ceinture. Elle- 
couvre le mal avec le pouce ; & il y a 
trois ans que la douleur fe trouve dans lu 
G v] 





iÿ 6 Consultations choisies - 
même endroit. Elle y a toujours de Iæ 
douleur plus ou moins , mais depuis trois 
ans cela lui roule jufqu’à l epaule , au col, 
à la t.ête, du même: coté ou elle relient 
fon premier mal. Sa plus grande douleur 
à ptéfent effc aux genoux & aux jambes 
avec une inquiétude extrême ^ & quand 
la violence la prend il faut quelle refte 
au lit. Ce o,ui la foulage le plus, ce font 
les lavemèns y lorfqu’elle prend quel¬ 
que chofe pour faire fuer, & l’application 
du fon chauffe fur l’endroitde là douleur. 

La malade.. a pris différais . remèdes 
que M. Keller, Médecin à Luxembourg 
en Flandre., lui a ordonnés, comme aufîi. 
d’aller prendre, lès eaux de Plombières., 
ce. qu’elle a. fait cet été , mais.elle trou¬ 
ve que la caufe aeft pas otée, & elle 
appréhende que les douleurs ? ne lui re¬ 
viennent aufîi violemment qu-aupara- 
vant,.. L'a malade croit o t .ue la caufe, de 
fon mal lui vient, du froid , parce qu elle 
fbuffre beaucoup. plus en hiver qu’en étéi. 
Plus il fait chaud moins elle fouffre. 

La malade al’.eftomac très-froid., & 
qui ne fait.pas la digeftion. .Elle crache 
beaucoup de glaires ,. & fur-tout le. matin 
après quelle .a. pris. Le thé. 

H 5 y a fix ans quelle eff. fujette à des. 



de Médecins. r.57 
vapeurs hyftéciques, de forte qu’on étoit 
fouvçntesfois obligé de lu conduire dans 
fon lit. Il n’eft pas fait mention fi elles 
lui durent encore. 

REPONSE. 

Les douleurs auxquelles -MademoifeUe 
eft fujette depuis plufieurs années, fça- 
voir, à la partie gauche de la: région lom¬ 
baire, à l’épaule gauche, à la tête du mê¬ 
me côté,, aux jambes , aux genoux , font 
des douleurs de rhumatifme . goateux ^ 
dont la caufe eft une lymphe-épaiïfê & 
aèrimonienfe qui engorge les membranes 
mufcuîaires , §c les, par des iigamenteufès 
des endroits affectés. L’épaiiïiftèment de 
la lymphe eft prouvé parce qu’elle 
avoit demeuré en Efpagne, pais chaucl, 
neuf à dix ans dans, la plus tendre jeuneffe; 
quelle a pafféenfuite dans un. paï-s froid, 
fçavoir , à Luxembourg , où elle eft de¬ 
puis dix ans ; i°. en ce qu’elle fouffre en 
hiver plus qu’en été ; 3 ° en ce qu’elle -Ce 
fentfoulagée lorfqu-elle fue. L’acrimonie 
de la lymphe eft prouvée par la toux, & 
parce que la poitrine fournie fonvent des¬ 
rhumes. 

Mais comme elle efi: fusette à la: paffioa 



X5S Cossu ITAXIONS CHOISIES 

hyftérique, il fuit qu’il y a dans le fang; 
un eara&ére de féchereflfe , & qu elle a 
le genre nerveux fort tendu tk aifé à s’é¬ 
branler. 

Quoique cette maladie paroifle fans 
danger pour la vie elle ne doit pas être 
négligée , tant à raifon des incommodi¬ 
tés qu’elle occafîonne pour le mouvement, 
du corps y que parce que cette lymphe 
épaiiïie & acrimonieufe pour roi t fe por¬ 
ter un jour au poulmon , qui fe trouve 
délicat,, & occafionner laphthifie. 

Pour combattre efficacement cette 
maladie , & en prévenir les fuites fâclieu- 
fès, il faut fe propofer de corriger les 
digeftions, de délaïer la maffe du fang n 
de la divifer fans l’incendier d’en chai- 
fer la falure, & d’y jetter une douce dé* 
trempe. 

C’eft pourquoi on commeucera par une 
faignée du bras, proportionnée aux for¬ 
ces de la malade ; on la purgera enfuite - 
comme on va le dire. 

P V R G A T 1 O N.. 

Prenez p<>lypode de cMne’ une once y 
faites - la bouillir dans une foffifame 
quantité d’eau de fontaine, qui fera, té- 



B! MïBEcru-E. 
duite àdouze onces ; dans lefquelles vous 
ferez infufer une dragme de rhubarbe 
ehoifie , fleurs de pêcher & de violettes * 
de chacune une demi-poignée *, partagez: 
là colature en deux dofes , dans la pre¬ 
mière defijuelies on fera- difloudre deux: 
onces, de manne , & une dans la fécondé, 
laites une potion qui fera prïfe lematin.. 

L’on prendra le fécond verre de méde¬ 
cine deux heures après le premier , ôc 
deux heures après le fecond on prendra 
un bouillon;ordinaire.. 

Le lendemain de la purgation on com¬ 
mencera Tufage de bouillons qui feront 
faits- comme if fuit.. 

B O V I L L O N S. 

Prenez huit onces de collet de mouron,, 
deux dragmes de ratine de pivoine mâle, 
une dragme & demie de fq ai ne coupée 
par tran ches , une bonne pincée de lierre 
terreftre fêche, ou à là place une bonne 
pincée ou deux de foœmités fleuries d’hy¬ 
per icum féches, une poignée de creflon. 
de fontaine. 

Aïant pris ces bouillons neuf jours, on 
fe purgera comme auparavant pour paf- 
fer à l’ufage de l’opiate fuivante. 



itTo Consultationschoisies 


OPIATE. 

Prenez confier ves cPénuîa campana J & 
de kynorrhodon , de chacune deux drag- 
mes, extrait de rhubarbe & de genievre,. 
de chacun une dragme & demie , poudre 
de gutcete , cafcarille en poudre, racines 
de valériane faùvage, de chacun quatre 
icrupules. Faites, une opiate. molle pour 
l’ulage , avec une fuffifante quantité de 
fyrop de chicorée compcfé. 

L’on prendra le matin à jeun deux: 
dragmes de cette opiate ,. avalant une 
heure après un bouillon fait comme il 
fuit. 

B O V I L L O JST., 

Prenez collet de mouton fix onces,.une- 
petite poignée de chicorée de jardin \ fai¬ 
tes cuire Le tout pour un bouillon. 

Aïant pris cette opiate fix matins , 011 
palier a tout de fuite à i’ufage du petit- 
lait de vache tiré par lapréfure & clarifié 
par le blanc d’œuf,. y mettant quelques 
cloportes, & une poignée de petit, chêne. 
L’aïant coulé , on y ajoutera un peu de 
fucre. La. dofe de ce petit - lait fera, de: 
douze onces»- 



DE -M e DECIDE, ’ r£'I 

Aïant pris ce petit lait pendaut fîx 
mâtins, on reviendra à 1 ufage de l’opiare 
Sx autres matins comme auparavant'* 
après ïefqüels on prendra üx matins le 
même petit-lait, enfuite de quoi on fe 
purgera avec la médecine déjà prefcrite. 

Le refte de l’hiver , & jufqu’à mi- 
avril, on prendra pendant tous les matins 
à jeun une grande taflê d’infufion de mé- 
liflè en maniéré de tbéavec'un peu de fu- 
ere , û Ton veut. Vers la mi-avril on Te 
purgera avec la médecine ordinaire -, on 
prendra enfuite le matin les bouillons ful- 
vans douze matins de fuite- 

BOUILLON.\ 

Prenez huit onces de maigre de veau £ 
les cuilîès de quatre ou cinq grenouilles-, 
trois écrevîflès de rivière pilées en vie , 
une dragme & demie de racine d’énula 
campana , une poignée de pimpinellede 
jardin. 

Après ce bouillon on fe purgera avec 
la médecine déjà ordonnée , comme au¬ 
paravant ; enfuite on paflera à l’ufage da 
lait de chevre, q.ue l’on prendra le matin 
à jeun avec un peu de fucre jufqu’aa 
commencement du mois de juillet, obfer- 
vaut ce qui fuit.. 



itfz Consultât ions cHorsifs 

x°. D ajouter les huit premiers jours 
dans la prîfe du lait deux cuillerées de la 
fécondé eau de chaux ; de prendrfe 
le relie du tems de trois en trois jours- 
un moment avant le lait une poudre eom- 
pofée de la maniéré fuivante. 

POUDRE. 

Prenez quinze: grains de cachou brut , 
dix grains d’antiheffcique de Potérius , 
huit grains de fuccin. blanc, & huit grains 
de cloportes préparésavalant cette pou¬ 
dre dans un peu d’eau de. fleurs d’oranges. 

Au relie , toutes les fois que les dou - 
leurs feront vives , 3 il faut prendre vingt 
ou vingt-cinq gouttes de laudanum liqui¬ 
de de Sy denham dans une cuillerée d eau 
de fleurs d’oranges. 

Pour ce qui eli du régime de vivre , il 
eft eflentiel. On fera toujours gras», mais 
feulement en foupe, bouilli, rôti , falant 
très-peu les alimens, & ne les épiçant pas» 
Il faut éviter l’aigre. La boiflon fera 
d’eau teinte avec un peu de vin rouge 
bien mur , fur-tout qu’il ne foit point ai¬ 
gre , & on aura foin cfe fe défendre con¬ 
tre le froid. 

Délibéré à Montpellier, fkc » figne t Fizes. 



SE MEDECINE. 




CONSULTATION XXXIL 

Sur des douleurs en diffèrens endroits du 
corps* 

A Près avoir porté attention à la rela¬ 
tion de Moniteur , & aux conver¬ 
sations que no us avons eues fur fa façon 
de vivre , j’eftime qu’il n’eft plus qneftion 
de virus- véroiîque , mais que toutes les 
dcraleurs & incommodités dont il fe 
plaint font, produites en conféquen- 
ee de la mquvaife conftitution de la 
mafle du fang , & far-tout de fa portion 
lymphatique, qui pèche par la fécherefïè 
éc l'acrimonie. 

Les vues qu’il faut avoir dans <:e cas 
font de tenir les digeftions en bon état, 
de bien délaie r & humeârer la malTe des 
fluides , d'en ehaflèr lès fefe , & de l'a¬ 
doucir. 

C’eft pourquoi d’entrée on commence¬ 
ra par fàigner Monfieur , tirant du bras 
environ fept onces de fang. On le pur¬ 
gera le lendemain de la maniéré fuivanta 





1^4 Consultations choisies 
P V R G A T I O N. 

Prenez polypode de chêne une once; 
qu’on fera infufer la nuit fur les cendres 
chaudes avec deux grands verres d’eau de 
fontaine ; enfuite on y ajoutera follicules 
de fenné deux dragraes-, rhubarbe con- 
caflfée deux fcrupules, & demi-poignée de 
fleurs de violettes. Axant affezdnfufé, on 
fera fondre le matin dans la première 
moitié deux onces de manne, & dans 
la fécondé une once pour prendre avec 
régime. 

L’on paflèra enfuite à l’ufage des bouil¬ 
lons faits avec les ingrédiens fuivans, 

BOVILLON. 

Prenez collet de mouton flx onces , la 
chair, le fang* le foie d’une tortue mé¬ 
diocre ou de deux petites deux écrevifles 
de riviere écrafées en vie, une poignée 
de pimpinelle pour un bouillon. 

Aïant pris les bouillons pendant neuf 
matins, on Ce purgera avec la même 
médecine déjà ordonnée , ou bien an 
palTera à l’ufage du petit-lait fans fe pur¬ 
ger * ce qui dépendra des circonfiances. 



S£ Mehigire. 


'H 

PETIT-LAIT. 

Prenez un demi- feptier de petit-lait de 
chevre -, on le clarifiera avec blanc d'œuf; 
il en faut mettre deux blancs , -y, faifant 
bouillir pendant la clarification dix clo¬ 
portes écrafés en vie , une pincée de 
feuilles féches de lierre terreftre. L’aïant 
coulé on y jettera un peu de fucre. 

Aïant pris ce.petit-lait pendant douze 
matins , on fe purgera comme aupara ¬ 
vant, pour pafièr énfuite-à l’ufage du lait 
de chevre 5 que l’on prendra le matin à. 
jeun à la dofe de demi-feptier , augmen¬ 
tant de moitié , avec un peu de fucre, 
continuant l'ufage de ce lait jufqu’à la fin 
de juin, & Te purgeant , en quittant le 
lait, avec la médecine ordinaire. 

Pendant l’ufage de ce lait on prendra 
de trois en trois matins , un moment 
avant le lait, la poudre fui vante. 

P O V D R E. 

Prenez fuccin blanc liuit grains, ca¬ 
chou brut douze grains, poudre de gut- 
tete dix grains ; aïant délaïé cette poudre 
dans trois ou quatre cuillerées .d’eau de 
fleurs d’oranges. 



r&6 Consultations choisies 

Au commencement de juillet on com¬ 
mencera à prendre les bains domeffiques 
pendant neuf matins-à jeun , c’eft-à-dire 
îe demi-bain. On y demeurera une heure, 
$c à la Ibrtîe on avalera une grande tafle 
d’infufioii de mélillè en maniéré de thé , 
avec un peu de lucre fin. 

S’étant repofé fept ou huit jours , en 
prendîa le matin les eaux d’Yeufet â la 
dolè de deux pots chaque matin. On boi¬ 
ra ces eaux dégourdies, ajoutant au pre¬ 
mier verre deux onces & demie de man¬ 
ne , & autant au dernier verre le dernier 
four; - 

Sept ou huit jours après avoir fini ces 
eaux, on reviendra aux mêmes demi- 
bains domeftiqnes,-que ion prendra suffi 
pendant nèuf mâtins. 

Enfin on oblervera un bon régime de 
vivre , faifant gras pendant tout le rems 
de l’ufàge de ces remèdes , mais feule¬ 
ment en foupe, bouilli, r-oti, ne falant 
prefque pas les alimens , 8c ne les épiçant 
jamais. • • - ' V; 

On boira le vin bien mûr , 8c toujours 
en le uoïant d’eau , 8c l’on le diffipera 
l’efprit par des amufemens honnêtes. On 
évitera fur - tout les fortes occupations 
d’efprit. 



de Médecin e. ; 167, 

Délibéré, à Montpellier le 20 avril 1744, 
; ; S i .z £ s- 


CON S U LT ATI O N XXXIIL 

Sur me pajfion hyftéricjue. ' ; 

G N a examiné avec beaucoup d’atten¬ 
tion ce qui eft arrivé pendant deux 
attaques .que Madame a eifiriées en cette 
ville .depuis qu’elle y eft arrivée , 5 c on 
-observe -que dans chacune. elle : a , pa(X| 
fous differens états, - j v ;; :; 

, Pans la première U furvînt un trouble 
5 c un embarras dans la tête , avec des ri- 
raillemens douloureux dans cette partie, 
fur, tout poftérieurement , une humeur 
fambre 5 c noire, undégoûpext-rêtne pour 
la fociété :& la compagnie,' un abattement 
général des forces -, des crépitations plus 
ou .moins douloureufes dans les vifccres 
du bas-ventre, avec un froid extraordi¬ 
naire -dans cette capacité & dans les ex¬ 
trémités inférieures, un ennui, ou plu¬ 
tôt un mépris de la vie „ mêlé de grandes 
i«quiétudes qui excécroient toutee'fperauce 
de reftôurce ou de guérilon des maux pré- 
fens, faifant regarder la mort comme le 




iéS Consultations choisies 
feu! bien a le propofer, & corïmie- ïé feul 
moïen pour terminer tant de fatalités , 
■une infomnie des plus incommodes avec 
des longes des plus lugubresqüitrou- 
bloient le lommeil quand il le prefentoic, 
Quatre ou cinq jours , ou quelques uns 
de plus .ou de moins paffés , l’humeur 
noire 5c fombre fembloit tomber, & la 
tête reprendre une partie de fâ liberté. 
La plupart de ces âcddens lubfîftoient à 
peu - près dans la même force. Il s en 
préfentoit d’autres , comme’ font les 
crampes très-facheufes, qui font accom¬ 
pagnées de mouvemens convulfifs dans 
les Bras ", le ‘vîlàge , & autres' parties , 
avec des cris violens & perçans, ce qui 
arrivoit quelquefois dans le premier pé¬ 
riode ; une - vivacité - qui rend Madame 
fufceptible T des imprelîions même'un peu 
outrées au moindre bruit qu’elle .entend, 
5c au moindre événement nouveau , 
quoique d ailleurs très indifférent. Cette 
fenfibiüté jette Madame dans des fenfi- 
bilités 5 de Pâme où elle a befoin dé fa 
douceur naturelle, & de là bonne éduca¬ 
tion , pour né pas fe livrer a des mouve- 
inens où la fougue ou l’emportement 
pourroient avoir quelque part. Elle eft 
en même tems- tourmentée, d’un dégoût 
pour 



de Médecin e. 169 
pour toutes fortes d’alimens , par des 
maux de tête, par des gonflemens d’efto- 
mac , & par d’autres accidens dont le 
détail eft inutile -, & qui finiffoient tota¬ 
lement avec le paroxylme. 

Pour peu d’attention que Ion fade aux 
lymptomes annoncés , on verra qu’ils- 
établirent parfaitement le caractère d’une 
affeclion vaporeufe mélancolique, qui 
porce quelque chofe avec elle d’hyftérî- 
que ; on conclura de plus que cette ma¬ 
ladie a été produite dans le commence¬ 
ment , & qu'elle eft aâruellement entre¬ 
tenue, par la trop grande confidence a la 
fécherefle, & l’acrimonie de la maftè du 
fàng , & par la difpofition fpâfmodique 
de tout le genre nerveux. 

L’état des liqueurs que l’on vient d’é¬ 
tablir a été d’abord une -fuite du tempé¬ 
rament vif & fenfible de Madame , mais 
il a extrêmement augmenté par les re¬ 
mèdes violens dont elle a fait ufage , Sc 
par les évacuations longues & forcées 
qu’ont caufé les chagrins auxquels Ma¬ 
dame a été expofée. L’opiniâtreté de ces 
maux , la trifteftè, & pluûeurs paffions 
de lame qui le font jointes à toutes ces 
circonftances, ont beaucoup contribué 
au progrès du vice des fluides ôc dés foli* 
Tome F. H 



17© Consultations choisies 
folides dont il a été parlé. 

Le battement continuel que Ton re¬ 
marque dans l’artére méfenrérique fupé- 
rieure, en touchant le bas-ventre , & la 
tumeur circonfcrite & douloure'ufe 
quand on la preflfe, & que l’on juge pla¬ 
cée dans le méfentere , reconnoilïâut la 
même caufe, marquent un defordre par¬ 
ticulier dans la lymphe. 

Pour fuivre les régies de la bonne pra¬ 
tique dans le traitement des accidens aux¬ 
quels Madame eft fujette depuis environ' 
douze ans , on doit fe propofer d’entre¬ 
tenir bien les digeftions en régie , de 
procurer une divilîon douce & ménagée à 
la malle du fang, d’en corriger l’acrimo¬ 
nie trop exaltée , d’allouplir le fyllême 
des folides , & de modérer la force r la 
vivacité des olcillations du genre ner¬ 
veux. 

Le Confeil regarde les remèdes fuivans 
comme les plus propres à remplir ces in¬ 
dications. 

Comme les faignées ne produifent pas 
d’elFets gracieux dans les attaques vapo- 
reufes , on n’a pas jugé à propos de les 
cmploïer encore, fe réfervant de le faire 
lorfque l’état dupoulx , la vivacité de la 
malade le permettront, ou que le manque 



BE MedECIKE. 17I 
des évacuations menftruelles pourra 
l’exiger. 

On a commencé par une médecine , 
dans laquelle on afaitentrer la rhubarbe, 
un peu de follicules de féné , & de 
manne. Ce remède a été fuivi pendant 
onze ou douze jours d’un bouillon fait 
comme il fuit. 

B O V I L L O N. 

Prenez un morceau de maigre de veau, 
la chair, le fang , le foie d'une tortue, la 
racine de valérianne & de pivoine mâle , 
quelques feuilles de chicorée arnére , 8c 
de crelîon de fontaine, & douze clopor¬ 
tes lavés & étouffés. ' 

Madame a fait ufage pendant quelques 
jours du petit-lait de vache clarifié avec 
.le blanc d’œuf, y faifant bouillir quel¬ 
ques cloportes avec les fleurs de tilleul , 
y éteignant quelques clous rouillés 8c 
rougis au feu , & y fondant un peu de 
fucre roïal. 

Cette préparation de lait aïant été con¬ 
tinuée pendant douze matins on reviendra 
au purgatif , pour commencer d’abord 
après le lait daneffe entier , 8c en prolon¬ 
ger plus ou moins l’ufage , fuivant les ef¬ 
fets qu’il produira. 


Hij 



iji Consultations choisies 

On a jugé pendant le paroxyfme de 
diminuer la tenfion ou l’éréthifm'e des fi¬ 
bres du cerveau & du genre nerveux, 
tantôt par le mélange des antifpafmodi- 
ques lorfqu’il y a eu un peu d afïàiflément 
dans le cerveau, & qu’il eft fur venu des 
crampes & des mouvemens convulfifs. 
On continuera ces altérans, & on fe ré¬ 
glera journellement fur les évenemens. 

On propofe pendant le tems du lait 
d’ânefle de le fervir de la poudre degut- 
tete, du focçin blanc, de lavalérianiie 
en poudre , 8c d’autres remèdes antifpaf. 
modiques dont on formera des bols. 

La faifon ne permet guéres de multi¬ 
plier lès remèdes , & la nature de la ma¬ 
ladie 11 e l’exige pas. On prie Madame 
d’obferver un régime fimple tel que fa 
fituation le demande. On l’exhorte à don¬ 
ner journellement dans la diffipatïon , à 
s’étourdir fur l’opiniatr'eté des retours de 
fes attaques, à ne pas fe refufer une ef- 
pérance flatteufe fur le dénoüement de fa 
maladie, & à tirer de fon propre fonds, 
e’eft-à-dire de fon efprit , les-reflources 
qui peuvent la déterminer à méprifer les 
aecidens qui l’allarment, & qui viennent 
en bonne partie des difpofitions de fon 
efprit.. On a intention au refte de varier 



DE MEDECINE, 17^ 

. les remèdes dansja fuite, fuivant que les 
jEàifons différentes le permettront. 


CONSULTATION XXXIV. 

Sur une colique venteufe , des douleurs de 

poitrine , des frijjons , oppreffwns , &c. 

T~X Ans îe Mémoire qui nous a été com- 
I y'mu niqué on ne dit rien du tempé¬ 
rament du malade , ni de là maniéré de 
vivre , on fe contente d’infinuer que fou 
pere 8c fa mere font morts hydropiques. 
On va tabler fur ce qu’on a trouvé à pro¬ 
pos de mettre en avant , pour établir la 
nature de la maladie , & confeiller les 
remèdes les plus convenables à la guéri- 
fon. 

Les accidens dont Monfieur a été atta¬ 
qué depuis l’âge de dix-huit à dix - neuf 
ans, peuvent fe réduire à des douleurs 
de reins , auxquelles fe joignoient une 
groflèur 8c une dureté dans le bas-ventre, 
8c qui prenoient la tournure d’une coli¬ 
que plus ou moins violente pendant quel¬ 
ques heures ; à des gonflemens dans le 
bas-ventre que la fortie de beaucoup de 
vents diflipoit, 8c qui fe terminoient 




174 Consultations choisies 
communément par une diarrhée, &deS' 
évacuations abondantes durant treize ou 
quatorze ..jours ; à des friffons & à des 
attaques de colique qui fe renouvellerait 
en 1740 . avec beaucoup plus de force j. 
à une oppreffion pendant le paroxyfme, 
à une groflèur qui s’etendoit fucceffive- 
ment dans différais endroits du bas- 
ventre , à une chaleur dans la .poitrine , 
à des picotemens fixés entre les épaules , 
à un engourdiffement aux deux pieds.ac- 
compagné d’une douleur fourde , & s’é¬ 
tendant des malléoles jufques.vers le gras 
de la jambe depuis environ vingt - cinq 
ou vingt-fix mois, à des fentimens tan¬ 
tôt de chaleur , & tantôt de froid dans 
ces mêmes parties, à des Tueurs à la plan¬ 
te des pieds , à quelques enflures aux 
malléoles , qui tantôt fe diffipent 8c 
tantôt fe renouvellent, & à des douleurs, 
plus ou moins incommodes qui faififlènt 
alternativement, ou la poitrine & la ré¬ 
gion de l’eftomac, ou les pieds, de telle* 
maniéré qu’en finiffànt dans un de ces >; 
endroits, elles recommencent dans l’au- 
tre ; à un dégoût , à des iïidigeftions qui 
fe font appercevoir depuis environ deux 
mois, 8c enfin à de grandes inquiétudes 
de la part de Monfieur fur la durée 8c 



î> E M E D É G I N ï. I 7Ç. 

I opinatreté de fes incommodités, & fur 
les fâcheux évenemens qu’il croit avoir 
lieu d’en craindre, fi de nouvelles reiîour- 
ees ne les préviennent. 

On peut dans le fonds regarder tous 
ces accidens, malgré leur complication, , 
comme dépendans de l’épaiffifîement, de 
la fécherefle, & de la faumure de la maf- 
fe du iang , & de la roideur, ou trop 
grande tenfion de tout le fyftême des fé¬ 
lidés , mais fur-tout du genre nerveux. 
Les'coliques venteufes & les differen¬ 
tes circonftances qui les ont accompa¬ 
gnées font une fuite du dérangement des 
digeftions , de l’aétion fougueufe de la 
lymphe digefti.ve , & de la fenfibilité de 
î’eftomac ôc des inteftins. Les divers 
fymptomes qui font arrivés aux pieds & 
aux malléoles femblent porter avec eux 
quelque chofe de rhumatifant , ou de 
rhumatifant & de gouteux tout enfemble, 
& on doit les rapporter au défordre de la 
lymphe articulaire. Les douleurs de la 
poitrine reconnoifient àpeu-près la même 
cauie. On a lieu de foupçonner que les 
bouillons de vipère, les eaux de la Mo- 
the l les fudorifiques & autres remèdes 
incendians, ont contribué à l’augmenta¬ 
tion des accidens, & à leur opiniâtreté 
Hiiij 



•*ys Consultations choisies 
en diiîîpanc le baume , & le mucilage le - 

• plus fin de la malle du fang. 

Pour tirer tout le parti poffible de l’é¬ 
tat préfent de Monfieur , ondoitfepro- 
pofer de mettre les digeftions en régie, 
de rendre la malïe ,du làng plus fluide & 
plus coulante, d’en corriger la faumure 
qui a pris le deflus, &de diminuer la 
trop grande fenfibilité du genre nerveux 
en lui redonnant de la fouplefle. Onefpé- 
re que ces indications feront remplies par 

• le moïen des remèdes fuivans. 

On commencera par purger Monfieur 
avec une once de tamarins , deux fcru- 
pules de rhubarbe concaflee , deux pin¬ 
cées de fleurs de pêcher , & autant de 
celles de violettes, dont on fera une dé- 
co< 5 tion , dans deux grands verres de la¬ 
quelle onlailferainfuler la nuit à froid, 
une dragme & demie de féné , difïblvanc 
le matin dans l’infufio» coulée deux 
onces & demie de manne» Là médecine 
ainfi préparée fera partagée en deux ver¬ 
res , qu’on donnera à deux heures de 
diftance l’un de l’autre. 

Immédiatement après Moniteur boira 
pendant fix matins un bouillon fait avec 
un morceau- de maigre de veau , une 
dragme & demie-de racine de pivoine 



B E Me î> . E CINE. 177 

mâle concaflee, deux écreviflès de riviere 
étouffées dans l’eau chaude , & écrafées 
dans un mortier, & une bonne poignée 
de feuilles de chicorée amére. On jettera 
dans le pot fur la fin de la coétion une 
pincée dé fommités féches & fleuries de 
germandrée ou de petit-chêne. 

Pendant les fix matins fuivans Mon- 
fieur ufera de Fopiate ci - jointe, avalant 
par deflus chaque prife une ou deux: 
rafles d’infufîon des feuilles féches de ci- 
tronelle infufées à la maniéré du thé. 

OP 1 AT E. 

Prenez conferves de kynorrhodon & 
de petite abfinthe, de chacune une drag r 
me & demie j. poudre de guttete , craie 
très-blanche r cachou brut, de chacun 
uhedragme ; extrait de rhubarbe une de¬ 
mi - dragme ; pilules de cynogloflè un 
fcrupule ; faîtes avec le fyrop de capillai¬ 
re une opiate qui fera partagée en fix par¬ 
ties égales. 

On reviendra d’abord aprèsaux mêmes 
bouillons pendant fix matins avec la pré¬ 
caution de terminer ces remèdes par la;, 
médecine ci-deffus prefcrite. 

Après ces préparations , Monfieu* 
H v 



tjŒ Consuitations choisies 
prendra pendant une douzaine de matins 
une écuellée de petit-lait qu’on tirera du; 
lait de vache caillé avec la préfùre ordi¬ 
naire , & qu’on féparera de Ton fromage 
en le laiffant égoutter à travers un linge; 
pour le clarifier d’abord après avec le 
blanc d’œùf. On y jettera pendant cette 
clarification huit cloportes lavés & 
çtoufïes d’ans le vin blanc, auxquels oh 
donnera une ébullition de quelques mi¬ 
nutes avec le blanc d’œuf, y éteignant 
en même rems quelques morceaux de fer 
rouillés & rougis au feu. On coulera le- 
petit lait ainfi préparé avant de l’avaler ^ 
& on finira par le purgatif. 

Après quelques [ours de repos on 
pourra réitérer les bouillons , & enfuité' 
l’opiate avec l’infufion de méliflb'pendant 
fix matins, pour faire fuivre lé petit-lait 
préparé de la même maniéré®, pendant 
douze nouveaux matins ^rant la précau* 
tion de fe repurger à la fin. 

Le printems prochain, Monfieur re¬ 
prendra.les bouillons, l’opiate , &c en- 
fuite le petit - lait pendant douze jours 
chacun, dans le même ordre , Sc avec 
les circonftances confeillées pour lé pre¬ 
mier ufage de ces remèdes , pour com¬ 
mencer le lait d’an elle, que Monfieur bol- 



DE MEDECINE. J 79 

ra le matin à la dofe d’un grand verre 
d’abord , montant peu à peu jufqu’àla: 
quantité de l’écuellée, 8c le continuant 
pendant une couple de mois. On mêlera 
chaque fois à la prife de ce lait deux cuil¬ 
lerées ou deux cuillerées 8c demie de la 
fécondé eau de chaux, 8c s’il a bien 
paffé pendant une douzaine de jours, 
Moniteur mangera le foir à fon fouper, 
ou du gruau, ou du ris, ou une foupe 
au lait de vache. On emploiera le purga* 
tif au milieu & à la fin de l’ufage du laic^ 
On fe fervira aulîî pendant ce même: 
tems d’abord de deux en deux, 8c ehfuite. 
de trois en trois jours , dans la première 
cuillerée defoupe à l’heure dudîner d’une 
poudre faite avec dix grains de poudre 
de guttete, fix grains de fafran de mars 
apéritif préparé à la rofée du mois de 
mai, 8c fix grains de cajfia lignea réduite- 
en poudre. 

Suppofé que le lait daneffe ne pafiè 
point , on lui fubftitueroit une écuellée: 
de lait de vache décrêmé , auquel on 
ajouteroit deux cuillerées de la féconde 
eau de chaux, emploïée de la même ma¬ 
niéré, la foupe ou le ris au lait le foir r 
la même poudreà l’heure du dîner , 8c en?: 
fin le purgatif comme il a été dit. 



■i Sc Consultations choisies 

Monfieur paflera fon été en ufaut da? 
petit-lait de rems en tems , & quelques 
jours de fopiate. 

On pourroit auffi dans le mois-de juil¬ 
let tenter de lui donner pendant une neu~ 
vaine : le matin fept on huit verres des 
eaux ÔL ^mphion 5 mais riédes-ou dégour¬ 
dies , diifolvant le premier jour de la 
.boifion dans le premier verre deux onces 
de manne , & vingt grains de rhubarbe 
en poudre, Sc en faifant de même le der¬ 
nier jour dans-le pénultième ou dernier 
verre. 

Si ces eaux'avoient bien paffé , apres.: 
une femaine de repos Monfieur les re- 
prendroit pendant une fécondé neuvaine 
avec les mêmes précautions ; mais-ficelles 
avoient produit le moindre dérangement 
iflesabandonneroit, Sc fe purgeroitfut 
le champ. 

Snppofé que les remèdes confeillés 
pour lé p ri n te ms eulîent apporté du fou- 
lagement au malade , il auroitfoin de les 
reprendre dans l’automne. 

Monfieur doit fe nourrit avee des po¬ 
tages à la viande, du bouilli , Sc du rôti, 
fou pane très - frugalement , Sc buvant 
très-peu de vin Sc extrêmement trempé; 
Il s’abftiendra des ragoûts-,., des falades ,. 




b e Me ©ici me. î§ r 
des fruits cruds , des légumesdes chas- 
Baignes, & de tous les alimens greffiers-, 
indigeftes, ou échauffons.. Il ufera de la 
promenade-à cheval de tems en tems t 
mais fur-tout dans les beaux jours , & 
fc diffipera par toutes fortes d’amufemens 
gracieux , & propres à. diitraire des idées 
défagréables qu’il s’eft forméesfur fes.in- 
eommodités». 

Délibéré à Montpellier le iS. novem¬ 
bre 1742. Signé , Rideux , Lazerme ? 

Montagne , Ckaetal. 

Nota. Cette Confultatïon doit précéder la. 
XL me du premier Volume.. Elle efï pour le. 
même malade x & la. même maladie. 


CONSULTATION XXXV. 

Sur un écoulement enfuite dune chaude-pijfe 

O N a lu avec toute l’attention poffi» 
ble les deux Mémoires qui ont été 
envoies- & on a en même tems exami¬ 
né le linge qui y avoir été joint. Fondé 
fur les aceidens détaillés dans les Mémoi¬ 
res j. & fur FmfpecHon du linge, le Gon- 




rBz Consultations choisies 
feîl juge que l'écoulement dont Monfienr 
eft encore attaqué , ôc qui eft une fuite 
de la chaude-pifte , a aujourd’hui le ca¬ 
ractère d’une gonorrhée fimple , & qu’il; 
eft entretenu principalement par la foi- 
blefte des glandes mucilagineufes fituées 
dans le canal de l’urèthre êc des pr'ofta- 
tes. 

Outre le manque de refibrtde ces par¬ 
ties, oh eft convaincu que la difpofîtioiT 
féche, épaille, acrimonieulè , & mélan¬ 
colique de la malle du fang contribue- 
beaucoup à l’opiniâtreté de l'écoulement;, 
mais cette caufe eft extrêmement renfor¬ 
cée par les peines d’efprit: que Monfieur 
fouffre, & qui dérangent de plus en plus 
fes liqueurs. Les attentions continuelles 
qu’il a de preffer & d’exprimer fa verge; 
pour s’affurer fi l’écoulement continue, ou 
s’il eft furvenu quelque changement dans 
la matière quil fournit, travaillent & 
fatiguent de plus en plus les parties déjà 
foibles , & les rendent plus propres à 
féparer le mucilage auquel elles fervent 
«le filtre. 

Quoique l’on regarde l’écoulement 
qui afflige fi cruellement Monfieur com¬ 
me un accident qui ne fçauroit porcer. 
aucune impreffion fâcheuie fur la. durée 



p e Mesecine, r§£ 
(Te fes jours , on conviendra de bonne 
foi qu’il rifqoe de fe rendre plus opiniâtre 
fi le malade ne prend le parti de changer 
les difpofitions de ion efprit y & d’avoir 
une idée bien différente de fa fituation 
préfente. 

C’eft fans fondement qu’il Croit de¬ 
voir avoir pris la vérole , parce que la; 
perfonne avec laquelle il a eu commerce 
en feroit attaquée ; l’expérience journa¬ 
lière démontre le contraire -, & il éft con¬ 
fiant qu’une femme qui n’a qu’une /im¬ 
pie chaude-piflê peut communiquer, Sc 
communique véritablement, des chan¬ 
cres, des porreaux ,* & la vérole même 
bien cara&érifée , St que réciproque¬ 
ment celle qui a la vérole bien marquée 
peut donner & donne' réellement une 
chaudë-piiïè très-ordinàiré , füivant les- 
difpofitions qui fe rencontrent dans les 
fujets auxquels le venin vénérien eff 
communiqué. 

Les praticiens les plus expérimentés- 
& les plus éclairés ne fçauroient juger de 
la douleur, de la fimplicité , ou de la ma¬ 
lignité d’une chaude-piffe, que par les 
accidens qui l’ont précédée ou accompa¬ 
gnée, & pat ceux qui l’ont fuivie. Dans la 
chaude-piffe dont il eft ici queftion, il n’a 



ï§4 Consultations choisies 
paru 'aucune inflammation notable , nf 
ardeur confidérable, ni éredion doulou- 
reufè , ou difficulté d’uriner violente , ni 
fluxion qui eut du rapport à ce qu’on ap¬ 
pelle corde , ni dépôt fur le fcrotum ou 
les tefticules, ni glandes aux aines ou 
dans le voifinage , & enfin la matière 
qui a fait Pécomemenc n 'a point.été ni 
extrêmement épaiflè ni d’une couleur 
jaune ou verdâtre,. & depuis le commen¬ 
cement de l’écoulement jufqu’à prefent 
elle n’a point changé de caractère , mais 
elle s’eft éclaircie de plus en plus, & a 
pris la tournure glâireufe ou mucilagi- 
neufe.T outesceseirconftances ralfemblées 
font des preuves évidentes du earadére 
bénin de la chaude-piflè & de fa difpofi- 
tion à obéir & à céder à Padiondes, re¬ 
mèdes qui ont été emploïés , & qui doi¬ 
vent être regardés, comme capables d’en 
détruire radicalement iâ caufe, ou le le¬ 
vain vénérien. 

Pour fuivre les régies de la bonne pra¬ 
tique , on doit fè propofer de redrefler 
les digeftionsde rendre la malle du-fang 
plus fluide & plus coulante ., d’en corri¬ 
ger l’acrimonie qui a pris le deflus, d’a£ 
fouplir tout le fyftême des folides qui fs 
trouve trop tendu , de redonner aux- 



DE MEDECINE. iSf 
proftates & aux glandes mucilagineufes 
de l’uréthre le relfort quelles ont perdu , 
& enfin de joindre à tous ces fecours 
quelques antivénériens pour achever de 
détruire un petit refte du levain vénérien, 
fuppofé absolument quil s’y en trouve. 
On efpére que les indications feront rem¬ 
plies par le moïen des remèdes fuivans. 

Monfieur commencera par prendre le 
demi-bain domeftique tiède pendant fix 
matins, & y demeurera une heure chaque 
fois, avalant à la fortie une prife des pilu¬ 
les qu’on lui envoie d’ici, & d’abord 
après les pilules un bouillon fait avec un 
morceau de collet de mouton, ou de mai¬ 
gre de veau, les cuiffes de cinq ou fix 
grenouilles écorchées & écrafées , deux 
écrevilTes de riviere étouffées dans l’eau 
chaude, & écrafées dans un mortier, & 
une petite poignée des feuilles de bugle, 
ou à fon défaut de celles d’aigremoine. 

Pendant les fix matins fuivans Mon¬ 
iteur boira les eaux de Camarez, qu’il 
fera porter chez lui, mais tiédes ou dé- 
gourdies.On difloudra le premier jour de 
la boiflon dans le premier verre deux 
onces & demie de manne, & trois drag- 
mes de fel d’Angleterre -, on fera de mê¬ 
me le dernier jour dans le ^pénultième; 
ou dernier verre* 



s8ô Consultations choisies 
Monfieur, s’étant repofé pendant trois- 
ou quatre jours , reviendra aux demi- 
bains domeftiques , aux pilules , 3c aux 
mêmes bouillons à la fortie pendant fix 
nouveaux matins, 3c après une couple 
de jours de relâche il reboira pendant fix 
autres matins les eaux de Camarez auffi 
tiédes, avec la précaution d’emploïer le 
même purgatif le premier 3c le dernier 
jour de la boiflbn, comme il a été déjà 
dit. 

Suppofé qu’après tous ces remèdes, 
^écoulement fubfiftât , Monfieur ufer.a 
pendant une douzaine ou une quinzaine 
de matins de l’opiate fuivante,avalant une 
heure après chaque dofe un bouillon or¬ 
dinaire, 

O PI AT E. 

Prenez de la térébenthine de Chio de¬ 
mi - once ; de carabé blanc réduit en pou¬ 
dre , &de fang de dragon en larmes , de 
chacun deux dragmes 3c demie ; de ca¬ 
chou brut réduit en poudre, 3c fafran de 
mars aftringent , de chacun deux drag¬ 
mes; dont on formera une opiate, avec 
le baume de Canada : la dofe fera d’une 
dragme. On en terminera l’ufage par le 
purgatif. 



DE MEDECINE. 1 §7 

Enfin s’iL y avoit encore quelque relie 
d’écoulement, Monfieur prendroit pen¬ 
dant un mois <k demi chaque matin une 
écuellée de lait d’ânelïè entier, à laquelle 
on ajouteroit deux ou trois cuillerées de 
la fécondé eau de chaux , faifant précé¬ 
der & terminer fon' ufage par la même 
médecine. 

A l’égard du régime de vivre Monfieur 
obfervera celui qui lui a dé ]a été pref- 
erit dans les autres confultations.- 

Délibéré à Montpellier le 16 juillet 
1743. Signé 3 Mo ntagne. 

5f*.=====.'.==. 

CONSULTATION XXXVI. 

Sur un crachement de fang^& un vomijfemcnê 
habituel. . 

L E crachement de fang dont Mada¬ 
me a efluïé deux attaques confidé- 
rables depuis quelques mois, & le vomit 
fement habituel qui la fatigue chaque 
jour fur le foir depuis environ quatre 
mois , doivent être regardés comme dé¬ 
pendais d’une caufe commune à tous les 
deux accidens * c’eft-à-dire de l’épaiffiffe.- 





î88 Consultations choisies 
ment, de la groffiéreté, & de l'acrimo¬ 
nie de la mafïe du fang. Il eft d’ailleurs 
certain qu’ils font entretenus par une 
caufe particulière à chacun , e’eft-à-dire 
le crachement de fang par la foibleflèou 
état variqueux de quelques v ai fléaux 
des poumons, & le vomiflemeut par le 
defordre des digeftions. 

Comme les deux accidens dont on 
vient de faire mention ont été précédés 
par l’attachement qu’a eu Madame à 
nourrir un enfant pendant vingt & un 
mois ou environ & qu’il s’eft joint à 
cette circonftance beaucoup d’inquiétudes 
& de veilles , on a droit de conclure que 
îe lait que Madame a fourni pour nourrir 
fon enfant, & les peines d’efprit §c du 
corps qui fe font miles dé la partie peut 
le foigner , ont donné lieu à la difîipa- 
tion du mucilage îe plus fin ^ §c au déve- 
lopement des autres accidens furvenus 
depuis, tels que font la perte de l’em¬ 
bonpoint & la diminution des forces. Les 
progrès de l’épaiffiffement & de l’acrimo¬ 
nie de la maffe du fang ont augmenté 
Journellement par î’împreffion qu’a re¬ 
çue la lymphe gaftrique. avec les autres 
liqueurs digeftives du vice général des 
liqueurs. On a même lieu de foupçonner 



de Médecin e» 1S9 
que le couloir de la lymphe gaftrique a 
perdu fon reflort, & que, devenu propre 
à recevoir des matières plus groffieres, il 
foufïre des embarras qui gênent la libre 
diftribution du fang dans l’eftomac, &, en 
rendant ce vifcére plus fenfible, entre¬ 
tiennent le vomiCfement opiniâtre , & en 
même tems la mauvaife conftitution de 
tou te la ma [Te du fang. 

La lymphe bronchiale s’eft reflèntie de 
ces changemens , & a à fon tour engagé 
les glandes deftinées à fa féparation, où 
elle a produit, félon toutes les apparen¬ 
ces , des concrétions tuberculeufes, qui, 
en portant fur les vaiftèaux fanguins du 
voifinage, les ont rendus foibles & vari¬ 
queux. On peut enfin foupçonner que la 
lymphe pulmonaire s’eft arrêtée dans fes 
vaiftèaux de conduite, & que de fon en- 
durciftèment il s'en eft fuivi quelques lé¬ 
gers tubercules qui ont pareillement 
troublé l’ordre de la circulation du fang 
dans le poumon. 

Les anxiétés & les agitations fiévreufès 
furvenues quelquefois le matin depuis 
quelque tems ■ l’opprefîïon de poitrine 
qui fe fait remarquer pour peu que 
agiflè, la régularité avec laquelle le vo- 
miflement revient tous les foirs & d’une 



190 'Consultations choisies 
maniéré plus ou moins forte, fuivant 
quon a eu la précaution d’avancer ou de 
reculer la nourriture , enfin la foibleffe 
générale où la malade eft tombée, & qui 
devient plus confiderable de jour en jour., 
donne lieu de foupçonner que Madame 
a porté depuis long - tems ces mauvaifes 
difpofitions cachées dans fon fang, & 
quelque vice organique dans fes pou¬ 
mons. On en fera d’autant plus convain¬ 
cu fi l’on fait attention aux progrès ex¬ 
traordinaires qu’a faits la maladie depuis 
•quatre mois,fans pouvoir accufer d’autres 
caufes que l’état de nourrice , dans la¬ 
quelle on ne voit pas ordinairement ar¬ 
river des fuites fi difgracieufes. 

Comme dans la relation on n’a dure 
pas qu’il y ait de fievre lente s qu’on ne 
dit pas que Madame ait, difficulté de 
coucher fur l’un ou les deux côtés de la 
poitrine , & qu’on ne parle point de l’état 
des crachats , on ne fcauroit, fans don¬ 
ner dans des idées hazardées, déterminer 
s’il fe paffie déjà quelque chofe de fourd 
dans la poitrine qui ait contribué & qui 
contribue encore à rendre les accidens 
plus fâcheux en fi peu de rems.Le Confeil 
juge que les fèuls évenemens pourront 
éclaircir ce que l’on fupçonne aduelle- 



B E MEDECINE. IÇjî 

ment, & qui femble fournir de juftes 
motifs de crainte pour l’avenir , fi la na¬ 
ture ne vient au lecours. 

Pour tirer tout le parti poffible de l’état 
préfent^de Madame , on doit avoir en 
vue de calmer le vomiiïement , de dimi¬ 
nuer la fenfibilité de l’eftomac , de pro¬ 
curer une légère divifion à la malle du 
fang , d’en tempérer l’acrimonie quia 
pris le defius, de corriger le defordre 
qu’on a lieu de foupçonner dans le peu* 
mon , de prévenir le dévelopement d’une 
füppuration prochaine , fi elle n’eft pas 
encore déterminée, ou d’en empêcher les 
progrès defavantageux , fi elle eft déjà 
établie , en emploïantles fecours les plus 
efficaces de la médecine. On fe flate que 
ces indications pourront être- remplies 
par le moïen des remèdes que l’on va 
confeiller. 

Suppofé que l’état du poulx Sc des for¬ 
ces de Madame le* permettent on com¬ 
mencera par une faignée du bras, dans 
laquelleon tirera deux petites palettes de 
fang. On aura foin le jour de la faignée, 
celui de la purgation, & les autres trois 
jours fuivans, de donner le foir à l’heure 
du coucher à la malade ce remède. 



rpi Consultations choisies 

J V L E r. 

Prenez eaux de menthe & de coqueli¬ 
cot , de chacune deux cuillerées -, diiïol- 
vez-y vingt grains de fel d'abfinthe, fy_ 
rop de limons une once.gouttes anodynes 
de Sydenham vingt gouttes. Faites un ju- 
lep qui fera pris à i heure du coucher. 

Le lendemain du quatrième jour de lu- 
fàge de la potion anti-émécique, on pur¬ 
gera de cette maniéré. 

V V RG AT I ON. 

Prenez fleurs de violettes & de pêcher; 
de chacune une demi-poignée ; faites les 
bouillir dans une fuffifante quantité d’eau 
de fontaine, qui fera réduite à huit onces; 
diflôlvez dans la colature trois onces de 
manne de Calabre ; faites une potion qui 
fera prife le matin avec-régime. 

Immédiatement après Madame ufera 
pendant fix jours foir & matin de l’opiate 
ci-deiïous décrite à la dofe d’une dragme 
chaque fois , avalant demi - heure après 
celle du matin un bouillon ordinaire. * 


OPJATE. 



& E MEDECINE.' ÏJJ 

O P I AT E. 

Prenez conferves de kynorrhodon , de 
rofes rouges, & debalauftes , de chacu¬ 
ne deux dragmes & demie ; cachou brut 
lang - dragon en larmes , antiheéfcique 
de Poterius, de chacun deux dragmes ; 
extrait de rhubarbe une dragme. Faites 
une opiate avec le fiyrop de lierre terres¬ 
tre ; ajoutez à la dofe du matin huit 
gouttes de teinture anodyne , & Seize à 
celle du Soir. 

Pendant les fix matins fuivans Mada¬ 
me boira un bouillon fait avec un mor¬ 
ceau de collet de mouton, les cuiffès de 
trois ou quatre grenouilles écorchées & 
écrafées , & deux éctevifles de riviere 
étouffées dans Peau chaude , & écrafées 
dans un mortier. On jettera dans le pot 
Sur la fin de la codion une pincée de 
Sommités Sèches & fleuries dhypéricum , 
& autant de feuilles Sèches de lierre ter- 
reftre. On aura Soin de faire prendre à 
Madame chaque Soir de ces Six jours à 
l’heure du coucher une dragme de l’opia- 
te déjà preScrite, à laquelle on ajoutera 
vingt gouttes de la même teinture anody¬ 
ne , êc on réitérera le même purgatif le 
Tome K, I 



194 Consultations choisies 
lendemain cîu fixiéme jour , pour revenir 
d’abord après pendant fix autres jours, 
foir & matin , à l’ufage de la même opia- 
te , à laquelle on ajoutera la même dofe 
de la teinture anodyne , & tout de fuite 
aii même bouillon pendant fix nouveaux 
matins, & à l’opiate aftringente & cal¬ 
mante le foîr , avec la précaution de re¬ 
purger après les douze jours* 

Suppofé que malgré ces remèdes le 
vomiflèment fubfifte , on aura encore re¬ 
cours pendant fix jours à la même opiate 
deux fois par jour, & au même bouillon 
avec la même.opiate , le foir auffi pen¬ 
dant fix autres jours de fuite , Unifiant 
par la même médecine* 

-Après ces préparations on donnera à 
Madame pendant douze matins une 
ceuellée de petit-lait 3 ou pour le moins 
un grand verre, qu’on tirera du lait de 
chevre , caillé avec la préfure ordinaire , 
& quon féparera de fon fromage en le 
laiflant égoutêrà travers un linge. On le 
clarifiera d’abord après avec le blanc 
d’œuf, y jettant pendant cette clarifica¬ 
tion une pincée de fommités féches & 
fleuries d’hypéricum, auxquelles on don¬ 
nera une ébullition de quelques minutes, 
- avec lé blanc d’oeuf, & y éteignant en 



D E M E « E C I K E. 195 
.même tems un morceau de brique rougi 
au feu. On difïoudra dans le petit-lait 
coulé un peu de lucre rofat, & on repur¬ 
gera à la fin. 

Pendant les quinze ou dix-huit matins 
fuivans M m£ boira un bouillon fait avec un 
morceau de collet de mouton, le coeur , 
le foie, le fang , & la chair d’une tortue 
fi une grandeur convenable , deux écre- 
vifles de rivierè étouffées dans l’eau chau¬ 
de & écrafées dans un mortier, demi-poi¬ 
gnée de feuilles de chicorée amére, Sc 
une pincée de feuilles lèches de lierre 
terreflre , terminant les bouillons par le 
‘purgatif ordinaire. 

Aïant fak ptécéder ces précautions , 
Madame boira d’abord apres , fur-tout fi 
le vomifTement efl calmé, chaque matin 
le lait d ânefle entier , commençant par 
un grand verre , & montant peu à peu 
jufqù a l’éeuellée. On y mêlera chaque 
fois une couple de eueilîerées de la fécon¬ 
dé eau de chaux , ôc , fi le lait du matin 
païTe bien. on fera prendre le foira l’heu¬ 
re du louper du ris ou du gruau , ou une 
foupe au lait de vache j continuant de 
même jufqu’au grand froid de l’hiver, & 
purgeant fuivant le befoin. 

Pendant I’ufage du lait d’ânefiè 011 
lij 



19-5 Consultations choisies 
ajoutera d’abord de deux en deux Sc en- 
fuite de trois en trois jours à la première 
cuillerée de ce lait une poudre faite avec 
dix'grains de cachou brut réduit en pou¬ 
dre , & dix grains d’antiheétique de là 
Poterie. 

Laboiflon ordinaire de Madame fera 
ou la bonne eau de fontaine panée , ou 
l’eau de Meyn , ou de teins en te ms une 
infufiqn des fleurs de pied-de-chat, ou. 
des feuilles féches de lierre terreftre pré¬ 
parée à la maniéré du thé dans l’eau de 
fontaine ordinaire. 

On obfervera chaque foir de donner à 
Madame à l’heure de fon coucher un ju- 
lep fait avec deux ou trois cuilier.ées d’eau 
de pavot rouge demi-once de fyrop de 
nympbœa , & vingt gouttes de teinture 
anodyne de Sydenham, ou à leur, place 
fix grains de pilules de Cynogloflè , aug¬ 
mentant la dofe de l’un ou l’autre de ces 
caïmans, fila néceffité l’exige. 

Pendant l’hiver on emploiera de tems 
en tems le matin le lait de vache coupé 
avec l’infufion de lierre terreftre , & le 
foir quelque crème de ris , ou quelque 
foupe au même lait, ne négligeant pas 
les caïmans, fi les nuits ne font pas tran¬ 
quilles. Il conviendrait même qu’on doii- 



de Med e c i tf l. ï 97 
nât avis de l'effet des remèdes avant ce 
tems-là, &fuivant l’état de Madame, on 
réitereroit le printems prochain les re¬ 
mèdes confeillés pour l’automne , ou 
même L’011 emploïeroit la diette blanche, 
fi on la jugeoit néceflâire , & qu’il ne fût 
rien furvenu qui rendît ces projets inuti¬ 
les. 

il convient que Madame abandonne 
abfolument pendant quelque tems l’ufage 
delà viande, &c qu’on la nourrifle avec des 
crèmes de ris, ou des potages à la viande, 
des crèmes de ris ou d’avenats à l’eau , 
quelques œufs frais, & un peu du meil¬ 
leur poiffbn frais de mer ou de riviere 
cuit fur le gril, ou à la hollandoife, c’eft- 
à-dire , à l’eau avec tant foit peu de fel. 
Dans la fuite on pourra permettre un peu 
de bouilli & de rôti à l’heure de dîner, ou 
même un peu de rôti le foir, s’il n’y a pas 
de circonftances qui s’y oppofent. Il faut 
abfolument que Madame s’abftienne de 
tous les alimens de haut goût, & de tous 
ceux qui font venteux, cruds, indigeftes, 
ou échaufïàns. 

Délibéré-à Montpellier le 19. juillet 
1743. , Montagne. 



i ÿ? Consultations choisies 


CONSULTATION XXXVII. 

Ter te de mémoire & de connoijfance , fume 
de mouvemem convulfifs. 

D Ans le Mémoire qui a été envoie, on 
ne parle point de l’âge du malade, ni 
de fa maniéré de vivre , nî des difpofi- 
tions particulières qui peuvent avoir été 
remarquées dans fa famille. On fe con¬ 
tente de dire qu’il eft d un tempérament 
pituiteux , ce qui fixe très-peu le earac^ 
tére d’un tempérament. Gn va donc fui- * 
vre pied à pied ce qui eft contenu dans 
la Relation. 

La perte de la mémoire & de la con- 
noiflance , fur ven ue a Moniteur dans le 
■cours de la maladie dont il fut attaqué 
dans le mois de novembre dernier, doit 
être regardée comme la production d’un 
fan g épais , fufceptible de mouvement 
tumultueux , 8c propre à s’arrêter dans, 
le cerveau ; 8c en mêmetems du relâche¬ 
ment 8c de la molefte de cette portion des 
fibres blanches du cerveau, où eft placé 
le fiége de là mémoire 8c des principales 
fonctions, de i’ame, comme le délire 8c 





If e Mebigisï. 199 
l’affoupiflèment coniîderable qui le fuivî- 
rent de près ne permerrent pas d’en dou¬ 
ter.' Les deux attaques de mouvemens 
convulfîfs, qui approchent beaucoup de 
la nature de Pépilepfie, au moins impar¬ 
faite , fuppofent d’ailleurs des defordres 
dans les vaifïèaux du cerveau , c’eft-à- 
dire une difpofition anévryfmale ou vari- 
queufe qui trouble à la fois la diftribution 
du fang dans ce vifcére & celle du fluide 
fpiritueux. 

Comme la maladie qui a été le prélude 
des accîdens qui font le fujet de cette 
Con fui ration , fut accompagnée dans Ion; 
commencement & d’envie de vomir Sc 
de vomiflement, l’on voit clairement que 
les .digeftions ont- été dérangées d’une 
maniéré à caufer la fievre putride ou ma¬ 
ligne , & à donner lieu aux deux différen ¬ 
tes attaques de mouvemens convulfîfs 
ou épileptiques furvenus depuis. 

Pour tirer tout le parti poffible de l’état 
préfent de Monfïeur on doit fe propofer 
de mettre les digeftions en régie, de ren 
dre la mafTe du fang plus fluide & plus- 
coulante de lui procurer une libre diftri¬ 
bution dans le tiflu du cerveau, & de 
corriger le vice organique qu’a fouffert 
ce vifcére. On efpére que ces indications- 



200 Consultations choisies 
feront remplies par le moïen des remèdes 
fuivans autant que le progrès de la mala¬ 
die peut permettre de s’en flatter. 

On commencera par une faignée du 
pied , & le lendemain de cette faignée ou 
purgera avec une dragme de rhubarbe 
concaflfée, & deux pincées de fleurs de 
pêcher, dont on fera une décodion, dans 
deux grands verres de laquelle on laiflè- 
rainfufer pendant la nuit deuxdragmes & 
demie dé léné , diflolvant le matin dans 
l’irifufîpn coulée deux onces de manne, & 
une once de fyrop de rôles folutif. Cette 
médecine fera partagée en deux verres 
qu’on donnera à deux heures de diftance 
l’un de l’autre. 

Pendant les dix matins fuivans Monfieur 
boira un bouillon fait avec un morceau 
de collet de mouton , ou de maigre de 
veau , une dragme déraciné de valériane 
fauvage coneaflée , autant de celle de pi¬ 
voine mâle aufficoncaflèe, deux écrevifles 
de riviereétouffées dans l’eau chaude, Sc 
écrafécs dans un mortier , & une poi¬ 
gnée de feuilles de creiïon de fontaine. 
On jettera dans le pot fur la fin de la 
coétion une quizaine de cloportes lavés 
& étouffés dans le vin blanc, que l’on 
fera légèrement bouillir durant quelques 



B! MEDECINE. 201 
minutes avant de couler le bouillon, réi¬ 
térant la même médecine à la fin. 

On obfervera que fi le malade eft Jeu¬ 
ne & maigre, on pourroit faire prendre 
chacun de ces bouillons à la fortie d’un 
demi-bain domeftique tiède où il auroit 
demeuré auparavant une heure ou envi¬ 
ron ; mais fi au contraire Monfieur eft un 
peu avancé en âge, & d’un tempérament 
mou & gras, on fe contentera du bouil¬ 
lon , & on retranchera le demi-bain. 

Pendant les dix matins fuivans on au¬ 
ra recours à l’opiate ci-jointe, par defius 
chaque prife de laquelle le malade ava¬ 
lera une ou deux taflesd’infufion de feuil¬ 
les féches de citronelle, ou de fleurs de 
tilleul, infufées à la maniéré du thé , re¬ 
purgeant à la fin avec la même médecine* 

O ? I A T E, 

Prenez cbnferve de fleurs de romarin, 
& racines d’aunée , de chacunes deux 
dragmes & demie j - antimoine diaphoré- 
tique, & poudre de guttete, de chacun 
deux dragmes j fleurs de fel ammoniac 
martiales , & extrait de rhubarbe, de 
chacun une dragrne ; cinnàbre d’antimoi¬ 
ne un fcrupule j faites avec le fyrop de 
1 v 



2oz Consultations choisies 
pivoine une opiacé qui fera partagée à & 
prifes égales. 

On reviendra enfuite pendant dix ma¬ 
tins au même bouillon, & d’abord après 
à la même opiate avec l’îufefion des 
feuilles de méliflè ou dès fleurs; de tilleuîi 
pendant dix autres matins purgeant: 
comme il a été déjà marqué pour le pre¬ 
mier ufage deces remèdes. 

Ces préparations ayant précédé. Mon* 
fleur boira pendant douze ou quinze 
■matins une écuellée de petit-lait qu’on 
tirera du lait de vache onde chèvre caillé: 
avec la préfure-ordinaire , & qu’ondépa¬ 
rera de fon fromage en le laiflant égoucer 
à travers un linge pour le clarifier d’abord' 
après avec le blanc d’œuf, y jettant eh 
même tea^-hwk-<â©phtte^kwés' : 8ré®3ufe- 
fés dans le vin blanc, & une pincée de- 
Ul'mm eonvaÜ'mm ou de tilleul, auxquels 
©n donnera une ébullition de quelques 
minutes avec le blanc d’œuf, y étei¬ 
gnant en-même te ms quelques morceaux 
de fer roüiilés & rougis au feu. Ondiffou- 
dra dans le petit-lait coulé un peu de fu» 
ere roïal, & on finira par le purgatif or¬ 
dinaire; 

P’endant l’hiver Mbnfieur fera purgé dé 
hœs; en: tems % c’di-à-dire. de. mois, eu 



de Keb ecin r. 205 

mois , ou de mois & demi en mois & 
demi, fe fervant alternativement trois 
jours de la femaine, ou d’un bol fait avec 
douze grains de poudre de guttete, & fix 
grains de macis réduit en poudre, que 
Fon incorporera avec le fyrop de capillai¬ 
re , pour former le bol, qu’il avalera le 
matin avec une grande tafTe d’infufîon 
des feuilles de mélifle par delïusj ou d’une 
poudre-faite avec dix grains de fafran de. 
mars apéritif préparé à la rofée du mois 
de mai, & fix grains de cajfta ligne a ré¬ 
duite en poudre, qu’il envelopera entre 
deux foupes à l’heure de fon dîner. 

Le printems prochain, s’il n’elï rient 
furvenu qui s’y oppofe, on aura recours 
aux mêmes bouillons , à la même opiate x 
& à la même préparation de petit-lait ,, 
avec les précautions confeillées ci-deffus. 

On doit nourrir Moniteur avec des po¬ 
tages à la viande ÿ du bouilli', & du rôti 
le privant des ragoûts, de la pâtiflerie.des 
falades , des fruits cruds, & de tous les 
alimens groffiers , indigeftes > ou échauf- 
£ans. 

Délibéré à Montpellier ce 10. août: 
1743 . fignè , Montagne, 

l vj 




lo j. Consultations choisies 


CONSULTATION XXXVIII. 

Pour une ÿerfîtme qui crache & vomit le '■ 

f a »g‘ 

O N doit rapporter la première atta- - 
que de vomiflTement.de fang , & 
celle que Monteur vient d’efluïer ces 
'jours pâlies, à Tépaiiïiflèment#& à l’acri¬ 
monie de la marte du fang, &àiafoi- 
blertè ou difpofition variqueufe de quel¬ 
ques vairtèaux fanguins répandus dans la 
membrane intérieure de l’eftomac. 

Quoique Tétât des liqueurs que l'on 
vient d’établir ait d’abord été attaché au 
tempérament. il a été extrêmement aug¬ 
menté par l’abus que Monfieur a fait des 
boiflons ipiritueufes , mais fur-tout de 
celle dix vin, & par l’habitude qu’il a 
contractée de fumer du tabac. Il eft aifé 
de comprendre que Teiprit de vin a rac- 
corni la marte du fang , & en même tems 
le fyftême des folides, pendant que le 
marc ou la-partie tartareufe 'du vin s’cfl: 
aigrie dans Teftomac , & a troublé l'œco- 
nomié des Higertions. Les envies de vo¬ 
mir , les cardialgiës, & les coliques d’ef- 





DE MEDECINE. iOf 

fomac , qui ont toujours précédé les 
deux attaques , prouvent le defordre 
des digeftions, Se le raccorniftement avec 
la trop grande fenfîbllité de l’eftomac. 

Par l’examen qui a été fait desvifcéres 
du bas - ventre on s’eft alluré qu’il y a 
quelques embarras dans le foie, & que 
la rate n’en eft pas exempte. Par une 
fuite néceflàire la diftribution & du fan g 
artériel dans le foie & la rate , & le re¬ 
tour du fang veineux de ces mêmes par¬ 
ties , ont été troublés, & les vaiftèaux de 
l’eftomac trop chargés de fang, fe font 
prêtés a fon aétion, & à fon volume, pour 
prendre une tournure variqueufe qui les 
rend propres à fe crever de tems en tems, 
& ' d’autant plus que la féchereftè des fi¬ 
bres de l’eftomac fournit un nouvel ob- 
ftacle à la circulation du fang dans ce 
vifcére. Il eft certain; d’ailleurs que la fu¬ 
mée du tabac fournit au fang des parties 
très - acrimonieufes , & que par l’abon¬ 
dance des crachats qu’elle détermine , la 
malle du fang doit perdre le mucilage le 
plus fin, & tomber dans le ddféchement. 

Pour prévenir le retour de nouvelles 
attaques de crachement de fang, on doit 
fe propofer de rétablir l’ceconomie des 
digeftions, de procurer une divif.on do a- 


io 6 Consultations choisies 
ce & ménagée à la malle du fang, de 1m 
donner du baume & de la douceur, de la 
faire rouler avec liberté , & dans l’efto- 
mac , ôc dans les vifeéres voifins, & de 
corriger le vice organique que Ton a droit 
de foupçonner dans les vaiflTeaux fanguins 
de l’eftomac. On efpére que ces indica¬ 
tions feront remplies par le moïen des 
remèdes fuivans.. 

Pendant fon voïage Menfîeur ufera le 
matin à jeun , 8c le foir en fe couchant * 
d’une prife de l’opiate qui lui a été rernife 
ici, & fe nourrira pendant te même.teins 
ou de bouillons, ou de crèmes de ris an 
bouillon ou à l’eau , ou de légères fou- 
pes , & étant arrivé chez lui il gardera le 
même régime pendant quelques jours 
fe fervant de la même opiate auffi foir & 
matin. 

On examinera pendant ce repos s’il 
convient de réitérer la faignée du bras, 8c 
•dans ce cas-là on tirera deux palettes de 
fang. La boiffon ordinaire du malade fera 
une ptifanne faite avec la racine de grand 
fymphitwm , à laquelle en ajourera fur la 
■fin une pincée de rofes rouges, & autant 
de halauâes. 

L’opiate que Monfieur prendra durant 
ce repos foir 8c matin fera compofce de 



B E' M EB E C-I N I. 1 GJ 

h maniéré qui fuit, 8 c on la donnera à.îa 
dofe d’une dragme ou de quacre fcrupu- 
les, 

O PI AT £* 

Prenez’ conferves de balaufles , de ro¬ 
des rouges , & de grandes eonfoudes , de 
chacune deux dragmes - t fang dragon en? 
larmes , & cachou brut, de chacun une 
dragme & demie; faites fuivant Part une 
opiate avec une fufBfante quantité de fy- 
rop de rofes lèches- Ajoutez à la prifedU. 
matin trois grains de pilules de cynoglef- 
ie, & cinq à celle du loir. 

Suppol'é qu’après cet intervalle il ne 
furvienne rien qui s’oppole, on purgera 
-Monfîeur fuivant cette formule. 

P V R Gui T 1 O K. 

Prenez pulpe de caflè fraîchement 
mondée , mais il faut en ôter les noraux, 
trois onces ; fleurs de violettes & de pê¬ 
cher,de chacune une piïicée ; faites bouil¬ 
lir dans une fuffifante quantité d’eau 
pour qu’il en relie deux grands verres - y 
diflolvez dans- la eolature deux onces & 
demie de manne, faites une potion qui 
liera partagée en deux dofes , pour être 


2oS Consultations choisies 
prifes .à deux heures de diftance l’une de 
l’autre. 

Immédiatement après Monfieür boira 
pendant dix matins un bouillon fait avec 
un jeune poulet, fix dragmes de grand 
j fÿmphimm, les cuiffes de quatre grenouil¬ 
les écorchées &écrafées, deux écreviiïès 
de riviere étouffées dans l’eau chaude, & 
écrafées dans un mortier , & demi-poi¬ 
gnée de fommités d’orties. On jettera 
dans le bouillon fur la fin de la coction 
une pincée de balauftes. 

Pendant les douze ou quinze jours 
fuivans Monfieur prendra chaque matin 
un bouillon fait avec un morceau de mai¬ 
gre ou de mou de veau , la chair, le foie, 
le cœur, & le fang d’une tortue d’une 
groffeur raifonnable , une dragme de ra¬ 
cines de tprmentilîe concaffée, & une 
poignée en tout de feuilles de mille-feuil¬ 
le , & de fommités d’orties , réitérant la 
même médecine à la fin de ces bouillons. 

Pendant ces remèdes on continuera, 
d’abord chaque jour, & en fui te de deux 
en deux jours, ou de trois en trois, le fete 
à l’heure du coucher l’opiate confeillée 
çi-deffu-s , à la même dofe , & à laquelle 
on ajoutera quatre ou cinq grains de pi¬ 
lules de cynoglofiè , ou une quinzaine de 



de MEDECINE* lCÿ 
gouttes de la teinture anodyne de Syde¬ 
nham. 

On s’en tiendra pour la boififon à la pri- 
fanne déjà prefcrite , fi mieux on n’aime 
emploïer cette teinture. 

TEINTURE . 

Prenez rôles rouges une demi - once j 
faites-les infufer dans deux livres d’eau 
-de fontaine bouillante ; ajoutez , l’infu- 
fion faite, vingt gouttes d’efprit de vi¬ 
triol , ou iufqu’à une agréable acidité ; 
difloivez dans la colature deux onces de 
fyrop violât. 

Après ces remèdes on lailîèra le mala¬ 
de en repos pendant une quinzaine de 
jours, & enfuite on le repurgera avec la 
même médecine , pour lui donner pen¬ 
dant dix matins le premier bouillon décrit 
ci-defius, dont on pourroit retrancher la 
racine de Jympbitum , & les aïant terminés 
par le purgatif ordinaire , Monfieur aura 
recours au lait d’ânefle entier , qu’il boira 
le matin , commençant par un grand 
verre, & montant peu à peu jufqu’à la 
quantîté'de l’écuellée. Si le lait du matin 
a bien pafie pendant une dixaine de jours, 
Monfieur mangera le foir à fan fouper 


2ro Consultations choisies 
ou du ris, ou du gruau , ou une foupe an 
lait de vache , continuant de même pen¬ 
dant un mois & demi J ou deux mois, & 
aïant recours au purgatif fuivant le be- 
foin. 

On aura foin d’ajouter, d’abord chaque 
jour, & enfuite de deux en deux , ou de 
trois en trois, à la première cuillerée 
du lait cTânefTë une poudre faite avec 
vingt grains de corail rouge préparé , & 
dix grains de cachou brut réduit en pou¬ 
dre. 

S’il furvenoît quelque nouvelle atta¬ 
que devomilîèment de fang, onînfifte- 
roit fur les faignées » fur Tufage de l'o¬ 
piacé , & de l’une ou de l’autre des pti- 
fannes ; on empioïeroit les fucs d’orties 
êc de plantain , auxquels on ajouteroit 
le lyrop de rofès féches avec les narcoti» 
ques, & on continueront plus long-rems 
le lait d’âneflè. 

Les remèdes confeillés pour l’automne 
pourront être réitérés le printems pro¬ 
chain. 

Il efl: abloîument néceflaire que Mon¬ 
teur garde un bon régime de vivre -, qu’il 
fe prive de la boilfon du vin, s’il eft poiïï* 
ble, ou au moins qu’il n’en ufe que très- 
peu t & qu'il foit extrêmement trempée 



r> i. Mîdîci ni. . ni 
Il s’abfriendra au fil de la fumée du tabac * 
& s’il eft forcé de fumer , il fubftituerales 
feuilles féches de tuffilage, ou les feuilles 
de newn , ou les feuilles de héroïne, ou 
enfin qü’il fume très - peu , & avec da 
tabac du levant.Il convient qu’il fe réduife 
à faire deux repas , & qu’îl fê nourrifîe 
avec des potages à la viande, des crèmes 
de ris au bouillon ou à l’eau, des crèmes 
de gruau ou d’orge à l’eau , du bouilli & 
du rôti. On peut y joindre un peu de poif- 
fon frais de la meilleure efpéce de mer on 
de riviere, mais cuit fur le gril, ou à la 
hollandoife, c’eft-à-dire à l’eau $c au fel; 
il s’abftièndra de toutes fortes de ragoûts* 
de la pâtifîerie, des entremets, des fa J a¬ 
des, des fruits cruds , & de tous les ali— 
mens groffiers, îndigeftes, ou échauffans. 

Délibéré à Montpellier ce 11. août, 
174j. Signé, Montagne.. 



212. Consultations choisïis 


CONSULTATION XXXIX. 

Sur Une confnJtdn dans les idées , précédée 
d'engourdiffement 3 & pefanteur 3 & 
de tiraillemens dans la tête. 

L Es accidens dont Monfieur fut atta¬ 
qué il y a quelques mois , & dont 
-quelques uns fubfiftent encore , peuvent 
fe réduire à une confufion dans les idées 
qui devança de quelques jours , àunen- 
gourdiflement, une.pefariteur, & un ti¬ 
raillement des parties placées fur la por¬ 
tion droite de la tête & de la face, à des 
-crampes, & à des engourdiflemens qui 
.ont porté fur toute l’extrémité fupérieute 
& inférieure du même côté droit , & à 
une foiblefle dans ces deux extrémités, 
mais plus confiderable dans l’avant-bras, 
dans la main , & fur tout dans quelques- 
uns des doigts. 

Le Confeil juge que ces différensacci* 
dens ont été produits par le caractère 
vifqueux, fec j < 5 c acrimonieux de la màffe 
du fang, Sc par de légers embarras qui 
ont d abord paru menacer le cerveau , 
mais qui fè font fixés plus ou moins dans 





DE MEDECIN!, 215 

îe tiflu des tuïaux nerveux qui fournif- 
fent leurs rameaux aux parties fituées du 
côté droit depuis la tête jufqu’aux pieds. 
L’état des liqueurs que l’on vient d’éta¬ 
blir eft démontré par le tempérament 
de Moniteur qui, depuis quelque tems 
fur-tout, eft porté à la réfléxion, & à la 
mélancolie. Les bons effets qui ont fui- 
vi l’ufage des eaux de Balaruc, ôc de 
celles de Vais en certaines circonftances, 
prouvent que les digeftions ont été dé¬ 
rangées antécédent!ment, ôc qu’elles ont 
contribué à développer , ôc même à aug¬ 
menter les difpofîtions du fang attachée* 
au tempérament. 

Pour prévenir les fuites des accidens 
qui font le fujet de cette confulta- 
tion , on doit fe propofer de reétifier les 
digeftions , de rendre la mafle du fang 
plus fluide ôc plus coulante , d’en ré¬ 
tablir la douleur 6c l’on&uoftté ; de cor¬ 
riger les embarras que. les nerfs du côté 
droit ont déjà fouffert, ôc de leur redon¬ 
ner le reflbrt qui leur manque. Quelques- 
unes de ces indications ont été remplies 
par les douches ôc les bains de Balaruc, 
que MonfîeujC vient de prendre, on e£- 
pére que les autres le feront dans la fuite 
par le fecours des remèdes fuivans. 


1,14 Consultations choisit* 

Monfieur étant arrivé à Marfeille , s’y 
repofera «pendant une femaine : il pourra 
même durant ce tems, s’il fe trouvoic 
fort échauffé, & qu’il eût le poulx plein 
commencer par fe-faire tirer deux pa¬ 
lettes de fang 'du bras gauche, & f e 
purgera le lendemain avec cette médeci¬ 
ne. 

TV RG AT 10 N. 

Prenez pulpe de tamarins une once ; 
rhubarbe concaflée une dragme ; fleurs de 
pêcher & de violettes , de chacune deux 
pincées ; faites bouillir dans une fuffifan- 
te quantité d’eau de fontaine pour qu’il 
en refte une livre ; faites-y infufer deux 
dr'agmes de féné mondé ; & difîolvez 
dans la colature deux onces & demie de 
manne de Calabre. On en fera deux prifès 
qui feront ayalées le matin à deux heu¬ 
res de diffonce l’une de l’autre. 

Immédiatement apres Monfieur boira 
pendant cinq matins un apozême fait 
avec une dragme de racine de pivoine 
mâle concaffée, deux écreviffes de riviè¬ 
re étouffées dans l’eau chaude & écrafées 
dans un mortier, & une poignée en tout 
des feuilles de pimpinelle & de chicorée 
amére. On jettera dans le pot fur la fin 



SI M I B E C IN t . il$ 

de la codion une dixaine de cloportes 
lavés & étouffés dans le vin blanc , aux¬ 
quels on donnera une ébullition de 
quelques minutes; on dilîbudraalterna¬ 
tivement dans l’apozême coulé fix drag- 
mes de fyrop des cinq racines, ou fit 
dragœes de fyrop de ftéchas. 

Pendant les cinq matins fuivans Mon- 
fieor avalera le bol ci-]oint , buvant par 
deflus chaque dofe une ou deux taflfes 
4 mfufion des feuilles féches de citronelle 
préparée à la maniéré du thé. 

BOL. 

Prenez poudre de guttete douze grains, 
antimoine diaphorétique dix grains ; fai¬ 
tes un bol pour une dofe avec le fyrop de 
ftéchas. 

On reviendra enfuke au mêmeapozê- 
me pendant cinq matins , & d’abord 
après au même bol avec l’infufion de 
méliflè auffi pendant cinq autres matins , 
aïant la précaution de repurger à la fin 
avec la même ptifanne laxative dans deux 
verres. 

Ces préparations axant précédé,Mon- 
iîeur boira pendant dix ou douze matins 
un grand verre de petit-lait qu’on tirera 



Consultations choisies 
du laie de chevre caillé avec la préfure 
ordinaire, & qu’on féparera de Ton fro¬ 
mage en le laiflànt égoutter à travers un 
linge. On le clarifiera d’abord après avec 
ie blanc d’œuf, y jettant pendant cette 
clarification huit cloportes lavés & étouf¬ 
fés dans le vin blanc , & une pincée de' 
fotnmités féches de petit chêne, ou ger- 
mandrée, que l’on fera légèrement bouil¬ 
lir durant quelques minutes avec le blanc 
d’œuf , y éteignant en même tems une 
couple de clous rouilles 8c rougis au feu. 
On dilîoudra dans le petit-lait coulé un 
peu de fucre roïal, & on finira par le 
même purgatif. 

Pendant l’hiver Monfieur ufera deux 
ou trois fois la femaine alternativement - t ? 
ou d’un bol fait avec quinze grains de pou¬ 
dre de guttece , & quelques gouttes de 
fyrop de capillaire qu’il prendra le matin à 
jeun avec une grande rafle d’infufion de 
méliflèpardeflus, ou d’une poudre faite 
avec huit grains de fafran de mars apéri¬ 
tif préparé à la rofée du mois de mai, & 
fix grains de cafcarilîe en poudre , qu’on 
envelopera dan? la première cuillerée de 
foupe à l’heure du dîner , fè purgeant au 
milieu & à la fin de l’hiver avec la même 
médecine. 


L® 



DE MEDECINE. 217 
Le printems prochain on faignera Mou- 
fleur du bras ou du pied gauche , & on le 
purgera pour réitérer les apozêmes, le 
bol . & enfuite le pecit-lait dans le même 
ordre, & avec les mêmes circonflances- 
prefërites pour le premier ufage de ces 
remèdes, aïa-nt foin pour lors de donner 
avis de fon état, afin que l’on puifle dé» 
rerminer s’il doit revenir à Balaruc. 

Monfieur doit obferver un bon régime 
de vivre , & fie nourir avec des potages 
à la viande , du bouilli, & du rôti, lou¬ 
pant très - frugalement & de bonne 
heure 0 & s’abftenant des ragoûts 3 des 
falades , des fruits cruds, & de tous les 
alimens venteux, groffiers , indigeftes, ou 
échauffans. Il eft abfolument néceffâire 
qu’il fe dilïïpe par la promenade à pied 
ou achevai pendant les beaux jours, par 
la fréquentation des fpe&acles , des con¬ 
certs , & des aflèmbiées , où îl pourra 
s’amufer gracieufement } & crôifer le 
penchant qu’il a à fe trouver feul, & à 
réfléchir fur fes incommodités. - 

Délibéré à Montpellier , ce 4 odobre 
ï.743., M o N T a G N e. 

K ' 


Tome V. 


xiS Consultations choisies 


CONSULTATION XL. 

Sur une foiblejf-c générale , avec étourdi]fe~ 
mens 9 langueur & lajfimdes univerfelles, 



L Es accidens qui inquiètent a&uelle- 
ment Monteur peuvent fe réduire, 
fui vaut le détail qu’il en a fait lui-même, 
à une foibleiTe générale , mais fur-tout 
dans les - extrémités inférieures , à un 
étourdiflement qu’il fent dans .la tête, 
accompagné d’une difficulté de marcher 
avec fermeté , de lire ôc même d’écrire, 
à une langueur & une laffitude dont au¬ 
cune partie dé fon corps n’eft exempte, 
ôc à des éblouifiemeiis véritablement trés¬ 
ors- _ 

Ces accidens au refte avoient ete pré¬ 
cédés par des èbranlemens ou des-mou- 
yemens convulfifs qui n’arrivoient que 
dans la nuit, & à l’approche du fommeil, 
& qui finiffbient par un étourdiiîement 
considérable , par des embarras dans la 
tête , des crampes & une diminution du 
fentiment j & enfin par quelques défail¬ 
lances ou cardialgies, auxquelles des re- 




DE MEDECINE. llj 
médes pouvoient avoir donne Heu. Tous 
ces fymptomes fe font développés de¬ 
puis le mois d’avril de l’année 1742 , 

& ont foufFert beaucoup de variations 
jufqu’au retour du malade dans fon 
pais natal. Il s’eft d’ailleurs joint à ces 
circonftances des, inquiétudes , des idées ; 
triftes & défagréables fur les évenemens 
de ces incommodités 8c un fond de mé¬ 
lancolie qui n’a pas laide de contribuer 
à rendre la maladie plus opiniâtre , 8c à 
la caraéterifer parfaitement. Ain fi on 
doit la regarder comme une afreétion, 
vaporeufe 8c mélancholique, & comme 
la production d’un fang fel épais & acri¬ 
monieux , & en même tems de la ten-f 
fion fpâfmodique de tout le genre ner¬ 
veux. 

L’écat des liqueurs que l’on vient d’é¬ 
tablir avoir été annoncé depuis long- 
tems par le tempérament inquiet, bouil¬ 
lant, 8c mélancholique de Monfieur.maîs 
il a été extrêmément augmenté par la 
contention & les fatigues d’efprit aux¬ 
quelles il s’eft livré fans ménagement, 
par fon féjour dans des climats chauds , 
par les remèdes deftëchans dont il a fait 
ufage, & par les évacuations de la peau 
trop abondantes qui l’ont fuivi & qui ont 



Zi .& Consultations choisies 
été renforcées par les chaleurs du 'di¬ 
luât. 

Pour obfervér les réglés de la bonne 
pratique dans le traitement des acci- 
dens qui font le fujet de cette ConfuL 
ration , on doit fe propofer de rectifier 
les digeftions j de divifer la ma (Te du 
fang fans l’incendier , de lui fournir une 
abondante détrempe , d’en rétablir la 
douceur & l’onéhiofité, & de redonner 
au genre nerveux par ces difFérens fecours 
la foupleflè qui lui manque.. On fe flatte 
que ces indications feront remplies pat 
le moyen des remèdes fuivans. 

On commencera par purger Monfieur 
avec cette-médecine. 

FVRGATIOjtf, 

Prenez pulpe de tamarins une once f 
rhubarbe concaflee une dragme, fleurs de 
violettes & de pêcher de chacunes deux 
pincées j faites bouillir dans une fuf&* 
faute quantité d’eau de fontaine ; infu- 
fez dans une livre de cette liqueur deux 
dragmes de follicules de féné,& diflol- 
ve? dans la colature deux onces & de¬ 
mie de manne de Calabre 3 pour faire 
une potion en deux dofes qui feront prit 



î> E MEDECIN*. Ht 

fé$ le matin à deux heures de diftance 
Tune de l'autre. 

Immédiatement après Monfîeür boira 
pendant dix matins un bouillon fait avec 
un morceau de maigre de veau , ou un 
Jeune poulet, une dragme & demie dé 
racine de pivoine mâle concafiee , deux 
écreviffes de riviere étouffées dans l'eau 
chaude & écrafées dans un mortier , & 
une poignée en tout des feuilles de cref- 
fon de fontaine & de chicorée amere. 
On jettera dans le pot fur la fin de la 
coétion dix ou douze cloportes lavés Sê 
étouffés dans le vin blanc. 

Pendant les douze matins fûivans 
Monfieur prendra le bol ci-joint, avalant 
par-deffus chaque dofe une ou deux tuf- 
fes d'infufion de feuilles feiches de citro- 
îielle , préparée à la maniéré du thé # 
réitérant la même médecine à la fin. - 

B 0 h . 

Prenez poudre de guttete douze 
grains ; fuccin blanc pulvérifé dix grains ; 
caflia lignea auffi en poudre fix grains, 
cinnabre d’antimoine deux grains. Faites 
un bol pour une prife avec le fyrop de 
pivoine. 

K iij 


îzz Consultations choisies 

Monfîeur boira enfuite pendant tra- 
mois ou environ chaque matin le lait da- 
neffè entier , commençant par un grand 
verre , & montant peu à peu jufqu’à 
la quantité de l’écuellée. On ajoutera de 
deux en deux jours à la première cuil¬ 
lerée de ce lait une poudre faite avec . 
quinze grains de corail rouge préparé , 
ôc dix grains de cachou brut réduit en 
poudre , terminant ces remèdes par le 
même purgatif. 

Monteur pafîera fou hiver en ufanc 
trois fois la femaine alternativement, ou 
d’un bol fait avec quinze grains de pou¬ 
dre de guttete , & quelques gouttes de 
fyrop de capillaire, quil prendra le ma-' 
tin, & par defïlis lequel il avalera une ou 
deux tallès d’infufîon de citronelle, ou du 
fafran de mars apéritif préparé à la rofée 
du mois de mai, à la dofe de fept ou 
huit grains, dont il fe fervira à l'heure, 
du dîner enveloppé entre deux foupes. 

Le printemps prochain , Monfîeur re¬ 
viendra aux mêmes bouillons, au même 
bol avec l’infufîon de méîifîè, & au mê¬ 
me lait d’ânefîe, qu’il continuera même 
pendant une couple de mois, s’il patfe 
bien, obfervant les précautions déjà con- 
feillées pour le premier ufage de ces re¬ 
mèdes. 



C E MEDECIN E. 21$ 

On ne juge pas convenable de confeil- 
ler une plus longue fuite de remèdes fans 
avoir été informé de l’effet de ceux que 
l’on vient de propoler. 

Il eft abfolumentnéceffaire que Mon¬ 
teur garde ua régime de vivre fimple 
& qu’il fe nourriffe avec des potages à 
la viande , des crèmes de ris au bouillon 
ou à l’eau , du bouilli & du rôti, y ajou¬ 
tant même de tems en tems un peu de 
poiffon frais de la meilleure efpéce , mais 
cuit fur le gris ou à la Hollandoife. Il fe 
ménagera beaucoup fur les écritures , 
& fur toutes les occupations accompa¬ 
gnées de contention d’efprit \ s’abftien- 
dra des ragoûts des falades, des fruits 
cruds, der légumes , & de tous les ali - 
mens venteux , groffiers, indigeftes, ou 
échauffàns. Il fe diffipera par la prome¬ 
nade à pied ou achevai, par la fréquen¬ 
tation du fpeétacle, ôc des peribnnes*qui 
peuvent lui fournir une fociété gracieu- 
fe, & par tous les amufemens propres à 
le diftraire des attentions qu’il ne peut 
que difficilement refufer à fes incommo¬ 
dités. 

Délibéré à Montpellier le ai.novem¬ 
bre 1743./^ j Mo N T A G N E. 



il \ Consultations choisies 


CONSULTATION XLI. 

Suif un ulcère carcinomateux a la lèvre 
inférieure . 

L 'Ulcère malin & carcinomateux qui 
attaque la lèvre inférieure du côté 
gauche , & qui avoir été annoncé depuis 
plufieurs années par une croûte fixée au 
même endroit dans l’hiver pour fe ter¬ 
miner au printems, doit être rapporté à 
Ta&ion rongeante des Tues lymphatiques 
& fanguins extravafés dans la partie affli¬ 
gée 3 & qui ont été miser» jeu par les dif- 
férens corrofifs emploies pour le traite- 
. ni eut. - 

Dans le Mémoire qui nous a été ternis 
on ne-fait aucune mention, de l’âge , du 
tempérament, ni de la maniéré de vivre 
de Moniteur 5 on paflfe auffi fous filence 
les maladies héréditaires qui auroient pu 
Se trouver dans fa famille , & pafler jufi- 
qu a lui , 5c enfin les maladies acquifes 
qui pourroient avoir laiflé des, impref- 
fions dans la mafiè de fon fang. On va 
tabler fur ce que l’on a trouvé à propos 
de nous apprendre a & en tirer les con- 




DE Me REC I NE. 22f 

ffquences convenables pour parvenir à 
un traitement méthodique.. 

Ne connoiflant pointavec précifîon les 
circonftances qui ont donné lieu aux 
premiers eommeneemens de l’ulcère ma¬ 
lin , on juge par fon opiniâtreté & fes 
progrès que quelque glande lymphatique 
de la portion gauche de la lèvre inférieu¬ 
re a été obftruée, & a pris la tournure 
du feirre par lamas & le féjour d’une 
lymphe grofîiere & acrimonieufe , & que 
dans la fuite il self fait une exttavafa- 
tion de la-portion rouge du fang autour de 
la tumeur, 8 c par une fuite néceflàireune 
fuppurat-ion qui a ©ccafionné un ulcère ^ 
crouteux d’abord, & devenu malin par 
l'application des cauftiques. 

La conftitution épaifle & acrimonieufe 
de la portion lymphatique enfuppofe une 
femblable qui eft répandue dans toutes 
les parties intégrantes du fang,* & qui eft 
démontrée par l’état caleuleux du mala- 
lade développé depuis quelque tems. 

Pour tirer tout le parti pofïible de la 
fkuation préfente de Monfieur on dok 
fe propofer de re&ifier fes digeftiens, de 
rendre la mane du fang & plus fluide èc 
plus coulante , d’en corriger l’acrimonie 
quiaprisle defïus d’adoucir îecaradé- 



u .6 Consultations choisies 
re rongeant des fucs que fournit l’ulcere, 
& de le conduire à une heureufe cicatrice, 
ou pour le moins d’en rendre les progrès 
& moins prompts > & plus fupportables„ 
On efpére que ces indications feront 
remplies par le moten des remèdes fui- 
vans. 

Suppofé que le poulx de. Moniteur 
foie vif, ou qu’il y ait des marques d’a¬ 
bondance de fang » on commencera par 
une faignée du bras, dans laquelle on ti¬ 
rera deux palettes de fang, pour purger 
d’abord après avec cette médecine. 

PURGATION. 

Prenez une once de pulpe de tamarins* 
pulpe de caflè récemment extraite & non 
mondée de fes noïàux deux onces ; fel 
d’Epfom quatre ferupules -, faites bouillir 
dans une féffifanre quantité d’eau de fon> 
taine ; puis dilïolvez dans huit onces de 
colature une once & demie de manne de 
Calabre , 6c une once de fyrop de rofes 
ferlutif -, faites une potion qui fera prife le 
matin avec régime. 

Immédiatement ap.rès Moniteur boira 
pendant dix matins un bouillon fait avec 
un jeune poulet, ou un morceaii de mai- 


de Médecine» 2.17 
gre de veau -, une dragme de racine de 
lquine coupée par tranches , deux écre- 
vifies de riviere étouffées dans l’eau chau» 
de, & écrafées dans un mortier , 8c une 
petite poignée de feuilles de chicorée 
amére. On jettera dans le pot fur la fin 
de la co&ion une bonne pincée de fleurs 
de violettes, réitérant la même médecine 
à la fin. 

Pendant les douze matins fuivans Mon¬ 
iteur prendra une écuellée de petit - laie 
qu’on tirera du lait de vache caillé le foir 
avec la préfure ordinaire , 8c qu’on fépa- 
rerà de fon fromage pendant la nuit, en 
le laiflaut égoutter à travers un linge, 8c 
le clarifiant le matin avec le blanc d’œuf. 
On y jettera pendant cette clarification 
une pincée de fommités féches 8c fleuries 
d’hypéricum, auxquelles on donnera une 
ébullition de quelques minutes avec le 
blanc d’œuf. On dilfoudra dans le petit- 
lait coulé un peu de fucreroïal, 8c on 
finira par le purgatif. 

Le petit-lait aïant bien pafle , on aura 
recours au lait d’ânefle entier, que Mon- 
fieur boira le matin , commençant par 
un grand verre , 8c montant peu à pen 
jufqu’à la quantité de i’écuellée. On ajou¬ 
tera de deux en deux jours à la premiers 
Kvj 


n 3 Consultations choisit? 
cuillerée de ce laie quinze grains d’anti¬ 
moine diaphonique, dix grains de ca¬ 
chou brut réduit en poudre, &fix grains 
de macis aufïï- réduit en poudre-, qu-’on 
mêlera enfemble.. Après avoir continué 
ce lait pendant un mois ou cinq femaines-. 
en emploiera le même purgatif. La faifon 
ne permet pas de propofer ni les- demi- 
bains. , ni les bains domeftiques. 

- On aura foin durant le cours de ce? 
remèdes-de panier 1-ulcére., on avec le 
beurre frais , ou-avec le miel blanc & le 
plu?doux, ou.l’huile d’œuf feule y dont 
on chargera un petit plumaceau, fi mieux 
on n’aime mêler ou-avec le beurre on 
avec le miel lia poudre de grenouille verte, 
ou celle des ccreviffès- de - riviere fèchées-- 
au four, ou bien la tuthie préparée félon¬ 
ies régies-de l’art., ie forvant de l’un de 
ces mélanges pour en garnit de petits plu— 
mâceaux. 

.On lavera de tems en rems Tulcére ou 
avec l’eau- de morelle diftillée * ou avec- 
une décoction d’orge & de rôles rouges , 
à-laquelle on ajoutera le miel blanc. On 
bannira toutes- fortes de lavages ou les 
remèdes rongea ns feroient mêlés, & on 
aura la même précaution pour les appli¬ 
cations. de quelque, remède cauftique 


» E MEDECINE. 22 9? 

eu rongeant qu’on puiflfe propofor^ 

Ces préparations aïant précédé eu 
examinera les changemens fur venus 
dans f ulcère , & letar ou le malade fo 
trouvera, & , fuppofé d’ailleurs que la 
rigueur de la faifon ne foit pas un obfta- 
cle , on prendroit le parti de l’opération 
avec le fer „ c’eft-àdire avec les cifeaux- 
courbes pour emporter tout ce qura reçu; 
des impreflîons de dureté autour de l’ul- 
cére ; mais- fi la rigueur de la faifon ne 
permet point d’enveni’r- à cette opération-*, 
on continuera les mêmes 'remèdes inté¬ 
rieurs , & les mêmes panfemens jufqu’ai$ 
beau tems, & l’on exécuteroit pour-lors' 
ce qui auroit été différé, par rapport à la 
manœuvre du fer. 

Il efe bon d’obférver „ foit qu’on fe 
détermine dans le cours de l’hiver , foit 
qu’on renvoie jufqu-au ptintems. l’opéra¬ 
tion , fi la mâchoire eft exemte d’altéra¬ 
tions , cjeft-à-dire de gonflement ou de 
carie fî lesmufcles deftinés au jeu.de la 
portion gauche de la lèvre inférieure font 
libres, & s’il efi: pofiïble d’emporter tou¬ 
tes les callofités ou racines. Si les chofes 
étoient dans une dîfpofition contraire oh 
fe contenter oit de la cure palliative, &c 
on s’abftiendroit de l’ufage du fer, & de 


2$o Consultations choisies 
tous les rougeans en même tems. 

-Suppoféque l’on en vînt à l’opération,, 
on choihroit un Chirurgien expérimenté, 
& on panferoit là plaie fuivant les ré¬ 
gies de la bonne chirurgie , joignant le 
régime de vivre convenable en pareil cas, 
& qui! eft inutile de propofer ici. 

Si dans la fuite l’uleére devenoît dou¬ 
loureux, on aurait recours aux caïmans, 
c’eft-à-dire à la teinture anodyne de Sy¬ 
denham, & au laudanum en extrait, pour 
calmer les douleurs & procurer de bon¬ 
nes nuits. 

Durant letems des remèdes confeillés 
cbdedus Moniteur doit fe nourrir avec 
des potages à la viande , du bouilli & du 
rôti, & s’abftenir de tous les alimens de 
haut goût , & \le tous ceux qui font 
eruds , indigeftes , ou ineendians. Les 
boilîons fpiritueufes & le vin font très- 
contraires au malade - y ainfi il aura foin 
de s’en priver abfolument. 

Délibéré à Montpellier ce 25. Novem¬ 
bre , M o N T A G N E. 

Nota. Foiez, enfuke la Confultation 45. 



D E M E BE C I N F» 2$Z 


CONSULTATION XLII. 

Sur dis taupes qui ont paru endiffèreüs en- 
droits dsi corps. 

L Es différentes loupes qui ont para 
depuis quelque tems dans plufieurs 
parties du corps de Moufîeur ont été pro¬ 
duites dans leur commencement, êc font 
a&ueîîement entretenues,, par la congef- 
tîon & le féjour d’une lymphe féche , 
épaiffe, 8c acrimonieufe, dans les glandes 
eonglobées affectées de ces fortes de tu¬ 
meurs. Comme il y a beaucoup de glan¬ 
des de la même efpéce qui font libres 8c 
exemptes de pareils engorgemens, on a 
droit de conclure que celles qui font tu* 
méfiées, ont manqué de reffort & ont 
foufïèrt un vice organique qui a occafion- 
né le féjour de. la lymphe dans leur tiffu. 

Le caractère épais 8c acrimonieux de fa 
portion blanche a été néceflaîrement 
communiqué aux autres parties intégran¬ 
tes du fang, qui pèchent pareillement par 
trop deconfîftence 8c trop d’acrimonie. 

On ne connolt point de difpofitions 
héréditaires dans la famille de Monfieur, 




ï\i Consultations choisies 
on ne fçauroit non plus en foupçonner 
d’acquifes qui en aient îaifle des impref- 
fions fur la lymphe ; on peut feulement 
aflurer que 1 état vicieux des liqueurs a 
été attaché au tempérament plein d'ar¬ 
deur & de feu du malade , & qu’il a été 
augmenté dans la fuite par quelques ex¬ 
cès de bouche, & des fatigues du corps 
peu ménagées, comme les hémorrhoides 
qui paroîflènt de tems en tems, & qui 
lé dégorgent communément par un écou¬ 
lement de fang ne permettent d’en dou¬ 
ter* 

Pour prévenir le progrès des loupes 
déjà formées, & même la formation de 
nouvelles , que Ton a lieu de craindre > 
Ton doit te propofer de rectifier les di~ 
geftions, de procurer une dîvifion douce 
8c ménagée à la lymphe 8c aux autres 
parties intégrantes du fang , d’en corri¬ 
ger l'acrimonie qui a pris le deffùs , 8c de 
ménager une libre dîftributfon de la por¬ 
tion lymphatique dans les glandes con- 
globées où elle s’eft déjà arretée, 8c dans; 
celles qui pourroîent devenir fujettes à- 
de femblables engorgemens. On te‘flatte 
que ces indications feront remplies par 
lé fecours des remèdes fuivans. 

On pourra commencer par une daignée 



DI M E D I C I N F.' 1} 3 

du bras, dans laquelle on tirera deux 
petites palettes de fang , pour purger 
le lendemain fuivant cette formule, 

PVRGATIO N. 

Prenez fix dragmes de tamarins j pulpe 
de cafïè récemment extraite & non mon¬ 
dée de fes noïaux, deux onces ; rhubar¬ 
be concafïee unedragme; fommités d’hy- 
péricon une pincée ; faites - les bouillir 
dans feau de fontaine jufqu’à ce qu’il en 
refte une livre ; difiolvez dans la colatu- 
re deux onces & demie de manne choifie, 
& faîtes une potion pour deux dofes , 
qui feront avalées le matin , laiffant deux 
heures d’intervalle entre les deux. 

Immédiatement après Mon fieu r pren¬ 
dra pendant dix matins un bouillon fait 
avec un morceau de maigre de veau, ou 
un jeune poulet , une dragme de racine 
de fquîne coupée par tranches , deux 
écreviffès de riviere étouffées dans l’eau 
chaude & écrafées dans un mortier , 8c 
une poignée en tout de feuilles de creflnn 
de fontaine 8c de chicorée blanche. On 
jettera dans te pot fur la fin de la eoéfion 
une douzaine de cloportes lavés 8c 
éêouffés dans le- yin blanc , & on réîté- 


154 Consultations choisies 
rera la même médecine à la fin. 

Pendant les .quinze matins fuivans 
Monfieur boira une écuellée de petit-lait 
quon tirera du lait de vache caillé le foir 
avec la préfure ordinaire, & quon répa¬ 
rera pendant la nuit de Ton fromage en 
le laiiTant égoutter à travers un linge pour 
le clarifier le matin avec le blanc d’œuf. 
On y jettera pendant cette clarification 
huit cloportes lavés & étouffés dans le 
vin blanc, auxquels on donnera une 
ébullitioiî de quelques minutes avec le 
blanc-d’œuf, y éteignant en même tems 
quelques. clous Irouillés , & rougis au 
feu. On difïoudra dans le petit-lait coulé 
un peu de fucre roïal, & on repurge¬ 
ra à la fin avec le même remède. 

Monfieur pafîera fon hiver en ufant 
trois fois la femaine le matin d’un bol 
fait avec douze grains de cloportes en 
poudre , &huit grains de fafran de mars 
apéritif préparé à la rofée du mois de 
mai, que l’on incorporera avec quelques 
gouttes de fyrop de capillaire pour for¬ 
mer le bol j faifant avaler par-deffus une 
couple de taffès d’infufion de feuilles fé- 
ches de cîtroneîle préparée à la maniéré 
du thé On pourra purger une ou deux 
fois dans le cours de l’hiver avec le me-, 
me remède. 



de MEDECINE. 2.3 J 
Le printems prochain on aura recours 
aux mêmes bouillons, & au même petit- 
lait , mais tiré du lait de cheyre , obfèr- 
vant en tout ce qui vient d’être confeillé 
ci-deflus pour le premier ufage de ces re¬ 
mèdes; & d’abord après Monfieur boira 
pendant un mois & demi, ou même deux 
mois, chaque matin une écuelîée de lait 
de chevre entier, à laquelle on mêlera 
chaque fois deux ou trois cuillerées de la 
fécondé eau de chaux ; & , fi le lait du 
matin a bien pafle pendant une dixaine de 
jours, Monfieur mangera le foir à fon 
louper une foupeau même lait de chevre, 
réitérant la même médecine à la fin , & 
même au milieu , fi on le juge néceffaire. 

Durant tout le tems du lait Monfieur 
avalera de deux en deux jours le foîr en 
fe couchant un bol fait avec quinze grains 
de cloportes en poudre , douze grains 
d’antimoine diaphonique, & Huit grains 
de panacée vioîette,que l’on incorporera 
avec le fyrop de capillaire pour en former 
une couple de pilules. 

La manipulation de la panacée violette 1 
efbdécrite dans Lemery. On pourra en 
tout cas la faire venir ici, 

Suppofô que le lait ne pàfsât pas bien , 
Monfieur prendroit pendant vingt ou 


2.36 Consultations choisies 
vingt-cinq matins un bouillon fait aves 
un morceau de maigre de veau, la chair, 
le foie , le cœur & le fang d’une tortue 
de grandeur raifonnable, une dragme de 
racine de falfepareille bien refendue, une 
ou deux écreviffes, & une poignée de 
feuilles de chicorée amére , purgeant au 
commencement & à la fin de ces bouil¬ 
lons. 

Pendant l’été Moniteur pourra boire les 
eaux de Caroarezoud’Yeuzet,mais tiedes 
ou dégourdies, durant une dixaine de ma*r 
tins. 

Suppofe que quelques - unes des tu¬ 
meurs deviennent douloureufes, on ap¬ 
pliquera par delïus un cataplafme fait 
avec le pain & l’eau, ou le lait , ou bien 
un cataplafme compofé avec la pulpe de 
la racine d’althéa & des feuilles de Jof- 
quiame , le pain & le lait. On pourroit 
enfin emploïer l’emplâtre de mucilage. 

On prie Monfîeur le Médecin ordinai¬ 
re de vouloir bien fe charger de prefcrire 
le régime de vivre convenable fuivant fès 
lumières. 

Délibéré à Montpellier le 6. décembre 
I745. figné , Montagne* 



Médecin ï. 


*3 7 


CONSULTATION XLIIÎ. 

Sur des excroijfances dans le canal de 
l’uréthre. 

L ’Ecoulement involontaire de l’urine 
dans certains tems, fa fufpenfion ou 
fiippreffion paflagere dans d’autres, & la 
fortie de cette même urine qui fe fait 
pour l’ordinaire, .tantôt goutte à goutte , 
tantôt en un filet très-fin, ou divifé en 
deux , • malgré les efforts que' Monfieur 
emploie pour uriner à plein canal, font 
les effets du caradéte épais 8c acrimo¬ 
nieux de l’urine , & en même tems de la 
trop grande fenfibilité du col de la vef- 
fie, 8c de quelques embarras ou carno- 
fités placées dans le canal de l’uréthre, 
.L’exiftence des embarras ou catnofités 
dans le canal de l’uréthre eft démontrée 
par la réfiftence.qu’on â trouvée dans ce 
même canal en introduifant une fonde de 
plomb , & par la difficulté delà poufler 
au-delà d’un certain endroit * que l’on 
foupçonne dans le voifinage du bulbe ou 
au-delà , par les gouttes de fang qui put 
coulé à la fortie de la fonde, par les 




138 Consultations choisies 
maladies du canal, c’eft-à-dire les chau- 
depilfes qui ont précédé , par leur mau¬ 
vais traitement pendant leur durée., & 
par * la nécelfité où le malade fut réduit 
de recourir aux o,n étions mercurielles 
pour détruire les imp reliions qu’avoient 
îaiflees les accidens vénériens dont il a 
été attaqué autrefois. 

Comme il n’elt guéres permis de faire 
efperer une cure radicale dans le cas où 
Monfieur fe trouve , on va prendre le 
parti d’en propofer une palliative, 5 c 
à la faveur de laquelle on puifle procurer 
ià fortie libre & naturelle de l’urine par 
le canal de l’uréthre. 

Pour y parvenir on doit avoir en vue 
d’abord de reétifier les digeftions , de di- 
vifer avec beaucoup de ménagement 5 c 
de douceur la malle du fang , d’en corri¬ 
ger l’acrimonie dominante , de clarifier, 
d’adoucir par les mêmes fecours les uri¬ 
nes, de diminuer la fenfibilké du col de 
la veffie , de moûler & d’élargir les en¬ 
droits du canal.de Turéthre rétrécis, & 
de les entretenir dans l’état de dilatation 
qu’on leur aura procurée. On efpére que 
ces indications feront remplies par le 
moïen des remèdes fuivans. 

Moniteur , étant arrivé chez lui, s’y re- 



de Médecine. 23^ 
-pofera quelques jours , & ufera pendant 
cec intervalle pour boiffon d'une ptifane 
faite avec la racine de nymphéa, & les fleurs 
de mauve, fe faifant faigner enfuite du 
bras , & tirer-deux bonnes palettes de 
fang , pour fe purger le lendemain de la 
-feîgnée avec une once de tamarins, la 
pulpe tirée de fix onces de caflè en b⬠
tons fans la paffer, deux pincées de fleurs 
de pêcher, &: autant de celles de violet¬ 
tes , dont on fera une déco&ion, dans 
deux grands verres de laquelle , apres 
lavoir coulée, ondiflbudra deux onces ÔC 
demie de manne. 

Cette médecine fera partagée en deux 
verres, qu’on donnera à deux heures de 
diftance de l’un à l’autre. 

Immédiatement après Monfieur boira 
pendant dix matins un bouillon fait avec 
un morceau de maigre de veau , demi- 
once de femence de pavot blanc concaffée, 
enfermée dans un nouer, deux écrevifles 
de riviere étouffées dans l’eau chaude, ôz 
écrafées dans un mortier , fi on peut en 
avoir, & une poignée en tout de feuilles 
de chicorée blanche & de chicorée amére. 
On jettera dans le pot fur la fin de la 
ccétion une pincée de fleurs de violettes, 
& 011 repurgera à la fia avec la même 
médecine. 


tqo Consultations choisies 

Pendant les dix-huit ou vingt matins 
fuivans Monfieur boira du lait de vache 
ainfi préparé. 

LAIT . 

Prenez douze onces de lait de vache, 
8c autant de décoâion de racine de chien¬ 
dent , que vous jetterez dans un vaifiqau 
propre pour expofer le mélange à un feu 
très-doux , & décrêmez à melure que la 
pellicule fera formée, continuant de mê¬ 
me jufqu’à la diminution du quart ou 
environ. On diffoudra dans cette prépa¬ 
ration de lait après l’avoir finie un peu de 
lucre roïal, & on en terminera l’ufage 
par le purgatif déjà confeillé. 

Ces préparations aïant précédé , Mon¬ 
fieur choifira un Chirurgien adroit & ex¬ 
périmenté dans la maniéré d’introduire 
la fonde dans la veffie , afin qu’il enfei- 
gne au malade lui-même la maniéré de fe 
placer, de tenir la verge, & d’introduire 
la fonde ou la bougie dans le canal, & 
dans la veffie même , quand il fera per¬ 
mis d’y arriver. 

On peut fe fervir de deux méthodes 
pour traiter les carnofités, 8c mouler le 
canal. On laifle au Chirurgien qui fera 
chargé 



ÏX E M ÏD ~E C l N £.- 24Î 

chargé de la cure de donner la préférence 
s celle qu’il aura emploïée le plus fou- 
vent, ou de les tenter toutes les deux , fi. 
celle qu’il aura d’abord choifie n’a pas 
tout le fuccès qu’il doit attendre. 

. Dans l’une de ces méthodes on fe fert 
des fondes de plomb de la longueur or¬ 
dinaire des algalies qui foient paiîe par la 
filière exa&ement , & dont l’on aitarron- 
. di l’un des bouts avec une lime très-fine. 
•On doit fe munir de fondes de différentes 
grofleurs , & graduées ; & pour le choix 
de la première que l’on doit introduire, 
on fe réglera fur le filet plus ou moins 
-délié ou gros del’uriae , quand le malade 
pi ife. . ' 

On obfervera avant d’introduire la fon¬ 
de de faire une injedion dans le canal 
-avec l’huile d’amandes douces, & de.fro- 
ter la fonde avec la même huile. Axant 
faifi la verge vers la racine du gland , 8c 
fans gêner l’uréthre , on pouffera la fon¬ 
de un peu recourbée , ou même fans la 
: recourber dans le commencementmais 
-avec beaucoup de ménagement , jufqu’à 
ce que l’on rencontre un obftacle, pour- 
Jors on retire tant foie peu la fonde , on. 
biaife. fur les côtés de l’obftacle , & 
fans lui donner un mouvement violent, 
Tome V . L 





i$i Consultations choisies 
mais l’abandonnant feulement à foil- 
'poids , on tâchede franchir i’obftacle > 
aïant foin de tenir la verge tirée , & fi 
Ion elt affez heureux de-palier au-delà 
de cet obûacle , on ponflela fonde en 
avant avec douceur jufquà ce qu’ii 
s’en préfente un autre , fur lequel on 
exerce la même manœuvre. Mais fi le pre¬ 
mier ou le fécond soppofe à l’entrée de la 
fonde, on s’arrête dans cet endroit, 8c 
ou laife féjourner la fonde : pendant une 
demi heure, ou une heure entière, & en- 
fuite on la retire avec dextérité en diri¬ 
geant le bout que l’on tient ver s la ligne 
blanche. 

Par ce premier elïai on découvre fi le 
premier obûacle eft plus ou moins avan¬ 
cé vers la racine de la verge ; on en fait 
de même du fécond , fi on a paifé le pre¬ 
mier. On revient une fecouae fois à l’in- 
trodudion de la fonde vingt quatre heu¬ 
res après avec les mêmes précautions, êc 
on continue pendant fept ou huit jours 
plus ou moins cette manœuvre , aïant 
foin de ne pas forcer les obftacles s’ils ré- 
fiftent trop , & de pouffer la fonde en 
avant jufqu’à ce qu’il s’en préfente d’au¬ 
tres j ou enfin jufqu’à ce qu’on arrive 
dans la vefîie après qu’on les a cous pafïes. 



5 D S MEDECINE. I45 

On change les fondes & on en prend 
de differente groffeur à mefure que Ton a 
fait plus dechemin dans le canal.& fur la 
fin on fe détermine pour les plus greffes, 
afin d’occafionner un plus grand écarte¬ 
ment. O11 laide féjourner les fondes dans 
le canal plus long-tems à mefùre qu'on 
l’y a accoutumé, pendant quatre, cinq , 
fix , & même huit heures ; on fonde 
même le matin Sc le foir quand le malade 
•a été difpofé à garder la fonde dans le 
canal. On procure par ce fnoïen la libre 
fortie de l’urine ; mais il eft bon de re¬ 
marquer que le canal fe rétrécit de nou¬ 
veau fi on ne continue pas l’ufage la fon¬ 
de pendant long - tems , & fi après un 
certain intervalle on n eft pas exad à le. 
reprendre & à le continuer ordinaire¬ 
ment toute la vie. 

Par la fécondé méthode on fe fert d’u¬ 
ne bougie faite de cordes de boïaux qu’on 
introduit dans le canal où Ion a injeéfcé 
de l’huile, après qu’on l’a trempée dans 
la même huile d’amandes douces.. On fe 
mefure fur la groffeur du filet de l’urine 
pour le choix de la bougie : on la pouffe 
dans le canal jufqu’à l’oftacie , on le fur- 
monte , & on va au-delà, s’il eft poffible, 
âc fi le contraire arrive, on laifle féjour- 
Lij 



444 Consultations choisies ' 

■»er la bougie dans le canal quelle dilate 
en fe gonflant, on la retire après un cer¬ 
tain féjour, & on obferve les mêmes ré T 
.gles pour pafler les obftacles, ,& ■parvenir 
à la vefîie, qu’on a proposées pour la 
fonde de plomb. 

On fubftitue quelquefois aux bougies 
de cordes de boïaux d’autres bougies fai¬ 
tes avec du linge ciré , mais elles réuffif- 
fent moins que les autres •: l’on peut ce- : 
pendant .rouler ces mêmes linges cirés fur 
les bougies dé cordes de boïaux , jk de 
cette maniéré on fait des bougies compo¬ 
ses des deux •, & qui font très-propres 
à mouler le canal. Cette fécondé métho¬ 
de pourroit être pratiquée dans le com¬ 
mencement , mais dans la fuite quand il 
s’agit de continuer les traiteroens du ca¬ 
nal, on doit préférer les fondes de plomb 
auxquelles on donne la figure des algalies, 
ou fondes d’argent ordinaires, en les 
courbant par un bout. 

S’il furvient des accidens dans letems 
qu’on fonde, c’eft-à-dire des friflons, des 
mouvemens de fievre , on interrompe 
l’ufage de la fonde pour quelques jours , 
& on laiflè tomber les accidens , pour le 
reprendre enfuite , mais en gardant en¬ 
core plus de précaution pour éviter le 


* £ M E D 1 C I N ?.. Ï45 

ïctour de nouveaux fymptomes. De-là 
on conclura qu’on ne doit pas fe preflèr , 
ni forcer l’introduâion dé la fonde, maïs 
gagner du ter rein peu à peu. Il arrive 
quelquefois que l’on emploie deux mois 
entiers avant de parvenir à la veffie, par 
rapport à la difficulté de furmonter les 
obftacles , où par rapport à leur grand 
nombre. 

Le printems prochain Moniteur pour¬ 
ra avoir recours aux mêmes bouillons, Sc 
à la même préparation dé lait , s’en 
tenant aux précautions prefcrites ci- 
deCïus. Il pourroit même tout de fuite 
ufer du lait de vache entier le matin , & 
en manger une foüpe le foir. Pendant' 
Pété les dentf-bains domeftiques convien¬ 
nent parfaitement, & Moniteur en pren- 
droit dix-huit ou vingt en deux fois. 

On croit en avoir allez dit, parce 
qu’on compte fur l’expérience de laper- 
fonne qui (e chargera de !a cure. 

Il eft abfolument néceflàire que Mon¬ 
iteur garde un bon régime de vivre pen¬ 
dant le tems du traitement,.évitant même 
dans la fuite les courfes à chevaf les fati¬ 
gues de la chafle , les excès du vin, & 
encore davantage l’abus du commerce 
dés. femmes. Il fe nourrira tant qu’il- 



Consultations choisies 
pourra avec des potages à la viande, "du 
bouilli & du rôti, & s’abftiendra des ra¬ 
goûts , des falades , des fruits cruds, & 
d'é tous les âiimens falés , épicés, grof. 
fiers, indigeftes, ou échauffons. 

Délibéré à Montpellier leaj décembre 

174 3 • Signé * Mo N T A G N E. 


Consultation xliv. 

Gonfîrmen't iïejlemae , parejfe du ventre^ pg> 
fanteur & chaleur au fon dement > hêmor- 
rhdtdes , fupprejfton des règles* 

O N ne dit pas dans le Mémoire quel 
eft l’âge de k malade, ni Ton tem¬ 
pérament , ni fa maniéré de vivreni fi 
elle a fait beaucoup d’enfàns, & fi elle 
les a tous nourris ou en partie. On va 
s’en tenir à ce qu’011 a trouvé à propos de 
marquer. 

Il paroît par le Mémoire que la mala¬ 
de fent fon eftomac extrêmement gonflé 
après avoir mangé , fur-tout fl la quan¬ 
tité des alimens eft un peu conftdérable > 
qu’elle a une difficulté d’aller du ventre > 
■avec une pefanteur & un feu au fonde- 




bî Médecin e. 247 
ment 5 que les hémorrhoïdes y font or¬ 
dinairement pour quelque chofe., & qu’el¬ 
le fent un battement a une artère qui 
paroît répondre aux reins , de qu’il elt 
plus naturel dé regarder comme la mé- 
fentérique fupérieure. A ces circonftanees 
s’eft jointe une fuppreffion des mors. 

On doit rapporter tous ces accidens à 
l’épaiffiffement, à la féchereffe, de à l’acri¬ 
monie de la malle du fang, & à quelques 
légers embarras dans le couloir utérin. 
La mauvaife difpofition des liqueurs eft 
d’ailleurs entretenue par le defordre des 
digeftions.qui a été démontré auparavant 
par le flux dyfentérique, de qui l’eft encore 
-aduellement par le gonflement de l’efto- 
mac , ou les vents qui l’occafîonnent. 

La faifon n’effc guéres propre pour tra¬ 
vailler efficacement à rétablir la fanté de 
la Demoifelle , en fe propofant de reéti- 
fier les digeftions , de divifer avec ména¬ 
gement la malle du fang , d’en corriger 
l’acrimonie furabondante, de de redon¬ 
ner au couloir utérin la liberté de fes 
Confions. On efpére que cesindications 
feront remplies par le moïen des remè¬ 
des qu’on va confeiller& dont l’exécu¬ 
tion fera renvoïée pour la plus grande 
partie jufqu’au printems. 


2 4y Consultations ciîotsiîs 

On pourra toujours commencer pat 
une faignée - de deux palettes de fang 
qu’on tirera du pied, purgeant deux jours 
après avec cette médecine. 

TV RG-AT 10 N. 

Prenez: fix dragmes de tamarins , rlîu^ 
barbe côncaflfée une dragme, fommités 
d’hypericon une pincée, Faites bouillir le 
tout dans l’eau de fontaine , & diffolvez 
dans huit onces de eolature- deux onces 
de manne, & une once de fyrop- de rofes 
pâles. Faites une potion qui fera prife le 
matin- avec le régime accoutumé. 

Pendant les dix matins fuivans Made-= 
moifelle boira un bouillon . fait avec un 
■morceau de collet de mouton ou de mai¬ 
gre- de veau , deux fcrupuîes de racine 
d’énula campana concafïée, deux écrevif- 
fes de riviere étouffées dans l’eau chaude 
& écrafées dans un mortier, fi on peut 
en avoir ,, 8c c une poignée en tout des. 
feuilles de crcflbn de fontaine 8c de chit 
corée amère. On jettera dans le poc fur 
l'a fin de la co&ion douze ou quinze clo¬ 
portes lavés & étouffes dans le vin blancy 
réitérant la même; médecine après la di¬ 
zaine.. 


JïE MEDECINE. 249 

Pendant le refte de l'hiver Mademoi¬ 
selle ufera trois fois la femaine dans la 
première cueillerée de foupe à l’heure de 
ion dîner du fafran de mars apéritif pré¬ 
paré à la rofée du mois de mai à la dofe 
de huit grains. 

Le printems prochain elle fera reflài- 
gnée du pied, prendra pendant dix ma¬ 
tins les bouillons déjà confeillés ci-deffùs, 
8 c qui feront précédés & fuivis du purga¬ 
tif , pour ufer d’abord après pendant 
neuf matins de l’opiate ci-jointe , avalant 
par-de(Tus chaque dofeuue ou deux taffès 
d’înfufion de feuilles dé citronelle préparée 
à.la maniéré du thé , 8 c aïant recours a«p 
même purgatif après la neuvaine» 

O PI A TE. 

Prenez confervede fcynorrhodon trois ; 
dragmes, antimoine diaphorétique, &c 
tartre martial foluble, de chacun deux 
dragmes , conferve d’énula campanainîe 
dragme 8 c demie, cloportes préparés , 8 c 
extrait de rhubarbe, de chacun une drag- 
me ; faites avec le fyrop de capillaires 
une opiate qui fera partagée en. neuf pri=~ 
les égales. 

Pendant les douze matins faivans Mar - 
L Y 


CoN'SUXTATIO'NS' CHOrSIES 
demoifelle prendra un grand verre oœ 
«une écuellée médiocre de petit-lait quoi* 
tirera du lait de vache caillé avec la pré— 
-fure ordinaire & qu’on fëpareradè fou 
fromage en lé laiffanr égoutter pendant 
la nuit à. travers un lïnge , le clarifiant le 
•matin avec le blanc d’œuf on y. jettera 
•pendant cette clarification huit cloportes; 

,lavés & étouffés dans le vin blanc ,.ôc une 
•pincée de fom mités féches & fleuries de 
petit-chêne , auxquelles- on donnera une 
rebullitioii de quelques minutes avec le- 
petit-lait , y éteignant en même te ms 
quelques morceaux de fer rouillés & rou¬ 
gis au feu x 8 c finiflant par le purgatif. 

Dès que la faifon le permettra , Made- 
moifelle prendra pendant huit ou neuf 
matins le de mi-bain domefiique tic de, où 
elle demeurera une heure chaque fois ,, 
prenant à la. fortie une ou deux taîTes 
d’infeflon de feuilles féches de citronelle. 

S’étant repofée une douzaine de jours,. 
:§£ fe trouvant bien des demi-bains ,, elle- 
Jes; reprendra une fécondé neuvaine avec 
l’infufion de mélifle, & fe repurgera à la 
fin. 

Dans le mois d’août prochain on pour- 
roi t tenter les eaux, d’Âmphion , éc les 
laite boire pendant une dixaina de ma-- 


I> E M E B ï C' r 1 T Ê. 2JÎ 
tins, mais tiédes ou dégourdies. On difl 
foudroie le premier jour de la boiflbn 
dans le premier verre deux onces , ou 
deux onces & demie, de manne ; on en 
feroit de même le dernier jour dans le 
dernier verre ; mais avant de commencer 
ee remède il faut bien s’alîurer en quoi 
eonfifte le battement de î’artére-dont on 
parle dans le Mémoire , parce que s'il f 
avoir quelque chofe d’anévrifmal dans ce 
battement , on rilqueroit en emploïanc 
les eaux. 

On ne dit rien fur le régime Je vivre, 
parce quon compte que Monfieur 1 % 
preferit en détail avec les autres remèdes. 

Délibéré à Montpellier le 15, janvier 
1744. Jîgné y Montagne. 


CONSULTATION XLY. 

four le même malade y & la même maladie 
pour lefqueli efl la Confultation 4Z. 

L E Confeif raffemblé a lu avec beau¬ 
coup d’attention le fécond Mémoire 
qui a-été envoie, & où l’on fait mention 
d u tempérament & de l’âge du malade 
Uvj. 


îj2 . Consultations choisies 
fans développer pourtant s’il y a eu dàn& 
la. famille du côté paternel ou maternel; 
des maladies qu’on puiflfe regarder com¬ 
me aïant du rapport*, à-celle dont il eft 
actuellement queftion. On n’a point dé 
confidence fur des malàdies fecrettes , ou 
bien.ou mal traitées. Ainfi on laide tom¬ 
ber cette idée * qui d’ailleurs ne pourroit 
être d’aucun fecours dans le progrès deS 
accidens, attendu que le remède fpécifi- 
que a accoutumé de les rendre plus fa¬ 
rouches. .. / ; 

On n’a rien à ajouter à ce qui a été dit:, 
fur le caradiere carcinomateux' de l’ulcéré 
pour lequel on demande confeil -, le dé¬ 
veloppement des eaufes paro'it fuffifant, 
& les indications fe propofent .ies. mêmes 
à remplir. - ■ : ‘ - ' 

On donne aurefte dans le fécond Mé- • 
moire à la tumeur çarcinomateufe la- 
grofteur égale à celle d’un œuf de poule ,, 
& on allure qu’il fe trouve vers le fond : 
de l’ulcére une matière noirâtre qui . rou¬ 
ge , & quia produit une cavité, ou l’on; 
pourroit placer une fève : on avance mê¬ 
me que: la tumeur eft véritablement mou? 
vante. 

; . : Ggs faits étant une fois établis \ éeft? 
âUXvpetfonnes’ qui verront deiprès femâ.- 



ti t. M'e d-eci n e; zy$: 
ladë à décider r°. fi l’on peut entrepren¬ 
dre une cure radicale. Pour cela on doit: 
S'âlîurer fi Pos de la mâchoire eft gonflé 
& altéré* fi le période eft firftr ouau con¬ 
traire, & fi les-parties qu’il faut abfolu- 
menr emporter n ont pas jette des racines-, 
ou des calîofités qui fuppoferoientun dé- 
Mbrement extraordinâire , fi Pon retran- 
choit tout ce qui eft altéré, x®. On doit" 
examiner avec beaucoup depfécifîon fi ïe 
grand froid de l’hiver, ne fera pas un ob- 
ftacle àPépératioiï prompte que la mala¬ 
die fembîeroif demander, & qui a befcin 
de quelques préparations préliminaires-, „ 
pour que le. fangfoprnifle à la plaie qui ' 
Suivra Pcpération le baume- nécefTaire : 
pour parvenir feune heureufe'cicatrice. 

Suppofé que Pon juge l’a tumeur en état 
de fouffrir l'opération , ou après quel¬ 
ques préparations feulement, ou dès que 
la belle faifon fera arrivée , on. commen¬ 
cera d’abord par faigner Moniteur j on fe 
purgera enfuite avec la médecine confeil- 
îëe dans l’autre Confu! ration-, pour lui 
donner les mêmes bouillons auxquels on 
pourra ajouter les feuilles de creiTon de 
fontaine, & dabord après la même pré¬ 
paration de périt-lait, cbfervarst en tout 
ce qui eft détaillé dans l’autre Confidt»-. 
don.. 


ïfl Consultations choisies 
Ces remèdes étant finis, fi le froid étoît 
extrême , on feroit prendre le matin le 
lait d’ânefle entier , le continuant un 
mois ou cinq femaiïies avec la poudre, 
prefcrite ; on donneroit même le foir 
à l’heure du fouper une foupe . ou du 
ris, ou un gruau, au lait de vache , ter¬ 
minant ces remèdes parle purgatif. 

Pendant ce tems-là on panferoit 1 ’uf- 
eére avec les remèdes les plus (impies,, 
e’eit-à-dire avec l’huile d’œuf, le beurre 
frais, ou le miel blanc, ou même avec 
l’onguent de grenouilles, fi on en avoir de 
frais. 

On ne négligeroit pas les lavages faits- 
avec la décoétion d’orge , des feuilles de 
plantain , Sc de grande joubarbe , & les 
rofès rouges , difiblvaut dans lacolature 
mn peu de miel blanc. 

Enfin fi après de mures & faines réfle¬ 
xions on juge l'opération praticable , on . 
la fera , s’étant auparavant adreflëàuu- 
Chirurgien habile & expérimenté , & 
qui n’entreprenne rien contre les régies, 
que l’on vient de lui propofer. 

L’operation étant exécutée , c’eft au 
Médecin Si au Chirurgien qui verront 
..journellement le malade à régler le régi¬ 
me de vivre ,, Si à-choifirles. remèdes les» 



B E MEDECINE. 
plus appropriés pour le panfement mé¬ 
thodique de la plaie , & pour corriger les 
accidens qui pourront fe préfenter dans la 
durée de la cure.. 

L'on juge que les caïmans , e’eft à-dire: 
le fyrop de pavot blanc , mêlée à ladofe 
de cinq à fîx dragmes ou avec une émul- 
fion ordinaire-, ou avec"quelques cuillerées 
d’eau de fleurs de nymphéa ., doivent être 
emplo'fés tous les foïrs , pendant le tems 
des préparations , & pendant celui du. 
panfement. On pourroit même renforcer 
Faéfcion du fyrop de pavot blanc en y* 
ajoutant les gouttes anodynes de Syden¬ 
ham , commençant par fept ou huit, Sc 
augmentant dans la fuite à peu-prcs avec 
lia même gradation jufquau point de cal¬ 
mer., 

Suppofé qu’on fe détermine à la cure 
palliative, ou qu après avoir tenté la ra¬ 
dicale il fe fît de nouvelles végétations,oiï 
pourra recourir au baume des aiguilles 
ou d’acier -, à l’onguent de grenouilles ,, 
àdes nmrïtum faits avec les fucs de morel- 
fcou de plantain, l’huile d’amandes dout¬ 
ées , les préparations de plomb, comme 
h-minium y la litharge, la poudre de gre¬ 
nouilles: vertes , & celle des écrevifles- 
féchées au four 5 ou bien des mélanges de 


%f 0 '- Consultations choisies 
©es poudres avec l’huile d’œuf, le mie! 1 
blanc , l’onguent de grenouilles, &c. lés 
rouelles de veau peuvent être appliquées 
fur la plaie,auffi-bien que la crème.de lait, 
©u le fromage frais.- 

On recommande beaucoup la mumie 
minérale , ou un amalgame fait avec une 
partie de bon mercure crud & deux pat¬ 
ries de plomb , aïant la précaution de 
calciner le mélange jufqu’à ce qu'il ait: 
pris- la couleur jaunâtre foncée.. Cette 
poudre peut être, mêlée avec l’huile- 
d’œuf, &c. 

On paffe fous fîlence le régime de vi¬ 
vre , parce qu’on en a déjà parlé dans 
î’autre Gonfultation 5. mais dans la belle 
faifon on pourroit joindre aux autres re¬ 
mèdes la diète blanche, les demi-bains • 
domeftiques, & les eaux, minérales, aci* 
dules- 

Délibéré à Montpellier le 20. janvier 
*744.. Signé 3 Montagne 


2ï 1 M î DîeiNE. 


2 57 


CONSULTATION XLVL 

Sur une maladie vaporeufe, ou hypocon¬ 
driaque , accompagnée d’une foule de 
Jymptomes qui ont fouvent varié. 

O N; a vu avec beaucoup d’attention 
rhiftoire des accidens qui ont pré¬ 
cédé , & qui ont accompagné 1 la maladie 
de Monfieur depuis fcii commencement 
jufqu’auj ou r d'hui, & l’on voit qu’ils ont. 
paru fous différentes formes., qu’ils ont 
été fufpendus en apparence,, ou pour faire 
place à des nouveaux , en pour recom¬ 
mencer fous quelques modifications par¬ 
ticulières y & qu’enfin, après avoir réfifté. 
à beaucoup de remèdes qui ont été em¬ 
ploies , ils n’ont point laiffé d’impreffions 
fur la fanté de Monfieur qui ne lui' four- 
niflent encore, des efpérances fiatteufes- 
pour fon récabliflement. 

Cette foule de fymptomes demandé 
qu’on là traite avec quelque précifion -, 
ainfi on va la réduire à ceux qui fe font 
développés d’abord’ & qui ont continué 
j.ufqu’àl’üfage des eaux de Sedlic, à ceux 
qjàel’on-a attribué àia.boifiondeces eaux. 





ijS Consultations choisies 
& donc la durée a été continuée jufqu^ 
ce que Moniteur prît le parti de voïager, 
& enfin à ceux qui fiant furvenus depuis 
le voïagejufqu’à préfient, ou qui font une 
extenfion des anciens, & fie foutiennenr 
encore, mais avec des changemens plus 
ou moins confidérables. 

Les accidens de la première clafîe ont 
été d’abord des indigeficions habituelles & 
accompagnées de foiblefle, fur-tout vers 
l’heure du midi 5 des attaques réitérées 
pendant plus de trois mois d’un ténefme 
très-incommode précédé par des naufées 
& des bâillemens , & fuivi d’un fienti- 
ment de froid très - violent, qui après- 
avoir fiaifi le cœur s’étendoit fur la tête 
8 c les autres parties du corps 5 avec une 
foiblefifè générale , une grande difficulté 
de refipirer, une néceffité abfoîue de la 
part de Monfieut de garder la chambre 
pendant plus de trois mois , à une im- 
poffibîlité de le donner à la moindre ap¬ 
plication , des ferremens fuffocatoires 
dans le gofier & dans la poitrine extrê¬ 
mement fatigan s durant la Journée êc 
pendant la nuit. 

La boifion des eaux de Sedîîc qui avoir 
d’abord fiemblé favorable fut fiuivie d’un 
embarras dans le gofier & d’une extinc- 



BE Ms BS CI N S* 20 

tion de voix qui ne permit pas au malade 
de continuer la le&ure qu’il avoit com¬ 
mencée par des foiblefTes, des palpitations 
de coeur , d’un point douloureux dans le 
vifcére, d’un grand étourdiffèment ou 
embarras de la tête, d’une froideur avec 
foibiefîè plus marquée au bras gauche , 
des tiraillemens dans toutes les parties du 
corps, & fur- tout dans l’épaule gauche, 
5 c enfin des idées fixes 5 c continuelles de 
l’incurabilité de tant de maux. 

Les fymptomes de la première cia fie 
avoient été précédés par quelque dou¬ 
leur dans l’uréthre pendant'la fortie de 
Furine , qui pafioit pourtant abondam¬ 
ment , mais avec diminution de force. 
Depuis cette époque fur - tout vers les 
cinq heures du foir , elles ont été char¬ 
gées de petites parties blanches» ou gîaU 
reufes. 

Les fymptomes qui exiftoîent encore 
lors du départ de Monfieur de fon pais » 
& dont quelques - uns ont fait place à 
d’autres, 5 c enfin ceux qui ont paru de¬ 
puis ce tems-là, &fe font foutenus avec 
epinâtreté » peuvent être réduits , fans, 
rien changer dans leur effènce, à une li¬ 
berté plus grande du ventre pendant le 
voïage, à une dîfpofîtîon glaireufe des 




iéo Consultations- choisies 
excrémens , à des aigreurs qui portes!' 
fur le cœur & les épaules comme autre¬ 
fois , à desopprefîïons de poitrine, à un 
hocquet qui entraîne après lui un goût 
graiflèur, à des langueurs , des palpita¬ 
tions de cœur „ des fécondés dànsfefto* 
mac & dans tout le corps qui font trem-- 
bler le lit , à un froid glaçant aux. pieds ; 
que la chaleur du lit ne peut corriger 3 à- 
une déjection d’urine doulonreufev, êc qui 
fatigue le cœur , & à- quelques autres 
fymptomes moins efïèntieîs qui fe dé¬ 
montrent principalement dans la nuit. 
Mais ces derniers femblenss avoir donné 
une trêve pour ceder k, de nouveaux, 
c’eft-à-dire k une grande foiblefle qui 
permet à peine de parler, à unfroid par¬ 
fait fur la poitrine , fur le cœur & fur l’é- 
paule gauche, à dès cardialgies ©u fe« 
couffes dans- l’eftomac produites par des 
vents & des glaires, & à des aigreurs donc 
ce vifcére eft rempli. Ces aecidens ne per¬ 
mettent pas à Monfîeur de fouper lorf- 
que les oppreffions prennent le detfus 
mais il eft foulagé par ce repas lorfque 
la foibleffe & la liberté de la refpiration 
font de la partie. 

On croit pouvoir . paflèr fous fîîence 
certaines circonâances mains incérefTan-- 


{DE Mibecinî. 1 <i 
tes ; mais on ne fçauroit fe difpenfer d’a¬ 
jouter que ce grand nombre de fymptomes 
entraîne après lui une oonfternation & une 
terreur panique , que l’on ne difringue 
point dans les autres maladies. L’amour 
entré de la vie , qui en eft inféparabîe , 
fournit continuellement à l’ame des idées 
funeftes , comme celle d’une mort pro¬ 
chaine ou de l’attaque d’une maladie lon¬ 
gue, incommode, & qui exclut toute 
efpérance de guérifon dès qu’il furvient 
de nouvelles attaques , ou le moindre 
changement dans les .accidens les plus or¬ 
dinaires. 

Pour pe-u d’attention que l’on faite aux 
faits que l’on vient de détailler , on con¬ 
clura que tant d’accidens avec leurs mo¬ 
difications bizarres ne permettent pas de 
méconnoître la maladie dont il eft ici 
queftion, êc que l’on regarde comme 
une affèétion mélançbolique & hypo- 
çhondriaque produite par la conftitution 
lèche, épaifle , & làumurée de la mafîe 
du (ang , & par la raideur ou tenfion 
fpafmodique de tout le lyftême des foli- 
des , mais principalement du fyftême 
nerveux & membraneux. 

L’état des liqueurs que i’on vient d’éta¬ 
blir a été annoncé dès l’âge de quatorze 



ifti Consultations choisies 
■ans par des fignes d’hypochondriafme , 
par la vivacité du tempérament, par une 
grande fenfibilité dans la maniéré de re¬ 
cevoir l’impreflïon des objets , par un 
penchant extrême à la réfléxion, & par 
un appétit peu réglé, & que Moniteur ne 
pouvoir furmonter. 

La vie occupée & la contention d’ef- 
prit à laquelle Monfieur fe livroit, il y a 
déjà fept à huit années -, la néceffîté de 
beaucoup lire & de réciter journellement 
ou d’être affis d’une maniéré qui prefsât 
Feftomac & la poitrine -, les grands repas 
malgré Tes occupations immodérées 5 la 
quantité exceffive des alimens mal choifîs 
êc chargés d’affaifonnemens & de fuhftan- 
ces aromatiques ont porté des impref- 
Eons fur toute la malle du fang , mais 
■d’une maniéré plus marquée fur la lym¬ 
phe, digelHve, qui, devenue fougueufe & 
groffiere , a. travaillé imparfaitement 
les alimens , & a augmenté la lécherelTe , 
répaiffidèment,& la faumurèdes liqueurs, 
La lymphe nourricière a communiqué 
ces changemens vicieux aux Iblides en 
général qu’elle arrofe, ôc dont elle répare 
les déperditions , & leur a retranché le 
peu de foupleflè qui leur reftoit encore. 
Elle a même agi plus puilTamment fur le 



© t M E D E C î H Ï. 2<?£ 
fyftême membraneux & nerveux , |es 
nerfs fympathiques fe trouvant fingulie- 
rement affeétés , l’eftomac , le cœur , le 
poumon , & le refte de la poitrine ; Sc 
enfin le canal inteftinal avec les autres 
parties auxquelles ces mêmes nerfs four- 
ïiiflènt font tombés dans une roideuf 
fpafmodique qui préfente des moïens 
très -fimples & très - méchaniques pour 
expliquer les accidens énoncés ci-deffus , 
leur durée 5 leurs retours, & leurs pério¬ 
des , & les variations bizarres qui s’y joi¬ 
gnent , fur - tout fi on fait attention ail 
defordre des digeftions. Il faut pour¬ 
tant convenir que la difpofition de l’efpric 
de Monfieur , la privation de la boinon 
aqueufe à fes repas pendant quelque 
îems, ôc fon inattention à modérer fon 
appétit, à choifir des heures plus conve¬ 
nables pour fes repas, & enfin i’ufage où 
il eft de fouper , même durant quelques 
attaques, ne contribueront pas peu à 1 o- 
pniâtreté de la maladie , & au peu de 
luccès des remèdess’il ne change'fa ma¬ 
niéré d’agir. 

Pour fuivre les régies de la bonne pra¬ 
tique dans le traitement des accidens pour 
telquels Monfieur nous fait l’honneur de 
nous demander notre avis, nous jugeons 



1^4 Consultations choisies 
quon doit fe propofer de mettre les fonc¬ 
tions de l’eftomac dans le bon ordre., d’en 
diminuer la grande fenflbilité, de rendre 
la maflê du fang plus fluide &c plus cou¬ 
lante s d’en, corriger la fàumure trop 
exaltée , d’allouplir le fyftême des folides 
en général , mais fur-tout le membra¬ 
neux & le nerveux, '& de modérer la 
violence de leurs crifpations fpafmodi- 
ques, fur-tout dans les parties où les nerfs 
fympathiques fe diflribaerx. On efpére 
que ces indications feronc remplies par 
le moïen des remèdes que l’on va détail¬ 
ler. 

La fàilbn préfente ne fçauroit permet¬ 
tre d'exécuter des remèdes 3 & d’ailleurs 
Monfleur eft dans l’intention de quitter 
ce climat , ainiî il attendra l’arrivée de 
la belle faifon pour prendre des remédes ? 
commençant par fe purger fuivant cette 
formule. 1 

fV RG ATIO N. 

Prenez racines de polypode de chêne 
une demi-once •, rhubarbe concaffés une 
demi-dragme ; fleurs de pêcher & de vio¬ 
lettes , de chacunes une pincée ; faites 
bouillir le tout dans l’eau de fontaine , & 
diflblvez 



B H MebïCINÏ. I4% 

tfîfloîvez dans huit onces de colature deux; 
onces de manne de Calabre. Faites une 
potion qui fera prife le matin avec le ré¬ 
gime convenable. 

Immédiatement après Moniteur boira 
pendant fîx matins ce bouillon. 

bov illo n. 

Prenez racines de pivoine mâle con- 
caflees.une dragme ; racines de nu; a cam¬ 
pa n a une demi - dragme ; deux écrevifles 
de riviere étouffées dans l’eau chaude, 8 c 
écrafées dans le mortier de marbre, feuil¬ 
les de creflon de fontaine une demi poi¬ 
gnée , fommités fleuries d'kypencum une 
pincée ; faites un bouiîion avec un mor¬ 
ceau de veau , ou bien un jeune poulet. 

- Pendant les fix matins fuivans Moniteur 
ufera du bol ci-deflous décrit, avalant 
par deflùs chaque dofeune ou deux rafles 
d’infufîon des feuilles féches de citronei- 
le préparées la maniéré du thé. 

BOL. 

Prenez conferve de petite abfinthe s 8 c 
poudre de gutïete , de chacun douze 
grains, fafran de mars apéritif préparé à 
Tome F. M ’ 


i 6 C> Consultations choisies 
la rofée du mois de mai, extrait de rhu¬ 
barbe a & macis pulvérifé, de chacun fix 
grains ; faites avec le fyrop de pivoine 
un bol pour une feule dofe. Il fera réité¬ 
ré chaque matin pendant fîx jours con- 
fécutifs. 

Suppofé que ces bouillons & l’opiate 
aient pafîe fans fatiguer l’eftomac, Mon¬ 
iteur reprendra lun & l’autre pendant fîx 
nouveaux matins , avec la précaution de. 
réitérer^la médecine après les vingt-qua¬ 
tre jours. Mais fî au contraire après la 
fixiéme prife d’opiate l’efiomac avoit 
fouffert quelque dérangement , onpur- 
geroit le lendemain pour revenir aux 
bouillons . & à l’opiate durant le même 
tems j terminant ce remède pâr une troh 
fiéme médecine. 

Après ces préparations Monfîeur boi¬ 
ra pendant neuf matins, & même douze, 
s’il paflfe bien , un grand verre de petit- 
lait quon tirera durait de vache ou de' 
chevre caillé-,le foiravecla préfure ordi¬ 
naire , & quon féparera durant la nuit de 
fon fromage en le laifîànt égouttera tra¬ 
vers un linge pour le clarifier le matin 
avec le blanc d’œuf. On y jettera pendant 
cette clarification une pincée des fommi¬ 
tés de petite abfynthg pu de petite ce% 


PI M E D E C I K E. 5.67 

taùrée , & huit cloportes lavés 8c étouf¬ 
fés dans le vin blanc,y éteignant en même 
tems deux ou trois petits clous touillés 8c 
rougis au feu. On diffoudra dans le petit- 
lait coulé un peu de fucre roïai, 8c on 
aura recours au purgatif à la fin. 

On aura foin d’examiner l’effet qu’au¬ 
ront produit ces remèdes, & fi Monfieur 
s’eft bien trouvé de chacun en particulier, 
on lui redonnera pendant fix matins cha¬ 
cun. & le même bouillon & la même 
opiate , 8c d’abord après la préparation 
du petit-lait pendant dix ou douze matins, 
fe fervant de la même médecine à la fin. 
Mais fi quelqu’un des remèdes en parti¬ 
culier avoit produit des effets plus avanta¬ 
geux on lui donneroit la préférence fur 
l’un , ou fur les deux autres enfemble. 

La faifon propre pouç. emploïer les 
bains étant arrivée, Monfieur ufera pen¬ 
dant fix matins du demi bain domeflique 
tiède, où il demeurera une heure chaque 
fois 5 & boira à la fortie une ou deux 
tafles d’infufion de feuilles féches de ci* 
tronelle ou de fleurs de tilleul préparée à 
la maniéré du thé. 

Après quatre ou cinq jours de repos ^ 
Monfieur réitérera le demi-bain pendant 
Mi) 


ITjS -CONSULTATIONS CHOISIES 
Gx nouveaux matins, & avalera à la for- 
tie ou le bouillon confeillé ci-deffûs , ou 
bien la même préparation de petit-lait, 
retranchant les cloportes. 

Suppofé que le demi- bain réuflîffe, 
après un nouvel intervalle de cinq ou fix 
joursMonfieur y aura recours pendant 
ilx autres matins , & enfin après une nou¬ 
velle trêve il y reviendra, encore pendant 
£lx autres: nouveaux matins , buvant à la 
fiortie alternativement ou le bouillon;, bu 
le petit-lait avec la fouftradtion dont on 
a déjà parlé à l’égard du petit-lait, finif- 
fant par le purgatif. 

Monfieur aura la bonté d’obferver que 
s’il fupporte le demi-bain fans aucune in¬ 
commodité , il pourroit tenter le bain en¬ 
tier en plongeant chaque jour par degrés 
une plus grande portion de la poitrine 
dans beau ; & dans ce cas-là il pourroit 
étendre le nombre des demi-bains ou des 
bains entiers,abandonnant même le bouil¬ 
lon ou le petit-lait , s’il trouvoit fon 
compte à continuer les bains , que l’on 
regarde comme un fecours des plus elîèn- 
tiels pour lui. 

’ Sj pendant les chaleurs de l’été Mon¬ 
sieur fe trouvoit a Paris il uferoit pour 
boilfon ordinaire pendant un mois & de- 


n f Mebicin!. 169 
mi, & rtiême deux mois, des eaux de Paf- 
fi , auxquelles on fubflitueroit d’autres 
eaux minérales acidulés , mais extrême¬ 
ment légères , qu’il pourrait fe procurer 
dans nue autre ville que Paris. La bciC 
fon de ces eaux à l’ordinaire n’eft point 
incompatible avec l’ufage des bains, ou 
des demi-bains ; mais Monfieur fe régle¬ 
ra toujours fur î’efl’et de ces remèdes pour 
les continuer ou les abandonner. 

Monfieur pourrait auffi de tems en 
reins dans les autres faifons boire à fon 
ordinaire une légère in fufîon de limaille 
de fer rouillé dans l’eau de fonraine,ou de 
î’infufion de iaboulle de mars auüi dans 
l’eau de fontaine ; on auroit foin de la 
retirer dès que l’eau auroit pris la cou¬ 
leur de la petite biere. 

Pendant le cours des remèdes s’il fur- 
vient des attaques, & fur-tout accom¬ 
pagnées de froid , on fera prendre à 
Monfieur ou mie demi-dragme de théria¬ 
que , ou unedragme de diajcordium. On 
fe fervira suffi avec fucccs du julep fui~ 
vant donné par cuillerées. 

J'V LE P. 

Prenez eau de mélilfefimple troisonces* 

* M ii.j? 



470 Consultations choisies 
eau de fleurs d’oranges une demi - once ; 
teinture de eajîorewn trente gouttes ; fy- 
rop d’œillets , ou d’écorces de citron ux 
dragmes ; faites unjulepqui fera pris par 
cuillerées. 

On peut fubflitüer à cejulep la potion 
fijivante. - 

POTION . 

Prenez eau de bardane trois onces -, 
..diffolvez - y deux ferupules de thériaque 
nouvelle , fuccin préparé dix-huit grains-, 
fyrop de fléchas de Fernel fix dragmes 5 
faites une potion qui fera prife par cuille¬ 
rées. - 

On croit que dans la fuite fl les remè¬ 
des confeiilés ci-.deflus ne réufliflbient 
point, -oii pourroit avoir recours à la 
liqueur anodyne minérale de Monfleur 
Hoffmann. 

Vers la fia d’.iout, ou le Commence¬ 
ment de feptembre prochain, .Monfleur 
recommencera l’ufage des mêmes bouil¬ 
lons , du bol, & enfuite du petit-lait , 
avec les précautions déjà prefcrites, & fi 
fon eftomac s’étoit bien accommodé du 
petit-lait, ildîaïeroit l’uiage du lait d’â- 
neife entier, ou à fon défaut celui cfe.va- 
che ou de- chevre aufli entier , dont fl 


DE MEDïClSli '-27Ï 
àvaleroit un verre le matin , & dont on 
augmenteroit la quantité par degré juf- 
qu’à celle de l’écuellée^’il paffoit bien ; y 
mettant chaque fois une couple de cuil¬ 
lerées de la fécondé eau de chaux, & le 
continuant un mois & demi, &même 
deux mois , s’il s’en trouvoit bien. O11 
pourroit même, après une tentative fa¬ 
vorable de ce lait pris le matin , donner 
■le foir à fouper, ou du ris, ou du gruau , 
ou une foupe au lait de vache, purgeant 
à la fin avec la même médecine, & mê- 
• me au milieu, fi on le jugeoit néceflàîre. 
Pendant tout ce tems-là Moniteur avale- 
roit trois fois la lèmaine à l’heure de fon 
dîner lèpt ou huit grains de fafran de mars 
apéritif préparé à la rofée du mois de 
mai, enveloppé entre deux foupes. 

Le Confeil juge qu’on doit éviter ton¬ 
tes fortes d’élixirs ou remèdes incen- 
dians & agaçans ; ainfi il n’eu propofe 
point de cette efpéce; dans la fuite on réi • 
téreroit les remèdes confeîliés , choifif- 
faut ceux qui auroient le mieux réuffi. 

Il eft abfolument nécelfaire que Mon- 
fieur obferve un bon régime de vivre, 8 c 
qu’il fe nourrilîè à fon dîner avec des po¬ 
tages à la viande , du bouilli, & du rôti, 
ou bien avec des crèmes de ris , de gruau 
M iiij 



a-7 z Consultations choisies 
ou d’orge perlée faites à l’eau , auxquel¬ 
les on ajouteroit un peu de fucre , des 
œufs frais , du poifloir frais de mer & de 
riviere de la meilleure efpéce , mais cuit 
fur le gril, ou bien à la hollandoife, ou au 
court-bouillon, mais fans aucun affaifon- 
liement piquant. Cette nourriture con- 
viendroic fur-tout fi Monfieur ne pouvoir 
point fupporter le lait, & on la continue- 
roit plus ou moins fuivant fes effets. 
Monfieur foupera très-frugalement-, fe 
contentant pour ce repas ou d’un potage 
à la viande ou d’une crème de ris au 
bouillon ou à l’eau, avec quelque bifcuit, 
ou d’un morceau de pain & d’un peu de 
quelque compote& par conféquent fe 
privant de la viande le foir,comme le tems 
de la journée qui lui fournit le plus de 
révolutions. Il s’ab(tiendra des ragoûts , 
des. entremets.,; des fàlades , des fruits 
cruds , des légumes, & de tous lès alf- 
mens venteux , grofïiers, indigeftes , ou 
incendians. Monfieur boira très - peu de 
vin , & extrêmement trempé , obfervant 
qu'il foit bien dépouillé & exemt de 
toute aigreur. Monfieur doit avoir des 
attentions particulières à fe dittraire par 
la promenade à pied ou à chèvafou dans 
. une voiture commode,pai la fréquentation 



DE M î. » E c r N E- 
du fpe&acle , des concerts & des afiem- 
fslées où il pourra profiter d’une fociété 
gracieule , & par des occupations amtr- 
fàntes, & qur ne rengagent à aucune 
contention d’efprit ; ainfî iMè ménagera 
infiniment fur l’exercice de fes fondions 
ordinaires, an moins jufqnà ce que fai 
fanré lui permette deles reprendre. 

Délibéré à Montpellier le 2 4.janvier 
1744. Signé y Montagne. 


CONSULTATION XLYIL. 

Sur m larmoiement des deux ieux,. 

L E larmoiement qui' a paru depuis 
quelques années à chaque grand 
angle des deux ïeux de Monfieur 
n’aïant point été précédé par aucune ttr* 
meur phlegmoneufe ou lymphatique 3 ni 
par aucune fuppuration prompte ou lour¬ 
de , & n’étant accompagné <f aucun fym* 
ptome d’un ulcère ou caché oüdécouvertj,, 
doit être regardé comme une fuite de 
l'état variqueux ou herniaire des deux facs 
nafaux , & de l’embarras de leur portion, 
inférieure qui forme, les conduits lacrh* 
M r 



tj 4 (Tonsü'ltættons choisies 

maux peur dégorger les larmes dans la 
cavité des narines. L’on voit claire¬ 
ment que par le dérangement de chaque 
fac nafal, la maueredçs larmes féjour- 
ne , & fe ramallè dans ces poches mem- 
braneufes & dans les canaux fupérieurs, 
d’où elle remonte par le jeu fyftahîque de 
ces parties, ou par la compreffion que 
i’®n emploie vers l’ouverture des points 
lacrimaux , & fe joint aux larmes nou¬ 
vellement féparées pour couler le long du 
grand angle des deux ïeux & fur les deux 
joues, & caufer le larmoiement. 

Cette maladie a été produite par l’é- 
paiffiiïèment & l’acrimonie des iai:mes J & 
par conféquen? de toute la maffe du fang,. 
& par une compreffion ou obhruétion 
dans le bas des facs nafaux. 

L’état des liqueurs que l’on vient d’é¬ 
tablir a d’abord été attaché au tempéra¬ 
ment adif & plein de vivacité de Mon- 
heur 3 mais ila été extrêmement augmen¬ 
té par fes occupations familières, c’effià- 
dire ^écriture & la ledure, par la vie ie- 
dentaire & la contention d’efpric qui en 
font inféparableSj par les veilles immo¬ 
dérées y Ôc enfin par l’intempérance des 
plaifirs de-toute efpéce. On juge même 
qu’un remède que Monfieur emploïa il y 



DE MeDÎCI NE. 17 $ 
a quelque rems, & qui auroit demandé 
une vie retirée, a oceafionné la fixation 
de quelques lues lymphatiques , où des 
larmes mêmes , dans le voifinage ou dans 
le tiffiu des Tacs nalàux ou dans leur cavité 
par rimprefiion de l’air froid auquel Mon¬ 
sieur s’expoia piufieürs fois fans ménage¬ 
ment. Ce qui femble démontré par l’en¬ 
flure cedémateufe des paupières. Tl eft 
difficile , pour ne pas dire' impoffibîe , 
de s’affiurer fi le vice organique qu’on 
fuppofe dans le bas des facs - nafaux 3 à. 
commencé, dans le corps cellulaire , oa 
les autres parties qui les environnent, oa 
dans la fuhftanee même de ces poches 
membraneufes y ou s’il y eft furvemi 
quelqu’embarras par un fimple épaiflift 
fement des larmes. ' 

On ne fçauroit déterminer avec certi¬ 
tude les'progrès que peut faire la maladie 
dont eft ici queftion j l’on trouve des fu- 
.jets qui en font attaqués pendant une 
longue fuite d’années fans qu’il arrive 
rien de fâcheux , ou dans lefqueîs la ma, 
ladie tombe d’elle-même. Il s’en rencon¬ 
tre d’autres où elle prend une tournure 
bien différente & dégénéré en une vérita¬ 
ble fiftule lacrimale, qui fe rend plus oa 
moins compliquée fi on la néglige» 

M v] 



i - j .6 Consultations choisies 
Pour prévenir la fuite de l’état préfeat 
de Moniteur , on doit fe propofer d’en¬ 
tretenir les dîgeftions dans le bon ordre, 
de procurer une dividondouce&ménagée 
aux larmes., & au relie de la malle du 
fang ; d’en corriger l’acrimonie qui a pris 
le delïus ; d’emporter le vice organique 
qu’on fuppofe dans ces deux faes nafaux^ 
& de redonner aux larmes la liberté de 
leur écoulement dans, la cavité des deux 
narines par les routes ordinaires.. On eC 
pere. que Ces.indications feront remplies, 
par le moïen des: remèdes lui van s.. 

Monfieur attendra. L’arrivée de la belle 
üaifon, c eft-.à.-dire celle d'uprintems 5 pour 
exécuter les remèdes, intérieurs ,, fe con¬ 
tentant en actendant-d’empîofer quelques 
lavages avec les eaux de Balaruc , deux 
ou trois, fois la femaine le. foir en fe cou¬ 
chant,, ou bien avec des collyres dont on 
donnera plus bas. la manipulation. 

Vers la lin de mars, ou le commence¬ 
ment d’avrilMoniteur fe fera tirer deux 
palettes de fang de l’un des bras , & le 
lendemain de la fàignée on le purgera 
avec cette médecine. 



B E M ID.ÎCIS £77 

r V RG AT î O M 

Prenez fix dtagmes de tamarins, rhu- 
Barbe concaffee une dragme , fleurs dë 
pêcher & dë vfoletres de chacune deux 
pinces -, faites Bouillir le tout dans l’eau 
de fontaine , 8 c diflblvez dajis huit on¬ 
ces de colature deux onces de manne de 
Calabre 3 & une once de fyrop de rofes 
pâles.. Faites une potion qui fera prife .le 
matin, avec le régime ordinaire.. 

Immédiatement après, Monffeur boira 
pendant dix matins un Bouillon fait avec 
un jeune poulet ou un morceau de mai¬ 
gre de veau , une dragme dë racine dë 
fquine coupée par tranches , & une poi¬ 
gnée en tout dë fèuilles de Greffon de 
fontaine &de fcolopendre.On jettera dans 
le pot fur la fin de la coérion une douzaine 
de cloportes lavés 8 c étouffés dans le vin 
blanc » & 011 réitérera la même médeci¬ 
ne à la fin. 

Pendant Tes douze marins fuivans- 
Monfieur prendra une écuellée de perir- 
lait qu’on tirera du lait de vache ou de 
ehevre caillé le foîr avec la préfure ordi¬ 
naire 3 & qu’on féparera de fon fromage 
eu le iaifîâüt égoutter pendant la nuit à. 


278 Consultations choisies 
travers un linge, le clarifiant le matin avec 
le blanc d’ocuf.On diiloudra dans le petit- 
lait coulé un peu de fucre roïal, & on 
aura recours à la même médecine à la fin. 

Chacun des douze jours Moniteur au¬ 
ra foin le matin d’ufer du bol fuivant, par 
delTus lequel il avalera la préparation du 
petit-lait prefcrite ci-deiTus. 

BOL. 

Prenez enfraife en poudre , antimoine 
diaphorétique, de chacun quinze grains; 
cloportes préparés huit grains ; faîtes 
avec le fyrop des cinq racines un bol 
•pour une dofe. 

Monfieuraura recours énfuite pendant 
vingt ou vingt-cinq matins à un lait de 
vache ou de chevre ainfi préparé. 

LAIT. 

Prenez douze onces d’une légère dé¬ 
codion de falfepareille & autant de lait 
de vache, ou de chevre, que vous jetterez * 
dans un vaiflèau propre pour expofer le 
mélange à un feu très-doux. On écrémera 
à mefure que la pellicule fera formée, 
continuant de même jufqu’à diminution 


DE MEDECINE. 1 J<) 

du quart : on difloudra dans la prépara¬ 
tion du lait finie un peu de fucre rcïai, & 
on en terminera i’ufage pour le purgatif 
ordinaire. 

Pendant le cours de ces remèdes ou 
pourra fomenter les deux yeux au moïen 
d’une éponge bien nette avec un peu de 
l’un ou de l’autre des collyres fuivans 
qu’on aura eu foin de faire tiédir , con» 
tinuant de tems en tems cette manœuvre 
matin & foir durant cinq ou fix jours 3 & 
l’interrompant fuivant fes effets. 

COLLYRE . 

Prenez eaux de rofe & de fenouil , de 
chacune quatre onces ; diflblvez - y vin 
émétique une once > mêlez y & faites un 
collyre. 

AV T RE COLLYRE ,, 

Prenez graine de fér.ouil doux une drag- 
ffle y faîtes-la bouillir dans l’eau de fon¬ 
taine , ôc faites infufer dans dix onces de 
cette décodion fleurs de camomille ÔC 
de rofes rouges, de chacunes une pincée 5 
diflolvez dans la colaturë trois dragmes 
de fucre candi, mêlez & faites - un col- 



*So Consultations choisies 

On peut^aaffi alternativement donner 
un bain à chaque nuit avec une partie de 
ce collyre tiède qu’on- mettra d’ans une 
petite machine d’argent figurés comme . 
une cuvette , évafée au fens de Tes côtés 
Sc un peu relevée fur tes deux bouts op- 
pofés. La tiqueur de ce bain doit être tiè¬ 
de , & on peut à la ptace de là liqueur 
de ces collyres fubft'ituer un peu d’eau de 
Balaruc , & PafFoîblir par le mélange 
d’un, peu: d’eau de fenouil, ou d’eau rôle. 
On ne croît pas devoir, propoferun plus 
grand nombre de lavages , & on choifit 
par préférence ceux que l’on vient de. 
confeiller, parce qu’ils font innocens. 

Vers le commencement de juin , ou la 
fin de mai prochain, Moniteur fë rendra; 
à Balaruc pour y prendre quatre, cinq,, 
ou même jufqu’à fix douches à la tête 
aux yeux, mais il fe contentera d’une 
douche par jour. 

Pendant les chaleurs de l’été,‘Monfieur 
ufera pendant.deux différentes neuvaines? 
dû bain dotneftique tiédè où il demeurera 
une heure chaque fois., lâiffànt une féî 
maine d’intervalle d’une neuvâine à l’au¬ 
tre. 

Dans le mois d’aout Monfieur boira 
pendant neuf ou dix matins les eaux. 


CE MEDECINE- z8f 
«FYeuzet tranfpôrtées àMarfeiUe.&qu’on 
fera dégourdir en les buvant; on difloudra 
le premier jour de la boiflon dans le pre¬ 
mier verre deux onces de manne & vingt 
grains de rhubarbe en poudre. On en fe¬ 
ra de même le dernier jour dans le der¬ 
nier verre. 

On paflè fous fîlence beaucoup de ma¬ 
niérés pour faire des compreffions fur les 
'.grands angles des yeux avec des com- 
preffes foutenuës par le bandage nommé 
rnonoculm , ou par le bandage d'acier, 
parce que ces fortes de reffources font 
communément infru&ueufes. On ne pro- 
pofe pas non plus les injêéb'ons avec la 
feringue d’Anel dans le fac nazal par les 
points lacrîmaux ; car outre le peu d’a¬ 
vantage que les malades en retirent, el¬ 
les procurent fouvent des fluxions, quand 
on en abufe, & qu elles ne font pas pra¬ 
tiquées avec toute la-dextérité poffibîe. 
Monfîeur peut feulement, à la faveur 
d’une légère comprefïion vuider le fâc 
nafal plïifîeurs fois par jour, fe contentes: 
des autres remèdes qu’on a eu l'honneur 
de lui confeiller , & fe régler dans la 
fuite fur les événemens pour changer le 
traitement fi on le juge néceflaire. 

•Suppofé que les remèdes du primeras 


i 8 i Consultations choisies 
eulTent fait du bien on les réitérera dans 
l’automne. 

Moniteur évitera de fe trop expofer au 
ferein . au grand froid, à l’humidité, & 
aux ardeurs du foleil. Il s’abftiendra des 
veilles outrées, delaleâure, des écri¬ 
tures forcées,& de toutes.fortes de débau¬ 
ches -, il fe nourrira avec des potages à la 
viande , des crèmes de ris au bouillon, ou 
à l’eau, du bouilli, & du rôti. Il s’abftien¬ 
dra des ragoûts, des entremets, des fa- 
lades, des fruits cruds, & de tous les alî- 
mens de haut goût, & de ceux qui font 
greffiers, ou indigeftes. La boiffon abon¬ 
dante du vin , 8c fut - tout celle des li¬ 
queurs fpiritueufes doit être regardée 
comme très-contraires, à fon incommo¬ 
dité. 

On peut joindre aux deux collyres pré— 
cédens celui qui fuit, 8c l’employer pour 
en faire couler quelques gouttes dans les 
yeux, ou pour appliquer par dellus quel¬ 
ques compreflès trempées dans un peu de 
la même liqueur tiède. 

C O L LT R E. 

Prenez racines d’iris de Florence, & de 
valériane Carnage conçalfées, de chacunes 



DE' Mï B I C IHL îlj 
une demi once ; feuilles de rhue hachées 
menu une demi - poignée ; fafran des 
métaux exactement pulvérifé deux gros $ 
vin de Canaries une livre; faites unein- 
fufîon tiède au bain-marie pendant vingt- 
quatre heures. Confèrvez la colature pour 
l’ufàge dans une bouteille bien bouchée. 

Délibéré à Montpellier le 27. janvier 
1747. S igné , Montagne. 


CONSULTATION XLVIIL 

Sur une opprejfîon avec toux , expectoration 
difficile, chaleur brûlante entre les 
épaules , in fournie, &c. 

L ’Oppreflion dont Mademoifêlle eft 
attaquée depuis le mois dernier , 8c 
qui furvint après une fièvre de rhume ; la 
toux plus ou moins fâcheufe qui l’accom¬ 
pagne , l’expeétoration laborieufe d’une 
petite quantité de crachats épais ; le r⬠
lement qui fe met de la partie dans les 
efforts de la toux ; la chaleur brûlante 
quelle fient entre les épaules ; l’infomnie 
éc enfin les légères taches éréfîpéîateu- 
£bs qui fubfiff ent dans cet endroit après la 




284 Consultations chotsiss 
ceiïation du fentrinent de chaleur; tous 
ces accidens, dis-je, font les produétroîss 
de la lymphe bronchiale & de toute la 
rnafiTe du fang devenue trop épaifle & 
acrimonieufe, & de quelques embarras 
lymphatiques , ou tuberculeux , fixés 
dans la fubftance des pouîmons. 

L’état des liqueurs que l’on vient d’é¬ 
tablir fut annoncé par une .grande quanti¬ 
té de clous qui parurent en différentes 
parties du corps de Mademoifelle, après 
que fes évacuations, menfirueiles eurent 
celle de couler, & il eft encore confirmé 
par les douleurs rhumatiques qu’elle 
éprouve à un bras, & par celles de fda- 
tiqué dont elle eft a cruellement fatiguée; 

Le vomiflèment auquel Mademoifelle 
eft fujette prouve évidemment le déran¬ 
gement des digeftions qui dure depuis très- 
long rems , & auquel le régime de vivre 
de la malade a infiniment contribué, man¬ 
geant très familièrement, & par préfé-. 
rencé, toutes fortes de crudités, & d’au¬ 
tres alimens difficiles à digérer. Le chyle 
mal travaillé qui a été fourni à la maftè 
du fang l’a épaiffî de plus en plus, en a. 
troublé les dépurations, auffi bien que le 
mélange proportionnel des parties inté¬ 
grantes qui lecompofent j comme les en- 



Dï MïDÏCIKÏ. 2.S$ 

flores clés jambes déjà anciennes & com¬ 
me héréditaires, ne permettent pas d’en 
douter. 

Pour prévenir les fuites des accidens 
qui font le lu jet de cette Confuîtation , 
on doit fe propofer de rectifier les digef- 
tions ; de rendre la lymphe avec le refte 
de la malle du fang plus fluide , & plus 
coulante-, d'en corriger l’acrimonie qui a 
pris le deflus, & d’emporter les légers 
embarras auon a lieu de foupçonner dans 
les poulmons, & qui font très - marqués 
par les oppreflions qui furviennent lorf- 
que Mademoifelle monte , ou qu’elle s’a¬ 
gite, On efpére que ces indications feront 
remplies par le moïen des remèdes fui- 
vans. 

Suppofé que Mademoifelle toufsât 
beaucoup vers le commencement du mois 
prochain, & quelle fe fenût extrêmement 
en feu , on pourroit lui tirer deux petites 
palettes ce fang du bras. -, mais elle lé dif. 
pènferoît de la faignée fl elle fetrouvoit 
dans une difpofition contraire. Elle fe pur¬ 
gera avec une dragme de rhubarbe con- 
caffee , demi-poignée de fleurs de picher t 
ôç une pincée de iommités de petite ab- 
fynthe, dont on fera une décodion, dans 
un grand verre de laquelle on dîfloudra 


£§<? Consultations choisie? 
deux onces de manne, Sc une once de 
fyrop de fuc de fleurs de pêcher. 

Immédiatement après Mademoifelle 
boira pendant dix matins un bouillon 
fait avec un morceau de maigre ou de 
mou de veau, une dragme de racine d e- 
nula campana concaflee , deux écreviiïes 
de riviere étouffées dans l’eau chaude, 8 c 
écrafées dans un mortier ; & une poignée 
en tout de feuilles de ceterach , de fcolo- 
pendre ,. de creffon de fontaine. On 
jettera dans le pot fur la fin de la codion 
dix ou douze cloportes.lavés & étouffes 
dans le vin blanc, réitérant la même mé¬ 
decine à la fin, à laquelle on ajouterait 
même une dragme de fëné infufée à froid 
fi la première n’avoit pas évacué fuffifam- 
ment. 

Pendant les dix matins fuivans Made¬ 
moifelle ufera de l’opiate fuivante , ava¬ 
lant par-defîus chaque dofe une ou deux 
raflés d’infufion de feuilles feches de ci- 
tronelle préparée à la maniéré du thé , 8 c 
finiflànt par le pugatif ordinaire. 

OP 1AT E. 

Prenez de la conferve de kynorrhodon 
trois dragmes , d antimoine diaphoréti- 


de Medïcinl 2S7 

que, & de conferve d’énula campana, 
de chacune deux dragmes $ de benjoin 
en larmes , de cloportes préparés , & 
d extrait de rhubarbe, de chacun une 
dragme , dont on formera une opiate 
avec le fyrop de lierre terreftre , pour 
partager la malle en dix prifes égales. 

Mademoifelle boira enfuite pendant 
douze matins un grand verre, ou une 
écuellée médiocre de petit - lait que Ton 
tirera du lait de chevre caillé le foir avec 
la préfüre ordinaire , .& "qu’on féparera 
de fon fromage en le laiflant égoutter 
pendant la nuit à travers un linge, pour 
le clarifier le matin avec le blanc d’œuf. 
On y jettera pendant cette clarification 
une pincée de feuillés féches de lierre 
terreftre, & huit cloportes lavés Sc 
étouffés dans le vin blanc , auxquels on 
donnera une ébullition de quelques mi¬ 
nutes avec le blanc d’œuf, y éteignant en 
même tems quelques morceaux de fer 
rouillés & rougis au feu. On diffoudra 
dans le petit-lait coulé un peu de bon fu- 
cre , 8 c on aura recours au même purga¬ 
tif à la fin. 

Après fept ou huit jours de repos, Ma¬ 
demoifelle reprendra pendant une autre 
dixaine dematins le bouillon confeillé ci- 


iSS Consultations choisies 
deflus, auquel on ajoutera les cuilïès de 
quatre ou cinq grenouilles.écorchées , & 
écrafées ; & , aiant terminé ces bouillons 
par le purgatif ordinaire , elle reprendra 
la même préparation de petit-lait pendant 
douze & même quinze matins . aiant foin 
de le'repurger en quittant le petit-lait. 

Suppofé que Mademoifelle foit actuel¬ 
lement fatiguée de la toux & de Piufom- 
nle , elle prendra le foir en fe couchant 
un petit julep fait avec une cuillerée &c 
demie d’eau de mélifle Ample, unecuille- 
rée d’eau de fleurs d’otange , & demi on¬ 
ce de fyrop de pavot blanc, dont on aug- 
menteroit dans la fuite la quantité par 
dragme jufqu’au point de calmer. Ce re¬ 
mède fera continué dans la fuite autant 
que la néceffité l’exigera. 

On ne croit point que Mademoifelle 
doive aller à Balaruc ce printems, & on 
juge qu’il vaut mieux quelle renvoie ce 
voïageà Pautomne prochain. 

Mademoifelle pàflera (on été en gar¬ 
dant un bon régime de vivre , & vers le 
quinze de feptembre elle reprendra pen¬ 
dant dix matins les bouillons confeillés 
ci-deflùs , avec l’addition des grenouilles *, 
ils feront précédés & lui vis du purgatif, 
êc vers le commencement d’octobre elle 

fe 



DE MEDECINE. 
fe rendra à Balaruc pour y prendre le de¬ 
mi - baîn dans la cuve, te contentant 
d’un demi-bain par jour , & obfer- 
vant de bien laifler tomber la grande 
chaleur de l’eau avant d entrer dans le 
demi baip. Elle pourra aufîi fe faire don¬ 
ner quelques douches au bras atta ué de 
douleurs rhumatiques. Le nombre des 
demi-bains &des petites douches n’excé¬ 
dera pas celui de quatre ou cinq pour 
chacun de ces remèdes. 

Mademoifelle s’en étant retournée 
chez elle fe repofera pendant cinq ou fix 
jours, après leiquels elle fe purgera pour 
ufer pendant une dix aine de matins de 
i’opiate confeillée ci-deffus , 8 c d’abord 
après du même petit-lait pendant douze 
matins, avec les précautions prefcrites 
pour le premier ulage de ces remèdes > 
c’eft-à-dire, fe purgeant à la fin des bouil¬ 
lons & du petit-lait. 

On examinera après ces remèdes l’état 
de la poitrine, 8 c celui des enflures & fi 
la toux fatigante avec 1 oppreflïon , & la 
chaleur entre les épaules (ubfifte-, 8 c que 
d’ailleurs les enflures n’aient pas fait de 
progrès , Mademoiielle boira pendant un 
mois chaque matin le lait d’âneflè entier, 
& durant ce même tems elle prendra de 
Tome F, N 



190 Consultations choisies 
deux en deux jours dans la première cuil¬ 
lerée de faupe fept ou huit grains de fa- 
firan de mars apéritif préparé à.la rofée. 
du mois de mai, fe purgeant avec la 
me médecine à la fin. 

Il efl: abfolumenr néceffaire que Made-. 
moifelîe garde un bon régime de vivre -, 
qu’elle retranche fes veilles portées trop 
loin ; & qu’elle fe nourrilfe avec des po-s 
sages à la viande , du bouilli, & du rôti * 
s’abftenant des ragoûts , des falades, des 
fruits cruds , des légumes, des châtaignes, 
& de tous les alimens groffiers indigentes» 
ou éehauffans, 

Délibéré à Montpellier , ce 15?. mars 
1744. fîgnè , Montagne, 


CONSULTATION XLDC 

Sur des carnofitês dans P urèthre. 

O N a lu avec toute l’attention poffis 
ble la Relation qui a été envolée,^ 
Fon juge par le détail des circonftances 
que Monfiçur elt attaqué de différentes? 
végétations , ou carnofitês, dans le canal, 
de- ruréthrp j que ces embarras fp fonç. 





se Médecine. i*>x 
Communiqués jufques au col de la veffie; 
que le fphiaeter a perdu Ton reflbrt a 
puifqu’il y a une incontinence d’urine % 
que la veffie eft racornie en partie , 8 c 
que les glandes muciîagineufes répandues 
dans la membrane intérieure ont été for¬ 
cées } & qu’elles fourni fient des matières 
plus groffieres & plus abondantes qui en 
occasionnent de tems en tems le gonfle¬ 
ment avec ardeur d’urine , fievre, & au¬ 
tres accidens que le malade fouffie. 

Onnefçauroit difçonvenir que les dé- 
fordres du canal de l’uréthre , auffi bien 
que ceux de la veffie, ne foient une fuite 
des chaudes - pifîès que Mon fleur a eues 
autrefois, mais fur - tout de celle qu’il 

Î >rit il y a feize ou dix-fept ans , & pour 
aquelle on fit plusieurs injedions. Les 
Médecins & les Chirurgiens qui ont eu 
l’honneur de le foigner poür-lors ont cru 
que le levain des chaudes - pilles n’avoit 
pas été radicalement détruit. 8 c iis ont eu 
d’abord recours aux ondions mercuriel¬ 
les. Les accident qui avoient été moin¬ 
dres pendant quelque tems aïant reparu 
avec la même vigueur, on a mis en ufa- 
ge différens remèdes, 8 c on eft même re¬ 
venu à celui des fridions, fans qu’on ait 
été aflèz heureux de. procurer un foula- 
gement notable au malade, N ij 



tyi Consultations choisies 

Le cas pour lequel on demande con2 
feil paroît trcs-délicat , Sc laifte après lui 
beaucoup d’ambiguité , de forte qu’il y 
auroit de la témérité de porter un juge¬ 
ment déterminé fur l état où fe trouve le 
fàng du malade. On a véritablement lien 
de foupçonner qu’il y a encore du virus * 
mais on ne peut pas falfûrer fans donnée 
dans des idées bazardées, fi l’on n’a de 
plus grands éclaircifièmens 9 qu’on ne 
içaurok fe procurer fans avoir vu & exa* 
miné affiduement la nature de§ acçidens, 
8 c fans avoir emploie les remèdes qui 
fembleront les plus convenables durant 
quelques tems. Cetelfai ferviroit deréglq 
pour s ? aiTurer s’il eft nécelfàire de revenir 
aux onétions mercurielles 9 ou fi lion peut 
s’én difpenfçr. 

Il eft dit dans la Relation , qu’en pafi¬ 
lant Monfieur par le remède , il furvint 
©près la fécondé friélion une falivatioij 
dont on ne fut pas le maître, Faifant at¬ 
tention à ce qui eft déjà arrivé ona droit 
de craindre des orages dans la difpenia* 
tion d'un troifiéme remède 3 quand me-? 
me on fer oit perfuadé de fa nécçiîité : on 
s’éloigneroit par conléquent 8 c des prin¬ 
cipes de la droiture 3 8 c de ceux d’une la* 
ge pratique 3 en propofant unefgmblable 



î> ï Msbecïs^ , xpf 
cure. La fîevre erratique qui s’allume de 
tems en-cems , les gonflemens de l’uré- 
thre qui pourroient devenir plus confidé- 
- râbles par l’a&ion du remède , la fjp~ 
preflion d’urine qui en feroit une fuite 
néceflaire, & enfin un état inflammatoire 
de la veflie qui pourroit fe joindre à ces 
.premiers fymptomes , ne permettent 
point au Conieil de rien décider ni fur 
.l’exiftence de levain vénérien, ni fur l’ap¬ 
plication du remède,qui dans cette fuppo- 
fition feroit indifpenfable. 

Le traitement de la maladie du canal 
de l’uréthre & de la veflie, foit qu’on 
l’entreprenne fans paflèr par les fridions, 
foit qu’on les faflè précéder, doit être re~ 
gardé comme très-difficile, & il n’y a que 
des gens d’une expérience confommée 
qui aient droit de l'entreprendre. Il e£ 
impofliblc de pouvoir fixer la méthode de 
ce traitement fans avoir bien reconnu au¬ 
paravant l’état du canal, & de la veflie 
ce qui fuppofe la manœuvre de la fonde 
pat anticipation. Les injedions dans la 
veflie pourront auffi avoir leur place pour 
fe convaincre de la diminution de la ca¬ 
pacité , & de fon état de racorniffiement, 
qu’on fuppofe, 

.Après de mures réflexions que leCon- 

N ü] 



2.94 Consultations choisiis 
feil a Fait fur les différentes circonftances 
que l’on vient de détailler , Sr fur l’idée 
confufe que l’on a delà maladie de Mon¬ 
teur, on croiroit faire tort aux fentimens 
d'honneur avec lefquels on doit exercer 
la Médecine & la Chirurgie , & à l’at¬ 
tente avec laquelle on doit éviter d’expo- 
fer la vie de Monfieur, fi on propofoit 
une cure telle qu’on l’exige , & que l’on 
fouhaiteroit avec ardeur d’être en état de 
prefcrire. On fe réduit donc à confeiller 
des bouillons adouciffans faits avec le jeu¬ 
ne poulet, les cuiflès de quelques gre¬ 
nouilles , une couple d’écreviffes de riviè¬ 
re , èc les. feuilles des plantes raffrakhif- 
fantes, pendant dix ou douze mâtins. On 
aura enfuite recours au petit-lait de vache 
ou de chevre bien clarifié , dont on conti¬ 
nuera l’ufage pendant une quinzaine de 
matins 5 & enfin on fera prendre ou le 
lait d aneffe’ou le lait de chevre entier , 
entremêlant pendant le cours de ces re- 
medes des purgatifs faits avec la décoc¬ 
tion de calfe mondée & un peu de manne. 
Les chaleurs étant arrivées, on pourra 
emploïer le demi-bain doroeftique tiède \ 
& on en étendra plus ou moins l’ufage 
fuivant fes effets. On ne croit pas que les 
eaux minérales conviennent ; on crain- 


de Mec ect ïïe« 
âroif au contraire qu elles ne caufaftèns 
des accfdens fâcheux. 

- A l’égard du régime de vivre , ônpre 
les Meilleurs qui verront de près le ma¬ 
lade de vouloir bien raccommoder aux 
difFérens changemens qui furvfëndront 
dans le cours de la maladie, & qu’il n’eft 
pas permis de prévoir. 

Délibéré à Montpellier , ce 5. avril 3 
Montagne. 


CONSULTATION L. 

Sur des vents dans l’eftornac , gonflement dans 
le bas-ventre , fluxion fur le go fier avec 
picoîtement 3 crachement (flaireux. 

L Es vents auxquels Monfîeur eft deve¬ 
nu fujet, l’irritation plus ou moins 
forte qui les caufe dans Ton eftcmac , le 
gonflement du bas-ventre qui fe met de 
la partie., Sc qui eft accompagné d’une op- 
preflîon très-incommode après le repas , 
les fluxions fur la gorge qui furviennent 
dans le tems froid , le picotement qui fe 
fait fentir dans le gofier, & qui augmen¬ 
te par l’impreflîon du froid , le crache* 
N'iiij 




Ï 9 6 Consultations choisiis 

jneac abondant & mêlé de beaucoup de 
matières glaireufes, & enfin la foiblefïe 
qui fuit cette expectoration -, tous ces 
accidens, dis - je , doivent être regardés 
comme les productions d’un fang épais 
& acrimonieux. 

Les fatigues de la guerre , & le dé¬ 
rangement dans le régime de vivre, qui 
eft inféparable de l’état militaire, ont 
beaucoup contribué à diffiper le baume 
& le mucilage le plus fin de la mafïè du 
fang, & à augmenter la difpofition des 
liqueurs attachées au tempérament. Il 
faut pourtant convenir que la lymphe 
dîgeftive s’eft redèntie d’une maniéré 
plus marquée de ces changemens s com¬ 
me les vents & les inquiétudes confide- 
râbles après le repas le prouvent évidem¬ 
ment. Le defordre des digeflions a ren¬ 
forcé l’aCfcion de ces différentes caufes, 
Sc a donné lieu au progrès & au déve¬ 
loppement des accidens pour lefquels 
on demande confeii, & qui deviennent 
beaucoup plus violens pendant l’hiver 
par la fupprefïîon ou l’extrême diminu¬ 
tion de la tranfpiration qui Ce fait dans 
toute l’étendue de la peau , & dans les 
poumons même, pendant les chaleurs ou 
les faifons tempérées. 



DE MEDECINE. 297 

Il peut y avoir bien des circonftances 
que Moniteur a paflees fous filence dans 
fa Relation , & qu’il n’eft pas per¬ 
mis de fuppléer, pour entrer, dans un 
examen plus étendu des caufes particu¬ 
lières qui ont influé dans le développe¬ 
ment des fymptomes qui accompagnent 
la maladie. 

Pour prévénir les fuites de l’état pre- 
fént de Monfieur,- on doit fe propofer de 
mettre les digeftions en régie , de divifer 
la mafle du fang fans l’incendier, & d’en 
corriger l’acrimonie qui a pris le deflus» 
On efpere que ces indications feront 
remplies par le moïen des remèdes fui- 
vans. 

La belle faifon étant arrivée, on pour¬ 
ra commencer par une petite faignée da 
bras fi Monfieur fe trouve échauffé-, 8 c 
que l’état de fon poux le demande; mars 
011 s’en difpenfera s’il eft dans une fitua- 
tion contraire , 8 c on purgera de cette 
maniéré. ( 

TVRGATION. 

Prenez pulpe de tamarins une once ^ 
rhubarbe concaflee une dra'gme, fleurs 
4 e pêcher & de violettes, de chacunes 
Nv 



Consultations choisies 
deux pincées ; faites bouillir le tout dan£ 
î eau de fontaine, de maniéré qu’il en 
refte une livre, dans laquelle vous ferez 
infufer à froid feuilles de féné mondées 
deux dragmes ; coulez , 8c diflolvez dans 
la colature deux onces de manne de Cala- 
jbre. Faites une potion qui fera prife le 
matin en deux dofes. 

. Les deux verres de cette médecine fed 
; îont donnés à deux heures de diftance 
l’un de l’autre , & l’on auroit foin de re¬ 
trancher le féné fi le malade ne l’em- 
ploïoit point dans fes médecines, comme 
on pourroit le conjecturer par celle dont 
ji parle dans fon Mémoire. 

Immédiatement après Monfieur pren¬ 
dra pendant neuf matins un bouillon fait 
avec un morceau de maigre de veau, une 
dragrne 8c demie de pivoine mâle con- 
caffée. deux écrevilîès de rivïere étouffées 
.dans l’eau chaude, & écrafées dans un 
mortier 8c une poignée en tout de feuil¬ 
les de chicorée arnére & de creffon de 
fontaine. On jettera dans le pot fur la fin 
de la coétion une dixaine de cloportes la¬ 
vés 8l étouffés dans le vin blanc.. 

Pendant lés dix matins fuivans Mon¬ 
sieur ufera de l’opiate ci jointe , a valant 
par deÆus chaque dofe une ou deux tafïès 



D ï MEDECINE. < 199 

-ü J in£ufion de feuilles féches de mélifïè où 
çitroneHe préparée à là maniéré du thé. 

O V 1 AT E. 

Prenez conferve de kynorrhodon trois- 
dragmes, antimoine diaphor étique, fe- 
mences d’auis en poudre ■ & craie très- 
blanche } de chacun deux dragmes ; ex¬ 
trait de rhubarbe une dragme ; faites 
avec- le fyrop de capillaire une opiate 
pour dix prifes égales, qui feront prifes 
en autant de matins. 

On obfervera de réitérer la même mé¬ 
decine après l’opiate finie 3 pour revenir 
pendant .neuf autres matins, aux mêmes 
bouillons confeillés ci-defifus d’abord 
après à la même opiate pendant dix nou¬ 
veaux matins., .réitérant le purgatif à la 
fin. 

Monfieur boira eniutté pendant douze 
ou. quinze matins une récuellée de petit- 
lait qu’on tirera du lait.de vache caillé le 
foir avec lapréfure ordinaire, & qifon fé- 
parerade fon fromage en le laiflànr égout¬ 
ter pendant la nuit à travers un linge pour 
le clarifier le matin avec le blanc d ceuf.On 
y jettera pendant cette clarification une 
pincée de fommités féches & fleuries 
N vj . 



30d CoiSJStJLTATIONS CHOISIES 
d’hy perle ro.,. & huit cloportes lavés & 
étouffés dans le vin blanc, auxquelles 
on donnera une ébullition de quelques 
minutes avec le blanc d’œuf. On difFou- 
dra dans le petit - lait coulé un peu de lu¬ 
cre roial , & on aura recours à la même 
médecine à la fin. ... 

Suppofé que le petit- lait eût bien pa£- 
féaprès les douze jours d’ufage,. on le 
continuer-oit: encore ju fqu’auvin gtiém e ou 
au vingt- quatrième jour, & on renvoie- 
foie la purgation jufqu après ce terme, c.?. 

Les chaleurs étant arrivées ,.Manfieur 
prendra pendant Cix matins le demi-bain 
domeftique tiède , où il demeurera une 
heure ch a que. foi savalant àlaiortie un 
bouillon fiait ayëeaHx.jeune poulet-, ou un 
morceau de maigreidè. veau , :Sc ,une poi^ 
gnée de feuilles demMcôri'earnérev - •: 

Après quatre ou cinq jours de repos y 
û Monfieur a bien foppofté le demi-bain, 
il le reprendra encore pendant fix nou¬ 
veaux matins/avec le rot me bouillon. 

- Immédiatement: après on donnera peu-: 
dant mie douzaine de matins la même 
préparation de petit lait, mais dont on 
retranchera les cloportes , repurgeant à 
la fin avec la même médecine. 

Ters. le commencement de feptembre* 


b e Médecin e. 301' 
ïî Monfieùr s’eft bien trouvé des remèdes 
prefcrits ci-delTus , il reprendra pendant 
dix matins les mêmes bouillons , qui fe¬ 
ront précédés du purgatif-, & enfuite lâ 
mime opiate pendant dix autres matins 
avec l’infufion de méliffe ; obfervant de 
fe repurger à la fin pour revenir à l’ufage 
de la préparation du petit-lait déjà con- 
feillé ; & l’aïant continué pendant une 
vingtaine de matins } on finira par la mé¬ 
decine ordinaire» 

Pendant l hiver Monfieur ufera deux 
ou trois fois la femaine dans la première 
cuillerée de foupe à l’heure de fon dîner 
du fafran de mars apéritif préparé à la 
rofée du mois de mai à la dofe de huit à 
dix grains! Il pourra à la place de cette 
poudre fe fervir de cems en tems après 
fon dîner de la fuivante* 

P O V D R E. 

Prenez femences d’anis & de fenouil 
doux , de chacunes deux dragmes ; noix 
snufcade une dragme^ fucreroïal fix drag- 
me. Mêlez pour une poudre. 

La dofe de cette poudre fera de deux 
fcrupules, ou d’une dragme. 

Il eft abfolument néceflaire oue Mon? 


\ 6 i Consultations choisies 
fieur garde un bon régime de vivre , 
qu’il fe nourriflTe avec des foupes à la 
viande, des crèmes de ris ou d’orge au 
bouillon ou à l’eàu , du bouilli & du rôti. 
Il s’abftiendra des ragoûts , de la pâtiffe- 
ri'e, de la friture, des falades, des fruits 
cruds, des légumes, & de tous les ali- 
mens venteux, groffiers, indigeftes, ou 
échaufFans, Il évitera la boilîon de Peau- 
de-vie & des liqueurs ardentes , & boira 
fon vin extrêmement tremîpé. 

• Délibéré à Montpellier , ce 7 , avril 
Montagne. 


t)ï M E D t t I N £Î 


ï°5 


CONSULTATION LI. 

; Sur une affcÜion Hypnchondriuque. 

L Es accidens dont Monfieur eft fati- 
gué depuis long - rems fe peuvent 
réduire à une pefanteur de tête plus 
ou moins incommode avec un trou¬ 
ble dans les idées ; à une impoffibilité de 
s’occuper à rien de férieux ; à une dimi¬ 
nution très-marquée de la mémoire ; à 
des éblouiflemens, des vertiges, des feux, 
& une irritation dans les yeux j à des 
picotemens 8c des fourmillemens à la 
tête, & fùr-tout, à des-vents accompa¬ 
gnés d’un gonflement douloureux dans le 
bas-ventre & de conftipatioir, aune coli¬ 
que de Teftomac 8c des inteftins avec li¬ 
berté du ventre pendant fa durée ; à un 
embarras dans la fortie de l’urine mê¬ 
lée d’ardeur & d’une fréquente envie d’u¬ 
riner ; à des battemens dans tout le corps, 
mais fur-tout aux cuiflès & aux jambes y 
qui fe trouvent pelantes -, à une oppref- 
fion après avoir fort peu marché ; à une 
foiblefle générale jointe à une difficulté de 
marcher 3c de fe tenir droit 5 à une conA 





Consultations choisies 
ternation & un abattement d’efprit qui 
jette le malade dans une méiancholie 
extraordinaire ; & enfin à des terreurs 
paniques qui excluent toute efpérance de 
guérifon , dès qu’il furvient quelque 
incô mmoditç. nouvelle. 

Pour peu d’attention que l’on falîè aux 
difFérens accidens détaillés ci-deflus , l’on 
verra qu’ils établirent le caradere d’une 
affedion mélancholique & hypochondria- 
qüe , & qu’ils font les produdions d’un 
fang épais , & faumuré , & en même 
tems de la roideur ou tenfion fpafmodi- 
que du genre nerveux. 

Les chagrins extrêmement cuifans aux¬ 
quels Monfieur s’eft livré fans mefure 3 
&c les longues attentions qu’il a faites au 
motif de les peines fans pouvoir s’en dis¬ 
traire , ont porté des imprellions ttès- 
vives fur l’eftomac & les autres vifcéres 
qui fourniffent les liqueurs digeftives, fur 
le fyftême vafcuieux , fur le cœur <k les 
poulmons , & ' ont troublé l’œconomie 
des fondions les plus néceraires à la vie* 
Les digeûions devenues languirantes ont 
donné lieu à la formation d’un cbyte mal 
travaillé , & très - propre à engluer le 
iang de plus en plus. Par l’adion réunie 
de toutes ces caufes la malle du fang eft 



ï)ï Medicini. ?0f 
tombée dans un état d’épaiffiflement & 
de faumure qui s’eft communiqué à tous 
les folides , mais principalement au gen¬ 
re nerveux ; on ne fçauroit même dis¬ 
convenir que 6 le malade ne change fa 
maniéré de penfer, il ne rende inutile les 
remèdes les plus appropriés. 

Pour Suivre les régies de la bonne pra¬ 
tique dans le traitement des accidens qui 
font le Sujet de cette Confultation , on 
doit Se propofer de rétablir rœconomie 
des digeftions , dé procurer une louable 
fluidité à la mafle du Sang , d’en corriger 
la Saumure qui a pris le deflus , & de re¬ 
donner 3U genre nerveux la fouplefle qui 
lui manque. On efpere que ces indica¬ 
tions Seront remplies par le moyen des 
remèdes Suivans. 

On commencera par purger Monfieur 
avec une once de tamarins une drag- 
me de rhubarbe coneaffée , deux pincées 
• de fleurs de mauve, & autant de celles 
de pêcher, dont on fera une décoétion } 
dans une livre de laquelle on laiflèra in- 
fufer pendant la nuit à froid deux drag- 
mes de Senné, diffolvant le matin dans 
l’infufron coulée deux onces de manne 8c 
une once de fyrop de rofes folutif. Cet¬ 
te médecine fera partagée en deux ver^ 



%oê Consultations choisies 
res que Ton donnera à deux heures de 
diftance Fun de Fautre. 

Pendant les fix matins fuivans Mon¬ 
teur boira un bouillon fait avec un mor¬ 
ceau de collet de mouton,une dragme St 
demie de racine de pivoine mâle^concaflee, 
les cuiffes de quatre ou cinq grenouilles 
écorchées St écrafées , deux écreviffes de 
rivière étouffées dans l’eau chaude * 8t 
écrafées dans un mortier, & une poignée 
en tout des feuilles de creffon de fonçai* 3 
ne St de pirnpinelle. On jettera dans le 
pot fur la fin de la coéHon dix ou douze 
cloportes lavés & étouffés dans le vin 
blanc. - 

Immédiatement après Monfieur ufera 
durant fîx autres matins d’un bol fait : 
avec quinze grains de poudre de gut- 
tete , dix grains d’extrait de genievre St 
autant d’extrait de rhubarbe, que Fon 
mêlera exa&ement enfembîe , y ajoutant 
quelques gouttes de fyrop de capillaire 
pour former-ie bol. Le malade avalera 
par-deffus chaque fois une couplejde taf. 
(ès d’infufion des feuilles feiches de ci- 
tronelle préparée à la maniéré du thé, 
St on le repurgera à la fin des fix jours 
pour revenir aux mêmes bouillons & en- 
fuite au même bol pendant fix matins * 



Cl Mîdïcini; 507 
thacnn avec la précaution d’employer le 
même purgatif après ce terme. 

Après ces préparations , Monfieur boi¬ 
ra pendant douze matins un grand verre 
ou une écuellée de petit-lait, quon tire¬ 
ra du lait de cnevre caillé avec la préfure 
ordinaire, & qu’on féparera de fon fro¬ 
mage en le laiflant égouter à travers un 
linge pour le clarifier d’abord après avec 
le blanc d’ceuf. On y jettera pendant cet¬ 
te clarification une pincée de fommités 
feiches & fleuries de petit chêne, & huit 
cloportes lavés & étouffés dans le vin 
blanc que l’on fera légèrement bouillir 
durant quelques minutes avec le blanc 
d’csuf, y éteignant en même tems quel¬ 
ques morceaux de fer rbüiliés & rougis 
au feu. On diffoudra dans le petit-lait cou¬ 
lé un peu de fucre roïal, & on repurgera 
à la fin. 

Suppofé que ce petit-lait ait bien paffé, 
Monfieur prendra le matin pendant un 
mois & demi,, & même deux mois, le lait 
de chevre entier, commençant par un 
grand verre , & montant peu à peu juf- 
ques à la quantité de l’écuellée. On mê¬ 
lera avec chaque prife de ce lait une cuil¬ 
lerée & demie, ou deux cuillerées, de la 
fécondé eau de chaux > purgeant à la fia 



r 3°8 Consultations choisit* 

& même au milieu , fi on le juge néce^ 
faire. 

Pendant tout le tems du lait Monfieur 
prendra , d’abord de deux en deux , & 
enfuité de trois en trois jours , dans la 
première cuillerée de foupe à l’heure du 
dîner une poudre faite avec huit grains 
de fafran de mars apéritif, préparé a la 
rofée du mois de mai, & fix grains de 
Cafta ligne a réduite en poudre. 

Pendant le cours de ces remèdes Mon¬ 
fieur ufera le foir en fe couchant d’un 
julep fait avec cinq ou fix onces de la dé- 
coétion d*une tête de pavot blanc, d’une 
grofleur raifonnable^dont on aura retran¬ 
ché la graine , & qu’on aura un peu ccra- 
fée avant de la faire bouillir. Oh ajou¬ 
tera à la colature demi-once de fyrop de 
Nymphéa, & cinq ou fix gouttes de la 
teinture anodyne de Sydenham , dont on 
augmentera dans la fuite peu à peu le 
nombre Privant le befoin. 

Les chaleurs de l’été étant arrivées , 
le malade prendra pendant cinq matins le 
demi-bain dotnefiique tiède 5 où il de¬ 
meurera une heure chaque fois, avalant 
à la fortie une ou deux rafles d’infufion 
des feuilles feiches de dtronelle ou mé- 
îifle. S étant repofé trois ou quatre jours 9 



Dî MEDECINE. 3 O? 
& ayant bien fupporté le demi-bain , on 
le réitérera pendant cinq nouveaux 
matins avec la même infufton ; & après 
une autre trêve de quatre ou cinq jours 
on reviendra encore au même demi-bain 
& à l’infiifion pendant cinq nouveaux 
matins. 

Moniteur prendra le parti de fe tran- 
quiilifer après les remèdes pendant une 
douzaine de jours, après lefquels il boi¬ 
ra pendant dix matins les eaux d’Yeuzet, 
qu’on aura foin de faite tiédir ou dégour¬ 
dir. En les buvant on dilïoudra le pre¬ 
mier jour dans le premier verre deux on¬ 
ces de manne & vingt - cinq grains de 
rhubarbe en poudre , & on fera de même 
îe dernier j our dans le dernier ou pénul¬ 
tième verre. 

Si Monfieur setoie bien trouvé des 
demi-bains ,il en reprendroit encore une 
dixaine delà maniéré marquée ci-delfus , 
après s’être un peu remis de la fatigue 
des eaux minérales. 

L’automne prochaine le malade re~ 
prendra les remèdes conciliés pour le 
printemps, dans le même ordre , & avec 
les mêmes précautions, fubftituant au lait 
de chevre entier celui danetfe auiîî entier. 

Jjçft bon de faire remarquer que fi le 



5 te Consultations choisies 
laie de chevre que Ton a propofé ne paf. 
foit pas bien il faudroit l'abandonner, & 
donner à fa place pendant vingt ou vingt- 
cinq jours un petit -lait de chevre prépa¬ 
ré comme il a été dit ci-delîus, terminant 
ce remède par le purgatif. Ce que Ton 
propofe pour le printemps feroit exécu¬ 
té dans l’automne fi le lait danelFe ne 
réulfifibit pas. 

Monfieur doit fe nourrir pendant l’u- 
fage de ces remèdes avec des potages à 
la viande, du.bouilli & du rôti ,.s’abfte- 
nant des ragoûts, des falades, des fruits 
cruds, des légumes, & de tous les ali¬ 
ments groffiers, indigeftes, ou échauffants. 
Il doit fe diffiper par la promenade à 
pied ou à cheval, 8c chercher la compa¬ 
gnie de ceuxdefes amis dont le commerce 
lui fera le plus gracieux, 8c avec iefquels 
il fera le moins contraint. 

Délibéré à Montpellier le io, avril 
1744. Jtgné ,Montagne» 



B £ MîBECINE? 


3 1 * 


CONSULTATION LIL 

Sur me affeBion mélancholiquc. 

L A foibîeiïe extraordinaire que Mon¬ 
iteur relient aux jarrets & aux jam¬ 
bes depuis quelques rems ; celle qu’il 
éprouve aux parties de la génération avec 
une douleur oBfcure & paflagere qui s’é¬ 
tend le long de la verge & aux tefticu- 
ies j le fëntiment dérouleur qu’il fouf- 
freau haut des bourfes , c’eft-à-dire aux 
épidymes&au cordon des vaiifeaux fper- 
matiques j la perte ou fufpenfion de Pè¬ 
re dion qui fe renouvelle par fois dans le 
fommeil & tombe dès qu’il eft fini 5 la 
dige-ftion incommode & accompagnée 
de rots > de vents, de grouillemens dans 
le bas-ventre, de confiipation & crachats 
épais très-abondans ; les Tueurs aux envi-* 
rons des genoux, quoique moins fréquen¬ 
tes préfentement -, les boutons ou tu- 
meuis qui ont paru depuis long-tems au 
ütifage éc aux reins , & qui tantôt font 
.accompagnés de fuppuration & tantôt fe 
diffipent fans fuppurer ^ & enfin le dé¬ 
goût pour le fexe qui s’eft mis de la par* 





$1 i CONSULTATIONS CHOISIIS 
tie , malgré l’ancien penchant que le 
malade avoit toujours eu peur lui -, tous 
ces accidens, dis-je, font les productions 
d’un fang fec , épais, & acrimonieux, & 
en même tems de trop grande clafticité 
& féchereffe du fyftême nerveux. 

L’état de la maffe du fang que l’on 
vient de-déterminer eft démontré parle 
tempérament méîancholique de Mou- 
fleur. On ne Içauroit même difeonvenir 
que les différais accidens qui le fatiquent 
ne foient compliqués d’une affeûion va-* 
poreufe 8c de beaucoup d’épuifement. Les 
difpofîtions attachées au tempérament 
ont été extrêmement augmentées pat 
le dérangement des digeftions dont le 
malade s eft plaint depuis très-long tems} 
par fa maniéré de vivre fédentaire, extrê¬ 
mement contemplative & ftudieufe ; 8C 
par l'abus des plaifîrs deftinés à perpé' 
tuer le genre humain qu’il a continués 
depuis l’âge de vingt ans jufques à celui 
de trente-cinq avec de efforts très-peu 
ménagés. Far l’aCtion réunie de toutes ces 
capïes les parties ondueufes & balfami- 
ques de la malle du fang ont été dif- 
fipées , & fon épaiffiffement a fait de 
plus en plus des progrès dont le fyftême 
nerveux s’eft extrêmement reflènti, en 
tombant 



Ci M E D E CI NE. J** 

tombant dans un état de tendon qui tient 
du fpafme. Il faut pourtant -convenir que 
les petits nerfs qui fe diftribuent dans-les 
■parties de la génération , & les fibres 
mufculeufes quHèrvent à féreétion , ont 
reçu des impreffions trcs-violentes,& ont 
perdu leur armonie par des jeux trop forcés 
& trop fouvent réitérés , comme les acci- 
dens particuliers fixés dans ces endroits , 
mais fur-tout la fortie' précipitée de la 
femence & le manque d’ére&ion le prou¬ 
vent évidemment : tous ces défordres font 
devenus plus cônfidérables par l’ufage 
des remèdes fpiritueux 8c incendians em¬ 
ployés par les empiriques auxquels Mon¬ 
teur s'eft confié. 

Pour fuivre les régies; de la bonne 
pratique dans le traitement des accidens 
qui font le fujet de cette Confultation , 
on doit avoir en vue de mettre les digef- 
tions en régie-, de procurer une loua¬ 
ble fluidité à la mafle du fang ; d’en di¬ 
minuer la faumure trop exaltée ; de ren¬ 
dre au fyftême des nerfs la fouplefle qu’il 
a perdue ; & de rétablir en particulier le 
refiort des parties qui fe trouvent actuel¬ 
lement les plus foibles. On efpere que 
ces indications feront remplies par le 
moïen des remèdes fuivans. 

Tome F. 


O 


3 r 4 Consultations uhoisiîs 
On commencera par purger Moniteur 
fuivant cette formule. 

P V R G A T 1 O N.. 

Prenez pulpe de tamarins fis dragmes- 
rhubarbe concaffée deux fccupules -, fleurs 
de mauve une demi - poignée ; fleurs de 
pêcher deux pincées ; faites bouillir dans 
Peau de fontaine de maniéré qu’il en refte 
une livre , dans laquelle vous ferez infu- 
fer fenné de levant deux dragmes 5 vous 
difloudrez dans la colature trois onces 
de manne, dont vous ferez une potion 
pour deux dofes, qui feront prifes le ma¬ 
tin à deux heures de diitance de l’une à 
l’autre. 

' • Immédiatement après Monfieur pren¬ 
dra pendant fix matins l’apozême fuk 
vant. 

A P O Z JE M E. 

Prenez racines de fquine coupées par 
tranches minces une dragme ; les cuiflès 
de fix grenouilles de riviere ; deux écre- 
vifiès auffi de riviere, étouffées dans l’eau 
chaude , & écrafées dans le mortier de 
marbre -, feuilles de chicorée fauvage & 
de crefTon d’eau de chacunes une demi* 


DE MEDECINE. 3 I p 

poignée ; dix cloportes lavés & étouffés 
élans le vin blanc; faites félon l’Art un 
apofême qui fera pris le matin. 

On difloudra alternativement dans la. 
prifè de l’apozême ou une once de fyrop 
des cinq racines , ou une once de celui 
de chicorée compofé. 

Pendant les fix matins fuivans Mon¬ 
teur ufera du bol ci-deflous décrit , 
avalant par-deffus chaque dofe une ou 
deux taffes d’infufion des feuilles féehes 
do citronelle préparée à la maniéré du 
thé. 

B O L. 

Prenez conferve de fleurs de romarin , 
êc pondre de guttete , de chacune quin¬ 
ze grains; cloportes préparés huit grains ; 
cajfia lignes en poudre , & extrait de 
rhubarbe , de chacun fix grains ; faites 
un bol avec le fytop des cinq racines. 

On reviendra d’abord après au meme 
apozême , & tout de fuite au même bol 
avec l’infufion de méiifle pendant fix 
matins , toujours avec la précaution dç 
repurger à la fin de la même maniéré. 

Monfieur boira en fuite pendant douze 
matins une écuellée de petit-lait qu’on 
Oij 



Consultations choisies 

tirera du lait de vache caillé le foir avec 
la préfure ordinaire , & quon répare¬ 
ra de Ton fromage en lelaiffant égoutter 
pendant la nuit à travers un linge pour 
le clarifier d’abord après avec -le blanc 
d’ceuf. On y jettera, pendant cette .clari¬ 
fication une pincée de fleurs de.tilleul, & 
huit cloportes lavés & étouffés dans le vin 
blanc, auxquels on donnera une ébulli¬ 
tion de quelques minutes avec le blanc 
d’œuf. On difïoudra dans le petit - lait, 
.coulé un peu de fucre roïal , & on finira 
parle purgatif déjà prefcr-it. 

Ces remèdes aïant été exécutés.. Mon* 
üeurprendra pendantune neuvainedema- 
tins le demi-bain domeftique tiède , ou il 
demeurera une heure chaque fois,avalant 
à îafortie une écuellee de lait de vache dé- 
crêmé & coupé avec parties régales d’une 
décoétion de racines de chiendent. Après un 
repos de cinq ou fix jours,fi Monfieur s’eft 
bien trouvé des demi bains & du lait 
coupé, il les réitérera pendant une fé¬ 
condé neuvaine, fe repurgeant à la fin 
avec la même -médecine. 

On ne croit point que l'application 
des topiqes de quelque efpécé qu’ils piiiff 
fent être fur les parties de la génération 
proejire.quelque avantage pour en corri" 


b ï M E D i c r n é. f*'? 
gcr la foiblefle ; ainfi on eft d’avis de laif : 
fer ces fortes de fecours -, mais la faifoii 
des bains de Bade en Suide étant arrivée, 
Monfieur lé transportera fur les fieux , 
§c y prendra les demi-bains , & même 
les bains fuivant la méthode ordinaire. 
On n’en fixe point lénombre,parcequ’èn 
doit les régler fur les effets qu'ils produi ¬ 
ront. 

L’automne prochain’, Monfieur re¬ 
viendra aux mêmes àpozêmes & au mê¬ 
me bol, avec le même ordre & les pré¬ 
cautions confeillées pour le premier ufa- 
ge de ces remèdes, & immédiatement 
après il boira le matin le lait d’ânedè en¬ 
tier à la dofe d’une écuellée ou environ , 
y mêlant chaque fois une couple de cuil¬ 
lerées de la fécondé eau de chaux , & 
continuant de même pendant un mois & 
demi. Ce lait aïant bien réufïï pendant 
une dixaine. de jours , Monfieur mange - 
-ra le foie à fon fouper, ou une foupe ou 
un ris au lait de vache , emploianr le pur¬ 
gatif ordinaire à la fin. 

Pendant le tems du lait , on ajoutera 
de deux en deux jours à la première cuil¬ 
lerée de celui du matin une poudre faite 
avec quinze grains d’antimoine diaphoréci* 
que & douze grains de cachou brut ré¬ 
duit en poudre. Oiij 



3 IS CoNSULtATIONS CHOISIÊS 
Avant de recommencer les remèdes de 
1 automne, Monfieur pourra donner avis 
de Ton état, & y faire joindre les éclair- 
ciflemens qu’on a jugé à propos de lui 
demander. 

On fe flatte que par le moïen des le- 
cours que l’on vient de propofer Mon¬ 
fieur pourra recouvrer fa première fanté, 
ôc fon ancienne vigueur ; on efpere auffi 
qu’il fe mettra en état d’exécuter les pro¬ 
jets qu’il avoit faits pour fon établiffe, 
ment, pourvu qu’il ne fe rebute pas de 
l’ufage des remèdes, & qu’il donne le 
tems à la nature d’agir &; de reprendre 
fes forces. On le prie de vouloir bien 
détailler les circonftances qui ont accom¬ 
pagné l’accident de galanterie dont il eft 
parlé dans la. relation , avec la maniéré 
dont il a été traité ; il marquera en mê¬ 
me tems fi on s’eft fervi d’injections, ou 
lion. 

Monfieur ne pouvant pas fupporter les 
alimens gras, fe nourrira pendant quel¬ 
que tems avec des crèmes de ris ou de- 
gruau à l’eau ou au lait, avec des çeufs 
frais & du poifion de riviere de la meil¬ 
leure efpece ; mais qui fera cuit fur le- 
gril ou à la hollandoife, c’eft-à-dire, à. 
l’eau. On pourra pourtant y joindre de 



e MïDîciyi. 
tems en tems un peu de bon rôti. Iîs’abf* 
tiendra des ragoûts, des falades , des 
fruits cruds „ des légumes , 8c de tous les 
alimcns de haut goût, groffiers f indi- 
ge-ftes , ou échauffons. 

Monfîeur ne doit pas s’inquiéter fur 
les accidens qui l’intereffent le plus „ mais 
il eft abfolument néceffaire qu’il prenne 
le parti de la continence , qu’il fediffipe 
d’ailleurs par la promenade , par la fré¬ 
quentation du fpeéïacle y des concerts 
8c des aflemblées où il trouvera às’amu- 
fer gracieufement, & par toutes les oc¬ 
cupations qui j fans le fatiguer & le con¬ 
traindre , pourront le diftraire des idées 
défagréables qui fe préfentent continuel¬ 
lement à fon efprit, 8c troublent fàtraa- 
quillité.L’oü verra parce qu*il aura la bon¬ 
té d’apprendre fur l’effet des diffêrens fè- 
cours qu’on a l’honneur de lui propofer , 
8c fur les nouveaux éclairciffemens, s’il 
conviendra dans la fuite de changer la 
méthode du traitement. 

Délibéré à Montpellier ce 6 mai 1744. 
Signé , Montagne, Chaîial. 


^ 20 CONSULTATIONS CHOISIÎS 


CONSULTATION LUI. 

Sur une fenfibilitè aux jeux a la chandelle 
fans inflammation extérieure. 

L A fenfibilitè plus ou.moins incommo* 
de que Mademoifelîe éprouve aux 
deux â'eux à l’arrivée de la nuit, fur-tout 
lorfqu’elle veut lire & s’occuper à la 
chande.le, fans qu’e l’on remarque aucu¬ 
ne rougeur dans les parties extérieure? 
de l’œil , doit être rapportée à la trop 
grande tendon des filets nerveux de la ré¬ 
tine 8c en même tems à l’épaiffifiement 
8c à la faumure de la mafiè de Ton fang , 
dont la diftribution fe trouve un peu gê¬ 
née dans les vaifleaux fanguins des deux 
rétines. Les boutons accompagnés de dé- 
mangeaifon,qui parurent fur tout le corps 
de Mademoifelîe l’été palfé , confirment, 
l’état des liqueurs dont il vient d’être 
fait mentioh. 

Pour délivrer Mademoifelîe de l’in¬ 
commodité que lut caufent fes feux après 
qu’ils ont été un peu fatigués dans la jour¬ 
née , on doit avoir en vue de foutenir les 
fonctions de l’eftomac dans le bon ordre,*. 



de MEDECINE. 3 2.1 

3 e divifer la ma {Te dufang fans l'incendier, 
d’en adoucir la faumure , & de corriger 
la tenfion qui furvient dans les filets de 
la rétine fur le foir , d’une maniéré pref- 
que périodique. On. efpere que ces indi¬ 
cations feront remplies par le moïen des 
remèdes fùivans. 

On commencera par faigner Made- 
moifelle du pied , & on lui tirera deux 
bonnes palettes de fang , pour la purger 
le lendemain avec deux fcrupuîes- de* 
rhubarbe coneafïèe &une demi poignée de 
fleurs de mauve, dont 011 fera une décoc-- 
tion, dans fix onces de laquelle on laif»- 
fera infufer pendant la nuit une- drag- 
me de fenné, diflolvanr le matin dans; 
l’infufion coulée une once & demie de' 
manne, & une once de fy.rop de rofes.; 
folutif. 

Immédiatement après Madèmoifelle 
boira pendant dix matins un bouillon fair: 
avec un morceau dé maigre de veau , les» 
cuiÏÏes dé quatre grenouilles écorchées &: 
écrafées, deux écrevifles de riviere étouf¬ 
fées dans l’eau chaude Sc écrafées dans 
un mortier, & une petite poignée en tour: 
des feuilles de chicorée amere& de cref" 
fon de fontaine. On jettera dans le por 
fur Ua fin de la codion une dixaine des 
O y» 


31Z Co N S U LT A 'i-ro N S CHOISIE S 

cloportes lavés & étouffés dans le vin 
blanc, Sc on repurgera à la fimavec la 
même médecine. 

Pendant les douze matins fuivans , Ma- 
demoifelie prendra un grand verre ou 
une écuellée médiocre de petit-lait,qu'on? 
tirera du lait de chevre caillé le foir avec: 
la préfure ordinaire, & qu’on féparera de- 
ion fromage en le laiflanc égoutter pen¬ 
dant la nuit à-travers un linge pour Je cla¬ 
rifier d’abord après avec le blanc d’œuf. 
On y jettera pendantcerteclanficarionfepî 
ou nuit cloportes lavés & étouffés dans 
le vin blanc , fmiflant par le purgatif. 

Dans le mois de juillet, Mademoifel- 
le ufera pendant dix ou douze matins du 
bain domeftique tiède ,ou elle demeurera 
une heure chaque fois, avalant à là for- 
tie un bouillon de poulet auquel on ajou¬ 
tera une pincée de cerfeuil, & un peu de 
blanc de laitue. 

Vers le quinze d’août Mademoifèlîe, 
boira pendant une dixaine de matins les 
eaux cTYeuzet. On didoudra le premier 
jour de la boi (Tonde ces eaux dans lemêroe 
verre deux onces de manne & deux d-ragmes 
de fel d’Angleterre. On aura la même 
précaution le dernier-jour dans le pénul¬ 
tième ou dernier verre. 


Si E MoïClHt 313 
le printems prochain & l'été qui ie 
fuivra Mademoifeile pourra avoir re¬ 
cours aux mêmes remèdes que l’on vient 
de confeiller, &qu’elle exécutera avec le 
même ordre & les précautions énoncées 
ei-defliis. 

Il eft abfolumenynéceffàire que Ma- 
demoifeîle obferve de ne pas fatiguer fa 
vue , de ne pas s’expoïèr à la grande cha¬ 
leur , au grand froid , ni au ferëin , 8c de 
renoncer à toute occupation qui deman¬ 
de une contention de la vûe, le foir Sc 
pendant la nuit. Elle fe nourrira, fur-touc 
dans le tems qu'elle fera les remèdes 
avec des potages à la viande , du bouilli 
&du rôti, s : abftenantdes ragoûts, de la* 
pâtiflerie , des falades , des fruits cruds r 
des légumes, & de tous les alimens gref¬ 
fiers , indigeftes 5 ou échauffons. 

Délibéré à Montpellier le S. mai 174 : 4 ^. 
Signé J M O N T A G N E*. 


mm- 


P'w 


Consultations choisies 


CONSULTATION LIV. 

Sur uns ajfeüion foporeufe- précédée de 
migraines. 

L ’Attaque d’affèllün foporeufe,quifur^ 
vint à- Monfieur vers les cinq heures 
du matin le vingt-unième d’avril paf- 
fé, doit être regardée comme la produc¬ 
tion d’un fang épais, lourd, & pelant, qui 
s’eft arrêté dans le cerveau;, & y a caufé 
une compreiïlon capable de lu (pendre 
l’exercice des différentes fenfatibns , &: 
par conféquent l’écoulement des efpriirs 
dans les parties qui en font les organes. 

La migraine qui a (fede "tantôt l’un , 
tantôt l’autre côté de la tête , eft une fui¬ 
te de quelque vice organique qui empê¬ 
che les liqueurs de rouler avec facilité 
dans la fubftance du cerveau. Ce defor- 
dre avoit été annoncé par les ébiouifle- 
mens, par les vertiges, & le mouvement 
apparent des objets, dont Moniteur s’é- 
toit apperçu quelques, jours a vaut l’atta¬ 
que , & qui (uniment encore fous quel¬ 
ques modifications particulières. Il eft 
même naturel de penfer que les nerfs 



b e Médecin F. 
vi fuels. & même là rétine 3 fe fonr réfrén¬ 
as & fereffentenr encore d’une manière 
plus particulière, du vice qu'ont" feuffere 
les folides de ce vifeere. tes différent 
phénomènes que Monlîeur a éprouvés, &C 
qu’il éprouve encore, dans les fondions 
de la vifîon, & pendant la nuit St pendant 
le jour , ne permettent pas d’en douter. 

Il paroi t: inutile d’expliquer dans le 
détail ces fymptômes finguliers, qu’on 
déduira très- aiféme^ des principes de 
l’optique, dé là eonnoiflànce. des cau.fes 
du vertige , & dès obfervations que l’on 
a pû faire journellement fur lès maladies 
d'esdeux , Sc principalement fur celles 
qui fuppofent un ét£c phlogiftique de là 
rétine, ou des. autres parties intérieures 
de l’œil. 

Le mal dè cœur qui accompaghe ou pré¬ 
cédé communément, les accès de migrai¬ 
ne la grande quantité de matières 
bilieufes que le malade vomit après une 
boiffon abondante de l’eau tiède mêlée 
avec Phuile , prouvent clairement que le 
défordre des dfgeftions aoccafionné lès 
premiers âccrdens. Ceux qui fub fi firent 
encore , & l’affedion feporeufe, pour 
lefquels on a emploïé foie à propos plu- 
fieurs remèdes j les fatigues d'éiprit peu 


U6 Consultations choisies 
înefurées auxquelles Monfieur s’eft livré, 
depuis fort, long-tems & la vie fédenrai- 
re qu’il a menée pour s’attacher à Tes af¬ 
faires domeftiques, ont beaucoup con¬ 
tribué à troubler loeconomie des digef- 
tionSjles fondions les plus néceflaires à 
la vie, & les différentes députations aux¬ 
quelles les principaux vifcéres font defti- 
ïiés; les attaques de vapeurs ou de mélan- 
eholie que le malade a dfuïées en divers- 
tems donnent lieu de penfer que le fyf- 
terne nerveux a étüfredé antécedemment: 
à la maladie qui fait le fujet de cette Con- 
fultation. 

Pour préveni# les fuites de l’état prê¬ 
tent de Monfieur,» on doit fe propofer 
de redifier les digeftions ; de procurer 
une divifion douce & ménagée à la malle 
du fang; de la faire rouler avec liberté dans 
les vailïèaux du cerveau ; êc de corriger le 
vice organique que l’on a lieu de foupçon- 
ner dans quelque portion de ce vifcére, & 
fur-tout dans les nerfs vifuels, ou les fi¬ 
bres nerveufes qui doivent entrer dans 
leur compofition avant leur réunion. On 
efpere que ces indications feront rem¬ 
plies par le moïen des remèdes fuivans. 

Suppofé qu’on ait encore des marques 
d’abondance de fang, & que la ficuarion- 


TV F M E D* S C I N ?.. T1J- 

du poulx le permette , on fera une (li¬ 
gnée ctu pied , dans laquelle en tirer*: 
deux bonnes'palettes de (ang y&c le lende¬ 
main de la (aignée,pu le furlendemain^on , 
purgera, fuivanc cette formule- 

V V RG. AT T O Ni 

Prenez* rhubarbe une dragme ; fleurs 
de pêcher deux pincées faites bouillir 
fe tout dans l’eau de fontaine, de forte 
quil en relie une chopine y dans laquelle 
vous ferez in (mer dèux dragmes & de¬ 
mie de fenné mondé , & vous «Moudrez 
dans la colàture deux onces demanne.On 
fera du tout deux prifes qui feront don¬ 
nées le matin à quatre heures d'interval¬ 
le l’une de l’autre. 

On pourroît. ajouter quelques grains 
de tartre ftibié au premier verre , fi on le 
jugeoit nécellaire. 

Pendant les dix matins fuivans, Mon-, 
fleur boira un bouillon fait avec un mor¬ 
ceau de collet de mouton , une dragme 
ëc demie- de racine de pivoine mâle con- 
cafïée, deux écreviflès de riviere étouffées 
dans l’eau chaude & écrafées dans un 
mortier . & une poignée en tout des feuil¬ 
les de creflôn de fontaine &c de chicorée 


5 J.S Consultation? chotsifs 
a mcre. On jettera dans le pot fur la fins- 
de la codion dix ou douze cloportes la¬ 
vés & étouffés' dans le vin blanc , & ovr 
réitérera la même médecine à la fin, mai? 
fans vomitif. 

Pendant les dix matins-fuivans, Mon¬ 
sieur ufera dir bol ci-deîfous décrit, ava¬ 
lant par-dédits chaque dofe une ou deux 
ta'Tes d’infufion dés feuilles féches deci- 
tronellèj ou dé fleurs de l'ilium convalüum , 
préparée à la maniéré du thé , & réité*- 
r-ant la même médecine à la fin.,. 

BOL. 

Prenez poudre dé guttete dix - huir 
grains 5 cloportes- préparés huit grains 
cinnabre d’antimoine quatre grains. Fai¬ 
tes un bol avec lé fyrop de-pivoine. 

On examinera après ces remèdes l’é¬ 
tat de Monfieur , & , fi fa migraine con¬ 
tinue avec le dérangement de fon ef- 
tomac, on lui fera boire pendant trois' 
matins les-eaux de Balaruc dilTolvant le" 
premier jour de là boiflon dans le pre¬ 
mier verre deux onces dé manne , & 
vingt-cinq grains de rhubarbe en poudre.. 
On? en fera de même le troifiéme jour. 


Vf MEDECINE. $1$ 
dans le dernier ou le pénultième verre, 
fi mieux on n’aime , toutes réflexions 
faites , envoïer le malade à Balaruc pour 
y prendre la douche , & y boire les eaux. 

Suppofé qu’après la boiflon de ces eaux 
exécutée à Marieille, Mon fient: fie trouvât 
. échauffe, il pr§pdra pendant douze matins 
une écuellée de petit-lait de chevre cail- 
lé le foie avec la préfure ordinaire, qu’on 
féparera de fon fromage en le laiflant 
égoutter pendantrla nuit à travers - un lin¬ 
ge , pour le clarifier le matin avec !e- 
bîanc d’œuf. On y jettera pendant cet¬ 
te clarification une pincée de fleurs de 
ülmrn convallmm , auxquelles on donnera 
une ébullition de quelques minutes avec 
le blanc d’œuf , y éteignant en même 
rems quelques morceaux de fer rouilles , 
& rougis au feu. Ondiflôudra dans le pe- 
tît-lait coulé un peu de fucre roïal, & on 
aura recours au purgatif Ample à la fin. 

On ne juge pas qu’il foit permis de 
propofer une plus longue fuire de remè¬ 
des, n’aïantpas tous les éclairciflemens 
néceflàires pour une parfaite connoiffan- 
ce de la maladie, qui d’ailleurs peut pren¬ 
dre des tournures .que l’on ne fçauroit 
prévoir. On pafle fous fiîence le régime 
Revivre a que Monfieur le Médecin ordi- 



jjo Consultations choisies 
mire aura la bonté de confeiller fuivant fâ 
prudence confommée. 

Délibéré à Montpellier le zo. mai 

tj^.'Signé, M o N T A G N £. 


CONSULTATION LV. 

Sur des dartres , des clouds , des maux dt 
tête , & aux oreilles , accompagné de tin¬ 
tement 5 & quelquefois de . dureté douie* 

L Es; dartres auxquelles Monfieur eft 
(îa jet depuis très-long-tems, les clous 
qui ont paru en diflerentes parties de ion 
corps , les maux & ïa pefantéur de tête y 
le lendment de chaleur ôc de douleur 
qu'il éprouve aux oreilles 3 & qui eft ac¬ 
compagné d’un tintement prefque conth- 
nuelj & enfin la dureté paflagere de i'oüie 
qui furvient alternativement à chaque 
©reille ; tous ces accidc-ns , dis-je , font 
les productions d’un fang fec , épais , & 
acrimonieux , êc de la trop grande élafti- 
cité du genre nerveux. 

Ladifpofition vicieufe, tant des folidet 
que des fluides eft démontrée par le tem¬ 
pérament vif & méianchoiique de Moi> 



f l M ! D ! C 1 S E, ~ 

Heur , par là grande fenfibilîté au morn* 
dre chagrin, & par fes attentions défa- 
gréables & inquiétantes fur fes differen¬ 
tes incommodités. 

Pour fuivre les régies de la bonne pra¬ 
tique dans le traitement des accîdens qui 
font le fujet de cette Confultation , on 
doit fe propofer de mettre les digeftions 
en régie » de divifer le fang avec beau» 
coup de douceur, 8c de ménagement y 
d’en corriger l’acrimonie qui a pris le'def- ' 
fus -, & de redonner au genre nerveux fa 
fouplefle naturelle : on efpere que ces 
indications feront remplies par le moïen 
des remèdes fuivans. 

Monfîeur commencera par fe repofer 
quelques jours, après fon arrivée chez' 
lui, & d’abord après on lui tirera deux 
palettes de fang du bras , pour lui.don» 
ner enfuite pendant fept ou huit matins 
un bouillon fait avec un jeune poulet % 
les cuiilès de quatre ou cinq grenouilles 
écorchées & écrafées, deux écreviffes de 
riviere étouffées dans l’eau chaude 5c écra¬ 
fées dans un mortier'', & une poignée en 
toux des feuilles de pimpinelle 5c de chi» 
Corée a^ere. 

Après ces bouillons ,. Monfieur fera 
purgé avec une once de tamarins, la puf» 


J 3*1 CoNStTLTATIONS CHOISIES 

pe tirée de quatre onces de cailè en B⬠
tons fans la palier, une draguae de rhu-* 
barbe concalTée, autant dé fel d’Èpfonr, 
& deux pincées de fleurs de pécher, dont 
on fera une décoétion , dans huit ou neuf 
onces,de laquelle, après l’avoir coulée, on 
dîlfoudra deux onces de manne. 

Immédiatement après. Monfieur pren-. 
dra pendant'dix matins le Bain domefti- 
que tiède, où il demeurera une heure 
chaque fois', avalant à la fortie une écueî-. 
lée de petit lait de chevre préparé avec 
la préfure ordinaire , & clarifié avec le 
blanc d œuf, aïant la; précaution de re'- 
purger à la fin. 

Pendant les quinze matins fui va ns 
Monfieur boira un bouillon fait avec fa 
chair , fè foie t le fang , êc lé cœur 
d’une tortue d’une grandeur ràifcnnable-, 
deux écrevilles de riviere étouffées dans, 
l’eau chaude St écrafées dans un mor¬ 
tier , & une poignée en tout des.feuil¬ 
les de fcolopendre & de creflon de fon- 
raine , pour repurger à la fin avec là 
même médecine, ôt revenir d’abord après 
au bain domeftique tiède, qui fera con¬ 
tinué pendant- une fécondé dixafne , fai- 
font avaler à la fortie une ou deux tafiès 
dfinfullon des feuilles féches de citronei- 


B! MEDECINE. 333 

1- préparée à la maniéré du thé. 

'Vers le quinze d’août,, Monsieur boira 
•pendant dix matins les eaux d’Yeuzet„ 
mais .dégourdies ou tiédes. Qn dilToudra 
' le premier jour de la boidon dans le pre¬ 
mier-verre deux onces de manne & vingt 
•grains de rhubarbe en poudre : on ea 
fera de même le dernier joui dansle der¬ 
nier verre. 

On pourra le fervir de l’eau tiréedu- 
?ne branche de frêne verte , qu’on brûle 
par un bout & dont on ramafife d’eau qui 
coule parle bout oppofe, pour injeéter 
.alternativement dans chaque oreille, en 
•faifant placer ie malade fur le côté op- 
pofé 3 &.refter pendant quelque terris dans 
cette attitude.. On ajoutera à la quantité 
d’eau de frêne qu’on aura ramalfé le tiers 
ou le quart d’eau-de vie ordinaire, far¬ 
dant tiédir une partie de ce mélange quand 
on veut s’en fervir. 

On emploiera aulîi pendant quelque 
ftemsle remède fuivant pour en injeéTèr 
une certaine quantité , qu’on aura rendu 
tiède , dans l’une ou l’autre oreille alter- 
. nativement au moïen d’une petite feria- 
^.gue. 


554 Consultations choisies 
I NFV S 10 N. 

Prenez des fleurs de camomille & de 
mélilot de chacunes, une pincée, que vous 
jetterez dans dix onces d’eau de fontaine 
touillante , & que vous y laiflerez infu- 
fer à froid pendant une couple d’heures. 
On difloudra dans la colature une once 
du meilleur miel blanc. 

On ne propofe pas une plus longue 
fuite de remèdes pour la dureté d'oreille, 
parce qu’on ne les juge pas néceflai- 
res. 

Monfieur doit fe nourrir avec des po¬ 
tages à la viande , du bouilli' & du rôti, 
& s’abftenir des ragoûts, des falades, des 
fruits cruds, & de tous les alimens de 
haut goût, groffiers , indigeftes, ou in- 
cendians. Il elt abfolument néceflàire 
qu’il combatte le penchant qu’il a à la 
nJtlancholie,&: qu’il fe diffipe par la pro¬ 
menade # & par la fréquentation des per- 
fonnes d’une fociété gracieufe , 8c enfin 
par tous les plaifirs honnêtes qui font en 
état de croifer fes réflexions triûes 8c 
défagréables. 

Délibéré à Montpellier ce io. juin 
1744 . Signé 3 M ont A GNÎ, 


©s Médecins. 


•53 S 


CONSULTATION LYI. 

i Pour la .même fer firme de la même maladie 
que la 'Conjaltation LIV, 

O N a lu avec beaucoup d'attention, 
le fécond mémoire à l’exaclitude 
duquel il n’y,a rien à ajouter. On l’a com¬ 
biné avec le premier, & on a eu lieu de 
fe convaincre de l’exaélitude avec laquel¬ 
le les circonftances de la maladie ont été 
décrites depuis leur première époque. 
L’idée qu’on en avoit eu d’abord demeu-' 
re à peu près la même pour le fonds, Sc 
pour le prouver d’une maniéré évidente # 
on fera les réflexions fuivantes. 

' i°. Depuis fon enfance jufqu’à l’âge 
de feize ou dix-fept ans, Monfieur a été 
fujet à des évanouiffemens, dont la plu» 
part fè trouvoient accompagnés de perte 
de connoiflance. Il en effuya même une 
attaque de cette elpece en 1739. 

2 0 . Les dîfférens évanouiflemens fe 
font toujous terminés par un vomifle- 
ment de crudités, ou matières bilieufes , 
qu’on a tâché de déterminer par la boif» 
fon de l’eau tiède , feule ou mêlée avec 
de l’huile. 





Consultations choisies 

3°. Il y a eu deux attaques d’évanouîf. 
femens, l’une arrivée durant l’aétion d’un 
purgatif, 5 c l’autre après avoir pris une 
certaine quantité d’eau impériale que 
l’on doit naturellement attribuer à l'irri¬ 
tation. violente que fouftrit l’eftomac de 
la part de la médecine , tk de l’eau im¬ 
périale. 

4°. Durant plusieurs années de fa jen- 
neffe, Monfieur fut fatigué par des accès 
de fievjre , pour lefquels il ufa du Quin¬ 
quina , & de différens ftomachiques ou 
fébrifuges. 

5°. En 17 3 4. Monfieur tomba dans 
une afFeétion mélancholique qui dura 
vingt-un mois, & qui fut terminée ou 
par le tems, ou par le fecours de quel¬ 
ques remèdes. 

■ 4 °,. En 1737. Monfieur eut de grands 
éblouiffemens, il voïoit les objets dou¬ 
bles , & -fe remuans quoiqu’immobiles ; 
il n’étoit pas en état de juger de leur fi- 
tuation , & enfin il effuya en même tems 
une foi te attaque de mélancholie. Ces 
accidens furent terminés par un chagrin 
des plus vifs qui lui furvint dans ce tems- 
2à- 

Des faits que l’on vient d’avancer, Sc 
«pii font tirés du premier mémoire, on 

- ^ a 


t> E MEDECINE. 537 
* droit de conclure que Mofieur a eu 
l’eftomac mauvais depuis fon enfance , & 
que fes digeftions fe font foutenues dans 
le défordre depuis ce tems-là jufqu’àpré- 
fenr. 

Si on a égard aux accès de mélancho- 
lie , d’une plus grande ou d’une moindre 
durée , l’on verra qu’ils fuppofent un 
état d’épaiffiiïèment & de fau.mure dans 
la mafle du fàng\ & une trop grande 
élafticité ou tenûon fpafmodique du fyC- 
tême nerveux. 

Comme la perte de connoiffance apreC 
que toujours été jointe aux évanouiffe- 
mens qui ont paru d’abord , & que cet¬ 
te cîrconftance s’eft encore rencontrée 
dans la dernîere, arrivée vers la fin d’a- 
Vril , il eft naturel de penfer que les vaifr 
féaux du cerveau ont été un peu foibles. 
ou ont fouffert de légers embarras y qui 
ont troublé la libre diftribution du fàng 
dans les vifceres, fur-tout îorfqu’il eft 
tombé dans un état d epaiffiflément plus 
çonfidérable. 

La migraine qui a refté après la der¬ 
nière attaque , les change me ns furvenus 
dans les fon(^^fts'de'dàt ; vufe! ; ^éoriiriië1e 
vertige , la vue apparente des mêmes 
„ objets dans plufieurs endroits, le ; juge¬ 
ra n 1? 



5 5 S. Consultations chois ns 
ment Turlçur fituation & fut leur figu¬ 
re peu conforme à. la réalité, & les au¬ 
tres accidens qui ont dérangé l’xrcono- 
mie naturelle de la vifion, ne permet- 
tenf pas de doutgr que les nerfs optiques 
pu la rétine, &. félon toutes les appas, 
rences, les. deux enfemble, iraient reçus 
des impreffipns particulières, & que les 
folides qui ; les compofent n’aient perdu 
leur véritable harmonie.. 

Pour peu de réflexion que l’on fafle 
aux circonftances dont on vient de don¬ 
ner le détail • on déduira. trçs-aifémenc 
l.a caufe de laffecKon foporeufe dont 
Monfieur fut attaqué le vingt-uniéme 
d’avril pafle^auffi-bien que celle des autres 
accidens qui l’a voient précédée, qui l’ont 
accompagnée , &c qui ont fubfifté quelque 
tems après. On ne s’étend pas davantage 
fur cette matière en ayant déjà parlé dans 
l’autre Confulcation autant qu’il paroît 
néceflaire pour prendre les indications 
d’une faine pratique,,^ pour le choix 
des remèdes que l'expérience a démon¬ 
trés les plus propres pour prévenir le 
retour de pareilles attaques. 

Ou ne croit point devoir rien changer 
dans les differentes indications qu’on a 
fui vies dans l’autre Confuîtation , on va 



» E MEDECINE. 
feulement ajouter quelque chofe dans la 
difpenfation des remèdes, pour s’accom¬ 
moder à la faifon qui en demande de par¬ 
ticuliers. 

Monfieur pourra commencer, par pren¬ 
dre durant cinq ou fix matins le demi'' 
bain domeftique tiède , où îl demeurera 
une heure chaque fois avalant à la for- 
tie une couple de cafles d’infufion des 
feuilles féches de citronelle préparée à 
la maniéré du thé. Après quelques jours 
dé repos il reviendra au demi-bain do¬ 
meftique , &à la même infufîon durant 
cinq autres matins ; êc, fi Monfieur s’en 
eft bien trouvé, après un autre intervalle 
de quelques jours, on réitérera le demi 
bain avec l’infiifioii pendant cinq ou fix 
nouveaux matins. 

Vers le commencement du mois d’août 
prochain, Monfieur boira pendant cinq 
matins les eaux de Vais , mais dégourdies 
ou tiédes. Leur quantité par matinée , 
dans le commencement fur-tout, n’excé¬ 
dera pas celle d’une pinte 6 c demie , ou de 
deux pintes tout au plus, mefure de Pa¬ 
ris , qu’il faut avaler dans l’efpace de deux 
heures ou environ : on difloudra le pre¬ 
mier jour de la boifloii dans le premier 
verre deux onces de manne, & vingt-cinq 



14a Consultations choisies 
grains de rhubarbe en poudré. On aura 
ü même précaution le cinquième jour 
dans le dernier ou pénultième verre. 

Suppofé que ces eaux pinçaflènt l’efto- 
mac , on pourroit les affbibliren y ajou¬ 
tant un quart de l’eau de fontaine fini- 
pie : &, fi l'onremarquoit que leur boif- 
ibn eau fat des pe fauteur s de tête , un af- 
foupifïèment,ou des vertiges, on eu aban¬ 
donner oit- l’ufage d’abord , ■& on purge- 
roit le malade avec là médecine ordinai¬ 
re , ou celle qui a été prefçrite dans l’au¬ 
tre Conful nation. 

Mais fi au contraire les eaux avoient 
bien parte pendant les cinq jours, on laif- 
feroit Monfieur tranquille pendant quel¬ 
ques jours, & on réitéreroit la boiffon 
de ces eaux pendant cinq aurres matins , 
avec les précautions qu’on vient de con- 
ifèiller , en augmentant même un peu la 
quantité fuivant leur effet. L’automne 
prochain on aura recours aux bouillons, 
au bol, & au petit-lait qui font preferits 
dans l’autre Confultation , obfervant én 
toutles mêmes circonftances. 

L’hy ver prochain Monfieur pourra ufer 
trois fois la femaine le matin à l’heure de 
fou dîner dans la premierre cuilleréç de 
foupe du fafran de mars apéritif prépa* 



fiï Me d e ci rï. ^ 14 ** 

ré'à la rofée du mois de mai, à la dofe 
de huit à dix grains , fi mieux il îT aime 
prendre le matin a jeun de tems en tems; 
comme deux ou trois fois la femaineuii 
bol fait avec douze grains de poudre de 
guttete , & fix grains du même fafran de 
mars , qu’on incorporera avec quelques 
gouttes de fyrop de ca pillai re. Il avaler oit- 
par deflîis une ou deux tadès d’infufiorr 
de feuilles féches de citronelle , ou des 
fleurs de làugè franche 3 . préparée à la; 
maniéré du thé. 

On prie M. le Médecin ordinaire de 
vouloir bien fe charger du foin de prêt 
crrré le régime de vivre fuivant fes lu^ 
mieres. 

■k Délibéré à Montpellier ce 17 juin- 
1744. 

Signe Montagne 


CONSULTATION LVIL 

Sur des attaques de go use. 

L A goûte dont Moniteur eft fatigué 
depuis plufieurs années, & dont if 
vient d’effuyer une attaque des plus for- 
P iij 




54i Consultations choisies 
tes,fans encore être entiérement-terminée, 
doit être regardéé comme l’effet de l’em* 
barras des glandes mucilagineufes fituées 
dans les articulations affè&ées en dernier 
lieu , & en même tems de leur difpofi- 
îion phlogiftique. 

L’épaiffiffement & la faumure de 1 $ 
lymphe articulaire , qui ont occafionné 
l’obftruétion & le gonflement des glan¬ 
des, fuppofent que tout le corps de la 
lymphe, 8 c le refte de toute lamafledu 
ïang, ont acquis la même conftitution vi- 
cieufe.pmais les differens accidens qui ont 
accompagné les accès de goûte prouvent 
clairement quil y a une maniéré particu¬ 
lière à laquelle on doit les rapporter, & 
qu’on ne fçauroit placer que dans les pre. 
mieres'voies. 

Les fymptomes qui fe font toujours 
fait le plus remarquer font des bouffées 
de fièvres irrégulières pdes, accès portant 
le caraélere de fièvres intermittentes , & 
pour lefquels on a été forcé d’ufer dn 
quinquina, 8 c même de purger , fans at¬ 
tendre la fin de 1 attaque ; des yomiffe- 
mens plus ou moins fréquens, dont le 
malade n’eft pas exempt, même après la 
îerminaifon de la goûte ; & enfin une fuf- 
penfion dans l’écoulement de l’urine, qui 


DE MEDECINE. . 34 $ 

a été allez incommode. L’on voit claire¬ 
ment que les mauvaifes digeftions don¬ 
nent lieu à tous ces accidens,,& quelles 
entretiennent le défordre de la maflè du 
fang , & par conféquent la durée & l’o- 
piniatreté de la goûte. 

On éprouve journellement chez les 
gouteux que les remèdes délayàns & 
adouciflans , mais principalement le lait 
& Tes préparationsjeur fournirent les fe- 
eours les plus efficaces j mais le mauvais 
eftomac de Monfîeur , & la propriété 
qu’il a de communiquer une aigreur des 
plus marquées aux alimens expolés à fon 
à&ion croifènt abfolument l’ufage de ce 
remède alimenteux • ainfi'on eft forcé de 
prendre une autre route. 

Pour tirer tout le parti poffible des dif- 
polirions que l’on rencontre chez Mon-* 
Leur, l’on doit fe propofer de reétifier 
les digeftions ; de procurer une divifion 
douce & ménagée à la lymphe } & au 
refte de la maflè du fang ; d’en corriger 
la faumure dominante , & de rétablir le 
reffort des glandes mucilagineufes, & des 
autres parties voifines des articulations les 
plus expofées aux attaques de la goûte, 
ayant foin en même tems de calmer la 
violence des douleurs, quand elles s’yjoi* 
P iiij 


544 Consultations chois-iis 
gnent. On fe flatte que ces indications fe¬ 
ront remplies par le moyen des remè¬ 
des fuivans. 

Monfieur s’étant rendu chez lui,& l’accès 
de fa goûte étant terminé , ou pour le 
moins très-diminué , commencera par 
fe purger avec la pulpe tirée d’un quar¬ 
teron de caflè en bâtons fans la paffer, de¬ 
mi poignée de fleurs de pêcher , deux 
pincées de fleurs de violettes, & une 
dragmedefel d’Angleterre, dont on fe¬ 
ra une déco&ian,dâns un verre de laquel¬ 
le on laiflèra infufer pendant la nuit une 
dragme & demie de follicules de féné, dif- 
folvant le matin dans l’infufion coulée 
.deux onces de manne, & une once de 
fyrop de rdfes folutif. 

Inmédiatêment après Monfieur boira 
pendant dix matins un bouillon fait avec 
un jeune poulet, une dragrne de racine 
d’énùla campana concalfée, deux écrevif- 
fes de riviere étouffées dans l’eau chau¬ 
de , & écrafées dans un mortier , & une 
poignée en tout des feuilles de chicorée 
amere , de fcolopendre, & de creffon de 
fontaine. 

Monfieur prendra enfuite pendant fix 
matins les eaux de Vais , mais tiédes, dif- 
folvant le premier jour de là boiffon daus 



pr P. M E D E C I N ï. 34? 
h premier verre deux onces de manne , 
& trois dragmes de Tel d’Angleterre ; on 
en fera de même le dernier jour dans le 
pénultième ,'ou dernier verre. La quanti¬ 
té de ces eaux pour chaque matinée n ex¬ 
cédera pas celle de deux pintes , ou de 
deux pintes & demie, mefure de Paris. 

Suppofé que ces eaux aient bien pafîé , 
Moniieur fe repolera pendant cinq. ou 
fix jours , après lefquels il reviendra à 
la boilîbn de ces mêmes eaux , pendant 
fix nouveaux matins, fe purgeant de la 
même maniéré dans le - premier verre le; 
premier jour & dans le pénultième le > 
dernier jour.. 

Suppofé que pendant la boiflon aë ce£; 
eaux Moniieur fût menacé de quelque re¬ 
tour d’accès de fièvre intermittente, il ob- 
ferveroit, ou tous les jours de la boilïon s . 
ou de deux en. deux jours, d’avaler fur les 
cinq ou fix heures de l’après midi une 
dragme de quinquina dans l’eau de fon¬ 
taine avec fon marc ; ou en tout cas U 
décodion de cette dragme de quinquina, 
dans l’eau de fontaine réduite à un verre,,, 
mais verlee trouble par inclination pour 
Iaifîer précipiter la plus grande partie dw 
marc. 

l£ers le commencement de l’automne ^ 
B? 



W ' ^ Consultations choisies 
Mon fleur pourroit réitérer les bouillions 
confeillés ci-deflus pendant dix matins , 
ajoutant à chacun fur la fin de la codion 
une dizaine de cloportes lavés & étouf¬ 
fés dans le vin blanc , & purgeant à la 
fin & au commencement de leur ufage. 
avec la médecine confeillée ci-deffus. 

Si Monfieur fentoit fon eftomac bien dif- 
pofé, il tenteroit êafuite pendant dix ou 
douze matins de boire un grand verre de 
petit-lait,qu’on tireroit du lait de vache ou 
de chevre caillé le foir avec la préfare' or¬ 
dinaire , Sc quon fépareroit de ion frbma- 
ge,en le lainànt égoutter pendant la nuit à 
travers un linge pour le clarifier le ma-* 
tin avec le blanc d’œuf. On y jetteroit 
pendant cette clarification huit cloportes 
lavés <k étouffés dans le vin blanc , & 
une pincée des fommités féches & fleu¬ 
ries de germendrée ou petit chêne , aux¬ 
quelles on donneroic une ébullition de 
quelques minutes avec le blanc d’œuf, y 
éteignant en même tems une couple de 
doux rouilles & rougis au feu. On difïos- 
dra dans le petit lait coulé un peu de fu- 
cre roïal, finiffant par le purgatif. 

Pendant l’hyver Monfieur pourroit 
«fer deux ou trois fois la femaine dans 
la première cuillerée de foupe * à l’heure 


DE MEDECINE. 347 
de Ton dîner du fafran de mars apéritif, 
préparé à la rofée du mois de mai à la do- 
fe de huit grains. 

On auroit foin , s’il furvenoitdes atta¬ 
ques, de donner le foir à l’heure du cou¬ 
cher demi-once ou fix dragmes de fyrop 
de pavot blanc dans trois ou quatre cuil¬ 
lerées d’eau de pavot rouge, ou de bar- 
danne , pour calmer les douleurs. On fe 
fcrviroit auffi pour boifion d’une ptifanne 
faite avec une petite poignée de gruau-, 
ou avenat mondé, & dépouillé de fon 
enveloppe, qu ’on pileroit dans un mor¬ 
tier & que l’on feroit bouillir pendant 
une heure dans trois chopines d’eau de 
fontaine : coulant la décoélion quand elle 
feroit refroidie. 

A la place du quinquina en fubftance , 
fi Monueur avoir befoin de s’en fervir 
dans fes attaques de goûte , il fubftitue- 
roit l’apozème fui vaut, dont il prendroic 
deux verres dans l’efpace de quatre heu¬ 
res , avec un bouillon dans Tefpacg 
moïen. 

AP O Z EME. 

Prenez une poignée de feuilles de chi¬ 
corée ’amére hachées , & deux dragmes 
de quinquina, que vous ferez bouillir dans 

P VJ 



34§ Consultations choisies 
la quantité d’eau de fontaine néceflaire 
pour qu’il refte'après la’.décoétion finie 
deux verres de colature, qui feront em¬ 
ploies comme il a été dit. 

Il eft abfolument néceflaire que Meu- 
fieur garde un exaéfc régime de vivre , 
qu’il modère fes grandes occupations ~ 
& qu’il fe nourriflè, même hors de fes at¬ 
taques , avec des potages à la viande , des 
crèmes de ris au bouillon, du bouilli & 
du rôti. Il s’abftiendra des ragoûts 3 des 
entremets , de la pâtiffèrie ,de la friture, 
des falades , des fruits crnds de toute 
efpece , des légumes, des châtaignes, & 
de tous les alimens venteux , groffiers 
indigeftes , ou échauffans ; buvant très- 
peu de vin, 8c exrêmement- trempé , 8c 
loupant très-frugalement.Durant les atta¬ 
ques il fera nourri avec des potages ,des 
bouillons ,8c des avenats à l’eau , y joi¬ 
gnant quelquefois un morceau de vian¬ 
de bouillie ou rôtie,s’ilneft pas queftion 
de fièvre. 

Délibéré à Montpellier îe 18. juin 
1744. figne Montagne. 



B E MEDïC IN E, 


34£ 


CONSULTATION LYIIL 

Sur un engourdiffement \ une irritation & 
chaleur aux doigts , attaques de grœ- 
velle 3 & de goûte , cardialgie. 

L Es attaques d’engourdîffement, & le 
fentimeut d’irritation mêlé d’une cha¬ 
leur plus ou moins vive que 3e. très-Révé- 
rend'Pere a prouvé fréquemment aux 
doigtsdesdeux mains,maisp!us déterminé^* 
ment à ceux de la-droite , depuis envirdîi 
deux mois -, celles de gravelle & de goûte 
aufîî violentes , qui font Parvenues après 
l’ufage des bouillons incifirs j l’acci¬ 
dent d’oppteffion , accompagné de car- 
dialgje , 8c d’un abattement de force ex¬ 
traordinaire , arrivé à: Avignon d’une 
maniéré inopinée *, la douleur & la pe- 
fanteur fixées dan-s certains tems fur le 
front, & dans d’autres fur le fommet 
de la tête , & à la nuque *, le tintement 
ou bourdonnement d’areiiks j le renou¬ 
vellement de la gcuie au gros orteil du 
pied droit, depuis que le malade s’tft ren¬ 
du en cette Ville i l’étouffement paffa- 



3 jo Consultations choisies 
ger, le dégoût, le friffon de peu de du¬ 
rée , les feux qui fe font fentir dans tou¬ 
tes les parties du corps ; l’abattement gé¬ 
néral & la foibleïïe qui s’eftfait apperce- 
voir depuis peu dans tout le bras droit en 
particulier ; tous ces aecidens, dis-je , 
font les produdions d’un fang fufcepti- 
ple de fougue & de mouvement tumul¬ 
tueux , dénué de la portion féreufe, & 
épais, réfineux & faumüré , & en mê¬ 
me tems de la trop grande élafticité de 
tout le fyftême des folîdes , mais fur- 
tout de celui des nerfs- & on a même 
droit d’affurer que ces différentes incom¬ 
modités portent avec elles uncaradere 
qui tient un peu du vaporeux. 

Le tempérament vif & extrêmement 
adif du très-Révérend-Pere ; les atta¬ 
ques de gravelle qui ont duré pendant 
trois ans dè-fuite , 8c qui ont paru pour 
îa première fois depuis vingt-un an ; les 
accès de goûte qui ont commencé il y a 
quinze ans , & qui font revenus pour la 
troifiéme ou quatrième fois en dernier 
lieu, prouvent évidemment l’état des flui¬ 
des & des folides que l’on vient d’établir, 
& qui a été extrêmement augmenté par 
l’étude & les contentions d’efprit aux¬ 
quelles le très-Révérend Pere s’eft livré 


V ï Mîdïcimï. 
fans mefure , foie pendant le tems qu'il 
a enfeigné & donné dans la prédication, 
foit pendant celui qu'il a occupé les em¬ 
plois les plus diftingués de Ton Ordre, 
& a été chargé de la direélion des afîàires 
les plus importantes. L’action réunie de 
toutes ces caufes a retranché le baume 
& le mucilage le plus fin de la maffe du 
fiang , & la jettée dans l’état defécherefi. 
fe& d’épaiffifièment tour -enlémble qui 
font l’objet' de cette Confultation ; par 
une fuite néceflàire les foîides fe font ref- 
fentis des défordres "lurvenus dans les 
fluides, & ont perdu leur fouplefle na¬ 
turelle. 

Pour fuivre les régies de la bonne pra¬ 
tique dans le traitement des accidens , 
dont le très-Révérend Pere efl: fatigué, 
fur-tout depuis deux mois ou environ, 
on doit fe propofer de rectifier les di- 
geftions j de procurer une divifion dou¬ 
ce & ménagée à la malfe du fang, non 
par des fondans décidés, mais par des 
détrempans , mêlés avec des incififs , 
exempts de toute fougue ; d’en rétablir 
la douceur & l’onduofité , & de redon¬ 
ner au fyftême des iolides, & en parti¬ 
culier à celui des nerfs , la fouplelle qui 
lui manque. Oii efpere que ces indicar 


J j.2 - Consultations choisies 
tiens feront remplies par le- moïen des 
remedes fuivans.. 

Il parole inutile dé propofer des reme- 
des : au malade pendant fon voyage ; ain- 
û il ne les commercera qu’après fon ar¬ 
rivée à' Carpantras , <xi il te repofera mê¬ 
me pendant quelques- fours. On exami¬ 
nera pour-lors l’état ou il fe trouve, & , 
s’il étoit extrêmement échauffé, on lui 
tireroit deux petites palettes de fang, 
pour le purger après la faignée ,.ou fans 
elle , pourvu qu’il ne foitpas queftion dé¬ 
goûté , avec cette médecine.- 

RV RG AT 10 N. 

Prenez fx’x dragmes de tamarins ; pulpe 
dé caffe récemment extraice , & nom 
mondée de. fês noïaux deux onces -, fet 
d’Eplom une dragme ; fleurs de pêcher 
& de violettes, de» chacunes une demi- 
poignée faites bouillir dans l’eau de 
fbntaine,& diffoudre dans une livre de co- 
lature deux onces de manne de Cala¬ 
bre & une once de fyrop de rofès foîu~ 
tif. Partagez la liqueur en deux dofeç 
qui feront prifes le matin , laiflant entre: 
les deux deux heures de diftance. 



1 >I Mib-icï-se. 

Immédiatement après le très * Révé* 
rend Pere prendra pendant nne neuvaine 
de matins un bouillon fait avec un jeune 
poulet, demi-dragme de femences de pa¬ 
vot blanc concaflees & enfermées dans un 
nouet, les cuifles de cinq ou iîx gre¬ 
nouilles écorchées , & écrafées., & une 
poignée en tout de feuilles de chicorée 
aœere, & de pimpreneüe. 

Le très-Révérend Pere boira enfuité 
pendant fitx matins les eaux d’Yeazet, dé¬ 
gourdies ou tiédes. On dilloudra le pre¬ 
mier jour de la boiflon dans le premier 
verre deux onces de manne ; on en fera 
de même le dernier jour dans le dernier 
verre.. 

Après cinq ou fîx jours de repos, files 
eaux ont bien pafle , le malade en réitére¬ 
ra la boiilon pendant fîx autres matins y 
avec les mêmes précautions. 

L’Automne prochain , le très-Révé- 
rend Pere pourra, reprendre pendant 
neuf matins les bouillons que l’on vient 
de confeiiler , & auxquels on pourra, 
ajouter une ou deux écrevifles de riviere , 
tout au plus, fè fer vaut du même pur¬ 
gatif confeillé ci-deflus au commence¬ 
ment 8c à la fin des bouillons. 

Immédiatement après il boira pendant 



Consultations choisies 
douze matins un grand verre , ou «nï 
écuellée médiocre de petit-lait _,qu’on tire¬ 
ra du lait de vache , ou de chèvre caillé 
le foir avec la préfute ordinaire, & qu’on 
féparera de Ton fromage , en le biffant 
égoutter • pendant ld nuit à travers un 
linge pour le clarifier le matin avec le 
blanc d’ceuf. On y jettera pendant cette 
clarification une pincée de fommités fé- 
ches & fleuries de petit-chêne, ou gec- 
mandrée , auxquelles on donnera une 
ébullition de quelques minutes avec le 
blanc d’œuf. On dîflbudra dans le petit- 
lait coulé un peu de fttcre roïal, & on fi. 
nira par le purgatif. 

Si le petit-lait avoir bien réufîî, le Ré*- 
vérend Pere pourrait prendre pendant 
un mois chaque matin un grand verre 
de lait d’âneffe entier, y mettant chaque 
fois deux cuillerées de la fécondé eau de 
chaux. On repurgeroit à la fin avec k 
médecine déjà preicrite , obfervant, d a. 
jouter de deux en deux jours pendant 
le tems du lait à la première cuillerée une 
poudre faite avec quinze grains de corail 
rouge préparé , & dix grains de cachou 
brut réduit en poudre. 

Le Révérend Pere ufera, comme il a dé¬ 
jà accoutumé de le faire, d’une légère in- 


î> E M E T> 1 C ï N 3 î f 

fufiôn de thé , ou de feuilles féches de 
citronnelle , préparée a la manière du 
thé , ajoutant de tems en teins s’il veut 
à 1 un ou a l’autre un peu de fleurs de 
violettes. Les effets qui fuivront l’ufage 
de cette' boiffon le régleront pour la pré¬ 
férence de l’une fur l’autre. 

Le t'rès-Révérend Pere aura la bonté de 
fe ménager fur fes occupations, ôc ne né¬ 
gligera rien pour mener une vie douce , 
& tranquille.il fera gras pendant le cours 
des remèdes propofés ci-deflùs, & fe 
nourrira avec des potages à la viande , 
des crèmes de ris au bouillon, ou à l’eau, 
du bouilli & du rôti. Il s'abstiendra des 
ragoûts , de la friture de la pâtifferie , 
des faladés, des fruits cruds , des légu¬ 
mes , & de tous les alimens venteux , 
groffiers , indigeftes, ou incendiaire. 

Suppofé que dans la fuite la foibleflè du 
bras droit vînt à augmenter, il fe ren- 
droit , ou à Dignes ,ou à Saint Laurent* 
ou à Balaruc , dans la faifon convena¬ 
ble , pour fe faire donner quelques dou¬ 
ches à ce bras. 

Délibéré à Montpellier ce 28 juin 

1744. fiiP*' M o n T A G K E. 



f.j5 Consultations choisies 


C ON sultaTiôn LIX. 

Sur des tumeurs froides apres la petite vérole. 

I L paroîc par la relation que le jeune 
malade a des glandes depuis quelque 
tems fous L’aifïeBe gauche,, qui font dures 
& indolentes , & qui par conféquent 
portent leéaraclere de tumeurs froides; il 
eft confiant auffi par la; même rélation 
qu’il furvinr au même malade il y a en¬ 
viron dix-huit mois à la partie poftérieu- 
jre du coude du même côté une tumeur,, 
qui par fes progrèspar la difficulté avec 
laquelle elle a tourné en fuppurrarion , & 
enfin par lafiftuîequi afuivifa fuppura- 
tion , & qui fubfifte encore avec opini⬠
treté _,.eft démontrée participer ou être de 
la nature des tumeurs froides. Cette 
cireonftance eft confirmée par la tumeur 
quf fe forma dans la fuite , ou trois ou 
quatre mois apres , au-deflus de la che¬ 
ville droite , fans aucune douleur , ni au¬ 
cun changement de la peau dans cette 
partie. 

De ces faits l’on doit conclure que 




Ol MïDÎCINÎ. Sjf 

î’anchylofe arrivée dans l’articulation du 
•bras gauche avec l’ayant h ras du même 
-côté , la fiftule qui s’y trouve, 5t lamai- 
griiïement ou diminution du volume de 
l’endroit voifin de l’articulation , même 
de la main correfpondante , font les ef¬ 
fets d’une matière lympathique arrê¬ 
tée dans l'articulation , & qui s’étant en¬ 
durcie, a foudc en quelque maniéré les 
têtes des osou les cartilages qui s’entre^ 
touchent. Il eA même naturel de penfer 
que cette lymphe eft d’une conftitutioji 
dëche, groffiere, acrimonieufe , & entiè¬ 
rement analogue à celle des glandes de 
l’aiflelle, 5c de la tumeur qu’on a remar¬ 
quée d’abord à la partie poftérieure dq 
coude, & qu’on a jugé devoir être re¬ 
gardée comme portant avec elle un ca¬ 
ractère fctophuleux. 

On ne dit point dans la relation s’il 
y a eu dans la famille dé pareilles difpo- 
fitionsjinais on croit pouvoir affurer que le 
levain de la petite vérole a donné lieu au 
développement de celui qui a occafionné 
la premiete tumeur , l’anchylofe , Sc les 
glandes de l’aiflèlle. 

L’amaigrifTement des parties placées 
au-deüous de l’anchylofe prouve claire¬ 
ment une affection finguliere des nerfs 



5)8 Consultations choisies 
qui s’y drftribuent ; & laconftitution vb 
cieufe du corps de la lymphe, c’eft-à dire 
fonépaifIiflèment,& Ton acrimonie/uppo- 
fient que toute la mafle des liqueurs par¬ 
ticipe au meme défordre. 

Pour tirer tout le parti poffible de î’an- 
chylofe & des accidéns qui l’accompa¬ 
gnent , on doit fie propofer de r edi fier les 
digeftions -, de rendre la malle du fang 
plus fluide & plus coulante ; d’en corriger 
l’acrimonie qui a pris le detfus ; de tarir la 
flftuîe , 5c de redonner la liberté des 
iïiouvemens aux parties qui l’ont per-, 
du par la foudure des os qui s’entretou¬ 
chent. On efipere queces indications fe¬ 
ront remplies, autant que l’efpece delà 
.maladie peut le permettre, par le moïen 
des remèdes fiuivans. 

On commencera par purger le jeune 
malade avec cette médecine. 

i TV R G AT 1 O N. 

Prenez rhubarbe concaflee une demi- 
dragme ; faites bouillir légèrement dans 
l’eau de fontaine , & diflolvez dans la li¬ 
queur coulée réduite à quatre onces, de 
inanne de Calabre , fyrop de fuc de rôles, 
& de fleurs de pêcher,de chacun une de- 


hMimcin!. 3# 

mi-once ; faites une potion qui fera pri- 
fe le matin avec le régime convenable. 

Immédiatement après on donnera a a 
jeune malade pendant dix matins un 
bouillon fait avec la moitié d 3 un jeune 
poulet,ou un morceau de maigre de veau, 
demi-dragme de racine de fquine coupée 
par tranches , une écrévifiè de riviere 
étouffée dans, l’eau chaude., & écrafée 
dans un mortier , & une pincée de feuil¬ 
les de cerfeüil. On jettera dans le pot fur 
la fin de la coékion fix cloportes lavés Ôç 
étouffes dans le vin blanc. On reitérera la 
même médecine à la fin. 

Pendant les douze matins fnivans le 
malade boira un verre ordinaire de petit- 
lait , qu’on tirera du lait de chèvre caillé 
le foir avec la préfüre ordinaire , & qu’on 
féparera de £on fromage pour le clarifier 
le matin avec le blanc d’œuf.-On y jette¬ 
ra pendant cette clarification fix clopor¬ 
tes lavés &. étouffes dans le vin blanc , 
auxquels on- donnera une ébullition de 
quelques minutes avec le blanc d’œuf, y 
éteignant en. même tems un ou deux 
clous rouilles & rougis au feu. On dif. 
foudra dans le petit lait.coulé un peu de 
fucre roial, & on finira par le purgatif. 

On aura recours, enfui te chaque ma- 



360 Consultations choisies 
tin à fepc heures, & tous les après midi 
vers les quatre heures,à cetre préparation 
4e lait. 

L Aï T : 

Prenez cinq onces de lait de vache ou 
de chèvre, & cinq onces d’une légère dé* 
çodion de fqnine que vous jetterez en- 
jfemble dans un vailieaa propre pour ex- 
pofer le mélange à un feu fort doux. On 
4écrêmera à tnefure que la pellicule fe¬ 
ra formée, évitant l’ébullition, & conti¬ 
nuant de même jufqu à la diminution du 
tiers,ou approchant de la moitié. On dif- 
foudra dans la colamre un peu de fucre 
roïal 4 & on aura foin de repurger à la 
fin 9 éc de faire deux fois chaque jour 
cette préparation de lait un peu avant la 
donner. 

Suppoie que l’eftomac du jeune malade 
s’accommode bien de ces préparations de 
lait, on lui fera prendre le matin pendant 
un mois & demi, ou même deux mois, 
une petit verre de lait de vache, ou da- 
aeffè entier, fi le goût de ce dernier ne le 
rebute pas , y mêlant chaque fois une 
petite cuillerée de la fécondé eau de 
chaux -, 6c, file lait du matin palfe bien,le 
malade mangera le foir à fou fouper une 


BS M I B î C I N E, 
çetîte foupe, ouerêmede ris, ou de gruau, 
au laie de vache, purgeant au milieu & 
à la fin. 

.Durant ce même tems on donnera , 
d’abord de deux en deux & en fuite de 
trois en trois jours, dans la première "cuil¬ 
lerée de foupe à l’heure du dîner à l’en¬ 
fant, une poudre faite avec huit grains 
d’antimoine diaphorétique , & quatre 
grains de fàfran de mars apéritif prépa¬ 
ré à la rofëe du mpis de mai. 

Si le jeune malade écoit affèz docile 
pour vouloir teter, il conviendrait beau¬ 
coup mieux de lui choifir une excellente 
nourrice , & de le faire teter pendant 
très-long-tems. Et, comme cette feule 
nourriture pourroit ne pas fufifire , on 

Î jourroit joindre un peu de bouillie au 
ait de vache, ou un peu de foupe, ou de 
panade au Eouîilon, ou du ris ,, &c en¬ 
fin quelques œufs frais avec un morceau 
de pain. 

Mais fi le malade refifte, & ne veut 
point fe réduire à cette efpece de nour¬ 
riture , le printems prochain on revien¬ 
dra aux mêmes bouillons, au petit-lait, 
au lait coupé avec la déceéUon de fquine, 
& enfin au lait de chevre entier le ma¬ 
tin , & à la foupe ou au ris au même lait 
Tomt K . Q. 



$<ji Consultations choisies 
le foir., dans le même ordre , & avec 
les mêmes précautions qu’on a propofées 
pour l’automne. 

A l’égard du panfement de la fiftule, il 
doit être très-fimple., ôc on fe contente¬ 
ra d’appliquer alternativement fur cet 
endroit, ou l’emplâtre de mucilage éten¬ 
du fur un peu de toile qu’on changera 
de tems en tems, ou des -feuilles de plan¬ 
tain ou de poirée’, ou de grande fcrofu- 
laire. 

S’il était néceftaire pour la fortie du 
pus, on toucheroit légèrement le bord 
de la fiftule avec la pierre infernale fans 
qu’on doive rien craindre de cette ma¬ 
nœuvre , pourvu quellefoit exécutée pat 
un Chirurgien entendu. , 

On a déjà emploie bien des onguens 
ou linimens -pour dégager les parties en~ 
chylofées, mais fans fuccès j on pourrok 
faire venir des eaux de Bagnols, & en 
doucher le bras duJeune malade une fois 
par Jour pendant une femaîne , obfêrvant 
de faire tiédir l’eau de la douche d’une 
manière graduée. On pourroir enfuite 
tenter le bain du coude & de l’avant- 
bras affecté dans la même eau de Ba- 
gnols auffi tiéde , & continuer l’ufage de 
ee bain pendant une autre femaiae. SI 



ds M ed e e îki. 
ses fecours réuffiffoienc, on les emploie- 
roit plus long-tems,& dans la fuite ois 
«eonduirok le malade à Bagnols , ou à Ba- 
reges, pour donner au bras des douches 9 
ou des bains. 

On doit engager le jeune malade à fè 
inourrir abfolument hors du tems du laie 
.avec des foupes à la viande, des crèmes de 
ris au bouillon , quelques oeufs frais , 
& des bouillies avec le lait. On le privera 
de toutes les crudités, & de tous les ali- 
mens falés, épicés, indigeftes ou échauf- 
fans. 

Délibéré à Montpellier le 6> août 1744^ 
■Signé. :a M o N T A G N E. 


CON SXJLTÀTION LX. 

Sur une chaudepîjfe d’une Dame* 

L ’Ecoulement d’une matière purulent 
te & verdâtre, dont Madame com¬ 
mença à être attaquée au mois de février 
de l’année 1743 , avec des fentimens 
d’ardeurs & de feu plus ou moins vio- 
lens dans le vagin , 8c le canal de l’ure- 
thre, a été regardé avec beaucoup de rai- 





$<?4 Cqnsuxtations choisies 
fon comme produit & entretenu par uû 
levain vénérien. Cette idée a été d'autant 
plus fondée quelepoux de la malade a 
effuié même avant cette époque des acci- 
dens vénériens pour Iefquels il faitaduel- 
lement des remèdes fans en avoir tiré au¬ 
cun fruit. 

Il eft confiant par le mémoire que Ma¬ 
dame s’eft fervi des fec.ours les plus appro¬ 
priés p.our,terminer iamaladie qui 1’inq.uié- 
te,Scquiauroit dû ceder .à leur aétion. Cet¬ 
te .opiniâtreté, mérite une attention parti¬ 
culière , & donne lieu de craindre qu’il ne 
faille encore recourir à des remèdes plus 
efficaces pour parvenir à une cure r.adica* 
le. 

On ne dît pas dans la relation û dans 
le tems que Madame & Monfieur ont 
emploie des remèdes ils n’ont pas coha¬ 
bité enfemble ; cependant il eft certain 
qu’un commerce habituel entre deux per* 
formes dont le fang eft infe&é caufê des 
impreffions beaucoup plus fortes dans la 
malle de ? s liqueurs de l’un & l’autre , & 
l’expérience journalière démontre que dans 
ces circ.onftances on doit compter fur une 
infe&ion générale qui ne cède qu’au feui 
Ipécifîque adminiftré avec les derniere.s 
précautions. 



ïïE ïvf i Br'r c-r n i. 

If faut pourtant convenir que les pertes 
qu’on appelle communément blanches 
dans les femmes font très difficiles à gué¬ 
rir de quelque caufe quelles dépendent. 
Les Praticiens les plus expérimentés en 
font fi perfuadés qu’en commençant le 
traitement de ees fortes de maladies , ils 
ont foin de prévenir les perfonnes du fexe 
que l’écoulement ne cédera pas même 
aux fri&ions mercurielles , & qu’il de¬ 
mandera un nouveau traitement après el¬ 
les dont il n’eft pas permis de garantir le 
foccès. 

Ces faits étant une fois établis, il eft 
aifé de conclure que l’écoulement pour 
lequel on demande confeil fera difficile 
à guérir de quelque maniéré qu’on s’y 
prenne ; mais comme la ptifanne fudori- 
fique & les préparations de mercure dont 
©n s’eft fervi intérieurement & extérieu¬ 
rement n’ont pas réuflï , & que l’on dis¬ 
tingue un fond d’acrimonie dans la maf- 
fe du fang d’un cara&ere particulier , le 
Confeil eflr d’avis de ne pas recourir aux 
remedes mercuriels fans avoir aupara¬ 
vant mis enufage, même très-long- 
tems , les adoucifïans & les balzamiques. 
Far ce moyen on entreprendra une cure 
dans laquelle on vifora à traiter l’écou- 



Consultations choisies 
fenoent comme fimple., & fans levain vé¬ 
nérien, ou en tout cas on fera une pré¬ 
paration abfolument néceffairepour venir 
dans la fuite aux oncïions mercurielles, 
avec plus de fureté, & d efpérance de: 
rétablir la fantéde Madame. 

On ne connoîc point Tétât où fe trouve 
Monfieur, mais il eft abfolument nécef- 
faire de~ commencer à fufpendre toute.- 
ibrte de commerce en même tems que 
Madame fe déterminera à fuivre ce quf 
va être confeillé dans la Confultadon. 

On commencera par faigner Madame- 
du bras, & le lendemain, de la faignée , 
©n lui fera prendre le matin le bain do- 
meftique tiède , qu’elle continuera pen¬ 
dant fix jours de fuite, & où elle demeu¬ 
rera une heure chaque fois, avalant à la. 
fortie un bouillon fait avec un jeune pou- 
let 3 demi'onc.e de femences,de pavotblanc 
- concailée & enfermée dans un nouer 
. & une poignée en tout des feuilles de. 
pimpinelle & de chicorée blanche,. 

Fendant cet intervalle on fera venir- 
les eaux de Mié, que Madame boita pen¬ 
dant Cix matins, mais dégourdies ou tié- 
des, didblvant le premier jour de la boiC 
fon dans le premier verre deux onces d& 
manne & trois dragmes defel d’Àngletere- 



b ê Médecins. $6? 
te. On aura la même précaution le fixié- 
me jour dans le dernier ou pénultième 
Terre de ces eaux. 

Madame reviendra d’abord après pen¬ 
dant fix nouveaux matins aux bains do- 
meftiqnes.&: aux mêmes bouillons à la for- 
tie, pour reprendre tout de fuite pendant 
fix autres matins les eaux de Mié avec 
les mêmes précautions qu’on a déjà eu 
l’honneur de preforire. 

Immédiatement après Madame boira 
pendant une quinzaine de matins une 
écuellée de lait de vache coupé avec par¬ 
ties égales d’une légère décodHon de (qui- 
ne , & décrêmé à un feu très-doux jufi- 
qu’a la diminution du quart ou du cin¬ 
quième. On y éteindra fur la fin un mor¬ 
ceau de brique rougi au feu , & on diflou- 
dra dans lacolature un peu de fucre roïal r 
puxgeant- à la fin avec cette médecine. 

PURGATION. 

Prenez une once de tamarins , moelle , 
de caffe récemment extraite & non mon¬ 
dée de fes noïaux deux onces ; fleurs de 
pêcher une poignée y fel d’Angleterre une 
dragme j rhubarbe concafïée une demi- 
dragme j faites bouillir dans une fuffifan* 
te quantité d’eau de fontaine , & diflol- 
QJiij 



‘36-8 Consultations choïsiis 
vcz: dans la colature réduite à huit onee* 
deux onces de manne ; faites une po¬ 
tion qui fera prife le matin avec le ré¬ 
gime. 

Après ces préparations on aura recours 
au lait danefle entierque Madame pren¬ 
dra le matin dans fon lit, commençant 
par lin grand verte , 8c montant peu à 
peu à la quantité de 1 ecuellée. On y mê¬ 
lera chaque fois une cuillerée & demie 
ou deux cuillerées de la fécondé eau 
de chaux. Ce remède fera continué juf- 
ques vers la fin de novembre sil pa& 
bien ; &, après les. premiers dix jours 
d’un eifai favorable on. donnera le foir 
à l’heure du fou per une foupe, ou un ris, 
ou un gruau au lait de vache, aïant foin 
de purger au. milieu & à la fin de l'ufage 
du lait. 

Durant ce même tems on ajoutera, 
d’abord de deux en deux 8c enfuite de 
trois en trois jours, à la première cuil¬ 
lerée du lait d’ànellè une poudre faite avec 
douze grains de karabé blanc réduit en 
poudre,dix grains de cachou brut, & huit 
grains de baume fec du Pérou auffi ré¬ 
duits en poudre. 

Madame paflera fon hiver en ufant de 
tems. en tems d’un, lait de vache coupé 



DE MEDECINE. 5<?9f 

avec rinfufîoii de vulnéraires deSuiffele 
matin, ou d’une foupe, ou d’un ris au 
même lait le foir. 

Le printems prochain on examinera 
avec beaucoup d’attention l’état de Ma¬ 
dame y & on s’aiïurera en même tems de 
celui de la matrice, pour ne pas fe mé¬ 
prendre du coté d’une difpofition particu¬ 
lière dans* ce vifcére, &, fi l’on eft con¬ 
vaincu que les premières cures ont été 
imparfaites y & que le levain vénérien n’a. 
pas été détruit entièrement, on aura foin 
vers le commencement ou le milieu du; 
mois de mars, d’cmploïer la faignée difc 
bras, & enfuite la purgation , pour don¬ 
ner d’abord après durant dix matins uœ 
bouillon fait avec un morceau de mai¬ 
gre ou de mou de veau une dragme de 
racine de fquine coupées par tranches 
deux écreviflès de riviere étouffées dans 
l’eau chaude Sc écrafées dans un mortier 
& une poignée en tout des feuilles de- 
chicorée amers & de crefîônde fontaine. 
Àïant été tepurgée à la En , Madame: 
prendra pendant un mois ou environ le: 
lait d’ânefiè entier, ou. celui de chevre, le? 
matin, y mêlant chaque fois deux, cuil¬ 
lerées de la fécondé eau de chaux_. 

Agrès les dix premiers jours de ce îaifc 



37°' Consultation? choisies- 
Madame ufera chaque après midi vers-, 
les quatre heures du bain domeftique tié* 
de , où elle demeurera une heure cha¬ 
que fois. Aïant pris autour- de dix-huit; 
bains , elle fera reflàignée & repùrgée..- 
pour reprendre encore une autre, cou.*- 
ple de bains. 

Ces préparations aïanE? précédé; 3 ©*& 
viendra à la difpenfa&ion des ondionss 
mercurielles. On aura foin - dé faire pré- - 
parer la pommade au tiers-, & avec let 
mercure revivifié du cinnabre. Il îfeffi 
permis que de confeiller une cure géné¬ 
rale, parce que la conduite de la cure.* 
demande qu’on voye exadément ., 
pour le moins une fois -par jour , les ef¬ 
fets du remède , .qu’on le tienne en bri¬ 
de . & quon ne néglige rien pour quil • 
ne porte pas-du. coté de la bouche. On ; 
le propofera de couvrir tout le corps 
dans douze ou quatorze fri étions, com«- 
mençant par deux dragmes 6c demie ou; 
trois de pommade pour chaque fri dion, 
& ne frottant.que d’un côté jufqu’à et: 
qu’on foit àla ceinture.Alors on augmen¬ 
tera la quantité de la pommade jufqu’à- 
une demi-once pour chaque ftidion 3 mais 
par degré , & laiffant deux jours francs 
d’une friction à- l’autre. Oa~ tâchera - dt- 



» i Médecin i. 37 ï 
îaiffèr la malade dans les linges trente- 
cinq à quarante jours, la nourriflant avec 
du lait le matin , une foupe à la viande ' 
au dîner, & une couple d’œufs frais , 8c 
un peu de pain, une écuellée de lait de 
vache ou de chevre décrêiné vers les qua¬ 
tre heures de l’après midi, & une fou~ 
pe , ou un ris au bouillon ou au lait vers 
les huit, heures , avec un peu de pain. 
Sa boiflon ordinaire fera une infufion des 
feuilles féches de capillaire préparées à- 
la maniéré du thé. On terminera le trai¬ 
tement par une faignée & une purgation» - 

Pendant le cours des remèdes qui fe¬ 
ront exécutés jufqu’àu commencement : 
des onctions , Madame fera nourrie avec 
des potages à. la viande , du bouilli 8c 
du rôti. Elle s’abftiendra des ragoûts, de 
la pâtifferie , ; de la friture , des falades , 
dès fruits cruds, & de tous les alimens 
groffiers, indigefies , ou échaufiàns. 

Mais fi les remèdes conleillés jufqu’au 
printems avoient produit un effet gra¬ 
cieux , on informeroit de l’état de Ma¬ 
dame avant de rien entreprendre. Il fe- 
roic inutile au refre de la traiter fi Mon¬ 
iteur ne prend en même teins le même 
parti. 

. Délibéré à Montpellier le 14 . aoûtï 
Î 744 *.. fijTié , M o h t a G îi-î. ■ Qjj , 



372. Consultations choisie?' 
===== " = ' ^ - 3 =^ 

CONSULTATION LXL 

Tour des attaques d’épilep/îe. 

L A perte delà parolej’embarràs'ou con- 
fufîoiT.desrdées Je ferrement ou conf- 
_> tridHon des parties voifines de la gorge,les 
agitations ou mouvement involontaires 
qui fe paflent dans les bras & Sans les 
jambes, &. enfin la falivatiom abondant- 
te dont Monfîeur a déjà efftiyé plufieurs 
attaques $c pendant la. nuit & pendant le 
jour , portent le caraéfcere des vapeurs 
eonvulfives 3 & l’on doit naturellement, 
les rapporter à la fécherefîè , k- lepailfif- 
ièment-, & à l’acrimonie de la mafle-du 
iàng, & à un-vice organique furvena; 
dans les vaifTeaux du--cerveau. 

L’état des liqueurs que'l’on vient d’é¬ 
tablir a d’abord été une fuite- du tempé¬ 
rament vif & mélancfroiique de Mon-* 
fieur , mais il a été de plus annoncé preT 
que dès ^enfance par un dévoiement ou 
- cours de ventre , qui étoit devenu, beau¬ 
coup plus confidérabîe pendant les cinq 
dernieres anpées qui ont devancé le com-- 
Mmcemeiit des. attaques conyulûves*- 





B E M E 15“ g C I H F Ï 7 f 

Le cours de ventre opinâtre auquel - 
Monfieur a été fojet , foppofe un défor- 
dre dans les digeftions qui porte avec lui 
quelque chofe d’hérédkaire , puilque le 
pere du malade & fa-famille ont l’eftomac 
mauvais, de forte que , félon toutes ap¬ 
parences le couloir du foc gaftrique, $t 
des différentes efpeces- de lymphe qui fo 
fopârent dans. les inteftins, s’eft trouvé 
foible Jk propre à laifîèr palier des ma¬ 
tières pus vifqueufès &' acrimonieufes- 
tout enfemhle , comme le ténefme qui 
s’eft toujours fait fentir à la fin du cours- 
de ventre, & les. légers-embarras du foie 
ne permettent pas- d en douter. 

La vie appliquée,& les occupations peur 
meforées. de Monfieur , dans fon comp- 
toir,ont beaucoup contribué à augmenter 
les difpofitions-héréditaires qui ont occa- 
jfionné & entretenu le dérangement des= 
digeftions ; & la fofpenfion du cours de 
ventre depuis le mois de janvier dernier 
a donné lieu au mélange d’une plus gran¬ 
de quantité de crudités dans la malle du 
Jàng , & a retranché en même tems la 
dépuration qui fe paftoit à la faveur d e 
la diarrhée : aini ces deux circonftances 
jointes enftmble ont déterminé les atta¬ 
ques de vapeurs couYuifwss deux- mois 



3"4 Consultations choisies- 

après ou environ. Ce fait femble demo# 
tré parce que un nouveau retour dé cours,, 
de ventre a,fait di’fparoître , ou fufpen^ 
du,.pendant fa durées lès accès ouparo- 
xy fines des vapeurs. 

L’impreffion qu’ont reçue les vaifleaus- 
•du cerveau eft prouvée par la pefanteur, 

& les maux de tête , qui précèdent, ou 
fuiventdes attaques, par la foibleffe quel¬ 
les lalflent après avoir, fini, maj&fuc-toute, 
par le vertige & la maüvaife odeur qui 
ont accompagné ou précédé, les vapeurs- 
eonvulfives. 

Pour prévenir lès fuites dé l’état pré— 
fent de-Monfieur, l’on doit-avoir en vue 
. de redrelier les digeftions , de porter une 
divifion douce & ménagée dans la malle, 
du fàng , d’en diminuer l’acrimonie qui 
a pris, le défias, de la faire rouler avec 
* liberté dans les vaifieaux du cerveau , èi 
de redonner au genre nerveux la. fouplef- 
fè qu’il a perdue. 0n fe flatte que les in* 
dications feront remplies par ie moïen- 
des remèdes fuivans. 

Monfieur étant arrivé cHez lui , & s’y 
étant repofé-deux: ou trois jours, com¬ 
mencera par fe faire faîgner du pied , & 
vingt-quatre ou trente heures après on- 
mtérera. ceue. faigpée-ce l’autre pied 



I? E M £ S Ï'CnfEi $755 
purgeant le furlendemain de cette fecon» 
de.faignée.avec cette médecins.. 

P' V RG A T: LO Nî- 

Prenez., une once de tamarins ;- une ’ 
< dfagme de rhubarbe concaflee; fleurs de 
mauve & dé pêcher 5 de chacunes deux? 
pincées : .faites bouillir dans l’eau de fon¬ 
taine jufqu’à ce qu’il relie une livre de 
colature , dans laquelle vous difloudrez - 
une once & demie ou deux onces de man~ 
ne de Calabre , & une once de fyrop de 
chicorée compofé.Faites unepotion pousr 
dëux^doiès , qui feront prifes le matin # , 
laiffant entre elles dqux heures d’inter vaL- 
le. 

Pendant lès fix matins fuivans , Mon- 
feur prendra le demi-bain domeftique tiè¬ 
de,ou il demeurera une heure chaque fois*., 
avalant à la fortie un bouillon fait avec un. 
morceau de maigre deveamunedragme de 
racine de valériane fauvage concaflée , 
quatre fcrupules de celle de pivoine mâle 
suffi concaffée 3 jdeux écreviflis de riviere 
.étouffées dans l’eau chaude. & écrafëes 
dans un mortier, une pincée des feuilles 
de cerfeuil , & autant de fommicés de 
menthe. On jettera dans le pot fur la fin 



3?6 Consultations choisie? 
de la codion une dixaine de cloporte? 
lavés Se étouffes dans le vinblanc. 

Monfieur, s’étant repofé pendant deux 
/©u trois jours-, reviendra aux mêmes de- 
mi-bains , & aux mêmes bouillons peœ* 
idant fix nouveaux matins , aïant la pré- 
caution de terminer ces- remèdes par: la 
médecine déjà confeillée. 

Immédiatement après Mbnffeur ufera, 
pendantdouze matins del’opiate ci-jointe, 
êc boira par-deffus chaque- dofe une oïl 
deux taffes d’infuüon des feuilles féches 
de- citçonelle préparée à la maniéré. ck& 
thé;. 

O P 1 A T É. 

Prenez conferves de kynorthodoïî? 
êc d enula campana-, de chacune deux 
dragmes & demie ; poudre de guttete 
& antimoine diaphorétique_, de chacun 
deux dragtnes y racines de valériane en 
poudre , 8c cloportes préparés , de cha¬ 
cunes quatre fcrupules ; extrait de: geniè¬ 
vre & «de rhubarbe de chàctmane drag- 
me , cinnabre d'antimoine un fcrupule^ 
faites avec le fyrop de pivoine une opia- 
se, qui ffra partagée en douze prifes éga¬ 
les. 

Monffeux boira enfuîte pendant üs. 



nf MEDECINS. _ 7 

matins un grand verre de petit-lait qu 1 on 
tirera du lait de vache caillé le foir avec 
la préfure ordinaire , & qu’on féparera 
de Ton fromage, en le laiflant égoutter 
pendant la nuit à travers un linge pour 
le clarifier le matin avec le blaiic dœ&f.. 
On y jettera pendant cette clarification.' 
huit cloportes lavés & étouffés dans le 
vin blanc, une pincée des fommités fé- 
ches. & fleuries de germaudrée , ou petit 
chêne, auxquelles on donnera une ébulli¬ 
tion de quelque minute avec le blanc d’œuf, 
y éteignant en même tems fin morceau 
de brique rougi au feu*. On dHlbudra dans. 
le petit-lait coulé un peu de fucre roïal* 
& après ces fix- prifies Monfiêur repren¬ 
dra pendant fix autres matins la même 
opiate avec i’infafion- de citranelle 3 vC 
fs repurgera apres ce terme. 

Suppofé que le petit lait ait bien paflr,, 
Monfiêur recommencera fon ufage , êL 
le continuera pendant douze matins „ 
©bfervant d’y faire éteindre le morceau 
de brique rougi au feu, 8c les autres cir— 
confiances déjà prefcrites. On aura, te- 
cours au purgatif ordinaire à fa fin; 

Mais fi au contraire le petit-lait n’a-- 
voit pas réuflï , on lui fubftitueroit 1er 
bouillon coafeillé ci-deiTus pendant & 



37§ ' Consultations choisies 
matins, & la même opiate avec l’infufio£ 
de méliiïe pareillement durant fix nou¬ 
veaux matins ,.fe fervant du purgatif à la 
fin. 

Monteur paflèra fon hiver en ufant 
pendant une femaine du fafran de mars' 
apéritif préparé à. la rofée du mois de 
mai, à la dofede fept à huit grains dans 
la première cuillerée de foupe à l'heure de 
fon dîner. î! fe repofera enfaite pendant 
une autre femaine pour avaler pendant 
Ja fuivante chaque matin-un Bol fait avec 
dix-huit grains de poudre de guttete quW 
incorporera avec quelques gouttes de 
fyrop de capillaire , beuvant par def- 
fus une ou deux rafles d’infufion de 
feuilles fêches de citronelle, ou de fleurs- 
de muguet » onde tilleul, au fil féches & 
infufées à la manière du thé. Monfieur 
continuera ces mêmes alternatives ou dut 
fafran de mars,-.ou du boiavee l'infufîoR, 
durant tout l hiver , fe repolant comme 
il a été. dit après avoir- fini chaque remé* 
de. 

Ile printem s prochain on aura recours 
à la faignée du pied & à la purgation , 
Bt d'abord après Monfieur reprendra les ; 
memes bouillons pendant dix matins 
an fui te l’opiare. avec, lïnfufion de. citron- 



î>i M ï D i e t ü L ?75>, 
ïreîle , & enfin le petit-lait avec les pré¬ 
cautions déjà prefc rites pour le premier 
ufage de ces remèdes. 

Mais fi le petit-lait n’avoit. pas pafle 5 , 
on fubftitueroit pendant une vingtaine 
de jours- un bouillon fait avec une mor¬ 
ceau de collet de moutonne fang,le foie, 
le coeur, 8c la chair.dune tortue dune 
groffeur raisonnable, une dragme de fe- 
mences de pivoine mâle enfermée dans 
un nouer, une pincée des feuilles de cer¬ 
feuil,. & une pincée des. fommités de 
menthe , terminant les- bouillons par la 
médecine-ordinaire». 

Gn ne propofe pas le lait d’ânefie, pafir 
ce que l’on croit devoir attendre qu’on 
donne avis au printems prochain de l’é¬ 
tat de M'onfieur , & de l’effet des difiré- 
rens remèdes mais principalement du. 
petit-lait, pour fçavoir s’il eft permis de 
recourir au lait d’ànefie. 

Il eft abfolument néceffaire que Mon— 
fieur obferve un exaét régime de vivre , 
qu’il abandonne pour quelque tems les- 
occupations pénibles de toute efpéce, 8ç 
iùr-tout celles qui demandent.de la con¬ 
tention d’efprir.. Il fe nourrira avec des 
potages à la viande, du bouilli & du rôti» . 
B.slabftiendra.. des ragoûts, delafkiture^ 



jjSo Consultations choisie* 
de la pâtilFerie,dès falades,des fruits cru Jï, 
des légumes, & de tous les alimens de- 
haut goût, grolîierSjmdigeftes, ouéchauf- 
fans. Il Coupera très-frugalement, & boi¬ 
ra très-peu de vin,& extrêmement trempé. 

Délibéré à Montpellier le rr.août 1744. 
Signé , Montagne, 

CONSULTATION LXIi 

Sur ajjsüion hyftêriqus'. 

L Es accidens- dont Madame étoit atta¬ 
quée eii arrivant en cette ville du- 
roient depuis plusieurs années ., & avoient 
réfî-fté à une grande quantité de remèdes 
quelle avoir pris de toutes fortes de per- 
fonnes pour fuivre fou empreiîement, à 
recevoir du foulagemenr. On crut après 
l’avoir exactement examinée qu’011 de¬ 
voir principalement s’attacher à bien cou- 
flokre là maladie,qui paroifiait très-com¬ 
pliquée, & dont le véritable caraClere fem- 
bloitun peu équivoque. Après les, réfle¬ 
xions convenables , on fut convaincu que 
les difFérens accidens qui fubfiftoient 
pour-lors pouvoient fe réduire à des dou- 
leiîxsLde tête plus ©u moins violentes x Su 




»E Medicisi 3^ï 
accompagnées de tintement d’oreilles ; à 
des maux d’eftomac habituels qui i obii- 
geoient à manger plu heurs fois durant le 
jour, •& même pendant la nuit, fans-obfer- 
'Ver aucune régie entre les repas -, à des 
rapports très-incommodes & qui tour¬ 
noient fur l’aigre $ à une chaleur & fé- 
eherefle de poitrine avec une toux inquié¬ 
tante-, à des feux dans les entrailles , 8c 
.aux reins ; à des palpitations de cœur ; à 
des douleurs rhumatiques dans différen¬ 
tes parties i à des pertes blanches <jui ne 
difparoifient qu’à l’arrivée des rouges ; à 
un iên.timent de froid très» violent dans 
les extrémités inférieures , à une infom- 
nie très-défagréable j & enfin à une gran¬ 
de maigreur avec une foibleffe générale. 

Toutesces incommodités étaient jointes 
à une grande trifteffe, à un dégoût pour la 
foclété, & pour la vie , à un penchant ex - 
trême pour la fblirude & la retraite , à 
une crainte continuelle de tomber dans 
Une maladie fuivie d’une mort prompte, 
ou qui tiendroit de l’incurabilité, à un 
éloignement elfentîel pour tout ce qui 
pourroit lui fournir des motifs d’une ef- 
pérance flatteufe ; & enfin à une confier- 
nation qui rendort inutile tous les ef¬ 
forts de la raiforn 



fSi Consultations choisies 

Tant de fymptomes bizarres & complL 
qués ne permirent pas de méconnoîcre la 
maladie pour laquelle Madame deman- 
doit du fecouts& le Gonieil afleœblé 
décida qu’on devoir la regarder comme 
.une affedion mélancholique , ou vapo- 
-reufe 8c hyffcerique , qui avoir fait des 
progrès très confidérables, 8c dont la gué-. 
arifon 1er oit difficile. . 

Le même Conreil jugea que tous les 
accidens, dont on a donné le détail, mal¬ 
gré leur multiplicité & leur bizarrerie, 
dévoient être rapportés! deux cauiesgé¬ 
nérales , 8c qui leur croient communes j 
c’eft-a dire à îepailMèment & à la fau- 
mure de la mafle du ffing , 8c à la rrop 
grande élafticiré ou tenfion Ipafmodique 
du genre nerveux. 

Les chagrins extrêmement vifs 8c re¬ 
doublés que Madame avoir effiuiés pen¬ 
dant plusieurs années , & la contrainte 
■continuelle quelle s’étoit faite pour ca¬ 
cher fa lituation , avoient portés des im- 
prefTons très-fortes fur les organes des 
digeftions,& fur les différentes parties qui 
entretiennent les fondions les plus nécef- 
faires à la vie ; de forte que le fangtomba 
dans un état d’épaiffifîement & de faumu- 
refont les liqueurs digeilives fc refleuri- 



©E M£©ï CINE. ^%\ 

d’une manière plus marquée. Le mé¬ 
lange d’un chyle mai.travaillé dans la ruade 
dulàng pendant plufieurs années, en aug¬ 
menta le délordre de jour en jour.. Il Te 
communiqua aulS à tout le fyftême des 
iblldes , & principalement au genre ner¬ 
veux , dont la fenfibilité fit de grands 
.progrès. Le couloir utérin ne fut pas à. 
l'abri des changemens vicieux furvenus 
dans les liqueurs, comme les pertes blan¬ 
ches habituelles ne permettent pas d’en 
douter. L’amour de la vie & la crainte 
d’une mort prochaine fe faifîrent de l’efi- 
prit de la malade, ôc la jetterent, à indu¬ 
ré que les aeddens fè renforçoient, dans 
une triftefiè & une mélancholie auxquel¬ 
les Madame éroit entièrement livrée. 

Pour fuivre les régies de la bonne pra-' 
tique dans le traitement des accidens 
4 ont Madame étoit fatiguée, on convint 
.qu’on devoir fe propofer de re&ifier les 
digeftions, de procurer une divifion dou¬ 
ce & ménagée à la maflè du fang , d’en 
-corriger la iaumure qui avoir pris ledef- 
fus, de relâcher & d’aflouplir le fyftêmç 
.des folides , Ôc de modérer la force & la 
vivacité des ofciHâtions du genre ner¬ 
veux. Pour remplir ces indications a on 
;fe fervic de plufieurs remedes » donc oa 



5$4 Consultations choisies 
Ce contentera de décrire certains en géné¬ 
ral , pour donner un détail exadt de cer¬ 
tains autres qui ont le mieux réulîî, & 
dont on pourra faire ufage dans la fuite. 

Quoique les faignées neproduifentpas 
ordinairement des effets fort brillans, on 
fut d’avis d’en faire une du pied , & de 
recourir un ou deux jours après à une 
purgation. On confeilla des bouillons faits 
avec le maigre de veau , une couple d’é- 
crevifies, quelques plantes ftomachiques, 
êc les cloportes en vie. Après une fécon¬ 
dé médecine on eut recours à une opiate 
ftomachique & antifpafmodique, faifant 
boire par-deffus une infufioft de feuilles 
féches decitronelle préparée à la manié¬ 
ré du thé. Après -s’étre fervi de cette 
opiate pendant une douzaine de matins, 
on finit par le purgatif, qui fut fuivi d’une 
préparation de petit lait continué pendant 
une autre douzaine de matins ,•& termi- 
néeparla médecine ordinaire. 

On eflaia le lait d aneffe entier , qui pa¬ 
rut avoir quelques fuccès.Les eaux miné¬ 
rales acidulés ne furent pas négligées, 
mais on fut obligé de les quittér parce 
qu’elles ne pafïoient pas bien. 

On fe détermina à emploïer les bains, 
domeftiques pendant les grandes chqleurs. 


B* Me O* CI NE. ?S* 
£:on les continua pendant long-rems. On 
peut même affiner qu’ils firent beau» 
coup de bien à Madame , & qu’ils 
ont en quelque maniéré déterminé le bon 
effet des remedes-qui les ont fui vis. 
Quand Madame a paffé des nuits in- 
quietes, on a pris le parti de donner 
les caïmans le foir pendant quelques 
jours, mais fous differentes formes , c’eft- 
à-dire fous la forme d’émuifions quand 
l’infomnie a été accompagnée de chaleur, 
& fous celle de potion quand la chaleur 
n’a pas été de la partie & qu’il y a eu des 
maux d’eftomac. 

FORMULE DE L'EMULSION, 

Prenez une demi-once des quatre dé¬ 
mences froides majeures ; pilez-les dans 
le mortier de marbre, y verfent peu à 
peu autant d’eau d’orge qu’il en faut. Fai¬ 
tes bouillir légèrement la colature, & 
dîflblvez dans fix onces fix dragmes de fy- 
rop de capilaire , & trente ou trente cinq 
gouttes anodynes de Sydenham. Faites 
une émulfion qui fera donnée à l’heure 
du fommeil. 


Tome V. 


R 


3 85 Consultations choisies ' 
FORMULE de la potion ,, 

Prenez eaux de coquelicot & de méü£, 
fe fimple ,de chacune une once & demies 
poudre de guttete un fcrupule *, fyropde 
nénuphar une demi once -, teinture ,ano~ 
dyne de Sydenham trente ou trente cinq 
gouttes j faites un julep qui fera pris à 
l’heure du fommeil. 

Ces deux remedes ont ordinairement fait 
paifer de bonnes nuits , & on en a con¬ 
tinué l’ufage plus ou moins, fuivant la né- 
ceffité. 

L’automne étant arrivé, Madame prie 
le lait d’ânelfe entier , & ne le quitta que 
vers le mois de décembre. On avoit foin 
de mêler avec chaque prife deux cuille¬ 
rées delà fecondeeau de chaux. Le pur¬ 
gatif avoir précédé, & fuivi tubage de ce 
lait. 

Dans le printems paffé, Madame a 
ufé des bouillons de tortue , auxquels on 
ajoutoit une couple d’écreviflès, les feuil¬ 
les de chicorée amere & de creflfon de 
fontaine ; & en fuite on a employé le lait 
de chèvre, à qui, n’aïant pas bien réufli., 
on fubftitua le lait d aneflè avec l’addition 
de l’eau de chaux à chaque dofe. Durant 



B ï M E » ICI K H. 387 
des chaleurs de l’été Madame a pris le bain 
domeftique , & elle vient actuellement de 
'boire pendant une douzaine de jours les 
bouillons de tortue. On a eu foin d’entre¬ 
mêler le purgatif dans le cours de ces 
remedes. 

Madame devant partir inceflamment, 
fufpendra toutes fortes de remedes juf- 
qu’aptès fbn arrivée chez elle ; & , après 
s’y être repofée le tems convenable , on 
la purgera avec cette médecine } qui a en 
un bon fuccès dans ce païs-ci. 

' V V R G A T 1 O N. 

Prenez fix dragmes de tamarins ; rhu¬ 
barbe concaflëe une dragme ; fleurs de 
violettes & de pêcher de chacunes deux 
pincées : faites bouillir dans l’eau de fon¬ 
taine jufqu’à ce qu’il refte flx onces de li¬ 
queur , où vous ferez infufer deux drag¬ 
mes de fénémondé: vousdifloudrez dans 
la colature une once & demie de manne 
■choifie, & une once de fyrop de fleurs de 
pêcher.Faites une potion qui fera prife le 
matin avec le régime convenable. 

Madame pourra enfuke prendre pen¬ 
dant cinq ou fix iemaines le lait d’anef- 
fe entier, à la dofe d’une écuellée cha- 
Ri) 


388 Consultations choisies 
que fois, avec la précaution d’y ajoute* 
deux cuillerées de la fécondé eau de 
phaux. Elle terminera l’ufage de ce lait 
par le même purgatif. 

.Si,elle tomboit dans des infom : nies,ou des 
inquiétudes qui les lui procuraflènt , elle 
aura recours le foir en fe couchant à 1 e- 
mulfion dont on a donné la formule ci,, 
deftus ^ fi elle fe font échauffée ; ou à la 
potion li elle ne fe font point de chaleur. 
On pourroit augmenter la dofedes goût- 
tes anodynes , fi celle qu’on a fixée nç 
calmoit pas allez. Cette augmentation fo 
fera de cinq en cinq gouttes chaque fois, 
continuant l’un ou l’autre de ces remedes 
fuivant le befoin. 

, Pendant l’hyver Madame peut ufor du 
iaip de vache coupé avec le thé le matin 
pour fon déjeûner , & manger le foir à 
Ion fouper une foupe ou un ris au lait de 
vache de cems en teras. Si on juge qu'elr 
le ait befoin d’être purgée , on fo forvira 
de la médecine preforite ci-deflus. 

Il eft abfolument nécelTaire que. Ma¬ 
dame obferve un bon régime de vivre, & 
qu’elle fe réduife à faire deux repas par 
jour, ç’eft-à dire qu’elle dîne &c quelle 
foupe ; mais on l’exhorte d’obferver la fru¬ 
galité à fon fouper. Elle fe nourrira avec 


D t M E D É C r N’ t. 3 

des potages à la viande , du bouilli & du 
rôti, sabftenant des ragoûts, des entre¬ 
mets y des faîades , des fruits cruds, des 
légumes, & de tous les alimens grollîers, 
ïndigeftes , ou écliaufïàns. L’ufage du caf- 
fé Ôc du chocolat a paru lui être nuifible, 
aiüfielle s’én abftiendra ; mais Madame 
aura loin de fe diftraire par la promena¬ 
de à pied ou en voiture, par la fréquenta- 
tiondu fpe£tacle’& des compagnies où el¬ 
le pourra s’amufer gracieufement , & 
par toutes fortes d’occupations qui puif- 
..lent éloigner les retours de fes anciennes^ 
idées trilles 5 & de fon penchant à la mé- 
îancholie.” 

Délibéré à Montpellier , ce %août 
*744. Jignè 3 Montagne. 


39 ° Consultations choisi is 


CONSULTATION LXIII. 

Sur uni colique rénale compliquée avec des 
mouvemens épileptiques. Le malade de plus 
efl attaqué de la colique quon nomme co- 
lica pidonum. 

I L eft confiant par la- relation dreffée 
par Monfieur le Médecin ordinaire que. 
le jeune malade , âgé présentement de 
douze ans , efl fujet depuis l’age de trois 
ou quatre ans à une colique rénale , qui, 
après avoir laiffé pendant plafieurs an¬ 
nées des. intervalles confidérables , sefi: 
rendue très-fréquente depuis une année 
ou environ ; fes retours arrivant chaque 
fèmaine , & depuis fept ou huit jours une 
ou deux fois par jour dans les vingt-qua* 
tre heures , fi l’on compte du jour que la 
relation a été écrite. 

Cette maladie fut fuivie ou précédée 
dans le tems de fa première époque par 
trois accidens d’une afFedion convulfive, 
qui % après une longue trêve , a reparu 
dans cinq ou fix occafions , pendant le 
cours de cette derniere. année , & a fui- 
vi régulièrement les derniers accès de co* 



B ï M I' D I C I N E. 39Î 
Bque devenus journaliers , ou fixés en 
quelque maniéré k une ou deux fois par : 
jour, puifque Ton a remarqué des mouve- 
mens convulfifs dans les extrémités fut 
périeures inférieures , & dans pref- 
que toutes les parties du corps , les at¬ 
taques de la colique étant terminées. 

Dans l’examen qui a été Fait de l’état 
des urines depuis plufieürs années , on a 
obfervé qu’elles étoient tantôt rouges & 
tantôt noires ; qu’on y diftinguoit des 
flocons de fang lorfqu’elles. étoient colo¬ 
rées en rouge , & qu’on leur avoir don¬ 
né le tems de fe repofer ; & quenfin les 
urines qui ferobloient les plus naturelles 
dépofoient un fédiment plâtreux -, mais 
t-rès-leger-, fe corrompant très facilement, 
mais fur tout dans les circonftances où el¬ 
les étoient noires- ou obfcures. 

Il eft enfin confiant que dans les der¬ 
niers accès de convulfions le malade s’eft 
plaint d’un grand mal de tête & d’une 
grande douleur dans la région lombaire 
du côré droit durant le paroxyfme de la 
colique & des mouvemens convulfifs. Ces 
derniers accidcns s’étendent dans le bas- 
ventre, & y occafiontient une fenfibilité 
qui fe fait appercevoir , furtout en pal¬ 
pant ces parties. La douleur dans la ré- 


$9 z Consultations choisies 

gion lombaire fubfifte après les paroxyft 
mes fous le cara&ere d’une pefanteur ha¬ 
bituelle , & fixée au coté droit. Tous ces 
différais fymptômes ont eu leurs retours 
jufqu’ici fans aucun mouvement de fiè¬ 
vre. 

Le Confeil affèmblé a examiné avee 
beaucoup d’attention les accidens énon¬ 
cés ci-delfus , & il croit que l’on doit 
regarder la maladie dont if eft ici quef- 
îion comme très-délicate, & comme com¬ 
pliquée d’une colique rénale , à laquelle 
s’eft jointe une colique inteftinale ôc con- 
vulfîve tout enfemble. 

Si l’on a égard aux floccons de fang 
que l’on remarque dans; les urines en les 
mettant dans un verre , il eft naturel de 
penfer qu’il y a un vice particulier dans 
le rein droit , &, félon toutes les appa* 
rences, un corps étranger- d’une figureir- 
réguliere qui occafionne le mélange du 
fang avec les urines. 

Les attaques convulfives arrivées dès le 
commencement de la colique rénale, c’eft- 
à-dire vers f âge de trois ou quatre ans , 
ont été la fuite de quelque défordredans 
les. vaiffèaux du cerveau,dont on doit con¬ 
clure la continuation-par le renouvelle* 
ment des mouvemens convulfifs;, & pas 



B! MlD!C!lfI. î93 

la douleur de tête qui accompagnent leur 
attaque. 

La maigreur du jeune malade, & la 
couleur plombée de Ion vifàge doivent 
être regardées comme les productions 
d’un lang.épais, & en même-tem's acrimo¬ 
nieux , & dépourvu de fa férofité. De 
ces faits & de la foibleffe du cerveau dé¬ 
montrée dès la tendre enfance , & enfiiv 
du vice organique qu’on a. lieu de con¬ 
jecturer dans le tiiTu du rein droit , on 
déduira très-fimplement les accidens bi¬ 
zarres dont le jeune malade a été fati¬ 
gué depuis la troifiémeou quatrième an¬ 
née de fon âge. La fympathie des nerfs 
qui fe diftribuent dans le bas-ventre don¬ 
ne des moyens très-méchaniques pour 
cette explication & le caraCtere pério¬ 
dique de la maladie fuppofe. un foyer- 
particulier qui fournit de tems en tems* 
& qu’on ne fçauroit raifonnablemenc 
établir que dans les premières voies. 

Pour tirer tout le parti pofïble de l’é¬ 
tat préfent du jeune Monfîeur ,on doit fe- 
propofer de redifier les digeftïoas ,de 
rendre la maffe du fàngp.lus fluide & plus 
coulante , de lui fournir le baume & la 
détrempe qui lui manquent, de la,faire 
îquIse, avec liberté, & dans le cerveau 

K :w 


3CONSULTATIONS CHOISIES 
& dans le rein droit, & de corriger îe 
vice organique qu’on a droit de foupçon- 
ner dans ces parties. On Ce flatte que ces 
indications feront remplies par lé moï'en 
des remedes fuivans , autant que la na¬ 
ture de là maladie & fes progrès peuvent 
le permettre. 

On pourra commencer par une peti¬ 
te faignée du bras , obfervant de la faire 
hors des paroxyfmes, & le lendemain ou 
le furlendemain 9 choifîflant toujours le 
tems libre, on purgera fuivant cette 
formule» 

T V R G A T / O -N, 

Prenez flxdragmes de pulpe de tama¬ 
rins 5 moelle de caffe récemment ex- 
traitej & non mondée de fes noïaux, deux 
onces j fleurs de pêcher deux pincées •, fel 
d’Epfom deux fcrupules j faites bouillir 
dans l’eau de fontaine ,& diflbudre dans 
la liqueur réduite à fix onces , après l’a¬ 
voir preflee 9 une once & demie on deux 
onces de manne de Calabre j faites une 
potion qui fera prife le matin avec le ré¬ 
gime convenable» 

On pourra faire prendre en trois dif¬ 
ferentes fois, hors duparoxyfme_ 3 & me- 



DE MEDECINE. 39 J 

me pendant le paroxyfme , la potiomfui- 
vante , dont on continuera l’ufage pen¬ 
dant tout le tems que les attaques per- 
fifteront avec opiniâtreté. 

J V L E P. 

Prenez eati de mélilfe fimple trois on¬ 
ces ; diffolvez-y un fcrupule de poudre 
de guttete , douze grains de fuccin blanc 
préparé ; huile d’amandes douces, & fy- 
rop de limon, de chacun une demi-on-* 
ce , teinture anodyne de Sydenham 
quinze gouttes j faites une potion qui fer 
ra prife en trois fois. 

On pourra dans la fuite augmenter la 
quantité du calmant, fi on le juge né- 
eelfaire, ou donner la potion en deux 
fois au lieu de trois. On retrancheroit mê¬ 
me le calmant , fi fôn ufage ne paroif- 
foit pas favorable, fe fervant d’ailleurs au 
relie de la potion j on pourroit enfin l’em¬ 
ployer tantôt fimple & fans narcotique, 
& tantôt dans fa compofition entière. Ce 
feraà'Monfieur le Médecin ordinaire de 
régler ces modifications. 

Immédiatement après on donnera' le 
matin , ou à une autre heure commode, 
& hors du paroxyfme, pendant fix jours 
R vj 


3 ç)é Consultations choisies 
au jeun'e malade le demi-bain domeffiquc 
tiède j ou ?1 demeurera une heure chaque 
fois & il avalera à la fortie un bouillon 
fait avec un morceau =de maigre de veau-^ 
ou de collet de mout&mune dragme de ra¬ 
cine de pivoine mâle concaflee, deuxécre- 
viffes de riviere étouffées dans l’eau chau- 
de.& écrafées dans un mortier, mie demi- 
poignée de feuilles de chicorée.amere , 8 c 
une pincée de fleurs de tilleul ou de petit 
muguet. 

Ayant laiffe repofer Monfeur pendant 
deux ou trois jours oit reviendra au demi” 
Hafn & au même bouillon durant flx au¬ 
tres jours avec la précaution de réitérer la 
même' médecine à la fin, & de recou¬ 
rir à Tufage dè la pction confefilee ei- 
dëfltis, en exécutant ces remeder, flla-né- 
ceffité l’éxige. 

On fera enfuite prendre à Monfieur 
pendantune dixaine de mâtins un bol fait 
avec quinze grains dé poudre de guttete 
& huit grains de cachou brut réduit en 
poudre a qu’on incorporera avec quelques 
gouttes dè fyrop de capillaire pour for¬ 
mer le bol.Il boira par-deflus un grand ver¬ 
re de petît-iait qu on tirera du lait de chè¬ 
vre ou de vache caillé lé-foir avec la pré- 
fure ordinaire ; Si qu’on féparera de fou 


| 



BS Mis-ECIN!, Ï9T 

fromage, en le laiflant égoutter pendais: 
la nuit à travers un linge pour le clarifier 
le matin avec le blanc d’œuf, y éteignant 
en même tems un morceau de brique 
rougi au feu. On dÜToudra dans le petit— 
lait coulé un peu de fucre. roïal & on.fi¬ 
nira par le purgatif. 

Suppofé que le petit-lairait bien paie 
on aura recoura d’abord après,au lait d â- 
neflè entier qu’om donnera le matin, & 
qu’on continuera pendant une couple de: 
mois, fi l'effomac du malade sien accom¬ 
mode , commençant - par un grand verre , 
& montant - peu à peu jufqu’à la quantité 
d’une écuellée médiocre. On pourra mê¬ 
ler avec chaque prife- une-cuillerée oit 
une cuillerée & demie de la fécondé eau 
de chaux, 8c on ajoutera, d’abord de deux 
en deux, 5c enfuite de trois en trois jours y 
à la première cuillerée de. ce lait- une 
poudre faite avec douze grains de corail- 
îouge préparé^ huit grains de cachou 
brut-réduit en poudre , & autant de pon¬ 
dre de guttete. On ■ repurgera àda fin du 
lait, êcmême au milieu , fi on le juge à 
propos. 

/. Si le. lait de marin avoir bien- paflé pen¬ 
dant douze ou quinze jours , on en feroit 
prendre une feconde prife le loir à l’heu- 
üe du coudicr. 


3 98 Consultations choisies 

Mais fuppofé que le laie d’âneflè ne: 
réuffîftèpas , on reviendroit aux mêmes 
bouillons pendant une dixaine de matins -, 
&, les aïant terminés par le purgatif, on 
feroit reprendre la même préparation de 
petit-lait & le même bol pendant douze 
©u quinze matins avec 1 la précaution de 
repurger à la fin.' 

Il paroit inutile de propofer une plus 
grande fuite de remedes ; mais on pourra 
donner avis dé l’effèt qu’auront produit , 
ceux que Ion vient de propofer , & l’on 
verra par les éclaircilîe'mens reçus le par¬ 
ti qu’on devra prendre»,. 

On pafie fous lîlence le régime de vivre ÿ 
parce que Monfieur le Médecin ordinaire: 
voyant journellement le malade pourra 
le prefaire plus à propos, & s’acccom- 
moder aux differentes variations dont 
la maladie eft fufceptible , 5 c qu’il n’eft 
pas permis de prévoir. On croît au refte 
que les caïmans ménagés à propos con- 
viennent, & pendant les douleurs de co¬ 
lique rénale s & pendant les accès de la 
convulfive. 

Délibéré à Montpellier ce iy- aou£ 
J744. Signé } M ont a g n i 4j 


J>-F 


M i D E C I K 2. 


09 


CO N S U L T ATI O N LXIV. 

Sur une dartre répanduefur tout le cerfs, & 
un rhumaûfme genteux. 

L À dartre qui parut au côté de la tête; 1 

il y a environ dix-neuf ans , & qui » 
par les grands progrès qu’elle a faits de¬ 
puis, s’eft étendue dans prefque toutes les 
parties du corps , eii y formant des croû¬ 
tes blanches & fort épaifles, doit être re¬ 
gardée comme la production de la lym-• 
phe cutanée devenue extrêmement grof- 
fiere & acrimonieufe, & en même tems 
propreà s’arrêter dans fes couloirs, où 
elle a caufé des ulcères qui ont brûlé la 
furpeau avec la peau , <k pris la tournu¬ 
re de dartre croûteufe. 

Le Rhumatifme gouteux , véritable¬ 
ment poftérieur au développement de la 
dartre , mais dont Monfieur a eifuyé des 
attaques très-fâcheufes , doit être rappor¬ 
té à la conftitution. grofîiere & acrimo¬ 
nieufe toute enfemble de la lymphe ,qui 
fe lépare dans les glandes mucilagineu- 
fes des articulations & des parties tendi- 
neufes , & qui aïaiit engagé fes couloirs 




4oo- Consultations chgisïes 
â produit une difpofition phlogiftiqrre* 
dans les parties où cet embarras s’eff 
formé j &c donné-, lien au gonflement 
Sc aux douleurs qui ont accompagnéie 
rhumâtifme. 

L'opprefiîon que' Mon fient fouffrev. 
pour peu qu’il fatigue, & les rhumes? 
fréquens auxquels il eft fujet dans l’hy» 
ver j avec une toux plus ou moins in¬ 
commode y 8c enfin le crachement de 
fâng qui s’eft mis de là partie dans certains 
cas, fuppofent des concrétions lymphati¬ 
ques ou tuberculeufes dans le tiflii des 
poumons-, qui font auffi une fuite du dé- 
ibrdfe de la lymphe trachéale & pulmo¬ 
naire. 

De ces faits if eibaifé dé conclure que* 
îâ portion blanche du iang de Monfieur 
eft affèdée d’une maniéré particulière, ês 
que la groffiereté & l’acrimonie qui y do-' 
minent font inféparables de celle de tou¬ 
te la maflè du faog , comme le tempé¬ 
rament plein d’ardeur &dé feu du ma» 
lade le prouvent évidemment. 

Les fatigues de la chah?, & fintempé^ 
rance dans les- pîaifirs de la table, mais 
fur-tout dans là ' boîflon , ont beaucoup 
contribué à développer & à augmenter de 
plus en plus l’état vicieux dé-la mafie à» 


de 'Med e c rur. 40^ 

ferrg que Monfieur avoic apporté en ve¬ 
nant au monde. 

Pour tirer tout le parti poffible de la 
dartre & du rhumatifme gouceux qui 
font le fujet de cette Confultation , 011 
doit fe propofèr de mettre les digeftions 
en régie ; de procurer une divifion douce 
êc ménagée à la mafle dV fang ; d’en cor¬ 
riger l’acrimonie qui a pris le: défias î de 
déterger y êc de faire tomber les croûtes 
dartreufes ; ôc enfin- de prévenir de nou¬ 
velles éruptions de‘leur part, & d’em¬ 
pêcher le retour des attaques du rhuma¬ 
tifme gouteux. On efpere que ces indi¬ 
cations feront remplies par le fecours des 
remèdes fuivans, autant qu’il efl per¬ 
mis de s’en flatter, eu égard à l’anciemre- 
té & à la nature des deux maladies donc 
il eft ici queftiom - ' 

Monfieur étant arrivé chez lui, &rs’y 
étant repoféquelques jours, commencera 
par fe faire faigner du bras, & .ôn lui ti¬ 
rera fept ou huit onces de fang, réitérant 
la même faignée de i-autre bras trente 
heures aprè? , pour le purger le lendemain 
d'e cette fécondé làignée , avec deux pin¬ 
tes mefùre de Paris ou environ d’eaœ 
minérale de Vie, qu’on aura foin de fai¬ 
re tiédir ou dégourdir, en les buvant. Qm 


4©i Consultations choisies 
difloudra dans le premier verrre deux 
onces de manne en larmes ; & , fi Mon- 
ïîeur le vomifloic , il continueroit la boif- 
fon de ces eaux jufqu’à la fin de la quan¬ 
tité marquée, & on difîoudroit dans le 
dernier verre deux onces ou deux onces- 
& demie de fyrop de rofes folutife 

Immédiatement après Monfieur boira- 
pendant une .vingtaine de malins un bouil¬ 
lon fait avec un morceau.de' maigre , ou 
de mou de veau , la chair-, le foie, le 
fang , & le cœur d’une tortue d’une 
grofleur raifonnable, une once de racine 
de. lapathum acutum, & une petite poig¬ 
née de feuilles de. chicorée blanche-On- 
jettera dans le pot fur la fin delà coc- 
tion une pincée de feuilles féches de lier¬ 
re terreftrè, .repurgeant à la fin avec la 
médecine confeillée ci-defius. 

Si on ne pouvoir point recouvrer de- 
tortue Js4 Monfieur uferoit pendant une 
douzaine .de matins d’un bouillon fait 
avec ma morceau de maigre , ou de 
mou de veau, les cuiflès d’une demie 
douzaine dé grenouilles , ' écorchées & 
écrafées, deux écrevHTes de riviere étouf¬ 
fées dans l’eau chaude , & écrafées dans- 
un mortier , & une poignée dé feuilles 
de.chicorée blanche., & une. dixaine.de. 


n I MEDECIN- E. 40 
cloportes lavés & étouffés dans le vin 
blanc, obfervant de recourir au même 
purgatif 

Pendant lés douze on quinze matins 
fuivans Moniteur prendra le bol ci- 
joint.. 

B O Z- 

Prenez antimoine diaphorétique • quin¬ 
ze grains, cloportes préparés, dix grains 
einnabre préparé phiiofophiquement un* 
grain ; faites un bol; avec le fyrop capil¬ 
laire. 

Moniteur avalera par-dèflus le bol 2 
chaque fois une écuellée de petit-lait qu’on, 
tirera du lait.de vache ou de chevre. caii- - 
lé le foir avec - là pré&re ordinaire , ôc 
qu’on féparera de fon fromage en le bif¬ 
fant égoutter pendant la nuit à travers un 
linge pour le clarifier le matin avec le 
blanc d’œuf. On y -jettera, pendant cette 
clarification huit cioportes,lavés & étouf¬ 
fes dans le vin blanc , auxquels on don¬ 
nera une ébullition de quelques minutes 
avec le blanc d’œuf, y éteignant en mê¬ 
me teins quelques morceaux de fer Touil¬ 
lés & rougis au feu. On diffôudra dans le 
petit lait coulé un peu de fucre roïal, & 
on finira par la ..même médecine... 


4°4 CONSULTATIONS CKfOISIÏS 

Monfieur boira enfuite le matin pen¬ 
dant une couple de mois le lait dânefle 
entier , à la dofe d’une écuellée, y mê¬ 
lant chaque fois deux cuillerées de fa fé¬ 
condé eau de chaux ; & , fi le lait du ma¬ 
tin a bien pafle pendant une dixaine de 
jours , il mangera le/oirà fon fouper un 
ris y ou une foupe au lait de vache. Il fe¬ 
ra purgé a la fin du lait comme il a été 
dit. 

Fendant lufage du lait Monfieur pren¬ 
dra trois fois la (emaine le foir en fe cou¬ 
chant le bol prefcrit çi-deflus , fi mieux 
il n’aime alternativement ufer auffi trois 
fois la femaîne dans la première cuillerée 
de foupe à l’heure de fon dîner du fafran 
de mars apéritif préparé a- la rofée du 
mois de mai, à la dofe de lept on huit 
grain s* 

Le printems procfiafn on réitérera la 
faignée du bras,& la purgation,pour com¬ 
mencer le Bouillon avec les écrevidés & 
îes grenouilles dont a parlé ci deflus , St 
<Fabord après le petit iaitavec le bol, s’en 
tenant aux précautions confeiîlées pour, 
lé premier ufage dé ces remèdes. 

Après ces préparations , on aura re¬ 
cours au lait de chèvre entier , que Mon¬ 
fieur prendra le matin à la dofe d’une- 


Dî MEDECINE.'.’. 405 
âcuellée jufqu’à l’arrivée des chaleurs , y 
mêlant chaque fois deux cuillerées de la 
fécondé eau de chaux. Le laie aïant bien 
réuffi pendant quelques jours, Monfieujr 
prendra le foir à. fon (ouper 3 ou une Lou¬ 
pe, ou un ris au même lait de çhévre;&:, 
(1 fon eflomac s’effc bien, accommodé du 
fait deux fois par jour , pendant dix ou 
douze jours , il fera nourri en avalant 
une écuellée de lait de chèvre entier le 
matin , en mangeant une Loupe à la vian¬ 
de , à l’heure du midi , avec une couple 
d’œufs frais & du pain , en buvant vers 
les quatre heures une écuellée de lait de 
chèvre légèrement décrêmé, 8 c en man¬ 
geant à fon Louper une Loupe , ou un fis 
au laie de chèvre , avec un morceau de 
paiu , ou quelques bifeuits. Pendant le 
rems du lait, on employera deux ou trois 
fois la femairie le bol déjà confeillé , à 
,l’heure du coucher , ou le fafran de mars 
à la même dofe , à l'heure du dîner. On 
recourra au purgatif au milieu , 8 c à la 
•fin de l’ufage du lait. 

Vers la fin de mai , ou le commen¬ 
cement de juin prochain, les préparations 
dont ojn vient de faire mention ayant 
.précédé j on pourra tenter des on&ions 
.avec la pommade iuiyaute j mais oa Le 


-4°"S Consultations choisies 
contentera de frotter d’abord une petite 
étendue des parties affe&ées ,c’eft-à-dire 
la moitié d’un bras, ou le tiers ou le quart 
d’une cuilTe. Cn examinera l'effet que 
produiront ces onétions ;-■& , fi on remar- 
-quoit qu’à mefureque les dartres fe diffi- 
peroient la poitrine étoit menacée, ou 
que le rhumatifme fe renouvellât , on 
abandonneroit abfolument les ondions. 

PO M M A D E. 

"Prenez ethiops minéral préparé avec le 
feu une demi-''nce; foufre vif deux drag- 
mes ; larmes de benjoin une dragme:- 
magiftere de Saturne deux dragmes & de- 
miejfaites avec le beurre frais, ou la pom¬ 
made de jafminiune pommade pour l'ufa- 
ge. Trois onces de beurre fuffiront. 

Monfieur doit garder un exad régime 
de vivre, s’il veut tirer parti de ces re¬ 
mèdes , èt fe nourrir hors le tems de la 
diette blanche preferite ci deffus , avec 
des Poupes à la viande, du bouilli & du 
rôti. Il s’abftiendra des ragoûts, des en¬ 
tremets-, de la pâtifferie, delà friture, des 
làlades , des fruits cruds., & de tous les 
alimens de haut goût., groffiers ,indigef 
tes , ouéchauffans. Il le privera du vin , . 


B £ M E D ï. C I N I. 407 
s’il lui eft poffible de le faire , au moins 
.durant L’ufage du lait, & dans les autres 
tems il le ,boira extrêmement .trempé.* 

. c'eft-à-dire un fixiéme ou feptiéme de vin 
; iur cinq ou fix parties d’eau, il le ména¬ 
gera atiüE beaucoup pour les exercices de 
la chaiïe 3 & il sien privera abfolument 
pendant les mauvais tems. 

Délibéré à Montpellier ce 28 août 
1744. Jigné M o n t a c k e. 


CONSUL T AT ION LXV. 

Sur des palpitations de cœur , des vapeurs 
: convdfives, des vertiges ; &c. 

E Confeii afîèmblé a la avec beau- 
JL-fCoup d’attention l’hiftoire de la mala¬ 
die qui a étéenvoyèe,&:il juge que les acci¬ 
se ns irréguliers dont Monfieur a été a : ta- 
quéprincipaletnent depuis.fa feiziéme an¬ 
née , ou environ , peuvent fe réduire à des 
^palpitations decœur 5 auxquelsil devint fu. 
jet dès-lors , ôc pour leique’les on em¬ 
ploya beaucoup de remèdes, Sc deux ac¬ 
cès de vapeurs çonvulfives , aocompag- 



4o§ Consultations choisies 
îié% de perte de connoiflànce, ôc de tout 
fentipent, donc l’un .arriva le treiziéme 
avril de l’annéee 1743 > & l’autre le quin¬ 
ziéme feptembre de la même année ■ à 
des tournoïemens 4e tête furvenus peu de, 
tems après le premier paroxyfme convul- 
Hf,avec des inquiétudes & des pîeursjà des 
étonnemens mêlés de veilles y ou d’une 
grande difficulté de prendre le fomœeil, 
de fo nges & d’idées lugubres , peu de 
rems après le fécond accès des vapeurs 
convulfives ,avec des attaques de palpita¬ 
tion , avec perte de mémoire 8c de con- 
noifîàace qui ont paru en dernier lieu ; à 
une diminution confidérable de l’embon¬ 
point , & un changement manifefte dans 
la couleur du vifage , malgré une foule de 
remèdes qui ont été mis en ufage depuis • 
plus de treize mois , & même, long-rems 
auparavant. 

Le'dénombrement des accidens men¬ 
tionnés ci-delïus ne permet pas de mécon¬ 
naître la maladie’à laquelle on n’a point 
trouvé à propos jufqu’ici d’affiguer un 
nom , mais que l’on doit regarder com¬ 
me une aâèdion mélajichdjque, & hy¬ 
pocondriaque par fes commencemens , 
Sc comme compliquée depuis le 13 juin de 
l'année 


©TE M e BEC ITT!. 40? 
1 ? année 1743. de vapeurs réellement cor- 
vulfives. 

On doit naturellement rapporter le dé¬ 
veloppement de tant de fymptômes , & 
par confëque-nt de la maladie avec Ces 
complications, à la conftitution épaifle ÔC 
acrimonieufe de la maffè du fang , 8 c à 
un vice organique fixé dans les vaifTeaux 
du-cerveau. 

L’état .des liqueurs que l’on vient d’é¬ 
tablir eft démontré dès l’enfance par la 
mollefle de Monsieur dans fés adions , 
& par fon tempérament mélancho- 
lique , dont le dégoût ou l’éloignement 
qu’il a eu pour les plaifirs deftinés 
■à cet âge a été une fuite , mais fur- tout 
par les difpofitions du fang hérédi¬ 
taires dans fa famille, tant du coté pater¬ 
nel que maternel , Madame fa mere 
étant morte d’un cancer , 8 c Monfieur _ 
fon grand pere maternel ayant été fu;et à 
des dartres très,fâcheufes , 8 c à d'autres 
incommodités ; Monfieur fon pere aïant 
eu des attaques fréquentes de palpitation, 
8 c Monfieur fon grand pere paternel en 
aïant fouflfert de pareilles , & ayant péri 
par un polype dans l’artere pulmonaire. 

Il parole par toutes ces circonflances 
que Monfieur a hérité d’une conftitutioa 
Terne r. S 



4 i© Consultations choisies 
du fang propre à produire des 'palpita- 
cions de cœur, &c chargé d’un levain mê¬ 
lé du dartreux & du cancéreux, enve¬ 
loppé dans un fond de vifcofité répan¬ 
due dans toute la raalîe. 

La foibleCe des vaiffeaux du cerveau 
eft prouvée par le penchant extrême que 
Monfieur a eu au fommeil durant pîu- 
fieurs années ; par les tournoiemens de tê¬ 
te; par les abfcences ou troubles des idées 
qui ont précédé les accès convulfîfs ; ; par 
les étonnemens de tête qui ont fuivi; par 
les deux attaques démontrées de vapeurs 
convulfives, & par celles qu’il a eflùiées 
en dernier lieu , quoiqu imparfaites, & 
qui femblent avoir pris la forme de fya- 
cope. . 

. Les plaifirs folitaires que Monfieur fe 
procura de bonne heure , & dont il abufa 
durant quelque tems , & les remedes in- 
cendians & diaphorétiques dont on s’eft 
feryi depuis cinq ou fix années, mais prin¬ 
cipalement depuis le mois de juin de l’an¬ 
née 1745 , ont dépouillé le fang de fon 
mucilage le plus fin , & en ont augmenté 
le deflechement, la confiftance déjà vicieu- 
fe , & l’acrimonie ; de forte qu’il ne faut 
pas être fùrpris fi le fond de la maladie 
jfubfifle encore. On ne fçauroit même dé- 


3 J E M t D E C î N E. 4 I I 
terminer avec précifion fi elle cédera fa¬ 
cilement à de nouveaux fecours ; on peut 
au moins affurer , fans donner dans des 
idées hazardées, que la maladie fera opi¬ 
niâtre, & que du côté de l'affection mé- 
lancholiaue 6 c hypochondriaque,ces pro¬ 
grès feront même fufpendus avec beau* 
coup de difficulté , fi Monfieur ne fournit 
les reffources les plus avantageufes par un 
bon ufage de fa raifoii 6 c de fa manière 
de penfer. 

Les vues que l’on doit avoir pour que 
les nouveaux remedes aient un fuceès plus 
gracieux font de mettre les digeftions en 
régie , de procurer une divifion douce & 
ménagée à la mafiè du fang , d’en adoucir 
l’acrimonie dominante , 6 c de redonner 
aux vaifîeaux du cerveau le reflort qui 
leur manque Le Confeiljuge que ces in- 
dications feront remplies par le moïen 
des remedes fuivans. 

Comme Monfieur a déjà efTuyé un 
grand nombre de faignées, on peut Ce di£- 
penfer de recourir à rette évacuation, fè 
contentant de le purger inceflamrqent 
fuivant cette formule. 



-.ÇoRSULTATIONS CHOISIES 

P V R G AT I O N. 

Prenez tamarins un.once j rhubarbe 
-concaiïée une dragme \ .fleurs de pêcher 
8 c de violettes,de chacunes deux pincées -, 
faites bouillir dans l’eau de fontaine , de 
maniéré.qu’il en refte .une livre , dans la,- 
quelle vgus ferez in fufèr deux dragmes & 
demie de féné-j diflolvez dans la colature 
deux onces de manne de Calabre; faites 
une potion pour deux dofes 5 qui feront 
prifes le matin., à deux heures de diftan- 
ce. 

Iramédiatement après Monfieuc pren¬ 
dra pendant neuf matins le demi-bain do- 
meftique tiède, où il demeurera une heu* 
re- chaque fois , avalant à la fortie un 
bouillon fait avec un jeune poulet, ou un 
morceau de maigre de veau • quatre fcru- 
pules de racine de valériane fauvage, 
deux écrevifles de riviere , -étouiïees dans 
l’eau chaude , & écrafées dans un mor¬ 
tier , & une poignée ,en tout de feuilles 
de pimprenelle & dè creflonrde fontaine. 

Pendant les douze matins fuivans Moiv» 
fleur boira une écuellée de petit-lait 
qu’on tirera du lait de chèvre ou de va¬ 
che .caillé le foiravecla préfore ordinal* 




à ï U k #1 c f N i. 4 IJ 
te , 8c qu’on féparera de Ton fromage , en 
Je laiflânt égoutter à travers un linge pouf 
Je clarifier le matin avec le blanc d’oeuf. 
On y jettera pendant cette clarification 
huit cloportes lavés' &' étouffés dans-le 
vin blanc , auxquels on donnera une ; 
ébullition dé quelques minutes avec'le 
Blanc d’œuf, y éteignant- en même tems 
une couple de clous rouillés ,& rougis au" 
feu , & réitérant la même médecine à la 
fin. 

On aura recours erîfuftfe au lait d’ânefi. 
fè entier,que MonfieUr prendra le matin, 
commençant par un grand verre, & mon» 
tant peu à peu jufqu’ada quantité de l’é* 
Cuellée. On y 1 mêlera chaque fois une 
cuillerée & demie ou deux 1 cuillerées de 
îa féconde eau de chaux. Si le lait dut- 
matin a bien pafîe pendant une dixaine' 
dé jours , on donnera le foir à l’heure du 
coucher une féconde ptrfe de ce lait , ob- 
fërvant de faire fouper Moniteur vers les • 
fix heures du foir avec un potagë ou une 
crème de ris au bouillon , & un morceau 
de pain. On continuera l’ufage- du lait 
jufques vers la fin de décembre, s'il pade* 
8c on purgera au milieu, & même à la 
fin , fi on le juge néceflàire , avec la mé¬ 
decine confieilîée d-dëffus. 

* S ii$. 



4*4 CoNSULTATIONi CHOISIES 

Pendant l’ufage du lait, on donnerai 
Monfieur trois fois la femaine le bol fui- 
yant, qu’il avalera un moment avant le: 
lait du matin. 

BOL. 

Prenez poudrede guttete quinze grains;, 
cloportes préparés dix grainsjcînnabred an¬ 
timoine quatre grains ;faites un bol avec le 
fyrop de capillaires, ou celui de îlechas,. 

Monfieur paflera fon hyver en ufant 
alternativement pendant lept ou Huit 
jours le matin d’un bol fait avec douze 
grains de poudre de guttete , & autant, 
de karabé blanc préparé, qu’on incor¬ 
porera avec un peu de fyrop des cinq ra* 
cines, buvant par-deflus'une ou deux taf- 
fes d’infufion de feuilles féches de citro- 
neîîè, ou de fleurs féches de petit nm- 
guet ^préparée à la maniéré du thé; ou 
d’un petit-lait de vache, compofé comme 
il a été dit ci-deflus ,& durant l’ufage 
duquel il prendra chaque jour dans la~ 
première cuillerée de foupe à l’heure de 
Ion dîner huit grains de fafran de mars 
apéritif préparé à la rofée du mois de 
mai. En fuivantces alternatives du bol ou 
du petit-lait, on, aura de tems en tem& 
recours au purgatif. 



DÉ MeCECISL , 4 -ï y 

te princems prochain Monfieur réité¬ 
rera les mêmes bouillons, le même petit- 
lait , & d’abord après le lait de,chèvre en¬ 
tier à la place de celui d’ânefie, commen¬ 
tant par la prife du matiny & faifant fui- 
vre celle du loir dans le même ordre ,6c 
avec les précautions prefcrites pour l’ufa- 
ge de ces remedes dans l’automne. 

Les chaleurs étant arrivées , Monfieur 
prendra pendant huit ou neuf mâtins le 
demi bain domeflique tiède , avec l’infu- 
fîon des feuilles fiches de méliiTe , ou de 
fleurs de tilleul auffi féches.àla foitie. Les 
demi-bains finis Monfieur boira pendant 
neuf ou dix matins un petit-lait préparé 
comme il a été dit ci deffus pour revenir 
une fécondé fois au demi-bain domefti- 
que , & à l’infufion pendant une fécon¬ 
dé neuvaine, & tout de fuite à une autre 
reprife de petit-lait pendant neuf ou dix 
matins, terminant ces remedes par le pur¬ 
gatif ordinaire. 

Suppofé que les demi-bains & le pe- 
tft-lait aient réufïï,après un repos de quin¬ 
ze jours , ou de trois femaines, on les 
recommencera , & on les continuera 
comme la première fois. 

Suppofé qu’on ait de petites eaux mi¬ 
nérales , comme nos eaux de Meyne én 
S iiij 



4*6 Consultations choisïts 
Languedoc, ou* celles dé Pafli près de* 
Paris j-ou celles de Sainte Reine en Bour¬ 
gogne , ou-celles de Nion, dans levoifî- 
nage de Genêve , dans lefquelles à peine 
diftingue - ton le minéral Monfieur 
pourra en ufer pour fa boilTdn , ceft-àr 
dire à-Ton ordinaire durant les-chaleurs de 
l’eté j mais le Confeil n’eft point d’avis 
qu’on emploie des eaux minérales plus, 
chargées, & dans, une grande quantité 
prife à la fois* 

Si ; les iiifomnies & les troubles dans fe 
iommeil perhftôient on aurait recours 
aux pilules de cynoglofle, qu’on donne, 
toit le foir à-l’heure du coucher , com¬ 
mençant par trois ou quatre grains-, & 
en augmentant la quantité- enfuite par 
rnn grain à la fois , jufqua ce qu’on eut 
trouvé le degré néceflaire pour calmer. 
On pourroit fubftituer à.ces- pilules cel¬ 
les de Matheus , ou Scarkey , qui font 
iàponacées. 

Il eft absolument néceffaire que Moiv*- 
fîeur garde un boiv régime de vivre , & 
qu’il fe contente de faire deux repas ré» 
glés , fur-tout pendant le cours des-reme- 
des confeillés ci-delïus. Il fe nourrira avec 
des potages à la viande , dü bouilli & du-, 
ïôtlà fon dîner } mais.il loupera très-fru* 



RE Me d e C I N!. '417 

gaiement. Il s’abftiendra des ragoûts, des 
entremets, des iàlades, des fruits cruds ? 
deslégumes , & de tous les alimeiis ven> 
ceux, greffiers , indigeftes, ou échauf- 
fans. Il évitera auffi toutes forces digita¬ 
tions violentes' ou paffions de Tarne. 

Bélibéré à Montpellier, ce 15. fefg- 
tembre 1744. [igné f Montagne 


& O N S U L T A T I O N L XVI. 

Mur une perte blanche* * 

L Es douleurs- de tête qui Fatiguent lât 
malade ; les fentimens , tantôt de 
froid , tantôt de chaud qu’elle éprouve s- 
cette partie ; Je tintement d’oreilles i les 
éblouiflèmens ; le vertige; les fuffocadons^ 
îa palpitation-du cœur lés cardialgjes s 
eu inquiétudes de l’eftomac, qu’elle fouf- 
ire £r équernm eut 5 m ai s fur-toutaprès- avoir 
mangés ©aie matin avant de prendre les>- 
alitgens y la chaleur d’entrailles ;,lesgon=- 
iemenspaflagers du.bas ventre , mêlés- 
de petite colique 5 les-renvois & les rap- 
ports ; la douleur aux reins ^ la perte 
Manche habituelle s & qui depuis trois ; 

. fcï* 




4 1 S Consultations choisies 

ans a donné place trèsi-rarëmcni à on 
écoulement en rouge 5 & enfin l’irritation 
ou l’ardeur qui accompagne pendant Pé¬ 
té la perte blanché 5 tous ces accidens r 
dis-je , font les produétions d’un fang fec, 
épais, & acrimonieux , & de quelques 
embarras fixés depuis long-tems dans le 
couloir utérin. 

La fuppteffion prefque totale des éva¬ 
cuations menftruelles a beaucoup con¬ 
tribué à multiplier le défordre de la'maffè 
du fang , ôc ^ a troublé les dépurations, 
de toute efpece. Les digeftions fougaett- 
fes qui fe font mifes de la partie ont oc- 
cafiohné le mélange d’un chile greffier 
dans les grands vaiffeâux ,8c rendu la 
mafte des liqueurs , Sç plus engluée , & 
plus acrimonieufe. Les chagrins extrême* 
ment vifs*que la malade a efiuyés autre¬ 
fois j & la terreur que répandit dans fois- 
ëfprit un coup de foudie qui la jetta dans 
an péril conndérable , ont agi de concert 
pour développer les difpofitions qui fe 
trouvoient déjà dans le fang , 8c dans lef* 
quelles il peut y avoir quelque choie 
iTnéreditairey fi on a égard à. la tumeur, 
fur venue au cold’un frerede Mademoi*» 
felle. Laderniere grofièffe , quia été très- 
fâcoramode t ëc l’abondance^ de lait qui 



BE MEDECINE. 415» 

a fuivi l'accouchement , ont pareillement 
renforcé les caufes de tant de fympto- 
mes. 

Pour préyenir les fuites de letat pré- 
iènt de la malade, on doit fe propofer de 
mettre les digeftions en régie , de pro¬ 
curer une divifion douce & ménagée à la 
malle du fang , d’en corriger l’acrimonie 
dominante,, de dégager le couloir utérin , 
& de lui'redonner la liberté de fes fonc¬ 
tions menftruelles. On efpére que ces in¬ 
dications feront remplies par le moïen 
des remedes fuîvans. 

On commencera par faigner Made- 
moifelle du pied , & on lui tirera deux 
palettes delâng, pour la purger le lende¬ 
main , ou le furlendémain , avecfix dra- 

f mes de tamarins s une dragme de rhu- 
arbe concalFee , & une pincée dé fom- 
mités de petite abfynthe , dont on fera 
une décodion , dans un grand verre de 
laquelle on laifTera infufer pendant la 
nuit une dragme & demie de féné , dif- 
iblvant le matin dans l’infufion coulée 
une once & demie de manne , oc une 
©nce de fyrop de fuc de fleurs de pêcher. 

Immédiatement après Mademcifelle 
Boira pendant lix matins un bouillon fait 
avec un morceau de collet de mouton, 
-Svj 



'4x® Consultations choisies 
une dragme & demie de limaille de fër 
roui liée & enfermée dans un nouet, dèaW 
écreviffes de riviere étouffées dans l’eau 
chaude, & écrafées dans un mortier, èc 
«me bonne demi-poignée des feuilles de 
chicorée amere. 0 n- Jettera dans le pot 
for la fin dé la-coétibmûrie douzaine de clo¬ 
portes lavés & écoufîes dans le vin blanc, 
réitérant la-même médecine à la fin. 

Pendant les fut- matins-fuivans J Madè- 
moifeile avalera uii bol fait avec douze 
grains de tartre chalybé folüble,dix-grains» 
de cloportes en poudre , & fix grains» 
d’extrait de genièvre, avec autant de ce¬ 
lui de rhubarbe, que l’on mêlera avec 
quelques gouttes du fyrop des cinq raci¬ 
nes pour former le bol. Madémoifellé. 
prendra par-de fins une eu deux taffés dé 
thé j ou d’infufion-de feuilles féches dé 
citronelle préparée à la-maniéré du thé , 
pour revenir- au même bouillon- le fep— 
siéme jour, & le-continuer pendant Cm 
nouveaux matins avec la précaution d’em- 
flbïer lé purgatif à la fin.. 

Supnofé que le bol propofé ci^dèfiüfî 
n’aft-point fatigué là malade , elle le re- 
prendrawptmdancneuf autres matins avec: 
le t.hé-ou- finfufion dé roéiïffe par-defius* 
Orr ^xmnisra-k bol gar la- médecine, or» 
diaairek 



K E. M E D- E C- I N E; 4 '^ ^ 

Mademoilelle-boira en fuite- pendant» 
douze matins- un grand verre a .ou une- 
écueiiée médiocre , de pericdait que Ton. 
tirera dur lait-de vache ou de chevîe caillé:, 
la foir avec: la.préfure ordinaire, .& qu’on;' 
féparera de Ton fromage-, en- le laiflans- 
égoutter à travers un linge-pour le cla¬ 
rifier le matin avec le blanc d’œuf. On y~ 
jettera pendant cette clarification huit: 
cloportes lavés 8c. étouffés dans ; le vin* 
blan'c , & une pincée des fommitésde pe¬ 
tit chêne, ou germandrée, 'auxquelles on 
donnera une ébullition de quelques mi- 
nures aveele blanc d’œuf, y-e,teignant en- 
même tems deux ou- trois clous- rouilléa 
& rougis au feu , & emploïant le purga¬ 
tif ordinaire à la fin.., 

Rendant l’hyver la. malade ufera deux- 
ou trois fois la femaine dans la première 
cuillerée de fcupe à l’heure de fon dîner 
d’une poudre- faite avec huit grains de 
cloportes e» poudre ,-fix grains de fafran 
de mars apéritif préparé àv la rofée du 
mois de mai 5 & fix- grains de cajfià ligne a. 
On. pourra la purger de-mois 8c demi en 
mois & demi, en attendant le prmtems-. 

Pendantde cours de ces remedes,on aura 
foin de lui donner deux- ou trois fois la 
Semaine des kvemens avec l’eau fimple,&: 



4*2.: CoNSlTLrATïOHS CHOISIES 

quelques cuillerées d’huile.Elleboira auC 
fi de cems eir rems, fur-tour pendant te 
refte de ce mois , Sc le mois prochain * 
d'une ptifane faire avec la racine de gra^- 
men ou chiendent, & quelques fruits de 
gratecul ou kynorrhodon^ 

Le printems prochain Mademoifelle réî- 
©érera pendant neuf ou dix matins les bouih* 
ïbns confeillésci-de{îüs,qui ferontprécédés 
d’une faignée du pied, & dè ta purgation 
^laquelle on aura auffi recours à la fin.. 

Immédiatement après' Mademoifelle 
ufera pendant dix matins de I’opîate fui- 
vante, avalant par-deffusuneou deux ta£- 
fes d’infufion de thé- , Sc fe repurgeant 
après ladixaine. 

0 P IA T E. 

Prenez de la conferve de kynorrhodon 
trois dragmes 5 d’antimoine diaphoni¬ 
que , Sc de karabé blanc réduiren pou-* 
dre , deux dragmes 5 de fafran de mars 
apéritif préparé à la rofée du mois de maî, 
& de cloportes préparées s ,dë chacune une' 
dragme 8c demie ; d’extrait de rhubarbe 
une dragmé , dont on formera une opiate 
avec le fyrop dé capillaire , pour parta*- 
ger la maife eu dix prifes égales. 

Après les préparations la:malade boira 
pendant dixdauic ou vingt Jours chaque 



ft T. M E R€ G IRÏ, 48=5: 
matin une prife de petit-lait préparé de 
fa manière prefcritecidellus 5 & fe repuf~ 
géra en quittant le petit-lait. 

Suppofé que cette préparation de îair 
ait bien réufll, on donnera à la malade 
pendant un mois chaque matin une écuel- 
îee ds lait de chevre légèrement décremé s , 
êc dans lequel on éteindra un morceaur 
de brique rougi au feu avec la précau¬ 
tion de revenir au purgatif à la. fin. 

Pendant l’u fage.de ce lait on donnera 
de deux en-deux jours- àt Mademoifelle 
dans la première cuillerée de foupe à 
l’heure de fcm dîner fept ou huit graine 
de-fafran de mars apéritif préparé à la. 
rofée du mois de mai. 

On verra l’été prochain s*il convient de 
donner à la malade des demi-bains dome- 
itiques , & enfhite les eaux de Camarès*. 

Il eft absolument nécelîaire que Made- 
moifelle-gàrde Un bon régime de vivre 1 , 
quelle fe-nourri (le avec des loupes à la 
viande , du bouilli & du rôti ; elle s’abf- 
tîendra des ragoûts, des falades 3 des 
fruits eruds des légumes , des ch⬠
taignes & de'tops lesalimens groffiers 9 
inaigeftcs ou écnauffàns» 

Délibéré à Montpellier le octobre 
1744. Signe > M o N T .A g K s. 



4-2T2J. Consultations CHorsas^ 


G O NS U L T A TI O N LXVIL. 

S'Ur une affeÜion vaporeujè & corrvidjîve 0 ^ 

L A perte de coniToiffance accompa¬ 
gnée ou précédée d’une efpece de dé¬ 
lire , d’un parler continuel^d’agitations* 
très -violentes dans lés différentes parties • 
Jâ corps mêlées de-mouvemens convut- 
fifs, & enfin la. roideur ou - convulfiosv- 
générale de tout lercorps dônt Màdemor* 
felîe a été-fatiguée pendan£;einq ou ûx. 
mois ne permettent pas- dé méconnoître 
la maladie qui-fait lefujqtde cene Gon* 
fui ration , Û que l’on doit regarder comb¬ 
ine une affédioir vaporeufe , & en mê* 
me temsconvulfive , produite par lacon- 
ftitution épaifiè & acrimonieufe de la-, 
maile du fang, dé par un vice local éta» 
bli dans les folides du cerveau. 

L’état des liqueurs donc on vient dër 
parler eft démonté par la vivacité du?’ 
tempérament de Màdemôifelle-, par fa= 
grande fenfibilité >. par Tes mauvais effets:- 
qu’ont produits.chez elle plufieurs remer 
les. qu’on a. employés, mais fur-tout 1§ 





D E M E D E G I N E. 

dernier qui eau fa des impreffions extraor¬ 
dinaires,^ qu’il eft inutile de détailler îc& 
La difpofirion-vicieufe du fang' attaché® 
au tempérament a été conlîdérablement 
augmentée paries peines d’efprit qu’elle 
a elfuiées, 8ë 'par le dérangement des di- 
geftions qui fe trouve démont-répar le vo- 
miflement de matières bitieufes &c par là- 
mélangedb fan g quelles- entraînent. 

Il nefl pas également aifé de détermi¬ 
ner en quoi conufte le-vice organique que 
l'on foupçonne dans-le cerveau -, & qui 
s’eft développé depuis long-tems dans les 
premières attaques de perte de connoif- 
lin ce; Oh-peut cependant le réduire , ou. 
à des tumeurs-- lymphatiques’, ou à-des 
varices ,„on à des t urne or s - anév-ri fm aies ?2l . 
qui ont leur fiége dans le cerveau.- 

Il faut pourtant convenir qu’outre le 
dëfordre des flnides.& des folides -, il y a; 
une minier© particulière qui fournit de 
fems en tems des fes-propres à engluer ^ 
ou à gonfler la maflè du fang-, & à dé¬ 
terminer les paroxysmes ou accès de va.-- 
peurs convulfivés. On ns fçauroit natu* 
rellement pîaeef. cette minière- quel 
dans les premières voies ;ce qui efteon? 
èrmé pat ce qui a été dit.ci-deffiis.hiu lg-.- 



4^6 Consultations choisies- 
dérangement des digeftions. On déduira- 
es-facilement les accidens qui caraéte- 
rifent la maladie , Sc tous les autres qui: 
font énoncés dans la rélation, Sc qui de¬ 
vancent Sc fuivent les- attaques des faits 
que l’on a déjà établis. 

Pour tirer tout le parti poffibîe de l’é¬ 
tat préfent de Mademoifelle , on doit fe 
propofer de reéftfier les digeftions,, de 
procurer une divifion douce Sc ménagée 
à la malfe du fang y d’en tempérer l’a- 
crimonie dominante, de 1% faire rouler 
avec uniformité dans le cerveau , & de' 
redonner aux vaifleàux de ce vifcere , Sc 
à.ceux de Peftomacpareillement fûibles y 
le reftbrt qui- leur manque.- On fe flatte 
que ces- indications feront remplies 'par 
le moïen des- remedes fuivans. 

La faifon n-’eft pas infiniment' propre' 
k exécuter les remedes les plus conve¬ 
nables^ on va cependant confeiiler ceux; 
que l’oii peut mettre en ufage inceflam- 
ment. 

On commencera par faigner Made— 
moifelle du pied , & on lui tirera fept ou 
huit onces de fang , & le lendemain ou¬ 
ïe- furlendemain de la faignée , on la pur¬ 
gera, de la-maniéré fuivante. 


If! MîDIGÏHlr 4*7 

TV RG AT 10 N, 

Prenez une once de tamarins ; demi- 
poignée de fleurs de pêcher, & deux fcru- 
pules de rhubarbe concaflee , donc 011 
fera une déeoéfcion, dans un grand verre* 
de laquelle, après l’avoir coulée, on dif- 
foudra deux onces de manne & une on¬ 
ce de fyrop de rofes folutif. 

Immédiatement après Mademoifelle* 
prendra pendant fîx matins un bouillon 
fait avec un jeune poulet , ou un mor¬ 
ceau de maigre de veau , une dragme 8c 
demie de racine de pivoine mâle concaC- 
fée , deux, écrevififès de riviere étouffées 
dans l’eau chaude, & écrafées dans un 
mortier , & une poignée en tout de* 
feuilles de chicorée amere- & de pimpî- 
neîle^ 

Pendant les fix matins fuîvans Made- 
moifelle ufera de l’opiate cî-joihte ^ava¬ 
lant par-deflus chaque dofe une tafle d’u~ 
ne légère infufion de thé , ou de feuil¬ 
les féches de roélifle, 8c revenant à la, 
laignée du pied le foir de la fixiéme pri- 
fe de l’opiate_ 

O P I A T E. 

Prenez conferve de kynarriiodon. deux: 



Co’NSüITATlOKS CHOÏSÎÎS 
dtâgmesq poudre de guttete , & cacîioi* 
ürut réduit en poudre, de- chacune une' 
dragçne & demie ; antimoine diaphoréti- 
que une dragtne j. extrait de rhubarbe* 
une demi-dragnie pilules dè cynoglof- 
fe quinze grains ; faites avec le. fyrop de 
lofes féches- une opiate pour fix dbfïs# 
égales. 

Ayant réitéré la même médë-cine;-Gn 
reviendra pendant fix- autres matins aa 
même bouillon , tout de fuite à làunême 
©piate& à la meme infufîôiipendant fix 
nouveaux,matins ,.rérmiiiâut les reme- 
des par le purgatif ordinaire-. 

Pendant les douze ou dix-Huît matins 
fui vans Madernoifélîè boira un grandT 
verre,pu une. écueHeemédiocre,de petit* 
îait qu’on tirera'du lait dë chevre ou dëiva*-- 
che caillé,le foir avec la prélure ordinaire, 
'& qu’on , réparera de fon- fromage en 1er 
fai liant'égoutter pendant la nuit à travers* 
«n linge pour le clarifier le matin avec 
Je blanc d’œuf. On y jettera pendant cet¬ 
te clarification une pincée de fleurs fé- 
ches de gallium lutcum , ou as fon défaut 
de celles de tilleul, ôi fept ou huit clo¬ 
portes lavés &'étouffés dans le vin blanc, 
auxquels on donnera une ébullition de 
quelques, minutes avec le.blanc- d’œuf » 



bî Med e c i n e. 4*9 
’ÿ éteignant en même rems une couple 
jàe clous rouilles & rougis au feu , & finit 
faut par la purgation ordinaire. 

Mademoifejie palïera (on hiver en 
ufant trois fois k femaine le matin d’un 
ibol fait avec d 0 uzegr 4 ins.de poudre de 
guttete,, dix grains de corail Æquge pro¬ 
paré . & iîx grains de cachou brut réduit 
en poudre , que lion incorporera avec 
queîques.gourtes de fyrop de capillaire 
pour former ile bok par-deflus lequel il 
faudra avaler une grande .rafle d’infufica 
des .fleurs féçhes fle cicronelle , ou de 
fleurs de tilleul auflî .lèches* 

On pourra pendant le cours de l’hiver 
emploïer la faignée du pied, fi on le ju¬ 
ge néceflaire , &.même dans les autres 
laifons, obfervant de la faire quelques 
jours avant l’arrivée des régies» 

Le pnntems prochain on aura recours 
J, la faîgnée du |«ed , aux bouillons à 
iopiate avec Tinfufion , & enfin au petit 
lait de chevre, préparé comme il a été 
die 4 obfervant en tout les circonftances 
énoncées ci-deflus ; & , fi l’eftomac de 
Mademoiselle a-bipn Supporté cette pré¬ 
paration de lait., elle boira d’abord après 
pendant tout le refte du printems le lait 
4’ânefle., on de çhevre entier$ comment 



43'0 CONSULTATIONS CHOISIES 
cant par un grand verre, & montant peu , 
a peu julqua la quantité de l’écuellée* 
Suppofé que le lait du matin ait bien 
pa/Té pendant une dixaine de jours , k 
malade mangera à Ton fouper, ou un 
ïis , ou une loupe au lait de cfievre. Cn 
purgera à la fin, & même au milieu de 
l’ufagedu lait, fi on le juge néceifairé. 

Pendant tout le tems du lait on ajoute¬ 
ra, d’abord de deux en deux , & eniuite 
de trois en trois jours; à la première cuil¬ 
lerée de celui du matin une poudre faite 
avec quinze grains de terre figillée , dix 
grains de corail rouge préparé, & huit 
grains de cachou brut réduit en poudre* 

A l’égard du tems des attaques, com¬ 
me elles font fixées depuis long-tems, le 
Coijfeil eii d’avis qu’on lailfe la malade 
tranquille- pendant leur durée , à moins, 
qu’il ne fur vînt quelque accident parti¬ 
culier qui demandât un fecours promp't. 

Les chaleurs de d’été étant arrivées, 
on pourra tenter le demi-bain domefti- 
que tiède , où Mademoifeile demeurera 
une heure ou environ chaque fois, ëc 
qu’elle continuera pendant quatre ou 
cinq matins ; & après trois ou quatre 
jours de repos 3/ fi elle s’en eft bien trou¬ 
vée , elle reprendra encore cinq demi- 



.© e Mïbicike. 45 î 
?balns. On lui fera boire à la fortie une 
talfe d’infufion de feuilles fiéches de ci- 
tronélle. 

On examinera l’effet que Tes demi* 
Sains auront produit,&, s’ils fe trouvent 
.favorables , on les réitérera encore pen¬ 
dant dix ou douze matins , lai liant quel¬ 
ques jours dereposaprès le fixiéme bain* 

oblervant de ne les recommencer pour 
la fécondé fois qu’après' une quinzaine de 
^ours d’intervalle des premiers à ceux de 
la fécondé reprife. 

L’automne prochain on reviendra aux 
«mêmes remedes qui ont -été confeillés 
?pour celui-ci, fur-tout fi Mademoifelle 
s’en eft bien trouvée ; mais , comme elle 
pourra les commencer au mois de fep- 
^ternbre, on y joindra l’ulage du lait 
d’ânefïè pendant une couple de mois , 
après celui du petit lait , avec les pré¬ 
cautions qu’on a prefcrit.es pour le mê¬ 
me lait dans le prinrems. 

Mademoifelle doit garder un exact ré- 
• gime de vivre* &c fe nourrir avec des 
foupes à la viande, des crèmes de ris au 
• bouillon ou à l’eau , des avenats à l’eau* 
du bouilli & du rôti. Elle foupera très- 
frugalement , & s’abftiendra fcrupuleu- 



4 ' 3’1 CoMS-ÜLTATIONS CHOISIES &C. 

ferment des ragoûts, des entremets , des 
falades , des fruits cruds , des légu* 
mes , & de tous les alitnens greffiers} ' 
indigeftes, ou échauffans. Elle doit -éviter ' 
toutes fortes d'agitations , & de vivaci¬ 
tés ; & tâcher de prendre fur elle de fe 
rendre beaucoup moins ■feafible aux . 
évenemens que l’on aie fçauroit ni pré- • 
venir ni éviter. 

Délibéré à Montpellier le ij. no^ 
•membre 1744» figpê, ,Mojî t a g m e. . ,